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sont employés dans une phrase à l'effet d'affirmer ou de qualifier un substantif (1). »
Voilà pour les substantifs et les adjectifs, et on ne peut guère dire qu'il existe des raisons pour attribuer la priorité historique aux uns plutôt qu'aux autres, mais on peut admettre qu'aussitôt que les significations dénotatives des substantifs se furent fixées, il a pu y être joint des significations d’adjectif, de génitif et de prédicat, par le simple procédé de l'apposition, procédé qui, nous l'avons vu dans des chapitres antérieurs, est rendu inévitable par les lois de l'association, et par la « logique des événements », procédé qui a du être fourni à l'esprit, et non être intentionnellement imaginé par lui.
Au sujet des verbes, ou des mots à qui revient plus spécialement la tâche de la prédication, quelques philologues pensent que ceux-ci ont dù naître de l’apposition des substantifs avec les génitifs des pronoms (2). Et il est certain que dans diverses langues existantes, les fonctions affirmatives sont encore renplies de cette manière, sans qu'il existe de verbes du tout, comme nous le verrons plus tard. Mais d'autre part, on sait que nombre de substantifs aryens ont été formés par l’adjonction d'éléments pronominaux à des racines verbales déjà existantes d’une manière qui rappelle si fort les gestes indicatifs qu'il est difficile de douter de l'origine très primitive de la construction. Par exemple : creusant-lui — terrassier ; creusant-objet = bêche; creusant-ici = travail; creusant-là — trou, etc. (3). Ou encore « le trou est noir eût pu être originellement exprimé (en aryen) par creusant-objet, cachant ici ou cachant quelque part. Cachant-ici eût pu plus tard être employé dans le sensde cachette. Mais quand ce mot était employé comme simple prédicat qualificatif dans une phrase où il n'y avait qu'un sujet, il prenait aussitôt le caractère de l'adjectif (4). »
Il me paraît évident qu'il y a du vrai dans ces deux manières de voir, qui, par là, se trouvent n'être en aucune façon contradittoires entre elles. Il y a des faits montrant que nombre de substan-
(1) Science of Thought, p. 442.
(2) Voy. surtout Garnett, On {he Nalure and Analysis of the Verb. (3) Science of Thought, p. 223,
(4) Ibid, p. #42.
ifs sont ment; n langage Il n'es ver à des logiques nous par précédé par la re sauvages de la phi du nom, | vain, «C même ép gage ». Q ou Sans v dicats, ou verbes, o:
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(l) Sayce, ROMANES
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üifs sont d'origine postérieure à nombre de verbes, et inversement; mais rien ne montre que l’une de ces deux parties du langage ait, dans son ensemble, fai! son apparition avant l'autre.
Il n'est d’ailleurs guère vraisemblable que nous puissions arriver à des preuves définies à cet égard. Pour des raisons psychologiques, et d'après l'analogie fournie par les enfants, il doit nous paraître probable que ce sont plutôt les substantifs qui ont précédé les verbes, et cette opinion est sans doute confirmée par la remarquable pénurie de verbes dans certaines langues sauvages peu développées. Mais, en demeurant dans le domaine de la philologie pure, « nous ne pouvons faire dériver le verbe du nom, ni ce dernier du premier (1)». Ce sont, dit le même écrivain, «ce sont des créations coexistantes, appartenant à la même époque, et à la même phase de perfectionnement du lanvage ». Que ceci soit exact ou faux, il nous importe peu. Avec ou sans verbes l'homme primitif avait été apte à énoncer des prédicats, ou bien comme l'enfant qui vient d'apprendre l'usage des verbes, ou bien comme les sauvages, dont il a été parlé, qui font jouer à leurs noms, associés à des pronoms, le rôle de verbes.
Etant donné que mes adversaires ont tant appuyé sur le verbe substantif tel qu'il est employé par les langues romanes dans la prédication formelle, je veux consacrer ici un paragraphe spécial à la question envisagée au point de vue philologique.
On se rappellera que j'ai déjà indiqué l'erreur qu'ont faite ces contradicteurs, en confondant le verbe substantif ainsi employé avec la copule; par un simple hasard, dans les langues romanes, ls deux sont phonétiquement identiques. Toutefois, même ‘près que cette erreur leur a été montrée, mes adversaires peuvent vouloir s'appuyer sur le verbe substantif lui-même : obligés de reconnaître qu'il n’a rien de particulier à faire avec l'acte prédicatif, ils peuvent néanmoins essayer de montrer qu'en lui-même, ou en d’autres connexions, il représente un degré élevé de pensée conceptuelle. Naturellement j'accorde ceci, et si, comme le supposent mes adversaires, le verbe substantif a tppartenu aux modes anciens, sinon primitifs, du langage, je reconnaîtrai que ce sera là un obstacle formidable à l'explication
(1) Sayce, Introduction.
RoMANEs, Évol. ment,
fait, mes contradicteurs se trompent tout autant au sujet de la nature primitive du verbe substantif lui-même, qu'à l'égard de Ja fonction qu'il joue accidentellement dans l’acte de joindre deux termes par une copule(1). Je veux prouver ceci, et montrer que le verbe substantif n’est point, à beaucoup près, un élément primitif. Je veux rapporter ici quelques passages empruntés aux autorités philologiques.
« Quelle que puisse être notre estimation & priori de la puissance du verbe substantif, son origine peut être suivie par la philologie jusqu’à des sources très humbles, et d'ordre matériel. Les verbes hébreux 11 (koua) et na (haïa) peuvent très bien avoir pris naissance dans une onomatopée respiratoire. Le verbe kama, qui a la méme signification, veut dire primitivement sr tenir dehors, et le verbe Æoum (se tenir debout), prend ie sens de étre. Dans le sanscrit, as-mi (d’où dérivent tous les verbes substantifs dans les langues indo-européennes, comme «w, sum, am, hami en zende, esmi en lithuanien, ex en islandais, etc.), n’est point, à proprement parler, une racine verbale, mais une « formation sur le pronom démonstratif sa, l'idée renfermée dans ce composé étant simplement celle de la présence locale. » Et des deux autres racines employées dans le même but, en particulier bu (gôw, fui) et sth4 (stare, etc.), la première est probablement une imitation respiratoire, et la seconde est notoirement un verbe physique signifiant se fenir debout, se dresser. Ne pouvons-nous pas dire avec Bunsen: « Qu'est-ce donc que le verbe étre, dans toutes les langues, si ce n’est laspiritualisation de marcher ou se tenir debout ou manger (2)? »
Je citerai encore une autorité : « Pour terminer, quant à présent, la discussion de ce vaste sujet, je veux offrir quelques remarques sur le soi-disant verbe-substantif, au sujet de là nature et des fonctions duquel il a probablement existé plus de malentendus que sur tout autre élément du langage. On sait bien que beaucoup de grammairiens ont la coutume de représenter cet élément comme constituant la base de toule
(4) Voir pp. 165-167 quel est, sur les deux aspects du verbe en question, l'avis de mes adversaires.
(2) Farrar, Origin of Language, p. 105-6.
évolutionniste qui est jusqu'ici demeurée sans encombre. Mais, en
expré toute toute égale:
muler quelle borne les fo dialec| quelqt de ceu servira phéno:
« En vantes stantifs essenti.
connaît particul bales s qu'impl gramma Corresp( nous y (chi, ne:
lement les Ézy à cet ég méthode aient, L tratif pe l'article d {e corres] au plurie tion d'u trouvons Complète verbe, et
bre.Mais,en sujet de la l'égard de la joindre deux ontrer que le nent primitif.
aux autorités
ri de la puisvie par la phimatériel. Les rès bien avoir re. Le verbe mitivement s” prend le sens us les verbes comme eut, em en islanacine verbale, sa, l'idée rende la présence dans le même etc.), la pre- , et la seconde nir debout, st n: « Qu'est-@ ce n'est la spianger (2)°” r, quant à prébffrir quelques u sujet de là t existé plus u langage. On la coutume de base de toute
en question, l'avis
expression verbale, et comme un ingrédient nécessaire dans toute proposition logique. Il semblerait découler de là que toute nation qui aurait le malheur de n'en point posséder id également incapable d'employer l'expression verbale, et de for muler une proposition logique. Nous verrons Dlvs lois fra quelle mesure ceci a été le cas ; pour le moment nous nous bornerons à quelques courtes remarques sur ce verbe, et sur les formules habituellement employées à sa place ee hs dialectes où il manque formellement. Il suffira de donner quelques exemples saillants, car la multiplication du nombre de ceux qu'on pourraittirer de toutes les langues connues n servirait qu'à accroître le nombre des vépéitinns des mé . phénomènes généraux. Mr:
«En parlant du copte nous avons fait les remarques sui vantes : « Ce que nous avons appelé les verbes auxiliaires et on stantifs en copteest plus dépourvu encore de tout caractère SonRal essentiel (plus que les soi-disant racines). Après examen à “s connaît que ce sont presque invariablement des articles, bis particuies ou noms abstraits, et qu'ils tirent leurs fonctions Vis bales supposées entièrement de leurs accessoires, ou de qu'impliquent ceux-ci. » En fait, quiconque Sont une es grammaire ou un bon dictionnaire copte, verra que rien n° correspond formellement à notre suis, es, est, étais, etc., bien ca nous y trouvions le parallèle du f£eri iatin (sthopi) di du : (chi, neutre passif de che); t5us deux se traduisent Da lement par être,mais ce n’est pas là leur sens radical. Cependant les Ezyptiens n’élaient pas totalement dépourvus de ressources à cet égard, mais ils avaient une demi-douzaine au moins dl méthodes pour rendre le verbe substantif grec, quand ils le dé és raient, L'élément le plus communément éhplove est ie dém da Wat pe, te, ne, qui s'emploie aussi, légèrement modifié ve : l'article défini; pe est quand le sujet est au masculin re n le correspond au féminin singulier; et ne correspond à pan au pluriel, pour les deux genres. Le passé s’indique par l'addition d'une particule indiquant l'éloignement. Ici donc on trouvons comme contre-partie du verbe-substantif un élément complètement étranger à toutes les idées reçues à l'égard du verbe, et nous voyons qu'au lieu de dire tarmellement Peirde
est, Maria est, homines sunt, on considère comme suffisant el parfaitement intelligible de dire: Petrus hic, Maria hæc, homines hi. Les formes précédentes, d’après Champollion et les autres investigateurs des anciens hiéroglyphes, se présentent dans les inscriptions monumentales les plus anciennes qui soient connues, et montrent clairement que les idées des anciens Égyptiens à l'égard de la méthode d'exprimer la catégorie être, ne concordaient pas précisément avec celles de quelques grammairiens modernes... Quiconque a étudié l’hébreu sait que les pronoms personnels s’emploient pour représenter le verbe-substaniif dans tous les dialectes connus, exactement comme dans le copie, mais avec moins de variété dans la modification. Dans cette construction il n’est point nécessaire que le pronom soit de la même personne que le sujet de la proposition. Dans la plupart des dialectes on peut dire indifféremment ego eg0, nos nos, ou ego sum et nos sumus, où ego ille et nos illi. La phrase: « Vous êtes le sel de la terre » est littéralement, en syriaque «Vous, ils (c’est-à-dire {es personnes constituant) le seldelaterre». Cet emploi du pronom personnel n'est pas spécial aux dialectes spécifiés plus haut, il se trouve encore dans le basque, le galla, le turco-tartare, et différentes langues américaines... Il est vrai qu’ les grammairiens malais, javanais et malgaches parlent dé mots qui signifieraient éfre ; mais une comparaison attentive des éléments qu'ils prétendent avoir cette signification montre clairement que ce ne sont nullement des verbes, mais simplement des pronoms ou des particules indéclinables, indiquant conmunément le lieu, l’époque, ou le mode de l’action, ou de la relalion spécifiée. Il est donc malaisé de concevoir comment l'esprit d'un indigène des Philippines, par exemple, peut fournir un not entièrement inconnu à cette langue, alors que rien, absolument rien, ne vient montrer que l'idée s'en soit jamais présentée. Un verbe-substantif, tel qu'il se conçoit communément, vivifiant toute paroleenchainée, etreliant entre eux les termes de toute proposition logique, c'est l'équivalent du phlogistique des chimistes d'antan, ce pabulum nécessaire dela combustion, c’est-à-dire une vox et præterea nihil..…. Si un sujet donné est je, tu, il, ceci, cela, un; s’il est ici, là, là-bas, ainsi, dans. sur, à, auprés de ; s’il se tient debout, s'assied, demeure ou apparatt, il n'est
point .
d'un g éviden Aya il nous de la pi définie conclut «antéd veslesvestes ( Or cha démons ‘comme langues tonjugai phase p:
seple di llexionne général c peu plus rentes p ancienne dication 4 À mes:
gage, no voici. Tou tions, CO agelutina quer les Nuent prd mots, que Paru, le 1 les mots tn mots e; tre désig
(1) Garnett,
suffisant et hæc, homilion et les »e présentent es qui soient des anciens tégorie êlre, ques gramsait que les le verbe-subcomme dans ication. Dans ronom soit de Dans la plueg0, nos no, j, La phrase:
en syriaque eldelaterre».
aux dialectes ue, le galla, le …. JLest vrai es parlent dé attentive des montre cClais simplement idiquant comou de la relhment l'esprit ut fournir un k rien, absoluhais présentée.
ent, vivifant »s de toute proà des chimistes 'est-à-dire unt est je, tu, il sur, d, auprés baratt, il n'est
point besoin d’un esprit pour venir nous apprendre qu'il esé, ni d'un grammnairien ou d'un métaphysicien pour proclamer ce fait évident en termes formels (1) ».
Ayant ainsi brièvement considéré la philologie des prédicats, il nous faut passer au sujet non moins important de la philologie de la prédication elle-même. Et ici les preuves sont suffisamment définies. Nous avons déjà vu qu'il y a de bonnes raisons pour conclure que ce que Grimm à nommé les racines pronominales «antédiluviennes », constituait les équivalents phonétiques des vestes-signes, ou plutôt qu'il impliquait la concomitance de vestes de ce genre pour assurer la communication de leur sens. Or chacun admet que ces racines pronominales, ou éléments démonstralifs, se sont, par la suite, attachés aux noms et verbes comme affixes ou suffixes, et ont, de la sorte, constitué, dans les langues plus anciennes, le mécanisme de la déclinaison et de la conjugaison à la fois. De la sorte nous pouvons retracer, phase par phase, !2 forme de prédication telle qu'eiie se présente dans les langues les plus développées, les langues lexionnelles, jusqu'à cette phase première du langage en général que j'ai nommée indicative. Pour montrer ceci avec un peu plus de détail, je vais commencer par esquisser ces différentes phases, et je donnerai ensuite des exemples des plus anciennes qui survivent encore, en rappelant les modes de prédication qu’elles présentent actuellement.
À mesure que nous remontons le cours de l'histoire du langage, nous voyons que sa structure subit la simplification que voici. Tout d'abord les mots auxiliaires, affixes, suffixes, prépositions, copules, particules, et, bref, toutes les flexions, toutes les agglutinations, toutes les parties du langage qui servent à indiquer les relations des parties composantes de la phrase, dimiuent progressivement, et finissent par disparaître. Quand ces mots, que je désignerai sous le nom de mots relationnels, ont disparu, le langage ne consiste plus qu'en mots-objets (y compris ls mots pronominaux), en mots-attributs, en mots-actions, et en mots exprimant des états du corps ou de l'âme, qui peuvent tre désignés sous le nom de mots conditionnels. Dans les
(1) Garnett, On the Nature and Analysis of the Verb (Proc, Philol. Soc., vol. IH).
grandes lignes, cette classification correspond aux noms grammaticaux, pronoms, adjectifs, verbes actifs et verbes passifs; mais comme notre excursion rétrospective à travers l'histoire du langage exige que nous ne tenions aucun compte des formes grammaticales, mon exposé sera plus clair si nous nous contentons d'employer les termes proposés.
Nous remarquons, en second lieu, que la distinction entre les mots-objets et les mots-attributs devient moins distincte, et finit par disparaître presque ; les substantifs et adjectifs sont confondus, et ce qui fait que le mot doit être interprété comme sujet ici, là comme prédicat, — comme le nom d’un objet ou le nom d'une qualité, — c’est la position qu'il occupe dans les phrases, son intonation, ou dans les phrases plus anciennes encore, le geste qui l'accompagne. Ainsi, comme le fait remarquer M. Sayce, « l'apposition de deux substantifs [et « fortiori de deux mots complètement ou partiellement dépourvus de différenciation tels que ceux dont il s’agit en ce moment] est le germe hors duquel se sont développées trois conceptions grammaticales : celles du génilif, du prédicat, et de l'adjectif » (1.
Tandis que ce processus de fusion s'observe pour les adjettifs ou substantifs, on voit qu'en même temps la définition des verbes devient graduellement de plus en plus vague, jusqu à ce qu'il devienne difficile, puis impossible, de distinguer le verbe en tant que partie isolée du langage.
De la sorte nous sommes rar. "és par des phases successives, ou par des simplifications toujours plus considérables de la structure du langage, à un état de choses où les mots pré sentent ce que les naturalistes pourraient appeler un type si généralisé qu'ils renferment, chacun en lui-même, toutes les fonctions qui, par la suite, sont dévolues aux différentes parties du langage.
Comme ces animalcules qui sont à la fois de simples cellules el des organismes complets, ce sont à la fois des mots isolés et des phrases indépendantes. En outre, si dans un cas il ya la vie, dans l’autre il y a l& signification; mais la dernière, comine là première, est vague et fruste : la phrase est un organisme Sal
(4) Sayce, Introduction, etc., I, p. 415.
vrgane plasmi sont fo les ann ilest in mainte:
laquelle loin dar de con point »
D'apr faveur « il suit q les term naturelle d'étudier au Cas de à plusieu que mes j'ai déjà Copule. | est égale se COMpP pris la p recherché sur ce q teux-ci s du langag partout, & donne la On sait bi k forme résultat d Plus ancid louve avd R prédica
(1) Geiger,
noms grambes passifs; l'histoire du +» des formes us nous Con-
tion entre les incte, et finit tifs sont conprété comme d’un objet ou ‘cupe dans les lus anciennes le fait remar- [et a fortiori ourvus de difnoment] est le ceptions gramdjectif » (11.
our les adjetdéfinition des gue, jusqu'à Ce nguer le verbe
phases succesnsidérables de
les mots pré ler un type Si me, toutes les différentes par-
ples cellules el ts isolés et des s il ya la vie, ière, come Îà rganisme Sans
vrganes, et elle n'est générale que dans ce sens qu'elle est protoplasmique. En présence de ces faits (qui, on le remarquera, sont fournis par des langues encore vivantes, aussi bien que par les annales philologiques de langues depuis longtemps éteintes), il est impossible de ne point accorder son adhésion à la doctrine maintenant universellement acceptée des philologues, d'après laquelle « le langage diminue à mesure que nous regardons plus loin dans le passé, si bien que nous ne pouvons nous empêcher de conclure qu'il a dû y avoir une période où il n'existait point » (1).
D'après les preuves qui ont été maintenant apportées en faveur du fait que les mots étaient originellement des phrases, il suit qu'originellement il n’a pu y avoir de distinction entre les termes et les propositions. Toutefois, bien que ceci se déduise naturellement de la vérité générale dont il s’agit, il y a lieu d'étudier avec plus de détail l'application particulière du principe au cas de la prédication formelle, étant donné que, comme, à plusieurs reprises déjà, je l’ai fait remarquer, c'est sur ce terrain que mes adversaires se réfugient. Le lecteur se rappellera que j'ai déjà montré le mal-fondé de leurs assertions relatives à la copule. Je me propose maintenant de montrer que leur analyse est également erronée à l'égard des deux autres éléments dont se compose une proposition formelle. Comme ils n'ont point pris la peine de se mettre au courant de ces résultats des recherches linguistiques, et comme ils s’appuyent seulement sur ce quon peut appeler les accidents du langage, tels que teux-ci se présentent dans la branche aryenne du grand arbre du langage, ils supposent qu'une proposition doit, toujours et partout, avoir été jetée dans le moule précis et achevé qui lui donne la forme sous laquelle elle a été analysée par Aristote. On sait bien, toutefois, qu’en fait il n’en a point été ainsi; que h forme de prédication de nos langues européennes est le résultat d'une évolution prolongée, et que dans sa phase la plus ancienne, dans la phase première sous laquelle elle se rouve avoir été conservée dans la paléontologie du langage, ka prédication peut à peine étre considérée comme ayant été dif-
() Geiger, Development of the Human Race, trad. anglaise, p. 22.
ES
ea
férenciée de ce que j'ai nommé l'indication. Pour mettre ce fait important hors de doute, je veux d’abord citer l'opinion de quelques-unes des princigales autorités relativement à la philologie de la question.
«L'homme primitif n’a guère dû s'occuper de propositions telles que « l’homme est mortel » ou « l'or est lourd », propositions qui, pour le logicien formel, sont une source de jouissances certaines ; mais s’il a trouvé nécessaire d'employer des mots-attributs permanents, il a dû naturellement les jeter dans ce qu'on appelle la forme attributive, en les mettant dans le voisinage immédiat du nom, dont, par la suite, ils ont dû suivre les inflexions.
« De cette façon le verbe a graduellement assumé la fonction
purement formelle de l'acte prédicatif. L'emploi de verbes déno-
tant l’action nécessita la formation de verbes indiquant le « repos », la « e“ntinuation de l’état », et quand, avec le temps, il devint nécessaire, dans certains cas, d'opérer la prédication d'attributs permanents aussi bien que changeants, les mots furent naturellement employés, et la phrase « le soleil continue à être brillant » était simplement « le soleil brillant » sous une autre forme. Par degrés ces verbes virent si bien s'user leur signification qu'ils en vinrent à indiquer l'existence simple, et à la fin ils perdirent toute signification pour ne devenir que des marques de prédication. Telle est l'histoire du verbe être qui, dans le langage populaire, a même entièrement perdu le sens d'existence. Puis, à une phase plus avancée, on a eu besoin de parler non seulement des choses même, mais aussi de leurs attributs. La phrase « la blancheur est un attribut de la neige » a exactement le même sens que « la neige est blanche » ou «neige blanche », et le changement de banc en blancheur est un artifice purement formel pour nous permettre de placer un motattribut comme sujet d'une proposition. » (1)
« Et maintenant nous en venons à un fait très important. C'est que non seulement l’ordre du sujet et du prédicat est, à un degré considérable, conventionnel, mais encore l'idée même de la distinction entre ces deux éléments est purement linguistique,et n’a point de fondements dans l'esprit lui-même. En pre-
(1) Sweet, Words, Logic and Grammar {Philol, Society Trans., 1816, p.486-1):
mier | dans 1 le &/ es je pret légitim ramen:
second l'on pe l'idée d formule des bi] un n d'homn simulta ment, c gage. L topule langage dépourv substrat partie de analyse | Pareil] plus pr Bushme:
mème m substanti employé mots pri employés enfants e dodo sig endormi, tOnnotati Enfin, c de simple
(1 Sweet, (2) Bleek, t
settre ce fait l'opinion de nt à la phi-
ositions telles positions qui, res certaines ; ributs perma- ‘en appelle la > immédiat du ons.
né la fonction » verbes dénoindiquant le avec le temps, la prédication ints, les mots soleil continue ant » sous une ien s'user leur ice simple, elà evenir que des rerbe être qui, perdu le sens a eu besoin de aussi de leurs de la neige » à 1e » ou «neige eur est un arlilacer un mol-
ès important.
prédicat est, à re l'idée même rement linguismême. En pre-
ns. 1816, p.486-1:
mier lieu, il n’est point du tout nécessaire qu'il y ait un sujet: dans la phrase « il pleut » il n'y a point de sujet quelconque ; le é/ est un simple signe formel de prédication. « IL pleut, donc je prendrai mon parapluie », voilà un raisonnement parfaitement légitime, mais le plus habile logicien serait embarrassé pour le ramener à l’une quelconque de ses formes de raisonnement. En second lieu, la proposition mentale ne se forme point parce que l'on pense d'abord un sujet, puis une copule, puis un attribut : l'idée des trois éléments se présente simultanément. Quand nous formulons mentalement la proposition « tous les hommes sont des bipèdes », nous avons deux idées: «tous les hommes » el çun nombre égal de bipèdes », ou plus brièvement « autant d'hommes, autant de bipèdes », et nous pensons les deux idées simultanément (c'est-à-dire en apposilion), et non consécutivement, comme nous sommes obligés de les exprimer dans le langage. La simultan‘ité de la conception est ce qu'expriment la copule en logique, et les différentes formes de phrase dans le langage. Il ne suit nullement que la logique soit entièrement dépourvue, de valeur : mais nous n'arriverons au véritable substratum de la vérité que lorsque nous aurons éliminé cette partie de la science qui n'est en réalité, à tout prendre, qu'une analyse imparfaite du langage (1) ».
Pareillement, après avoir étudié longtemps les formes les plus primitives du langage encore existantes parmi les Bushmen de l'Afrique du Sud, M. Bleek assure qu'à l'origine le même mot, sans modification aucune, avait une signification substantive et verbale, et pouvait encore être indifféremment employé comme adjectif, verbe, etc. (2). Ceci veut dire que les mots primitifs étaient des mots-parases, ét comme tels étaient employés par l'homme primitif, exactement comme les jeunes enfants employent leurs signes vocaux non encore différenciés, dodo signifiant sommeil, l'acte de dormir, dormant, dormeur, endormi, ayant besoin de sommeil, etc., et, par une extension tonnotative, lit, traversin, vêtements de nuit, etc.
Enfin, comme cela a été déjà indiqué, nous avons mieux que de simples inductions au sujet de l’état originel de l'acte prédi-
(1) Sweet, loc, cit, p. 889-490, (2) Bleek, Ursprung der Sprache, p. 69-70.
Catif. Dans beaucoup de langues encore vivantes, en effet, nous trouvons les formes prédicatives à un si faible degré de développement que nous arrivons aisément, par elles, à l'époque où ces formes manquaient. Même Max Müller accorde qu'il est des langues encore existantes « dans lesquelles il n’y a encore point de différence extérieure entre ce que nous appelons une racine, et un nom ou un verbe. Nous pouvons trouver des vestiges de cette phase dans le développement du langage, dans certaines langues très développées telles que le sanscrit. » Ailleurs il dit: « Un enfant dit : Jam hungry (j'ai faim) sans avoir l'idée que l diffère de kungry, et que ces deux éléments sont réunis par un verbe auxiliaire... Un enfant chinois exprimerait exactement la même idée par un seul mot, sh, qui veut dire manger ou nourriture, etc.La seule différence est qu'un enfant chinois parle ie langage d’un enfant, et l'enfant anglais le langage d’un homme (1) fe Sans doute, c'est un fait remarquable que les Chinois aient si longtemps conservé une forme aussi primitive ; mais, canne nous le savons, les fonctions prédicatrices ont été ici considérablement facilitées par des procédés de syntaxe combinés avec une intonation conventionnellement significatrice qui fait véritablement du chinois un langage bien développé d'un type particulier. Mais chez les peuples moins avancés dans l'évolution mentale, nous voyons des formes de prédication plus rudimentaires encore, ces procédés de syntaxe et d'intonation n'ayant pas été imaginés. Comme je l'ai dit auparavant, la plus primilive des formes de prédication actuellement existantes, où le langage articulé joue un rôle, est celle où les fonctions du verbe sont remplies par l’apposition d'un nom avec ce qui équivaut M génitif du pronom. Ainsi en dayak, si l'on veut dire k ton père est vieux » ou « ton père semble vieux » etc., on opère la précioee tion par simple apposition, puisque les verbes font défaut, et Ton dit « Père de toi, âge de lui ». Pareillement, si l'on désire énoncer un fait, et dire par exemple : « Il porte une veste blanche». la forme est la suivante : « Il avec blanc avec veste (2). » Pareillement, en langue des Fidji, les fonctions du verbe peuvent être accomplies par le nom construit avec un suffixe
(1) Science of Thought, p. 241.
(?) Steinthal, Charakteristik, etc, p. 165, 173.
pronoi de mo De :
occupé naître gramm forme groupe stantif, dira : /e le riz.
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verbes x
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Il sera rentes ai qui préci Philologi celui-ci t saires, N ont été é, lesquelle être (qui
(1) Garnet
en effet, nous é de développoque où ces qu'il est des | encore point ns une racine, :s vestiges de ans certaines Ailleurs il dit:
oir l’idée que tréunis par un exactement la jger ou nourri:
is parle ie lann homme (1)».
‘hinois aient si mais, comme ; jci considéracombinés avec > qui fait vérilal'un type partians l'évolution plus rudimenbnation n'ayant à plus primitive s, où le langage du verbe sont i équivaut al dire « ton père père la prédicat défaut, et l'on on désire énonreste blanche »; te (2). »
ions du verbe avec un suffixe
pronominal oblique : par exemple /oma-qu—cœur ou volonté de moi— je veux (1).
De même encore « la plupart des philologues qui se sont occupés des langues polynésiennes sont d'accord pour reconnaître que les divisions des parties du langage acceptées par ies grammairiens européens, sont, du moins en ce qui concerne la forme extérieure, en totalité ou en partie inapplicables à ce groupe particulier. Le même élément est indifféremment substantif, adjectif, verbe ou invariale (2) ». Je mangerai le riz se dira : /e manger de moi le riz, c'est-à-dire, mon manger sera le riz. « Te verbe supposé est, en fait, un nom abstrait qui renferme en lui-même la notion de futur avec adjonction d’un suffixe pronominal oblique ; et l'objet évident de l’action n'est pas un régime à l’accusatif, mais une apposition. Il est à peine besoin de dire combien ceci est inconciliable avec la définition ammaticale ordinaire du verbe, et ceci dans une construction où nous nous attendrions à voir, entre toutes, employer des verbes véritables, s’il en existait dans le langage (3). » Pour ne point abuser des exemples, je terminerai en ajoutant avec l'auteur que je cite : « IL est certain que des noms en conjonction avec des cas obliques de pronoms peuvent être et sont effectivement employés comme verbes. Quelques-unes des constructions spécifiées ci-dessus ne peuvent s’analyser autrement, et ce ne sont point des . énomènes partiels ou accidentels ; on en peut citer des milliers d'exemples (4). »
Il serait aisé de multiplier les citations empruntées à différentes autorités, et tendant à la même conclusion, mais celles qui précèdent suffisent, ce me semble, à montrer combien la philologie du prédicat détruit complètement la philosophie de celui-ci telle que cette dernière a été présentée par mes adversaires. Non seulement, comme je l'ai déjà montré, ces derniers ont été égarés par le fait accidentel que certaines langues avec lesquelles ils sont familiers identifient la copule avec le verbe être (qui lui-même, comme nous l'avons vu, fait défaut dans
(1) Garnett, Philological Essays, p. 30, (2) Ibid, p. 311, (3) Ibid, p. 312, (4) Ibid, p. 314.
plusieurs langues); mais, comme nous le voyons maintenant, leur analyse est également en défaut quand elle traite du sujel et du prédicat. Une proposition aussi complète que un nègre est noir, loin de présenter « le plus simple élément de pensée », est le produit évident d’une évolution mentale qui date déjà de très loin, et je ne connais point de plus mélancolique exemple d'ingéniosité mal placée que celui qui est fourni par les arguments précédemment cités des écrivains qui, ignorant tout ce que nous savons actuellement de l'histoire de la prédication, cherchent à montrer que l'acte prédicatif est à la fois «le plus simple élément de pensée » etun processus aussi compliqué qu'ils se plaisent à le représenter. L’insuffisance de l'argument peut être comparée à celle de l'argument du morphologiste qui voudrail prétendre que les vertébrés n’ont pu jamais descendre des protozoaires, et qui soutiendrait sa thèse en ignorant tous les animaux intermédiaires dont on connaît actuellement l'existence.
Prenons un exemple parmi les passages que j'ai cités. On se rappellera le défi de mes adversaires, qui m'ont mis en demeure. sur le terrain de la logique et de la psychologie, de montrer un animal qui « puisse fournir un jugement en blanc — le est de A est B (1) ».
Assurément je ne puis montrer un animal capable de fournir ceci; mais j'ai f*': mieux, étant donné mon but, et j'ai montré des nations nombreuses encore existantes, renfermant des multitudes d'hommes qui sont, autant que l'animal, incapables de fournir ce jugement en blanc. Où se trouve le est dans dge dr lui, père de toi = son âge ton père = ton père est dgé? Où, dans une période plus primitive encore de l'élocntion humaine, comment extrairions-nous l'acte prédicatif, en blanc, du motphrase, où non seulement la copule manque absolument, mais où manque aussi toute différenciation entre le sujet et le prédicat? Bref, la vérité est, comme je l'ai maintenant montré i satiété, que non seulement l'animal, mais aussi le jeune enfant — et non seulement le jeune enfant, mais encore l'homme priinitif, et aussi l'homme sauvage — sont pareillement incapables de fournir la prédication en blanc, telle que celle-ci s'est
(1) Voir le chanitre sur la Parole, p. 163,
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lentement élaborée dans les rameaux humains les plus élevés au point de vue psychologique.
Naturellement cet argument futile (futile parce qu'il est erroné) de mes adversaires repose sur l'analyse de la proposition telle que celle-ci a été fournie par le système logique aristotélien, analyse qui à surtout reposé sur la grammaire de la langue srecque. Il va sans dire que l'ensemble de ce système est exceptionnel au point de vue de la question de l’origine de la pensée ou du langage. Je n'ai aucun doute sur la vaieur de cette étude grammaticale, ni sur la logique qui repose sur cette étude, à condition que les conclusions tirées de l’une et de l’autre soient maintenues dans leur sphère légitime. Mais il me paraît, à l'époque présente, si absurde de considérer comme primitif :: mode de prédication qui existait dans une langue aussi perfectionnée que le grec, ou de représenter les « catégories » du système d’Aristote omme exprimant « les plus simples éléments de pensée », que je ne puis que m'étonner de voir que des hommes intelligents ont pu s'engager dans cet ordre d’argumentation (1).
(1) Je puis faire remarquer que c’est Aristote qui, le premier, a commis l'erreur ‘identifier la copule avec le verbe étre qui se trouve exprimer celle-ci en grec. lendant bien des siècles, à la suite, cette erreur a été une source fructueuse en “onfusions sans nombre, mais il est curieux d’en voir naître, dans la seconde moitié lu xixe siècle, une erreur totalement nouvelle, En ce qui concerne le sujet et le prédicat, Aristote n’a naturellement jamais envisagé d'autres relations plus primitives que celles qui se présentent dans les formes de langage qui lui étaient ‘onnues. Les remarques qui suivent, formulées par M. Max Muller à l'égard de ses «catégories », mériteut d'être citées.
«Ges catégories, qui ont été si utiles aux premiers grammairiéens, sont encore plus intéressantes pour qui étudie la science du langage et de la pensée. Tandis qu'Aristote les acceptait simplement comme les formes prédicatives du grec, après que cette langue eut acquis toute sa richesse verhale, il nous faut la considérer comme représentant les ditférents processus par lesquels ces mots grecs, et aussi lus nos mots et toutes nos pensées, ont pour la première fois pris une forme défititive, Tandis qu'Aristote considérait tous les mots et phrases comme choses une bis données, et les anæysait simplement pour découvrir combien de sortes de prédiation ils renfermaient, nous nous demandons comment nous sommes jamais «trés en possession de mots tels que cheval, blanc, beaucoup, plus grand, ii, maintenant, je me liens deboul, je crains, je coupe, je suis coupé. Quitonque possède ces mots peut aisément opérer l'acte prédicatif, mais il uous faudra Maintenant montrer que tout mot en lui-même a, dès le début, été un prédicat, et Qu'il a par lui-m:me formé une phrase complète. La véritable question est donc, pour nous, de savoir comment ‘ces phrases primitives, qui par la suite se sont
| réduites en de simples mots, ont pris existence. Les véritables catégories, en réa-
lté,ne sont point celles qui sont enseignées par la grammaire, mais bien celles qui on produit celle-ci, et ce sont ces catégories que nous allons maintenant examiik,» (Sc'ence of Thought, p. 439.)
Laissant donc de côté ces anciennes erreurs dues à l'insuffisance des connaissances, il nous faut accepter l'analyse de l'acte prédicatif telle que celle-ci nous a été fournie par les progrès de la science, et cette analyse a démontré que « la division de là phrase en deux parties, le sujet et le prédicat, est un simple accident ; il ne se présente point dans les langues polysynthétiques de l'Amérique, qui, par là, nous représentent l'état du langage primitif... En ce qui concerne l'acte de la pensée, le sujet et le prédicat sont une seule et même chose, et dans nombre de langues ils sont ainsi traités (1)». Par conséquent, il me semble que mes adversaires n'ont d'autre ressource qu'en raisonnant à peu près de la façon que voici :
Ilsadmettront que la discussion ne porte plus sur l'acte prédicatif tel qu'il se présente en grec, mais sur cet acte tel qu'il se présente dans les langues sauvages inférieures; mais, diront-ils, c'est toujours wa acte prédicatif, et, même si vous nous ramenez à la forme la plus primitive possible du langage humain, où les parties du lang .ge font encore défaut, et où la prédication s'opère de la façon la plus imparfaite, il est cependant évident que celle-ci s’opère, puisque c’est uniquement pour en permettre la réalisation que le langage a jamais pu prendre naissance.
Pour répondre à cette objection, la dernière qu'ils puissent faire, il me faut d'abord rappeler aux lecteurs quelques-uns des points qui ont étéétablis aux chapitres précédents. Tout d'abord, en cherchant à définir le plus simple élément de pensée, j'ai montré que celui-ci ne consiste point en la proposition pleinement formée, mais en le concept complet ; et que ce n’est qu'avec deux concepts de ce genre, comme éléments, qu'on peut former des propositions pleines, ou conceptuelles, et composées. Ou encore, comme je l’ai dit au chapitre sur le Langage, « les noms conceptuels sont leséléments ont sont formées les propositions, et, pour quê cette formation puisse avoir lieu, il faut qu'il se trouve dans les ingrédients l'élément d’idéation conceptuelle qui existe déjà dans tout terme dénominatif ». Ou encore, commela
dit M. Sayce, « c'est un truisme psychologique que les termes
(1) Sayce, Introduction, I, page 229. Il ajoute : « Si Aristote eût été Mexicain, S0 système de logique eût revêtu une forme entièrement différente. »
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d'une proposition examinés de près se trouvent n'être autre chose que des jugements abrégés (1) ».
Ayant ainsi défini le plus simple élément de la pensée comme étant un concept, j'ai montré ensuite, d'après la psychogenèse des enfants, qu'avant l'existence du pouvoir de former des concepts — et, par suite, de donner des noms comme termes dénominatifs, ou a fortiori, de combiner ces termes sous la forme de propositions conceptuelles, — il y a la faculté de former des récepts, de nommer ces récepts par des termes dénotatifs, et même de placer ces termes en apposition dans le but de communiquer des connaissances d'ordre préconceptuel. Les propositions préconceptuelles rudimentaires, non réfléchies, ainsi formées, se présentent dans la première enfance avant l’avènement de la conscience de soi, et antérieurement, par conséquent, à la condition même qui est requise pour tous processus de pensée conceptuelle. En outre, on a montré que cette sorte de prédication préconceptuelle est elle-même le produit d’un développement graduel, prenant son origine dans les gestes-signes, elrevêtant pour la première fois la forme du langage articulé ; elle ne présente aucune distinction entre des parties du langage. Chaque mot constitue ce que nous appelons maintenant un mot-phrase, dont les applications particulières ne peuvent être définies que par le geste; puis ces mots-phrases et d’autres, qui se sont successivement formés, se sont imparfaitement différenciés en des noms dénotant des objets, qualités, actions et états, et plus leur définition est étendue en tant que partie du langage, plus chacun de ces noms subit ce processus d'extension connotative de la signification, qui, partout, marque les progrès dans l'appréciation des analogies. Enfin les mots-objets et les motsattributs (les noms dénotatifs des objets, et ceux des qualités ou actes) sont employés en apposition. Mais la forme rudimentaire où non réfléchie de prédication qui en résulte est due à des
| associations purement sensitives, et à la logique des événements ;
comme les éléments dont elle est composée, elle est non pas tonceptuelle, mais préconceptuelle. Avec la naissance de la tonscience, toutefois, la prédication devient réellement concep-
(1) Introduction, 1, page 15.
tuelle, et, de la sorte, inaugure cette période prolongée de développement graduel dans le domaine de la pensée introspective. On se rappellera que ces faits généraux ont été établis d'après l'observation psychologique seule. Nulle part je n'ai invoqué le témoignage de la philologie, mais le moment est maintenant venu de faire appel à ce dernier, et la confirmation qu'il fournit me paraît écrasante. Partout, en effet, il montre que le développement de la prédication à été le même dans la race que chez l'individu. C'est pourquoi, daus le premier comme dans le second cas, je demanderai maintenant si quelqu'un oserait affirmer que l'idéation préconceptuelle indique le jugement? Ou encore, ce qui revient au même, quelqu'un osera-t-il nier l'existence d'une distinction des plus importantes entre la prédication réceptuelle et la prédication conceptuelle? Cherchera-t-on à se réfugier sur le seul terrain qui demeure, et à prétendre, comme nous l'avons supposé plus haut, que, non seulement dans les appositions des noms dénotatifs des enfants. mais même dans le protoplasme plus ancien, et non encore différencié, représenté par le motphrase, il existe cette faculté de prédication dont on à voulu faire le trait qui distingue l'homme de la bête ? Évidemment, si l'on ne se résout point à ceci, l'argument est épuisé, élant donné que, dans la race comme dans l'individu, on ne peut plus douter de la continuité entre l'embryon de prédication contenu dans le mot-phrase, et la proposition formelle pleinement développée. Et, d'autre part, si mon adversaire entre dans la voie sus-indiquée, il suffira de quelques brèves considérations pour le réduire encore à l'impuissance. Si le mot prédication est étendu d'une proposition conceptuelle à un mot-phrase, il perd par là cette signification distinctive sur laquelle seule repose tout l'argument de mes adversaires. Quand ils sont employés par le jeune enfanl ou par l'homme primitif, les mots-phrases veulent être complétés par des gestes-signes pour recevoir une signification particulière, ou pour compléter la « prédication ». Mais, quand tel est le cas, il n'y a plus de différence psychologique entre le fait de parler, et celui de désigner: si c'est ici de la prédication, là catégorie de langage prédicative est identifiée avec l'indicative. L'homme et l'animal sont tenus pour frères.
Prenons un exemple. En ce moment j'ai auprès de moi un
jeune € Étant temps arrive, au moy s'est he en quêt immédi point d opéré la tinctive mes ad gestes-s] Naux in prédicat ils ne d alalique.
Ainsi «( naissent ment ton que d’ab4 langage e phase inc maux inf4 tient à l’h de reconn genèse de l'évolutio plus élevé
gée de déventrospective.
ablis d'après ai invoqué le ntenant venu surnit me paveloppement 1ez l'individu.
nd cas, je deque l'idéation se qui revient ne distinction lle et la préer sur le seul l'avons suppositions des » protoplasme é par le motl- 1 on à voulu idemment, si é, étant donné ut plus douter ntenu dans le t développée.
voie sus-indibour le réduire étendu d'une d par là cette put l'argument jeune enfant être compléfication partiuand tel est le tre le fait de prédication, la bc l'indicative.
ès de moi un
jeune enfant qui ne peut encore prononcer un seul mot articulé. Étant tout juste capable de marcher un peu, il se trouve de temps à autre dans des postures fâcheuses, et quand ceci lui arrive, il cherche à faire connaître la nature de ses infortunes au moyen de gestes et de signes. Aujourd'hui, par exemple, il s'est heurté la tête contre une table, et a couru aussitôt vers moi en quête de sympathie. Je lui demande où il a mal; il touche immédiatement la partie de sa tête qui a frappé : il éndique le point douloureux. Voudra-t-on dire qu'en ce faisant l'enfant à opéré la prédication du siège du mal? Si oui, la signification distinctive qui appartient à ce dernier terme, la seule sur laquelle mes adversaires se soient jusqu'ici reposés, disparaît. Les sstes-signes, qui sont si abondamment employés par les aniwaux inférieurs, devraient alors être également regardés comme prédicatifs, étant donné que, comme je l’ai montré longuement, ils ne diffèrent en rien de ceux que présente l'enfant encore alalique.
Ainsi donc, que mes adversaires reconnaissent ou nereconnaissent pas la qualité prédicative aux mots-phrases, leur argument tombe dans les deux cas; ilne leur reste d’autre ressource que d'abandonner leur argument, de ne plus soutenir que «le langage est Le rubicon de l'esprit », mais d'accorder que, entre la phase indicative du langage que nous partageons avec les animaux inférieurs, et la phase rée ement prédicative qui appartient à l'homme seul, il n'existe aucune différence de nature, et de reconnaître qu'au contraire, que nous considérions la psychogenèse de l'individu, ou celle de la race, il y a une continuité l'évolution évidente, de la phase la moins élevée au niveau le plus élevé de la faculté de faire des signes.