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CHAPITRE XIV

Nous sommes maintenant en situation de considérer certains sujets qui sont d’un? haute importance pour la question étudiée dans le présent ouvrage. Dans les chapitres qui précèdent, j'ai eu l'occasion de montrer que tout le poids de la différence psychologique entre l’homme et la bête doit être, — et c’est là que l'oat placé tous les écrivains compétents d'entremes adversaires, — dans la faculté distinctivement humaine qui a nom jugement. Tout esprit capable de juger, au sens étroitement psychologique du mot, est apte à la prédication, et vice versa. Je prétends, en fait, avoir démontré d’une facon concluante que certains auteurs se sont étrangement mépris dans leur analyse de la prédication. Ces erreurs de leur part re m’'exonèrent toutefois pas de la nécessité d'expliquer la genèse de la prédication, et j'ai cherché à m'acquitter de ma tâche, en montrant comment la faculté a dû exister en germe dès que la phase dénotative de l’art de faire des signes a passé à la phase connotative, et permis ainsi de mettre en contact, ou en apposition, le nom des objets etle nom des qualités ou actions. Mais, dans la discussion de cet important sujet, je. suis resté jusqu'ici sur le terrain de l’analyse psychologique seule. Nous en sommes maintenant venus au point où nous pouvons envisager le sujet à la lueur indépendante de l'analyse philologique. Tandis que nous avons jusqu'ici considéré, en nous basant sur la science mentale seule, te qu'a di être la genèse de la prédication — en supposant qu'elle à eu une genèse, — il nous faut voir maintenant si notre déduclion est corroborée par des preuves inductives empruntées à la stience du langage: il nous faut voir ce que cette genèse a été.

Et ici j'aime mieux dire de suite que les résultats acquis à la science philologique sont tels qu'ils nous reportent à une situa-

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tion plus primitive encore que toutes celles que j'ai pu considérer jusqu'ici. Cor, tant qu'il m'a fallu m'en tenir à l'analyse psychologique, j'ai dû suivre mes adversaires quand ils considéraient le langage tel qu'il existe à l'heure présente. Pour discuter avec eux sur ce terrain, il me fallait considérer ce qu'ils avaient dil de la philosophie de la prédication, et, pour faire ceci, il inc fallait en outre laisser de côté, pour les étudier ensuite à part, les résultats des recherches philologiques qui ont été partout ignorés. Mais nous en sommes venus maintenant au point où nous pourrons entièrement abandonner l'analyse psychologique, ei nous placer sur le terrain plus sûr encore de ce que j'ai déjà nommé les annales paléontologiques de l’évolution mentale, telles qu'elles ont été conservées dans les stratifications du langage. Quand nous aurons fait ceci, nous verrons que nous n'avons pas jusqu'ici retracé la genèse de l’idéation conceptuelle hors de l'idéation réceptuelle comme, — cela est évident, — nous le pouvons en obtenant les preuves les plus satisfaisantes de la chose.

Jusqu'ici donc j'ai rencontré mes adversaires sur leur propre terrain, et un de leurs arguments est que le langage a dû toujours exister tel que nous le connaissons actuellement, où qu'au moins il a toujours compris des mots susceptibles d'être groupés en propositions pur exprimer l'intention sémiotique de celui qui parle. Mais cet argument est faux : les philoiogues le savent bien. En fait, le langage n’a pas commencé avec une seule de nos distinctions récentes entre le nom, le verbe, l’ad’eciif, la préposition, etc. ; il a commencé par être le protoplasme non différencié du langage, hors duquel toutes ces « parties du langage » se sont par la suite développées, grâce à une évolution graduelle et prolongée.

« Die Sprache ist nicht stückweis oder atomistisch; sie ist gleich in allen ihren Theilen als Ganzes und demnach org«nisch entstanden (1). »

Ce fait très général et très important est généralement rapporté, comme je crois qu'il le fut pour la première fois, par l'anthropologiste Waïtz, sous la forme que voici: « L'unité du

- (4) Schelling, Ein, in die Philos. d,. Mythologie, p. 51.

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langage est non le mot, mais la phrase (1). » Il en résulte qu'historiquement la dernière a précédé le premier, ou, autrement dit, et en termes moins ambigus, chaque mot était originellement en lui-même une proposition, en ce sens que par lui-même il communiquait un énoncé. Naturellement, plus un mot unique remplissait les fonctions maintenant accomplies par plusieurs mois assemblés en proposition, plus sa signification était générale, et perdait en netteté. La phrase ou proposition, telle que nous la voyons maintenant, représente ce qu’on peut appeler une division psychologique du travail; les sujets, les attributs, les qualificatifs indiquant le temps, :2 lieu, l'agent, l'instrument, etc., sont maintenant autant d'organes différents du langage qui sont réservés pour l'exécution d'autant de fonctions différentes du langage. La vie du langage, sous cette forme ayant atteint son plein développement, est donc beaucoup plus complexe, et il est susceptible d'exécuter des opérations beaucoup plus délicates qu'il ne l'était au moment où il se trouvait encore dans la phase de non-différenciation qu'il nous faut maintenant envisager.

Pour avoir une idée nette de cette phase protoplasmique du langage, il serait préférable que nous prissions d’abord un exemple, tel qu’ii nous est fourni par l’enfant qui commence à parler. Par exemple, comme l'indique M. Max Müller, « si l’enfant dit #p (en haut), ce wp est pour lui nom, verbe, adjecif, tous réunis en un nom. Si un enfant anglais dit £a, ce ta est pour lui un nom ({hanks, remerciements) et un verbe (Je ous remercie). Bien plus, même si l'enfant apprend à parler g'ammaticalement, il ne pense encore pas d’une façon grammalicale; il semble dans son langage porter les vêtements de ses parents, bien qu'il ne s’y soit point encore adapté » (2).

Comme Friedrich Müller le dit encore : « le mot enfantin baba (dormir) ne signifie pas simplement dormir, c’est-à-dire ue forme particulière du repos ; cela signifie encore, et plutôt, toutes les circonstances qui se rapportent au sommeil ; le berteau, les rideaux, le traversin, les vêtements de nuit, etc. (3) » Ce

(1) Anthropologie der Naturvotker, I, p. 272. Voir aussi F. Müller, Grundriss der Sprachwissenschaft, I, p. 49.

(2) Science of Language, 11, 91-92.

(3) Grund, d. Sprachwiss., 1, 43.

mot signifie indifféremment et pareillement : dormant, ayant sommeil, dormeur, etc., et peut tenir lieu d’une infinité de propositions telles que « j'ai sommeil », « je veux dormir », « il dort », etc.

Naturellement on pourrait ci‘ . 'cre nombre d'exemples, mais ceux-ci suffisent à montrer & que nous entendons par un «mot-phrase ». Le point qui frappe ensuite notre attention est la manière dont le jeune enfant particularise les significations de ses mots-phrases, de facon à imiter leur signification hautement générique Zer se, et à leur faire rendre le sens spécial oùils sont pris. En somme, le seul moyen dont l'enfant dispose pour ce faire, c'est l'emploi de l’intonation et du geste. fei l'adapta- Lion de l’action au mot est une condition nécessaire à l’'énonciation sémiotique ; les formes plus primitives de l’art de faire des signes sont les suppléments nécessaires de ces embryons d: formes plus élevées. Bien plus, elles en sont encore en grande partie les ascendants directs. C'est en désignant (c'est-à-dire en revenant à ce que j'ai appelé la phase première, ou « phase indicative » du langage) que l'enfant arrive à marquer le lieu, l'agent, l'instrument, etc., auquelil veut appliquer un mot-phrase, et c’est de cette facon que nous entrevoyons pour la première fois ce fait hautement important que les premières indications de la grammaire sont fournies par l'emploi simultané des motsphrases et des gestes-signes.

Je veux maintenant prouver que dans l’histoire de la race le langage parlé a commencé sous forme de mots-phrases, que la grammaire est fille du geste, et qu'en conséquence la prédication est simplement la forme adulte de la même faculté de faire des signes que, dans son enfance, nous connaissons sous le nom d'indication. N'ayant point de compétence spéciale en matière de philologie, je veux toujours m'appuyer sur les faits au sujet desquels les maîtres reconnus de la science se sont mis d'accord.

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l'égyptien il n’y a point de distinction formelle entre le nom, l'adjectif, le verbe ou la préposition : le mot ank, par exemple. signifiant indifféremment né, vivant, vivre, plein de vie, etc. (l}

(1) Ægypten, I, p. 324.

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De même, en chinois « le mot peut être encore employé indifféremment comme nom, comme verbe, adverbe, ou comme signe d'un cas, comme pour des mots tels que silver et picture, et sa place dans la phrase décide seule du sens où ille faut prendre. C'est ici un excellent exemple de ces premiers temps du langage où les mots-phrases renfermaient toutes les différentes parties du langage réunies, tout ce qu'il fallait pour une phrase complète ; et ce n'était que par le contact et le contraste (c'est-à-dire l'apposition) avec d'autres mots-phrases, qu'ils finirent par avoir un sens et un usage plus restreints, et devenir de simples mots » (1).

Plus loin, je fournirai d'abondantes preuves d'une situation analogue dans d’autres langues encore peu développées, des langues de peuples sauvages en particulier. Mais il est peut-être plus important encore de prouver que la plus développée de toutes les langues — celle du groupe indo-européen — porte encore les traces certaines de son passage par cette phase primitive. 11 serait aisé de citer un grand nombre de témoignages à l'appui de ce fait, mais je me contenterai d'un seul, du témoigage du professeur Max Müller. Sa déposition sur ce point peut être considérée comme celle d’un adversaire.

« ILest vrai, rien ne peut exister dans le langage en dehors de la phrase, en dehors de ce qui renferme un sens ; mais, pour cette raison même, on doit voir que tout mot a primitivement dû être une phrase. La simple racine, qu racine, ne peut être appelée phrase, et, dans ce sens, on peut refuser à une simple racine la dignité de mot. Mais aussitôt qu'une racine est employée pour la prédication, elle devient un mot, qu'elle subisse ou non une modification extérieure. Ce qui en chinois s'opère par la position ou par l'intonation, c’est-à-dire l’adaptation d’une racine à l'emploi comme mo’, se fait dans les langues aryennes au moyen de suffixes et de terminaisons, bien que parfois encore par des modifications d’intonation. Nous avons vu que, dans une phase antérieure, les langues aryennes pouvaient élever une racine à la dignité de mot, sans le secours de suffixes, et que, par exemple, le mot ywdh (se battre) pouvait

(1) Sayce, Introduction, ete., I, p. 119-120.

servir à désigner les cinq aspects de l'acte: l’acte de se battre, l'agent, l'instrument, le lieu et les résultats. Pour la clarté, toutefois, aussitôt que le besoin s’en fit sentir, le langage aryen introduisit des éléments dérivatifs, principalement démonstratifs ou pronominaux.

« L'impératif peut véritablement être regardé comme la phrase primitive par excellence, et il importe de noter combien peu il s'écarte de ce qui a été considéré comme la véritable forme d'une racine dans nombre de langues... Le mot va [tisser), prononcé pour rappeler ou pour commander, a autant de droits à être considéré comme une phrase que le mot « travaillons », c'est-à-dire : « que nous travaillions » De l'emploi d’une racine à l'impératif, ou sous les formes d’une assertion générale, il y a une transition aisée à son emploi en d’autres sens, et pour d'autres buts... Un maître qui veut faire travailler ses esclaves, et qui leur promet leur nourriture pour le soir n’a qu’à dire : « Travailler, manger », et ceci est tout aussi intelligible que : « Travaillez, et vous aurez à manger », ou, comme nous le disons maintenant : « Si vous travaillez, vous aurez à manger (1). »

Nous pouvons donc poser comme une doctrine générale, où comme un principe philologique bien établi, Le fait que « le langage commence par des phrases, et non par des mots isolés » (2), c'est-à-dire qu'originellement tout mot, par lui-même, renfermait un sens complet, à la facon des premiers mots du langage enfantin. — « La phrase est la seule unité que puisse connaître le langage, et c’est là le point de départ le plus reculé de toutes nos recherches linguistiques... Si la phrase est l'unité du langage doué de signification, il est évident que tous les mots individuels ont dû une fois être des phrases, c’est-à-dire qu'à leur origine ils ont tous dû impliquer ou représenter une phrase (3). »

« L'élaboration de mots, en tant que distincts des phrases, à été un processus long et laborieux, et il y a nombre de langues. telles que celles de l'Amérique du Nord, où le processus a encore à peine commencé. Un dictionnaire est le résultat de la réflexion,

(4) Science of Thought, p. 423-440.

(2) Sayce, Introduction, I, p. 111, (3) Id., ibid., I, p. 113-114.

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Ou, pour ne faire encore qu'une citation, comme le dit le professeur Max Müller, « il est difficile pour nous de penser en chinois, ou dans une langue quelconque formée de racines, sans y introduire nos catégories de pensée. Mais si nous étudions le langage de l'enfant, qui est en réalité du chinois parlé en anglais, nous voyons qu'il y a là une forme de pensée, et aussi de lansage, qui est parfaitement rationelle et intelligible pour tous «eux qui l'ont étudiée, mais chez qui, néanmoins, la distinction entre le nom et le verbe, voire même entre le sujet et le prédicat, n’est point encore réalisée » 2),

Prenant donc pour point de départ cette phase de non-difrérenciation du langage, voyons comment les différentes parties du langage se sont développées.

Il semble certain que l’une des premières à se développer ait été k pronom. Er outre, tous les pronoms (ou éléments pronomimaux) tels qu’ils furent originellement différenciés, ne se distinguaient point de ce que nous appellerions maintenant adverbes, tils avaient tous pour fonctions de dénoter des relations de lieu (3).

Nulle exception à cette règle générale ne peut être faite, même en Ce qui concerne les pronoms personnels. « Hic, iste, ille sont, on le sait, des sortes de corrélatifs de ego, tu, sui, et, si l'usage des langues l'avait permis, auraient pu en toute occasion eur être substitués » (4). 11 y a de très bonnes raisons pour condure que ces adverbes pronominaux, ou pronoms adverbiaux, rent tout d'abord ce qu’on peut appeler des traductions artituées de gestes-signes, de signes indiquant des relations de lieu, Je étant. l'équivalent de celui-ci, il ou elle étant l'équivalent de celui-là, nous trouvons aisé de découvrir les signes indialifs d'où sont nés ces termes dénotatifs, et, bien que nous ne Soyons pas actuellement en état de fournir la source phonétique de ces éléments « démonstratifs » ou « pronominaux » d'une

(1 Sayce, Intrnduction, p. 121.

() Science of l'hought, p. 242.

(3) Garnett, Philolog. Essays, p. 81.

(A Id., ibid, p. 11-78.

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haute antiquité, il est facile d'imaginer qu'ils ont pu prendre naissance de la manière en apparence spontanée dont les très jeunes enfants inventent des sons arbitraires, dont ils font des noms propres et des adverbes de position. Nous ne nous abusons pas en comparant la phase d'évolution mentale atteinte par les premiers faconneurs du langage articulé avec celle du jeune enfant, et un fait additionnel du plus haut intérêt vient corroborer nos vues : c’est le fait que l'homme primitif, comme l'enfant, commence à parler de lui-même en se servant de la troisième personne. « L'homme se regarda comme un objet avantdese considérer comme un sujet, et de là suit que « les cas objectifs « du pronom personnel, aussi bien que des autres, sont toujours « plus anciens que les cas subjectifs » et Le sanscrit 24m, ma, (ue grec, me latin) est antérieur à aham (èywv et ego) (1). »

Je ne voudrais pas que le lecteur pût m’accuser d’avoir recours à une hypothèse insuffisante en rapportant aux signes-gestes l'origine des éléments pronominaux, et je citerai ici l'opinion du professeur Max Müller, qui entre tous Les philologues est celui que l’on peut le moins soupçonner de tendresse pour le camp où j'aipris position dans le débat actuel. Parlant de ces « éléments démonstratifs qui indiquent un objet dans l’espace et dans le temps, et expriment les idées que nous rendons maintenant

(4) Farrar, Origin of Language, ». 99. Ce passage continue de la manière que voici. « Nous aurions pu conjectarer ceci du fait qui a été déjà observé, que les enfants apprennent à parler d'eux-mêmes à la troisième personne — c'est-à-dire qu'il se regardent comme des objets — longtemps avant d'acquérir le pouvoir de reprisenter leurs personnes matérielles comme l'instrument d’une entité abstraite. » Il fait encore allusion à « quelques remarques admirables ayant trait à cette question, faites par M. F. Whalley Harper dans son excellent Power of Greek Tenses » et revient sur la question dans ses Chapters on Language plus récents (p. 62). Je pourrais citer d’autres autorités qui ont commenté cette particularité philologique des pronoms primitifs, mais je me contenterai d'ajouter les notes qui suivent pour montrer combien cette particularité peut survivre mème dans les langues encore pariées. Le ulun malais, (je) signifie encore « un homme » en lampong, et le wgwany du kawi, (Je)ue peut se séparer de nwang (homme) » (Sayce, Introduction, Il, p. 20, Enfin, Wundt a indiqué que cette forme impersonnelle du langage caractérise n0n seulement les premiers éléments pronominaux, mais aussi Les formes élémentaires de prédication, Par exemple : « Les premiers jugements qui s'opèrent dans la co science sont des jugements sans sujel, et les prédicats de ceux-ci expriment un idée sensitive, invariablement, « 11 ÿ a du tonnerre, il y a des éclairs ; cela brille» telles sont les sortes de jugements que l’homme pense et exprime tout d'abord. Chaque prédicat, qui s'impose par la perception même d'un objet, servira à désigner l'objet. « Le brillant, le tonnant, ete., » tels sont les mots qui se forment tout d’abord dans le langage. » (Loc. cil., II, p. 371.)

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par alors, ceci (je), cela (là, il, elle), près, loin, au-dessus, audessous, etc., » il dit que « dans leur forme primitive, et tels qu'ils ont été originellement dirigés, ils s'adressent aux sens plutôt qu’à l'intelligence : ils sont d'ordre sensitif et non d'ordre conceptuel » (4). Et ailleurs il ajoute : « Je ne vois pas pourquoi nous ne les considérerions pas comme de véritables survivants d'une phase du langage où la pantomime, les gestes, la désignation directe des objets par le doigt, étaient encore des éléments indispensables à toute conversation (2). » Et ailleurs : « Ce fut un des traits caractéristiques de la langue sanscrite, et des autres langues aryennes, qu'elles s’efforcèrent de distinguer les différentes applications d'une racine, au moyen de ce que j'ai nommé les racines ou éléments de démonstration. Si l'on voulait distinguer la natte en tant que résultat de son travail, de ce travail même, on disait : « Nattage-là », etsi l'on voulait encourager letravail, on disait: « Nattage-ils, ou vous, ou nous.» Nous avons vu que nos racines ou éléments de démonstration doivent être

| considérés comme des vestiges de la phase première et presque

pantomimique du langage, phase où le langage était à peine ce que nous désignons sous ce nom, c’est-à-dire un logos, un assemblage, mais consistait seulement en l'acte de désigner, de montrer (3). »

Quelques philologues sont d'avis, toutefois, que ces éléments de démonstration étaient probablement « autrefois des mots complets, ou prédicatifs, et que s’il nous était possible de pénérer jusqu'à une phase plus jeune du langage, nous rencontreions les formes originelles dont ils sont les représentants mutilés, et à demi effacés (4). »

Toutefois, comme ces philologues eux-mêmes considèrent comme une chose certaine que tous les mots originellement vprédicatifs » se trouveraient avoir eu leur valeur prédicative

(1) Science of Thought, p. 221.

(2) Jbid., p. 554.

(1 lbid,, p, 241.

(4) Sayce, Introduction, t. 11, p. 25. Voir aussi Bleek, Ursprung der Sprache, 10-72, et F, Müller, Gruxidriss der Sprachwissenschaft, 1, p. 40, et Noiré, Logos, p. 186. La principale raison de ce scepticisme se trouve dans le fait qu’il est diffcile de concevoir comment un mot eût jamais pu prendre pied s'il n'avait dès le début présenté quelque signification prédicative, indépendante, Mais il me parait que la force de cette objection disparaît si nous nous rappelons que les sons

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