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déterminée par le geste, « si nous pouvions remonter à une phase plus reculée du langage, » la question de savoir si les éléments démonstratifs qui sont arrivés jusqu’à nous avaient ou n'avaient point eux-mêmes originellement une valeur prédicative, n’a pas d'importance vitale pour le point dont il s’agit. Car il est certain que pour les éléments pronominaux qui furent réellement originels en tant que tels, ce furent les gestes-signes dont ils s’accompagnaient qui permirent d'en faire comprendre la signification prédicative ; et bien que — nous devions nous y attendre — dans les cas particuliers, il soit naturellement impossible de prouver si ces éléments nous sont parvenus, sous une forme qui peut être considérée pratiquement comme originelle, ou s'ils l'ont fait sous les formes de vestiges usés de mots indépendamment prédicatifs, les principes généraux que nous adoptons ne peuvent être réellement atteints par des incertitudes philologiques de détail, du genre de celles-ci. Celui même que nous venons de citer, et qui se demande si nous possédons suffisamment de preuves pour conclure que les éléments démonstratifs qui sont arrivés jusqu'à nous n’ont jamais été eux-mêmes des termes prédicatifs, s'exprime ailleurs de la manière que voici à l'égard de la prédication primitive en général :
« ILest certain, dit-il, qu'il y a eu une époque dans l'histoire du langage, où les sons articulés ou demi-articulés, émis par l'homme primitif, furent transformés en les représentants significatifs de la pensée grâce aux gestes qui les accompagnèrent; el cette combinaison de son et de geste — combinaison dans laquelle, il ne faut point l'oublier, le son n'avait point de signification en dehors du geste — forma la première proposition (4). » Le mème auteur, après avoir donné des exemples tirés des langues de l'Inde, ajoute : « Mais une langue flexionnelle ne nous permel point de suivre le processus de la fabrication des mots aussi claire-
sont arbitrairement inventés par les jeunes enfants et par les sourds-muets qui n'ont point été instruits, sans parler des sons inarticulés des Bosjemans, D'ailleurs rien n'est contraire à la théorie pronominale dans la supposition d’après laquelle les éléments pronominaux, même les plus primitifs, sont des survivances de mots phrases plus primitifs encore, supposition qui naturellement lèverait la difheullé dont il s’agit, Mais, comme je l'ai expliqué plus haut, cette difficulté, à supposer même qu'on ne püût l'écarter, n'aurait pas d'importance réelle pour mon hypothèse.
(1) Introduction, etc., I, p, 117.
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ment que le font ces iangages sauvages où deux sons, comme le ni ne des Grèbes, signifient : je le fais, ou vous ne le faites pas, selon le contexte et les gestes de celui qui les prononce. Ici, par degrés, et à mesure que se développent la conscience et l'analyse de la pensée, le geste extérieur est remplacé par quelque partie des sons émis qui est la même dans différents cas, et de cette manière les mots par lesquels s'expriment les relations grammaticales ont pris naissance. Un processus similaire a produit lks terminaisons analogiques par lesquelles nos langues indoeuropéennes adaptent un mot à l'expression de relations grammaticales nouvelles. »
C'est pourquoi, sans multiplier outre mesure les citations, nus pouvons considérer comme une doctrine philologique itablie Le fait que — selon l'expression de cet écrivain plus scep- | tique que les autres, lui-même — « la grammaire est née du geste et de la gesticulation » (1). Je montrerai plus loin de quelle façon intéressante les formes primitives du langage articulé demeurent,
ans leur organisation, parallèles au langage des gestes dont il a ité déjà parlé dans un chapitre précédent. C'est pour bien montrer ce parallélisme que j'ai consacré tant d'espace à la syntaxe du langage par gestes, et j'ai maintenant à montrer les ressemblances existant entre la construction des modes primitifs l'élocution, et celle des gestes dont la première dérive directement. Mais pour le montrer d'une façon complète, il nous faut l'abord considérer la philologie des mots prédicatifs.
Les parties du langage qui jouent dès le début un rôle dans la lrédication, et qui peuvent, par suite, être appelées les termes trédicatifs par excellence, sont les substantifs, les adjectifs et les terbes. J'exposerai tout d’abord, et brièvement, nos connaissnces à l'égard de l’évolution de ces éléments du langage.
Les preuves abondent pour montrer qu'originellement il n'y aait point de différence entre les substantifs et les adjectifs, ni autre Les mots indiquant les objets et ceux qui désignent les quatés, IL n'y a rien de surprenant ici, si nous nous rappelons que me dans les formes tout à fait développées du langage un
(D Introduction, ete., II, 301, Ou encore, comme le dit Wundt, Die demonstra-
lire Wurzel ist daher eine demonstrirende Pantomime in einen Laut übersetzt. (Vorlesungen, ete., If, p. 392.) :
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seul et même mot peut être substantif ou adjectif, selon le contexte de la phrase. -
Cannon dans cannon-ball (boulet de canon) ou pocket dans pocket-book (portefeuille, litt. livre de poche), sont des adjectifs en raison de leur position, c’est-à-dire de leur apposition avec les substantifs qu'ils servent à qualifier.
Il en est de même pour le génitif. Il est de nature attributive, et par cela même, comme l'adjectif maintenant indépendant, n'a pas eu d'existence indépendante originelle. Quand il fallait communiquer l'idée du génitif, on y réussissait en se servant encore de l’apposition. Et enfin, ce même procédé était utilisé pour la prédication. Pour emprunter ces faits importants à des sources autorisées, voici comment s'exprime Sayce: « Le génitif luimême, si nécessaire qu'il nous paraisse être, n’a pas toujours existé; il n'existe point encore dans certains groupes de langages comme le taïque et le malais. Au lieu d’un génitif nous avons ici l’apposition de deux noms , deux individus étant pour ainsi dire mis à côté l’un de l’autre, sans qu'il ait été fait d'effort pour déterminer leurs relations exactes en dehors du simple fait que l'un précède l’autre, et est, par suite, placé avant ce dernier. Cette apposition de deux noms, qui remplace encore le génitif dans nombre de langues, peut étre regardée comme étant attribulive, ou bien prédicative. Si elle est prédicative, alors les deux noms mis en apposition forment une phrase inconplète. Par exemple coupe or équivaut à cette coupe est en or.
Si elle estattributive, l’un des deux noms représente un adjettif et alors coupe or signifie une coupe en or (1). »
Puis, après avoir donné, d'après différentes langues, des exemples des procédés artificiels grâce auxquels, au cours du temps, ces trois différenciations grammaticales sont nées (savoir, par des changements conventionnels dans les positions des mois apposés, la forme 42 la prédication étant parfois AB, et la forme attributive ou de possession étant B À, tandis que dans d'autres langues on a procédé de la manière inverse), M. Sayce continue ainsi: «Les procédés primitifs pour distinguer le prédicat, l'attri but et le génitif, lorsqu'au cours du temps ces trois idées eurent
(1) Sayce, Introduction, 1, p. 415. Voir aussi F. Müller, loc, cit., I, p. 2, pour un autre exposé des faits auxquels Sayce fait allusion.
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fixes, auxiliaires, etc. (4). »
Pour mettre ce point hors de question, je veux donner ici une citation analogue empruntée à une autre autorité.
«C'est un fait curieux, et qui a, jusqu'ici, été méconnu par les gammairiens et les logiciens, que la définition d’un nom ne sapplique strictement qu'au nominatif. Les autres cas sont en réalité des attributifs, et l’inflexion n’est à tout prendre qu'un procédé pour changer un nom en un adjectif ou un adverbe. Ceci est parfaitement clair en ce qui concerne le génitif, et en fait il y a des preuves historiques montrant que dans les langues aryennes le génitif était originellement identique avec une terminaison adjective : a vie de l’homme et la vie humaine s'ex-
primant de la même façon. fi est également clair que nociem,
dans /let noctem, est un peu adverbe de temps. Il est moins aisé de voir que l’accusatif, dans la phrase : 2 bat le garçon, par exemple, est une sorte d’adverbe, parce que la connexion entre le verbe et l’objet est à tel point intime qu’elle forme presque une seule idée simple, comme dans le cas de composition de noms ; mais ilest clair que si garçon, dans le composé battre-garcon, est un attribut, il peut très bien en être de même quand battre est jeté dans la forme verbale sans changer de signification (2). »
Enfin, voici comment s'exprime à ce sujet Max Müller, en parlnt des adjectifs aryens. « Ceux-ci avaient été déjà employés avant le moment où pour la première fois on prononça des phrases du genre de: /e soleil est brillant, et en réalité la première occasion où il en fut fait usage fut celle où la qualité d'être brillant, ou le fait d'émettre de la lumière, furent affirmés et lrmulés sous une forme équivalent à brillant-ici. Les adjectifs, en fait, ont été formés au début exactement comme les substanils, et beaucoup d’entre eux ont pu être employés sous ces de x lormes. 11 y a des langues où les adjectifs ne sont pas distincts des substantifs. Mais bien qu'extérieurement identiques, ils sont tonçus comme étant différents des substantifs, du momentoù ils
(1) Sayce, Introduction, I, p. 416.
(2) Sweet, Words, Logic, and Grammar. (Trans. Philo. Soc., 1867, p. 493.)
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