‹ L'évolution mentale chez l'homme [microforme]Chapitre 40 sur 67 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

Nous avons maintenant vu à plusieurs reprises qu'iln’existe qu'un seul argument en faveur de l'opinion d'après laquelle le processus d'évolution mentale aussi bien qu'organique, partout ailleurs continu et général, se serait arrêté à sa phase terminale, et que cet argument repose sur le terrain psychologique. Mais nous avons Vu aussi que même sur son propre terrain l’argument peut être amplement réfuté. Pour mortrer plus clairement là chose, j'ai jusqu'ici volontairement maintenu ma discussion sur le terrain psychologique. Le moment est venu, toutefois, où je puis m'engager dans une autre voie. C’est au langage que font appel mes adversaires : suivons-les sur ce terrain.

Dans les chapitres précédents, j'ai plus d’une fois fait remarquer que l’histoire de la psychologie est dépourvue de fossiles ; à k différence des organismes préhistoriques, les idées préhistotiques ne laissent derrière elles aucun vestige de leur existence. Mais il convient de faire une certaine réserve à cet énoncé génénl. La nouvelle science de la philologie comparée a révélé, en effet, le fait important que si d'une part le langage exprime des idées, d'autre part il reçoit d'elles des impressions, et que l'empreinte de celles-ci persiste d'une façon surprenante. Il en fésulte que dans la philologie, nous possédons la même sorte l'histoire inconsciente du développement et de ‘a décadence des idées, que celle que nous fournit la paléontologie pour le dételoppement et la décadence des espèces. Ainsi envisagé, le kngage peut être considéré comme un dépôt stratifié de pensées où celles-ci se trouvent enfouies, prêtes à étre exhumées Par le travail de l'homme de science.

En arrivant à cotte importante partie de mon sujet, je ferai Rnarquer, dès le début, que, comme toutes les sciences, la philo-

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logie ne peut être cultivée que par ceux qui s’y consacrent spécialement. Mon rôle consistera donc simplement à rassembler les principaux résultats des recherches philologiques jusqu'au point où celles-ci ont été poussées, et dans la mesure où ces résultats me semblent avoir quelque portée pour la question de l'origine des facultés humaines. Obligé moi-même de me reposer sur l'autorité des personnes compétentes, là où il y aura conflit d'autorités, ce qui arrive souvent d’ailleurs, ou bien je laisserai de côté les points en litige, ou je rapporterai les arguments présentés de part et d'autre. Mais sur tous les points où je verrai que les autorités sont pratiquement d'accord, j'éviterai d’alourdir mon exposé par des citations tautologiques.

Chez ceux qui les premiers étudièrent le langage, c'était une grosse question que de savoir si cette faculté était née de l'inspiration divine ou de l'invention lumaine. Tant que la question touchant l'origine du langage fut considérée comme limitée par ces deux alternatives, les créationistes peuvent être considérés comme l'ayant emporté dans ce département de la pensée, €t ceci pour les raisons que voici. Leurs adversaires, pour k plupart, étaient injustement surchargés d'un fardeau supplémentaire par le fait que l’on admettait généralement que l'homme avait pour origine une création spéciale, et par la croyance génirale en la confusion des langues à la tour de Babel. La théorie de l’évolution n’e yant point encore été formulée, il y avait une présomption «a priori en faveur d’une origine divine pour le laigage, puisqu'il était au plus haut degré improbable qu'Adan tt Êve eussent été créés avec des facultés intellectuelles complètes sans avoir les moyens de se communiquer mutuellement leurs idées. Et même là où les investigateurs scientifiques n'étaient point expressément dominés par l'acceptation de la cosmologie biblique, beaucoup d’entre eux étaient néanmoins implicitemenl influencés par celle-ci, au point de supposer que si le langegt n’est pas le résultat d'une inspiration directe, il ne peut avoir lé que le résultat d'une invention délibérée. Mais à l'encontre & cette dernière hypothèse, il était facile aux adversaires orthodoxés de faire une réponse. «L'expérience de tous les jours, disaient-ils nous apprend que les hommes qui n'ont point appris à articulèr pendant leur enfance n'acquièrent jamais ultérieurement la facull

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du langage, si ce n’est grâce à des secours que ne peuvent avoir eu les sauvages, et, par suite, si le langage a jamais été inventé du tout, il a dù l'être, ou bien par des enfants qui étaient incapables d'invention, ou par des hommes qui étaient incapables de parler. Ni mille, ni même un million d'enfants, ne pourraient songer à inventer un langage. A l’époque où les organes sont souples, il n'y a pas assez d'intelligence pour qu'il se forme la conception d'un langage ; et à l'époque où l'intelligence est venue, les organes ont trop perdu de leur flexibilité; et, par suite, disent les avocats de l'origine divine du langage, la raison aussi bien que l’histoire indique qu'à toutes les époques l’homme a dû être doué de parole, les enfants l'ayant constamment acquise en imitant leurs parents: et nous sommes autorisés à conclure que nos premiers ancètres la tiennent d’une inspiration immédiate (1). »

Il demeurait toutefois une troisième alternative, le langage ayant pu être le résultat ni de l'inspiration divine, ni de l'invention humaine, mais d'un développement naturel. Et bien que tte alternative ait été nettement aperçue par quelques-uns des plus anciens philologues, sa pleine signification ne pouvait étre appréciée avant l'avènement de la théorie générale de l'évolution {2).

Néanmoins, il est intéressant de remarquer ici que la théorie de l'évolution a été clairement déduite et appliquée à l'étude du langage par quelques-uns des philologues les plus scientifiques avant Qu'elle n'eut été clairement énoncée par les naturalistes. Cest ainsi par exemple que le docteur Latham, critiquant le

(1) Encyclopædia Britannica, article Language, 8° 6d., 1857. (2) Naturellement, à l'époque classique où il n'y avait point de présomption théologique contre la théorie du développement, cette solution était plus pleinement acceptée, comme par exemple par Horñce, Lucrèce, Cicéron. Avant cette époque ls philosophes grecs s'étaient beaucoup occupés de la question de savoir si la parole est un don intuitif (analogistes) ou un produit de l'invention humaine {anomalistes), et avant cette époque les grammairiens de l'Inde avaient fait des progrès étonnants dans l'analyse vraiment scientifique du développement du lanfige, Mais dans le texte, je parle des temps modernes, et il me parait certain que, lsqu'au milieu du présent siècle, on n'avait point suffisamment reconnu que le lngage peut être le résultat d'un développement naturel. Parmi ceux qui l'ont Ftonnu, Herder, Monbodo, Sir W. Jones, Schlegel, Bopp, Humboldt, Grimm et Pott méritent surtout d’être cités. L'année qui vit paraître l'Origine des Espèces (1859), donna à la science la première édition du Zeitschrift für Vôolkerpsychologie und Sprachwissenschaft de Steinthal. A partir de ce moment, le thécrie de l'évolution dans son application à la philologie est demeurée maitresse incontestée.

passage qui a été cité plus haut, écrivait en 1857: « Dans le champ réel du langage, les lignes de démarcation sont moins définies que dans l’esquisse qui précède. Toutefois, ce sont en somme des phénomènes de développement qu'il suggère à l'esprit. Pour expliquer les lignes de démarcation existantes, lignes qui sont larges et bien accentuées, il nous faut avoir présent à l'esprit un autre phénomène, je veux parler de l’extension d’un dialecte aux dépens des autres, fait qui oblitère les formes intermédiaires, et met les formes extrêmes en juxtaposition géographique (1). »

Maintenant, et ceci est dû en partie à l'établissement de h doctrine de l’évolution dans la science biologique, et plus encore aux preuves directes fournies par la philologie elle-même, les philologues sont unanimes pour adopter la théorie du développement. Max Müller lui-même insiste sur le fait que « quiconque étudie le langage doit être nécessairement évolutioniste, car partout où il dirige son regard, c’est l’évolution, et l'évolution seule, qu'il voit se produire autour de lui » (2), et Schleicher va jusqu’à dire que « le développement des formes nouvelles hors des formes précédentes se suit beaucoup plus aisément, et se fait sur une plus grande échelle, dans le domaine des mots que dans celui des animaux et des plantes (3). »

Ici, toutefois, il devient nécessaire de distinguer le langage des langues. Un philologue peut être fermement convaincu que tous les langages se sont naturellement développés hors de ces éléments simples, ou racines, que nous aurons à étudier plus tard. Mais il peut toutefois hésiter à conclure avec une certitude à peu près égale que ces éléments très simples se sont eux-mêmes

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faculté de faire des signes, et que non seulement toutes les langues en particulier, mais aussi la faculté du langage en général, sont le résultat d'une évolution naturelle.

Remarquons donc ici que nous sommes en présence, à l'égarl

(1) Encyc. Bril., loc. cit. Si l'on se rappelle que les lignes qui précèdent ont été publiées deux ans avant l'Origine des Espèces, cette énonciation claire de la lutle pour l'existence dans le domaine de la philologie me paraît mériter d'appeler lit tention.

(2) Science of Thought, préface, p. xr.

(3) Darwinism tested by the Science of Language, p. 41.

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de l'origine du langage, d’une distinction parallèle à celle que nous avons rencontrée au début de cet ouvrage à l'égard de l’origine de l'homme. Nous avons vu en effet que si nous possédons les preuves historiques les plus concluantes en faveur du fait que les progrès de la civilisation ont été dirigés par les principes de l’évolution, nous ne disposons pas de preuves directes montrant que l'homme descend de l'animal. Et ici nous voyons que tant que la lueur @e l'histoire peut nous guider, il est certain que les principes de l'évolution ont déterminé le développement graduel des langues, exactement comme ils ont déterminé l’affinement et la complexité toujours plus grands de l'organisation sociale. Dans le dernier cas, nous avons vu que des preuves directes d'une évolution des niveaux inférieurs aux niveaux supérieurs de culture font qu'il est presque certain que la méthode a dû s'étendre en arrière, au delà de la période historique, et, par suite, que la preuve directe &- l'influence de l’évolution durant la période historique constitue par elle-même une forte présomption pr'imd facie en faveur du fait que cette période à été elle-même atteinte au moyen d'un développement graduel similaire de l'esprit humain. Il en est de même dans le cas du langage. Si la philologie peut établir le fait de l’évolution dans toutes les langues connues, jusqu'aux racines primitives hors desqueiles elles sont toutes nées, il devient très vraisemblable que ces éléments primitifs les plus simples, comme leurs produits ultérieurs et plus complexes, ont été le résultat d’un développement naturel.

Toutefois, comme je l'ai dit, il importe de distinguer le fait démontré de l'hypothèse spéculative, si vraisemblable que semble cette dernière. C'est pourquoi je vais commencer par énumérer brièvement les phases d'évolution à travers lesquelles les philologues reconnaissent généralement que les langues ont passé, sans m'arrêter, pour le moment, à la question plus difficile de l'origine des racines.

Prenons, par exemple, un mot comme wncostliness (non-chèrelé). Évidemment ici le wn, le li etle ness sont des appendices, des éléments démonstratifs, des suffixes et affixes, ou bref les tonstantes modificatrices que ceux qui parlent une langue ont l'habitude d'ajouter à leurs racines dans le but d'attacher à celles-

RouaxEs. Évol, ment, 16

ci les changements de signification dont il peut être besoin. Ges constantes ont toutes leur histoire que l'on peut souvent retracer, par exemple, dans le mot ci-dessus. Nous savons que le /ÿ est une abréviation pour ce qui se prononçait autrefois comme like. Le ness est plus ancien, toutefois, que la langue anglaise, et le wn est plus ancien encore. Le mot cost est donc ici la racine, en ce qui concerne 1 anglais, bien qu'il puisse être retracé (à travers le latin Con-sta)jusqu'à une racine aryenne signifiant « se tenir debout ».

Ces constantes modificatrices ne consistent pas, toutefois, uniquement en suffixes, infixes et affixes attachés aux racines de façon à former des mots, isolés, simples ou composés ; elles se présentent également sous la forme de mots séparés qui peuvent, dans la structure des phrases, jouer un rôle, comme le font les pronoms, adverbes, prépositions, etc. Elles peuvent également se présenter sous la forme des soi-disant « verbes auxiliaires » dans certaines langues, alors que dans d'aut"es leurs fonctions sont accomplies par l’inflexion grammaticale des mots eux-mêmes. De la sorte, selon le génie d’une langue, ses racines se prétent à différentes significations par des moyens différents, ou selon des méthodes variées, mais dans tous les cas, les racines sont présentes, et constituent ce qu'on peut appeler le squelette du langage : les éléments démonstratifs, sous quelque forme qu'ils se présentent, sont simplement ce que j'ai appel des constantes modificatrices.

Ce fait général nous fait prévoir, d'après la théorie évolutionniste, que, dans toutes les langues, les racines représentent les éléments Les plus anciens, et nous devons nous attendre à ce que les éléments qui servent simplement à « démontrer » la signilication particulière qui est attribuée aux racines dans des cas particuliers, ont dû se développer à une époque plus récente. Ils ne servent qu’à donner une signification spécifique à la signili cation générale déjà présente dans les racines, et en l'absence de ces dernières n'auraient aucun sens par eux-mêmes. Il en résulte, comme je l'ai dit, qu'a priori, nous devons nous attendre

à trouver que les racines sont les éléments les plus anciens qu l'on puisse découvrir (ce qui ne veut point dire qu'ils soil nécessairement les plus primitifs) de tous les langages. Et d'ail leurs, règle générale, tel est le cas.

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PHILOZ.OGIE COMPARÉE 243

En remontant le cours généalogique de n'importe quel groupe de langages, nous trouvons à différents niveaux, différents éléments démonstratifs, bien que ces niveaux se rattachent aux mêmes racines. Naturellement, ces racines peuvent être modifiées de façons variées quant au son, et quant aux groupes de mots auxquels, aux différents niveau:, elles ont donné naissance, mais cette évolution divergente tend simplement à confirmer le fait d'une descendance commune hors d'un même ancêtre (1).

J'ai déjà dit que tous les philologues sont d'accord pour accepter la doctrine évolutioniste appliquée aux langues en général, Mais il s’en faut de beaucoup qu'il y ait accord sur la méthode précise, ou l’histoire de l’évolution dans le cas des langues, considérées isolément. Je commencerai donc par rappeler rapidement les faits principaux de la structure du langage, après quoi, brièvement aussi, je rappellerai les différentes opinions qui ont été formulées sur la question du développement du langage, ou pour employer la terminologie d’une autre science, je m'occuperai d'abord de la morphologie des principaux groupes du règne linguistique pour m'occuper ensuite de leur phylogénie.

Il existe plus de mille langues vivantes dont aucune n’est intelligible pour ceux qui en parlent une autre. Cependant ces différentes langues peuvent, évidemment, se diviser en familles, tous les membres de chaque famille étant plus ou moins prochement alliés, alors que lès membres de familles différentes ne témoignent nullement d’une affinité génétique de ce genre. La preuve de l'affinité génétique, c'est la ressemblance dans la structure,

(1) IL y a des divergences d'opinion parmi les philologues sur la question de savoir jusqu'à quel point les constantes modificatrices sont été elles-mêmes originellement des racines. L'école de Ludwig considère les éléments démonstratifs comme n'ayant jamais joui d’une existence indépendante sous forme de mots. Mais, à supposer qu’il en soit ainsi, il faut qu'ils aient eu une existence indépendante de quelque sorte, sans quoi il est impossible d'expliquer comment ils ont pu être employés pour modifier constamment dans un même sens des racines différentes. En outre, comme l'a dit Max Müller, « supposer que Khana, Khain, Khanana, Khaintra, Khatra, ete,, ont surgi tout équipés, sans but synthétique, et que leurs différences n’ont d'autre raison qu’un jeu indiscipliné des organes de la parole, me semble une aflirmation dépourvue de sens... Ge qu'il nous faut admettre, toutefois, c'est que nombre de suffixes et de terminaisons ont été analysés par Bopp et son école d’une façon erronée, et qu'il nous faut nous contenter d'envisager la plupart d’entre eux comme ayant été, au début, simplement démoustratifs et modificateurs ». (Loc. cit., 224 et 225.) Voir aussi Farrar, Origin of Language, p. 100 seq.; Donaldson, Greek Grammar, p. 67-19; et Hovelacque, Science du Langage, p. 37. On remarquera qué . celte Question n’a rien à faire avec celle qui est exposée dans le texte,

la grammaire et les racines. Jugées d'après ce critérium, les mille et quelques langues vivantes sont classées par Frédéric Müller en « une centaine de familles » (1). C’est pourquoi, pour nous servir encore d'une expression biologique, je puis dire qu'il y a environ un millier d'espèces comprises dans une centaine de genres, toutes les espèces du même genre étant certainement unies par les liens de l’affinité génétique.

Mais en dehors de ces espèces et de ces genres, il y a ce Qu'on peut appeler les ordres : ce sont des divisions plus grandes comprenant chacune plusieurs genres. Les philologues donnent généralement le nom de groupes à ces ordres, et l'on ne sait encore s’il y a ou non entre eux une relation génétique. Dès l'aurore des recherches linguistiques véritables, trois de ces groupes ont été reconnus, et ont reçu les noms d'isolant, agglutinant et flexionnel. Je veux d’abord expliquer le sens de ces mots, et nous verrons ensuile quels résultats ont fourni les recherches récentes sur la question de leur phylogénie.

Dans les formes iso/antes du langage, chaque mot existe par luimême, et a son individualité propre ; il ne peut subir une modification flexionnelle pour les besoins de la construction grammaticale, et ne reçoit guère de secours en vue de cette fin des éléments démonstratifs ou constantes modificatrices. Les langues de ce genre sont souvent dites monosyllabiques en raison du fait que les mots isolés se présentent souvent sous forme de syllabes simples. On les a encore dites radicales, en raison de la ressemblance que présentent leurs mots monosyllabiques et isolés avec les racines primitives de langues d'autres types, racines qui, cela a été déjà indiqué, ont été déterminées par les travaux de la philologie comparée. C'est pourquoi, en somme, la meilleure manière dont on pourra se faire une idée d'une langue isolante consistera à comparer celle-ci avec le parler enfantin spécial à nos enfants, qui, naturellement, quant ils commencent à parler, s'expriment au moyen de mots monosyllabiques et isolés, lesquels ressemblent, en outre, aux langues en question par le fait qu'il ne s'y trouve point de distinctions claires entre ce que nous appelons les parties du langage. Car

(1) Grundriss der Sprachuwissenschaft, T, 1, p. 77. Ce chiffre est accepté par Sayce, Introduction to the Science of Language, H, p. 32.

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dans les langues isolantes, les variations de signification grammaticale, que les mots peuvent exprimer, sont produites principalement, soit par des différences d’intonation, soit par des modifications dans la position des mots dans la phrase. Naturellement, ces procédés se présentent plus ou moins dans les langues des deux autres types, mais dans le groupe isolant, ils ont été amenés à une beaucoup plus grande variété, et à une si haute perfection qu'ils remplacent suffisamment les constantes modificatrices d'une part, et les flexions de l’autre. Toutefois, bien que les flexions fassent totalement défaut, il n’en est pas de même pour les constantes modificatrices sous forme de mots auxiliaires. En chinois, par exemple, il y a ce que les grammairiens indigènes appellent les mots pleins, et les mots vides. Les mots pleins sont les termes monosyllabiques qui, isolés, présentent une signification assez générale et assez vague pour comprendre, par exemple: une balle, rond, arrondir, en cercle, etc., c'est-à-dire que les mots pleins, lorsqu'ils sont isolés, n’appartiennent pas à une partie du langage plutôt qu'à une autre. En outre, un seul et même mot peut avoir beaucoup de significations très différentes, telles que : étre, vraiment, üc, la lettre, ainsi. C'est pourquoi, pour faire connaître le sens particulier que l’on veut donner à un mot plein, les mots videS sont employés pour venir en aide à l'intonation et à la syntaxe. IL est probable que tous ces mots vides ont euxmêmes, à une époque, été des mots pleins, dont la signification s'est graduellement obscurcie, jusqu'à ce qu'ils n'aient plus servi qu'arbitrairement à définir le sens dans lequel il fallait entendre d'autres mots : comme notre mot like (semblable à), sous la forme dégénérée /y, est maintenant employé pour donner aux adjectifs un rôle d'adverbe ; quoique naturellement il subsiste cette différence que, dans les langues isolantes, les mots vides ou définis seurs ne se fondent point avec les mots pleins, mais restent isolés. Toutefois, dans l'opinion de nombre de philologues, « l'emploi des mots accessoires pour donner aux termes principaux la prétision voulue relie l'état monosyllabique à l'état agglutinant » (1). Cette phase agglutinante, ou, comme on l'appelle parfois, agylomérante, appartient aux langues du second ordre. Ici les

(1) Hovelacque, Science du Langage.

mots qui jouent le rôle de constantes modificatrices ou marquent les relations, peuvent se fondre avec ceux qu'ils servent à modifier ou définir, de façon à constituer des composés isolés, bien que polysyllabiques, comme dans l'exemple cité plus haut: #n-cost-liness. J'ai déjà fait remarquer que grâce à un long usage, beaucoup de ces constantes modificatrices ont eu leur signification primitive, en tant que mots indépendants, assez complètement obseurcie pour dérouter entièrement la recherche des philologues.

Si tous nos mots avaient été formés sur le type de celui qui nous sert d'exemile, w#n-cost-li-ness, l'anglais aurait été une langue agglutinante. Mais, en fait, l'anglais, comme les autres langues du même groupe, présente de nombreux exemples de flexion dans ses mots, qui lui a été transmise par les langues antécédentes. De la sorte, il appartient à la troisième catégorie, aux langues à flexion.

Les langues de ce type sont souvent appelées aussi #'anspositives, parce que les mots peuvent être déplacés par rapport les uns aux autres dans la phrase, sans que le sens en soit altéré. Ceci revient à dire que les relations entre les mots sont maintenant marquées bien moins par la syntaxe et bien plus par ies modifications individuelles. Dans les langues de ce genre, le principe de l’agglutination a été si perfectionné que la composition originelle est plus ou moins obseurcie, et les mots résultants peuvent par là être modelés en toutes sortes de formes correspondant à des nuances plus fines de signification, grâce à la déclinaison, la conjugaison, etc. Ou bien, comme l'ont dit quelques philologues, dans les langues agglutinantes, les éléments agglutinés ne sont pas suffisamment fondus ensemble pour admettre la flexion, ils sont trop lâchement unis, trop indépendants encore les uns des autres.

Mais, quand l'union est devenue plus intime, les éléments sont plus aptes à être travaillés par les organisateurs de la langue: l'amalgamation des éléments étant complète, l'alliage résultant peut être manipulé de diverses façons sans être pour cela sujet à se désagréger. En outre, ce principe de la flexion peut s'étendre des parties composantes à la racine elle-même. Non seulement les suffixes et les préfixes, mais même le mot que ceux-ti

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Dans le type isolant, la formule d'un mot ést simplement R, et celle de la phrase R + R +R, etc., où R signifie racine. Si nous représen{ions par 7 les racines dont le sens a été obscurci de telle façon qu’elles passent à l’état de préfixes et suffixes qui n'indiquent que les relations entre les autres mots, nous aurons une formule d'agglutination Rr, Rrr, rR, rRr etc. Enfin l'essence d'une langue flexionnelle se trouve dans l'aptitude que possède la racine, à exprimer par les modifications de sa propre forme, ses différentes relations à l'égard des autres racines. Ce n'est point que les racines de tousles mots soient nécessairement modifiées : elles restent souvent telles quelles, comme dans les langues agglutinantes, mais elles peuvent être modifiées, et les « langues oùlesrelations peuvent être exprimées de la sorte, non seulement par les suffixes et les préfixes, mais aussi par une modification de la forme des racires, sont des langues flexionnelles. » C'est pourquoi, si nous représentons cette aptitude de la racine à être modifiée par la flexion, par le symbole >, la formule aggluinante R peut devenir R*7 ; en outre, les éléments modificateurs peuvent également subir la flexion, ce qui donne des formules comme R?*, R? 7°, etc.

Tels sont donc les trois principaux ordres, ou groupes, de langage. Mais, en outre, il en est trois autres qui en sont nettement distincts : ce sont les groupes polysynthétique, incorporatif et analytique.

Le groupe polysynthétique se rencontre chez certains sauvages, surtout en Amérique, où d'après Duponceau, ce type se rentontre, plus ou moins net, du Groënland au Chili. Le trait distinctif de ces langues consiste en la composition indéfinie des mots par syncope et ellipse. C'est-à-dire que les phrases sont formées par le groupement de mots composés d'une longueur démesurée ; eLdans le travail de fusion, les mots constitutifs sont à tel point

(1) Ce mode de représentation à été imaginé par Schleicher qui le porte plus loin

que je n'ai l’occasion de le faire dans le texte, Voir Mémoires de l'Académie de Maint-Pélersbourg, À, n9 7, 1859,

abrégés qu'ils ne sont souvent représentés que par une seule lettre. Par exemple, en groënlandais, aulisariartorasuarpok: (il se hàta d'aller pêcher) est composé de aulisar (pêcher), peartor (être occupé à quelque chose), pinnesuarpok (il se dépèche) ; et dans la langue chippeway, {otoccabo (vin) est formé de {040 (lait) et chominabo (granpe de raisins). La polysynthèse consiste donc en une fusion ävec contraction, tels des mots composants perdant leurs dernières, tels leurs premières syllabes. En outre, cette sorte de combinaison diffère de celles qui se présentent dans beaucoup d’autres types de langage (par exemple, notre never-to-be-forgotten, adjectival), en ce que les parties constituantes peuvent n'avoir jamais atteint le rang de mots indépendants pouvant être isolés et employés séparément.

Le groupe incorporatif n'est qu'une subdivision de l’agglutinant, et en représente une phase primitive, correspondant à une époque où l'on n'avait point encore commencé à analyser les phrases, de telle sorte qu'il se trouve dans celles-ci des mots subordonnés aussi variés qu'encombrants, comme par exemple, maison, je, elle bdti, et ils ont eux leurs livres.

Enfin, le groupe analytique rest qu'une subdivision du groupe flexionnel, et en représente une phase plus avancée. « Une à une les relations grammaticales appliquées dans un composé flexionnel, ressortent en plein relief, et sont pourvues de formes spéciales par lesquelles elles sont exprimées. » Ainsi, en anglais par exemple, les flexions ont beaucoup cédé le pas à l'emploi des mots auxiliaires, grâce auxquels il est toujours facile d'exprimer les différences de nuance, bien que le mécauisme de l'expression soit considérablement simplifié.

En somme, nous pouvons classer les groupes linguistiques de la facon suivante :

Ordre I. Langues isolantes.

Ordre IT. Langues agglutinantes (sous-ordres : polysynthétique et incorporatif).

Ordre IT. Langues flexionnelles (sous-ordre : analytique).

De l'avis de quelques philologues, toutefois, le type polysynthétique mérite d'être regardé, non comme un sous-ordre du deuxième groupe, mais comme un quatrième groupe indépendant. De la sorte, d'une part, il a été dit que les langues poly-

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synthétiques doivent « simplement être placées les dernières dans l'ordre ascendant de la série agglutinante » (1), et, d'autre part, on nous dit que « la conception de la phrase qui règne dans les dialectes polysynthétiques est exactement l'inverse de celle qui règne dans les types isolant et agglutinant. Les différentes idées en lesquelles la phrase peut se décomposer, au lieu d'être rendues égales ou indépendantes, sont combinées comme une mosaïque, en un seul tout (2) ».

Ces deux citations peuvent servir à montrer combien diffèrent les doctrines à l'égard de ce groupe particulier de langues. S'il ; n'yavait là qu'une question de classification, cela nous importerait peu, mais comme la question de classification implique une question de phylogénie, le sujet acquiert un vif intérêt pour nous.

Passons donc de la classification des langues-types à leur phybogénie. Il est certain que le sous-ordre incorporatif est généti- | quement relié à l’ordre agglutinant, et que le sous-ordre analytique est pareillement relié avec l'ordre flexionnel. En fait, ces sous-ordres sont simplement des branches de ces deux troncs respectifs. Toute la question maintenant est donc de connaître les relations existant entre ces trois ordres, inter se, et aussi les relations entre Le type polysynthétique et le second ordre. J'examinerai séparément ces deux points.

D'une part, on prétend que le type de langage isolant, monosylhbique, doit être considéré comme étant le plus primitif, comme présentant à notre observation la survivance de cette phase de développement embryonnaire, ou de cette phase «radicale » hors de laquelle ont évolué tous les développements ultérieurs du langage.

En outre, le fait bien établi de l’agglutination représente évidemment un long cours de développement pendant lequel des Mots autrefois isolés ont été combinés, afin de permettre cette différenciation supérieure d'où résultent les parties du langage.

Parcillement, la phase flexionnelle est considérée comme présentant un perfectionnement de la phase agglutinante, de h manière qui a été expliquée, et enfin l'emploi de mots auxilaires dans les langues analytiques est considéré comme

(1) Hovelacque, Loc, cil., p. 130.

2) Sayce, Introduction, 1-126.

caractérisant la dernière phase du développement du langage,

La théorie que je viens d’esquisser brièvement est encore adoptée par nombre de philologues, et, à vrai dire, par beaucoup de ses parties, c’est non point une théorie mais un fait parfaitement démontré. De la sorte, il est manifestement impossible que les | phénomènes d'agglutination aient pu se présenter avant qu'il n'y ait eu des éléments à agglutiner; ces éléments ont donc dà précéder le processus de fusion en lequel consiste «le génie» du langage agglutinant. De même, naturellement, l'agglutination a dû précéder la flexion des mots déjà agglutinés, et on peut prouver que l'emploi des auxiliaires a été historique ment postérieur à la flexion. Cependant d'autres philologues ont montré qu'ils ont de bonnes raisons pour douter que nous ayons le droit de considérer ces faits comme venant à l'appui d'une théorie aussi générale que celle d'après laquelle la loi du développement du langage doit toujours se trouver dans uns (ie ces lignes particulières, ou d'après laquelle tous les langages d'un même type ont dû passer à travers la ou les phases infirieures avant d'atteindre celle où ils se trouvent maintenant. L'argument le plus récent qui ait été présent de ce côté dela question est dû au professeur Sayce, à qui j'esnprunte la citation suivante : « Nous sommes portés à admettre que les langues flexionnelles sont plus perfectionnées qu: les langues agglitinantes, et que celles-ci le sont plus que les langues isolantes, d'où il suit que l'isolation représente la phase inférieure, el la flexion la phase la plus élevée. Mais ce que nous voulons réellement dire quand nous disons que telle est plus avancée que telle autre, c'est qu'elle est mieux adaptée pour exprimer la pensée, et que la pensée à exprimer est elle-même meilleure. Mais c'est une grave qrestion de savoir si, à ce point de vue, tes trois classes de langage peuvent réellement être opposées les unes aux autres (4). »

L'auteur continue, et soutient que les langues isolantes ontsir les autres formes l'avantage « d'être précises et vives » ; il per? encore que « les langues agglutinantes l'emportent sur les langues flexionnelles par un point important, en décomposanl

(1) Introduction, T, p. 374.

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PHILOLOGIE COMPARÉE 251 h phrase en ses parties constituantes, et en distinguant les relations grammaticales les unes des autres. En réalité, quand nqus examinons de près le principe sur lequel repose la flexion, nous voyons qu'il correspond à une faculté logique inférieure celle qu'implique l’agglutination (1) ».

Ailleurs, il s'exprime ainsi: « En re qui concerne le langage radical primitif, rien ne nous prouve qu'il ait jamais existé, et cest simplement faire une erreur que le confondre avec une langue isolante moderne. Il n’a pas été prouvé non plus que les langues isolantes se développent en langues agglutinantes, et celles-ci en flexionnelles ; en tout cas, la persistance de langues isolantes telles que le chinois, ou de langues agglutinantes telles que le magyar ei le turc, prouve que ce développement n'est point un phénomène nécessaire (2). »

Je pourrais citer d’autres passages du même genre, mais ceux qui précèdent suffisent à montrer que nous ne pouvons point accepter sans réserves les doctrines plus anciennes déjà squissées. Il n'y a aucun doute sur le fait du développement du langage en ce qui concerne les langues particulières ; il n'y a de doutes, en réalité, que sur l’évolution des types linguistiques l'an hors de l’autre, et j'ai tenu à mettre cetie question en relief pour présenter quelques remarques à cet égard.

Quand on nous dit que « la persistance de langues isolantes llles que le chinois, ou de langues agglutinantes telles que le magyar ou le turc, prouve que le développement n'est point chose nécessaire », naturellement, nous saisissons de suite l'incontestable exactitude de cet énoncé. Maïs le fait n'a point derapport avec la question qui seule nous intéresse en ce moment. La persistance des Protozoaires prouve indubitablement qu'il n’est point nécessaire qu'ils se développent en Métazoaires ; mais ce fait n'est roint du tout hostile à la doctrine d'après kquelle ces derniers se sont développés hors des premiers.

Pareillement, quand on nous dit que « ce que nous voulons réellement dire quand nous disons qu’une langue est plus lerfectionnée qu'une autre, c'est qu'elle est mieux adaptée à primer la pensée », on déplace encore la question.

(1) Introduction, 1, p. 375-3176.

À) Dbid., p. 120. V. aussi Sayce, Principles of Comparative Philology,2° 6d., p. 1x.

Il s’agit de savoir si un type de langage se développe en un autre, et non de savoir si, quand ce développement a eu lieu, l'un est plus avancé que l’autre, en ce sens qu'il serait « mieux adapté à exprimer la pensée ». Ce peut être, comme ce peut ne pas étre le cas, mais de toute facon, la question de son excellence, en tant que langage, n’a point de relation nécessaire avec la question de son développement en tant que langage. Il peut très bien arriver, en effet, que d’un même point de départ, des développements différents puissent se produire en des sens différents. ILest, sans doute, parfaitement vrai, comme le fait remarquer Sayce, que le chinois moderne est un produit d'évolution plus élevé que le chinois ancien, dans le sens de la condensation isolante ; mais ceci ne prouve point que les langues agglntinantes ne sortent point du type isolant, pour continuer ensuite à se développer d’une façon différente, conformément au génie ou au mode de développement qui est spécial aux langues de ce type. Les naturalistes ne doutent point que deux types différents au point de vue morphologique, b et 8 ne soient tous deux des: cendus d’un parent commun B, quand bien mme à s’est perfectionné dans un certain sens, et 6 dans l’autre, tous deux étant également bien adaptés au point de vue morphologique. Pour-

quoi alors le philologue contesterait-il la relation génétique {

dans un cas qui semble être absolument analogue, simplement parce que à lui semble être tout aussi efficace au point de vus psychologique que 8 ?

Enfin, comme je l'ai déjà indiqué, il me paraît impossible de contester que toute langue agglutinante, dans la mesure, quelle qu'elle soit, où elle esttel’e, soit dans la même mesure démonstrablement dérivée d'une langue moins agglutinante, et par moins isolante. Et pareillement, dans ia mesure ou une langue à flexion infléchit ses mots agglutinés, dans la même mesure il est prouvé qu'elle dérive d'une langue moins flexionnelle, où d'une langue dont les agglutinations n'ont point autant subi la flexion.

D'autre part, comme il n'y a pas de raison nécessaire pour qu'une langue isolante se développe en une langue aggiutinante, ou celle-ci en une langue flexionnelle, il se peut fort bien que l'évolution supérieure des langues isolantes et celle des languts

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agglutinantes se soit opérée collatéralement, alors que l’évolution supérieure des langues agglutinantes a marché de pair avec «lle des langues flexionnelles. S'il en était ainsi, les deux icoles philologiques dont il s'agit auraient également tort et, également raison ; chacune d'elles exposant un côté différent de la même vérité.

Il me paraît donc qu'étant donné le but du présent ouvrage, nous pouvons laisser de côté la question des rapports phylogénétiques de ces trois ordres de langage.

En effet, du moment que tout le monde »ccorde que l'évolution est partout l'agent actif de la genèse de tout langage, il importe peu pour mon argumentation que cette évolution se soit file en une ou en plusieurs directions. Évidemment, on n'en saurait douter, ces trois ordres sont plus ou moins apparentés, etle degré exact de cette parenté peut constituer une question d'une grande importance pour la philologie, mais elle en a fort peu pour les problèmes que nous allons avoir à étudier.

Mais la question qui a trait aux relations existant entre les kngues polysynthétiques et les autres types linguistiques a plus d'importance pour nous, car elle implique la question de savoir oui ou non nous sommes ici en présence du type de langage k plis primitif. De l'avis de quelques philologues « ces langues polysynthétiques représentent une survivance intéressante de la tremière phase du langage en tous lieux, et elle prouve une fois de Plus qu'en vérité l'Amérique est le nouveau monde : des formes linguistiques primitives qui ailleurs ont péri depuis longtemps, survivent là, comme les Dasypodes, pour témoigner d'un passé disparu (1) ».

D'autre pars, on affirme avec non moins @- certitude que « la Phase nolysynthétique n’est point un état primitif, mais une extension ou, si l'on veut, une seconde phase de l'agglutination (2) ». Naturellement, je ne puis traiter cette question qu'enamateurpour ‘insi dire, n'ayant point d'autorité en matière philologique ; mais ls points dont je vais avoir à parler ont trait à des principes si fénéraux que le profane lui-même peut aider à porter un jugement, Enoutre, les philologues eux-mêmes sont, pour le moment, si peu

1) Sayce, Introduction, 1, 125, 126.

À] Hovelacque, Science du Langage, p. 130,

renseignés encore au sujet des faits des langues polysynthétiques qu'il y a peut-être ici moins de présomption de Ja part d'un laïque à vouloir donner son opinion sur la question dont il s’agit (1). Il est toutefois superflu de remplir des pages de l'analyse fastidieuse des faits sur lesquels je base mon jugement après avoir lu les travaux les plus importants sur la matière. Je donne ici mon jugement pour ce qu’il vaut.

11 me paraît tout d'abord que ceux qui considèrent les langues polysynthétiques comme représentant un type très primitif de langage ont pour eux des faits écrasants, et même il me semble

qu'ils ont prouvé que ce type de language est à tel pointnondiffi- À

rencié que je conclus, comme eux, que c’est probablement celui qui, plus que tout autre type maintenant existant, nous rapproche le plus de l’origine du langage. En outre, considérant le grand contraste qui existe entre ce type et celui des langues isolantes, il me paraît impossible qu’il puisse y avoir un lien génétique entre les deux ; il me paraît en effet que les défenseurs du côté opposé ont, non moins complètement, démontré que les langues isolantes présentent, elles aussi, les caractères d’un type très primitif. Par suite, quelque somme d'évolution et de dégénérescence ultérieure (dégradation phonétique) qu'ait pu subir par exemple la langue chinoise, ceci prouve simplement qu'elle est

restée toujours fidèle au principe isolant, exactement comme les

Protozoaires à travers leur longue évolution sont demeurts fidèles à Zeur type isolant, bien que quelques-unes de leurs branches aient dù, il y a fort longtemps, donner naissance au Métazoaires « agglutinés ». En d'autres termes, il me paraît que les défenseurs de ce point de vue ont réussi à placer le type istlant du langage à un niveau de développement aussi bas qu'ont

(4) « Ce qu'il nous faut surtout noter, c'est l’extrème limitation de nos connais sances actuelles, Môme entre des familles voisines, comme l’algonquin, l'iroquois € le dakota, où la concordance du type linguistique (polysynthétique) accompagné de la concordance anthropologique de ceux qui parlent ces langues, nous interdit de les considérer comme différents, aucune correspondance matérielle, aucun àtcord dans les mots et leur signification ne peuvent ètre établis; et il y a en Ant rique tous les degrés de polysynthétisme, celui-ci étant parfois minimum mème absent, Tel étant le cas, il est évident que toutes les tentatives que lol pourra faire pour rattacher les langues américaines dans leur ensemble à celles de l’ancien monde sont et doivent ètre infructueuses. En fait, toute discussion sur tt point doit, pour le moment. rester dépourvue de tout caractère scieutilique. (Whitney, articlé Philology, dans Ency. Bril., 1885.)

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réussi à le faire les défenseurs de l’autre point de vue pour les langues polysynthétiques ; il en résulterait que les deux types remonteraient à une égale antiquité.

Si j'ai raison, il suit qu'il a dû y avoir au moins deux points d'origine pour toutes les langues existantes, ou pour mieux dire, au moins deux types de formation du langage s: : lesquels ont été modelés les premiers éléments de la parole. ‘es partisans les plus déterminés eux-mêmes de l'origine polysynthétique du langage n’émettent en effet point de doutes sur la nature très primitive du type monosyllabique. Ainsi, par exemple, M. Sayce est le principal soutien du parti polysynthétique, et pourtant il cite les formes isolantes du chinois et du taïque comme fournissant «d'excellents exemples des premiers temps de la parole » (1) et il les cite comme des « exemr'es venus du lointain Orient pour nous montrer de quelle facon nos ; ots ont pris existence » (2). Mais si le principal défenseur ‘u poiysynthétisme lui-même accorde qu'il en est ainsi, je ne puis concevoir comment il peut se faire que l’un des types se soit .i complètement transformé en l’autre qu'il n’ait laissé nulle "ace de son origine polysynthétique dans le type isolant. Car en raison des concessions qui viennent d’être faites, nous avons à conclure que la transformation a dû se produire peu de temps après que le langage, quelle que soit sa forme, a pris naissance, bien que, comme M. Sayce y insiste ailleurs (dans le passage déjà cilé) selon lui, « la conception de là phrase qui se trouve dans les dialectes polysynthétiques est exactement l'inverse de la conception qui se trouve dans les lypes agglutinants ou isolants ».

Étant donnés ces énoncés, faits par Sayce lui-même, je ne pense pas qu'il me soit nécessaire d’en faire plus pour justifier l'opinion déjà exprimée d'après laquelle il nous faut reconnaître au moins deux types de formation de langage sur lesquels ont élé modelés les premiers matériaux du langage. Il semble assez probable que ces deux types ont pris naissance d'une facon indépendante, en diverses parties de la terre, à des époques difrérentes, et il est possible que d'autres types encore aient surgi, qui Maintenant ont disparu, ou ont fusionné avec des branches des

(1) Introduction, 1, 120.

@) Hbid., 1, 116.

deux qui ont survécu. Quoi qu'il en soit, je crois que les deux écoles philologiques que nous considérons ont établi leur situation respective, et, par suite, qu'elles sont toutes les deux dans l'erreur en admettant si souvent que ces cas s’excluent mutuellement.

On voit donc que je suis entièrement en faveur de la théorie polyphylétique du développement du langage. Quand ce ne serait point pour les raisons philologiques spéciales que je viens d'énoncer, il me paraîtrait d'après le raisonnement général, à lui seul, bien plus probable qu'un instrument sociologique aussi utile que l’art de produire des signes articulés a dû se développer hors des signes par intonation et par geste, partout où lesfacultés psychologiques de l'homme étaient suffisamment développées pour que cette dérivation fût possible. Et s'il en est ainsi, il est évidemment probable que toutes les races aboriginelles qui ont été séparées géographiquement, ont dû, avec lenteur et d'une façon indépendante, élaborer leurs formes primitives de langage, à supposer, naturellement, que l'humanité s'est partagée en parties isolées tandis qu'elle était encore à l'état alalique, ce qui, comme je l'expliquerai tout à l'heure, me paraît être l'hypothèse la plus vraisemblable. Et, s'il en était ainsi, il me paraît fort improbable que des langues qui ont pris naissance et se sont développées indépendamment les unes des autres, se soient trouvées dans la nécessité de s'engager dans le type monosvyllabique ou polysynthétique ou en quelque autre type d'une facon exclusive. Pour les autorités compétentes, c'est une croyance universelle que les langues existantes ont pris naissance en plus d'un centre (1). Mais il est trop de ces autorités qui me semblent être encore enchaînées par une hypothèse absolument gratuite et improbable, par l'hypothèse d’après laquelle, quand bien mème les différentes langues ont pris naissance dans des centres diffé-

(4) « Le nombre des familles de langage différentes, actuellement existantes, et qui ne peuvent ètre rattachées les unes aux autres, est au moins de 75, et ce chitfre s'accroîtra sans doute quand nous aurons des grammaires et dictionnaires des nombreux langages et dialectes qui nous sont encore inconnus, et quand nous connaitrons mieux ceux dont nous n'avons qu'une connaissance partielle, Si nous ajoutous à cellesci les innombrables groupes de langues qui ont passé sans même laisser de vestiges, comme le basque dans les Pyrénées, ou l’étrusque dans l'Italie ancienne, on pourra se faire quelque idée du nombre infini des centres primitifs, ou agglomerations, où le langage a pris naissance, » (Sayce, Intr'odurtion, I, 323.)

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rents, toutes ont dû naître en présentant un air de famille exact en ce qui en concerne le type et le génie. Mais cette hypothèse n'est nullement fondée, et ni la physiologie, ni la psychologie de l'humanité ne lui sont favorables. Au contraire, si nous examinons le cas le plus analogue, celui de l'enfant en voie de développement, nous y trouvons de nombreuses preuves montrant que les premières tentatives d'articulation peuvent se faire sur des types différents, comme nous l'avons vu si nettement établi par les citations empruntées au docteur Hale dans un chapitre antérieur.

A ce propos, j'aimerais finir le chapitre actuel en mettant en relief l'ingénieuse et intéressante hypothèse qui a été proposée par cet auteur, et qui s'appuie sur les faits auxquels il vient d'être fait allusion. Pour que les mérites de cette hypothèse puissent ètre appréciés, il convient de rappeler au lecteur que les langues actuellement parlées par les tribus indigènes du continent américain présentent entre elles de si nombreuses et si importantes différences, qu'à l'égard d'un grand nombre d'entre elles il est impossible au philologue de suggérer même une classification philologique. Ainsi, pour citer M. Whitney, « en ce qui concerne lesmatériaux de l'expression, il est pleinement reconnu qu'il y a entre eux une diversité inconciliable. Il est un très grand nombre de groupes entre les signes expressifs desquels il n'existe pas plus de correspondance apparente qu'entre ceux de l'anglais, du hongrois et du malais. Il n'en existe point qui ne puisse ire simplement fortuite (1). »

Et ce qui est très curieux, ces immenses différences peuvent exister entre des tribus voisines qui, selon toutes apparences, sont ethnologiquement identiques, comme par exemple, les groupes igonquin, iroquois et dakota. En outre, cette diversité dans ha structure du langage atteint, dans certains cas, les racines mêmes du développement; « la structure polysynthétique n'apbartient pas au même degré à toutes les langues américaines, elle semble, au contraire, chez certaines, être absolument oblilérée ou manquer originellement (2).» Bien plus, même le type

kolant a pris pied, et ceci sous sa forme monosyllabique et non lexionelle

! Life and Growth of Language, p. 259.

?) Ibid., p. 262.

Romaxes, Évol. ment.

Telle étant la situation sur le continent américain, et aussi, quoique à un moindre degré, dans le sud de l'Afrique, M. Hale suggère l'hypothèse suivante pour l'expliquer. Elle me semble certainement plausible, et si, dans l'avenir, elle fournissait ls moyen d'éclaircir le mystère du développement linguistique dans le nouveau monde, elle pourrait évidemment être considérée comme une explication suffisante des différences radicales de langage constatées ailleurs.

Partant des faits que j'ai déjà cités d’après lui, à la fin de mon chapitre sur l’Articulation, il plaide cette cause, que si les enfantsinventent ainsi spontanément, et d'une façon entièrement arbitraire, un langage à eux, même quand ils se trouvent dans une communauté civilisée dont ils entendent parler le langage, à plus forte raison ceci se passerait-il chez des enfants qui auraient été accidentellement séparés de la société des hommes, et ainsi réduits à leurs propres ressources dans l'isolement. Maintenant, « si, dans de pareilles circonstances, la maladie ou les accidents inhérents à la vie d’un peuple chasseur faisaient périr les parents, il est évident que la survie des enfants dépendrait principalement de la nature du climat, et des facilités avec lesquelles des aliments pourraient être procurés durant toutes les saisons de l’année. Dans l'ancienne Europe, une fois que les conditions climatériques actuelles se sont établies, il est douteux qu'une famille d'enfants âgés de moins de dix ans eût pu traverser un seul hiver. Aussi ne sommes-nous point surpris de voir qu'il n'y a guère que quatre ou cinq groupes linguistiques en Europe, et que tous, sauf le basque, ont vraisemblablement, d'après des preuves satisfaisantes, été introduits à une

époque relativement récente. Quelques-uns même vont jusqu'à

assigner aux Basques une origine nord-africaine, et la chose esl probable. On en peut dire autant de l'Amérique du Nord, dela partie située à l'est des montagnes Rocheuses et au nord du tropique. Le climat et la rareté de la nourriture en hiver sont tels que nous ne pouvons supposer qu'une famille d'orphelins en bas âge eût pu survivre, sauf peut-être par un hasard heureux, dans quelques points favorisés, au bord du golfe du Mexique où des coquillages, des fruits et des racines comestibles sont abondant et faciles à recueillir.

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Mais il est une région où la nature semble s'offrir comme une nourrice pleine de bonne volonté, et comme une mère généreuse aux faibles et aux abandonnés. De tous les pays du globe, iln'en est peut-être pas un où un petit troupeau de très jeunes enfants trouverait plus aisément à se maintenir en existence qu’en Californie. Son admirable climat, doux et égal par-dessus tous, est bien connu. M. Cronise, dans son volume Natural Wealth of California, nous dit que « la moyenne mensuelle du thermomètre à San-Francisco est 10° en décembre, le mois le plus froid, et 16° en septembre, le mois le plus chaud », et il ajoute : «Bien que la Californie atteigne la latitude de la baie de Plymouth au nord, son climat, dans toute son étendue, est aussi doux que celui des régions voisines du tropique. Pendant une moitié de l'année il ne pleut pas; la neige et la glace sont presque inconnues, sauf dans les parties élevées ; il y a au moins deux cents journées sans nuages par an. Les rosiers fleurissent en plein champ toute l'année. » Tout aussi remarquable que ce climat exquis est l’étonnante variété des aliments qui semblent, pour ainsi dire, s'offrir aux mains délicates des enfants : des fruits de toutes sortes, fraises, mûres, groseilles, framboises, y poussent spontanément et sont abondants. De grands fruits et des noix comestibles attachés à des branches basses «pendent aimablement » selon l'expression de Milton. M. Cronise énumère entre autres la cerise et la prune sauvages qui «poussent sur des arbustes, » le faux raisin (Berberis Aerbosa) « petit arbuste » qui porte des fruits comestibles, et l'Æsculus Californica «un arbre ou arbuste bas et large, ayant rarement plus de quinze pieds de haut » qui « porte des fruits

abondants fort employés par les Indiens ». Il y a des racines

alimentaires variées qui mûrissent à des saisons différentes. Les

poissons abondent dans les rivières, et se prennent par les

procédés les plus simples. Au printemps, nous apprend

M. Powers, le whitefish « pullule en telles quantités dans les

criques que les Indiens, simplement en entravant leur progres-

Sion au moyen de quelques herbes, peuvent littéralement le

prendre à la main ». Les coquillages et Je: larves 2E5nüceut, et

sont avidement dévorés par les indigèr::. Les vers de terre

qui se trouvent partout, et en toute saison, constituent un mets

très recherché. Pour le vêtement, l’auteur que nous venons de citer nous apprend que « dans {a plaine, tous les mâles adultes et tous les enfants de moins de dix à douze ans vont entièrement nus, les femmes portant simplement une étroite lanière de peau de cerf autour de la ceinture ». Pouvons-nous nous étonner si, dans une région tempérée et pleine de fruits, il se trouve un grand nombre de tribus séparées, parlant des langues qu'une étude attentive a fait classer en dix-neuf groupes linguistiques distincts ?

« Le climat de la région côtière de l'Orégon, bien que plus froid que celui de la Californie, est encore beaucoup plus doux et plus égal que celui des régions situées sous la même latitude vers l’est, et l'abondance des fruits, des racines et des poissons comestibles, et de beaucoup d’autres aliments faciles à atteindre, est très considérable. Une famille de jeunes enfants, si l'un d'eux était assez âgé pour prendre soin des autres, pourrait facilement atteindre la maturité dans un coin abrité de celte agréable et riche contrée. Nous ne pouvons donc être étonnés en voyant que le nombre de groupes linguistiques dans cette étroite région, bien que moindre qu'en Californie, est plus du double de celui que l'on rencontre dans l'Europe tout entière, et la plupart d’entre eux se groupent près de la frontière californienne.

« Des réminiscences de la langue des parents persisteraient probablement chezles enfants plus âgés et reprendraient vie, et se fortifieraient à mesure que leurs facultés se développeraient. Nous pouvons de la sorte expliquer le fait qui a embarrassé tons les investigateurs, le fait que certaines ressemblances inattendues et sporadiques dans la grammaire et dans le vocabulaire. qui peuvent à peine être considérées comme purement accidentelles, se présentent quelquefois entre les langues les plus dissemblables.

« Un coup d'œil sur les autres provinces linguistiques montrera combien cette explication de l'origine des groupes s'applique partout ailleurs. Le Brésil tropical est une région qui réunit l'été perpétuel avec une profusion de fruits comestibles, et d'autres aliments variés non moins abondants qu'en Californie. S'ilest une région où l’on doive rencontrer un grand nombre de langues totalement différentes, c'est bien celle-ci, Et tel est en

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effet le cas, ainsi que nous l'apprenons par une autorité très compétente, lebaron J.-J. de Tschudi. Dans l'introduction de son récent ouvrage sur la langue khetshua, il dit : «Je possède une collection faite par le naturaliste bien connu, J. Natterer, durant un séjour de plusieurs années au Brésil, de plus de cent langues complètement distinctes au point de vue lexicologique, de l'intérieur du Brésil. » Et il ajoute : «Le nombre des soi-disant langues isolées, c'est-à-dire des langues qui, d'après nos connaïissances actuelles, n’ont aucune parenté avec aucune autre, et forment, par suite, des groupes distincts plus ou moins étendus, est très considérable dans l'Amérique du Sud, et peut s'estimer approximativement à plusieurs centaines. Peut-être sera-t-il possible, plus tard, de réunir quelques-unes en des familles plus considérables, mais il en restera certainement beaucoup pour lesquelles ceci ne pourra se faire. »

Jai cité cette hypothèse, comme je l'ai déjà fait remarquer, parce qu'elle me paraît intéressante au point de vue philologique, mais quoi qu'en puissent penser les autorités compétentes, les preuves que fournit le continent américain de l'origine polytypique et polygénétique des langues indigènes demeurent les mêmes. Et s'il y a de bonnes raisons pour conclure en faveur des origines polygénétiques des types différents pour les langues de te continent, naturellement il devient probable qu'on est en droit d'expliquer les différences radicales de structure parmi les langues du vieux monde par le fait qu'elles aussi dériveraient de sources parei!ement indépendantes (1).

(1) Je puis ajouter que l'hypothèse est confirmée par des sources qui ne sont point citées par l'auteur, En effet, l'archidoyen Farrar écrivait en 1865 : « Les eufants, très négligés dans quelques-uns des villages indiens et canadiens, et qu'on hisse seuls pendant des journées, sont capables d'inventer, et inventent effectivement, pour leurs besoins, une sorte de lingua franca, totalement, ou en partie ltompréhensible pour tous, sauf pour eux-mèmes», et le mème auteur cite M, R. Nolfat comme « témoignant d'un phénomène analogue qui se présente dans les \illages de l'Afrique du Sud » (Mission Travels), H fait également allusion au fait que « les sourds-muets ont une aptitude instinctive à se créer pour eux-mêmes Un langage de signes » qui, comme nous l'avons vu dans un précédent chapitre, tonprend l'emploi de sons articulés arbitraires, bien que, dans ce cas, ceux qui parlent ne puissent entendre les sons qu'ils produisent,

Pendant que le présent ouvrage s'imprimait, un autre travail a été publié par

M. Hale sous le titre de The Development of Language ; renferme des preuves suplé- Meulaires à l'appui de cette hypothèse,

ne

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