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nous nous sommes occupés surtout de ce que j'ai appelé la paléontologie de la pensée humaine, telle qu’elle se révèle, en quelque sorte fossilisée, dans les pétrifications linguistiques de l'homme préhistorique. Mais la science de la philologie comparée n'est point limitée, dans ses recherches sur les formes primitives du langage, à ces vestiges passés d'un âge reculé. Au contraire, tout comme l'anatomie comparée, elle possède des matériaux d'étude encore vivants, qui ont la nature des orga-
(1) Peut-être la partie la plus intéressante ‘de la question est-elle celle où les recher hes philologiques montrent que la métaphore se rapporte non à un objet, à une qualité naturelle, mais à un acte où à un geste préexistant, déjà employé par l'homme lui-même dans le but de communiquer, d'exprimer ses émotions, ete. La métaphore de ce genre nous rapproche évidemment beaucoup de l'époque où les signes articulés audibies sont nés des signes gesticulés et mimiques visibles. Comme exemple de cette partie de notre sujet je veux seulement citer un passage. mais le lecteur verra aussitôt combien il serait aisé de fournir de nombreux exemples de ce genre, tirés des mots qui sont actuellement d'un emploi habituel.
«Plus un laugage à subi un développement considérable par rapport à ses racines primordiales qui ont été contournées en des formes qui ne laissent nullement voir la raison pour laquelle elles ont été choisies originellement, plus la signilication primitive des mots a disparu, et plus les points de contact de ce langage avec les signes sent rares. Les langues supérieures sont plus précises parce que la conscience de la dérivation de la plupart de leurs mots est perdue, de telle sorte que eeux-ci sont devenus des signes bons à exprimer tout sens dont on sera convenu, et uul autre,
«Toutefois il est possible de s'assurer du geste qui les accompaguait, mème dans plusieurs mots anglais. La catégorie réprésentée par le mot supercilious se présentera à tous mes lecteurs, mais un ou denx exemples peuvent être douués qui sont moins évidents, et en relation plus immédiate avec les gestes de nos Indiens. Imbécile, qui s'applique généralement à la faiblesse du vieil âge, vient du latin in signifiant sur, et de bacillum, un bâton, ce qui rappelle de suite le signe (déjà rappelé) par lequel les Cheyennes désignent les vieillards, Pareillemeut time (temps) semble être plus voisin de te{vw, étendre, quand, dans le dialogue de Kin-chè-ss, rapporté dans un livre, on veut produire le signe indiquant une longue durée, c'està-dire en plaçant les pouces et les index comme si un fil était tenu entre le pouce et l'index de chaque main, celles-ci se touchant l'une l'autre, puis s’éloignant lentement comme pour l’exlension d'un morceau de caoutchouc, » (Mallery, Sign- Language, ete., p. 350.)
Le même écrivain dit encore, à l'égard des langues non civilisées qu'il a spécislement étudiées: « Dans les langages de l'Amérique du Nord, qui ne sont point devenus arbitraires au degré que nous observons dans les langues de l'homme civilisé, le lien eutre l'idée et le mot est seulement moins évident que le lien encore
nismes vivants, et qui présentent de si nombreux degrés d'évolution que les membres inférieurs de la série nous rapprochent beaucoup des formes originelles qui ne peuvent être étudiées qu'à l’état fossile. Jusqu'ici, je ne me suis occupé de ces langues inférieures existantes qu'au point de vue de leurs formes prédicatives. Je veux ici les considérer au point de vue de la qualité d’idéation dont elles témoignent.
Dans un volume ultérieur, j'aurai à m'occuper de la psychologie des sauvages, et l'on verra par là qu'il n'y a point de relation très précise et constante entre les degrés de l’évolution mentale en général et le développement du langage en particulier. Néanmoins, il existe une relation générale, et c'est, par conséquent, chez les sauvages les plus inférieurs que nous trouvons les types de langage les moins développés (1).
Ici, je n'aurai à m'occuper de ces langues que dans la mesure
ininterrompu qui unit l'idée au signe, et tous deux demeurent fortement influencés par les cancepts de contour, forme, place, position et aspect sur lesquels est fondé le geste, et ils demeurent similaires dans leur fertile combinaison de radieaux. Le langage indien consiste en une série de mots qui ne sent que des parties du langage légèrement différenciées, qui se suivent dans l’ordre où ils se sont reprtsentés à l'esprit de celui qui parle, sans lois d'arrangement absolu, les phrases n'étant point complètement intégrées. La phrase nécessite des parties du langage, et celles-ci ue sont possibles que quand la langue à atteint la phase où les phrases sont logiquement construites. Les mots d’une langue indienne étant des parties du langage synthétiques ou non différenciées sont, à cet égard, strictement analozues aux éléments gesticulés qui entrent dans un langage mimique. L'étude de ce dernier est donc précieuse pour la comparaison avec les mots de la première, L'un des langages projette une vive lumière sur l'autre, et nul ne peut ètre étudié d'une facon avantageuse, si l’on n’a encore la connaissance de l’autre, »
(1) IL ya certains écrivains, comme du Porceau, Charlevoix, James, Appleyard, Threlkeld, Caldwell, ete., qui ont cherché à représenter les langues, même les plus inférieures, comme étant « hautement systématiques et véritablement philosophiques» mais cette opinion repose sur une appréciation radicalement fausse des critériums des systèmes et de la philosophie des langages. Les pierres de touche choisies sout l'exubérance des synonymes, l’enchevètrement et ia complexité des formes, ete., qui sont en réalité l'œuvre d’un développement inférieur. Tous les philologues sont mainlenant d'accord pour reconnaître l'erreur de cette opinion. Farrar lui-même, qui, au début, partagea cette erreur (Origin of Language, p. 28), dit, dans son ouvrage ultérieur : « De nouvelles recherches ont dissipé cette croyance, Cette richesse apparente de synonymes et de formes grammaticales est, en effel, principalement due à la pauvrelé désespérante de la facullé d’abstiaction. Non seulement cette richesse ne serait point un avantage, ce serait mème un impédimentum intoltrable pour une langue employée à un but littéraire. Le caractère trausnormal de ces langues prouve seulement qu'elles sont l'œuvre d'esprits incapables d'une analyse subtile, et qui suivent dans une seule direction un développement partiel et erroné... Si le langage prouve quoi que ce soit, il prouve que ces sauvages ont dù vivre d'une façon continue à l'état sauvage, » (Farrar, Chapters on Language, pages 53-54; il renvoie encore à de nombreuses autorités.)
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(1)Le mot « cor Quand ma fille | Ait un nom ; ma 2) Farrar, CAc 1) Mithridate Syslem, p, 132, (4) Latham, Ra
(à) Quatrefages l'homme, p. 433.
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où elles projettent quelque lumière sur la qualité d'idéation à laquelle elles correspondent, ou dans la mesure où elles sont en relation avec les principes généraux dont nous nous sommes déjà occupés. Et, même dans ces limites, je m’efforcerai de faire mon exposé aussi bref que possible.
Je commencerai par donner quelques citations empruntées aux auteurs les plus compétents qui ont écrit sur ce sujet, au point de vue linguistique.
«Il suffit de la plus faible puissance d'abstraction — une puissance que les idiots eux-mêmes possèdent — pour employer un nom comme signe d’une conception, pour dire soleil (1) par exemple; mais pour dire brillant, pour décrire ur phénomène ‘ommun à tous les objets brillants, il faut un effort plus grand, et pour dire briller comme expression as l'état ou de l'acte, il y faut un effort plus grand encore. Si familiers que puissent nous être des efforts de ce genre, il est amplement prouvé qu'ils n'ont pu tre tels pour les inventeurs du langage, parce que, même maintenant, ils ne le sont point encore à quelques races humaines après de longs millénaires d'existence (2). »
Ainsi, var exemple, les habitants des îles de la Société ont des noms différents pour la queue du chien, la queue du moulon, la queue de l'oiseau, etc., mais ils n'ont point de nom pour h queue même, c’est-à-dire pour la queue en général (3). Les Mohicans ont des mots correspondant aux différentes manières de couper, mais ils ne possèdent point de verbes désignant l'acte de couper ; ils ont des mots pour « je l'aime », «je vous iime », etc., mais le verbe « aimer » n'existe pas ; et les Chochws ont des noms pour les différentes espèces de chênes, mais is n'en ont point pour le genre chêne (4).
Deméme les Australiens n’ont point de motpour arbre,ou même pour poisson, oiseau, etc. (5) ; et l'Esquimau, bien qu’il possède
LE TÉMOIGNAGE DE LA PHILOLOGIE (Suite)
(1) Le mot « conception » équivaut ici, naturellement, à mon terme « préconception ». Quand ma fille prononça son premier mot dénotatif « étoile » en fait, elle contéait un nom ; mais c'était le non d'un recept et non d'un concept.
@) Farrar, Chapters on Language, p. 198-199.
1) Mithridates, IN, 325,397. Voir aussi Pott, E{ym. Forsch., Il, p. 167, et Heyse, Syslem, p. 132.
(4) Latham, Races of Man, p. 376.
() Quatrefages, Revue des Deux Mondes, 15
ï déc, 1860; Maury, la Terre el l'homme, p. 433,
des verbes signifiant « pécher la baleine », « pêcher le phoque » n'a point de verbe pêcher. Gomme le fait remarquer du Ponceau. « ces langues généralisent rarement », et il montre qu'elles ne possèdent même point un verbe 2 yant le sens de «je veux » ou «je désire », bien qu'on y trouve des formes verbales séparées pour « je désire manger de la viande », «je désire manger de là soupe » ;onn'y trouve point non plus le substantif général signifiant «coup », bien qu'on y trouve un grand nombre de mots désignant les coups portés avec différents instruments (1). Pareillement, M. Crawford nous apprend que «le malais esl très pauvre en mots abstraits ; et l’ordre de pensée habituel à ceux qui le parlent ne les conduit pas à emplayer souvent mème le petit nombre de ceux qu'ils possèdent. A cette pauvreté dans l'abstrait se joint une redondance dans le concret » ; et il cite de nombreux exemples du genre de ceux qui ont été cités plus haut, empruntés à d'autres langues (2). Pareillement, « le dialecte des Zoulous est riche en noms dénotant différents objets du même genre d’après quelques variétés dans la couleur, ou l'absence de certaines parties, ou quelque autre particularité » tels que « vache blanche », « vache rouge », « vache brune » (3); et dans le séchuana, il n'y a pas moins de dix mots signifiant tous « bétail à cornes » (4). Dans le cherokee, il y a treize verbes différents signifiant différentes facons de laver, mais il n’y en a pas un signifiant l'acte lui-même de «laver » (5). Et Milligan dit que les Tasmaniens « ne possédaient point de mots représentant des idées abstraites ; pour chaque variété d'arbre à gomme oui résine, etc., ilavaient un nom, mais ils n'avaient point d'équivalent du mot arbre; ils ne pouvaient non plus exprimer des qua
lités abstraites telles que celles de la dureté, de la mollesse, (le à
la chaleur, du froid, de la longueur, de la brièveté, de la rondeur » (6). En dernier lieu, pour donner un exemple encore. M. Latham nous apprend qu'un Kurde de la tribu Zaza qui aval
(1) Mém. sur le Syst. Gram., ete,, p. 120.
(2) Malay Grammar, 1, p. 68.
(3) Journ. Améric. Orient, Soc., 1, n° 4, p. 402.
(4) Casalis, Grammar, p. 1.
(5) Pickering, Indian Language, p. 26.
(6) Vocabulary of the Dialects of some of the Aboriginal Tribes of Tasntnia, p. 34,
fourni ar pas capa moins qu chose d'a plutôt qi stantif c] humain, «ma tête Ainsi, € sion à qu assurés que l'hon individuel] tiplier enc ler son én monde, pe individu q loure, nou du particu par la sépe lement ass ha propre encore ex:
per un cor hiers puiss ment repré doit paraîtr hême ave rentes sorte désigner l'a:
recept de l' berceptions Tasmanien (spèce nou:
les racines € chien est su
(1) Introduct @) id, 1, p
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le phoque »
du Ponceau.
qu'elles ne veux » OU « je éparées pour nanger de la pénéral signibre de mots truments (1).
le malais esl sée habituel à souvent mème pauvreté dans » : et il cite de ités plus haut, le dialecte des bjets du même u l'absence de els que « vache (3) ; et dans le nt tous « bétail rbes différents y en à pas ul an dit que les présentant des \ gomine Ou à point d'équivirimer des qut
la mollesse, de à
té, de la ronemple encore.
Zaza qui avall
Tribes of Tasnitr
LE TÉMOIGNAGE DE LA PHILOLOGIE (Suite) 347
fourni an docteur Sandwith une liste de mots indigènes, n'était pas capable de concevoir l’idée de « main », ou de « père », à moins qu'elles ne fussent rapportées à lui-même, ou à quelque chose d'autre, et ses notions étaient si essentiellement concrètes plutôt qu'abstraites qu'il confondait le pronom avec le substantif chaque fois qu'il avait à désigner une partie du corps humain, ou un degré de consanguinuité, » disant sere-min, «ma tête », et pie-min, « mon père ».
Ainsi, comme le fait remarquer M. Sayce, après avoir fait allusion à quelques-uns des faits qui précèdent « nous pouvons être assurés que ce ne furent pas les idées de première importance que l'homme primitif s'efforcait de représenter, mais les objets individuels qui lui étaient connus par ses sens » (1). Et sans mulplier encore les témoignages, nous sommes préparés à accepter son énoncé général d'après lequel « sur toute la surface du monde, partout où nous rencontrons une race sauvage ou un individu qui n’a point subi l'influence de la civilisation qui l’enloure, nous trouvons cette inaptitude essentielle à la séparation du particalier de l'universel par l'isolation du mot individuel, par la séparation, pour ainsi dire, des idées qui lui sont habituellment associées » (2). C'est-à-dir:, pour exprimer la chose dans ma propre terminologie. que chez toutes les races primitives encore existantes, nous observons une inaptitude à développer un concept hors d'une foule de recepts, bien que ces derniers puissent être très voisins les uns des autres, et être séparément représentés par autant de signes dénotatifs, inaptitude qui doit paraître absolument incompréhensible à nos adversaires : même avec les nombreux mots existarts désignant les différentes sortes d'arbres, les Tasmaniens n’en possédaient pas pour désigner l'arbre en général. Naturellement ils devaient avoir eu le recept de l'arbre, l'image générique formée par d'innombrables berceptions d'arbres particuliers, et sans doute, par exemple, un Tasmanien eut été surpris s’il avait vu un arbre même d'une tspèce nouvelle, et non'encore dénommée, se tenant renversé, les racines en l'air, et les branches en terre. De la même facon un chien est surpris quand il voit pour la première fois un homme
(1) Introduction, H, p, 6.
(2) Ibid,, 1, p. 379.
2 ASP AR PO NRA
marcher sur ses mains, il aboie devant ce spectacle, parce qu'il est en conflit avec l'image générique qui a été automatiquement formée par d'innombrables perceptions d'hommes individuels marchant sur leurs pieds, mais en l’absence de tout nom pour désigner les arbres en général, rien ne montre que le sauvage possède un concept répondant à « arbre », ni le chien, le concept de «l'homme». Si mes adversaires n’abandonnent le terrain dn Nominalisme sur lequel ils prennent leur point d'appui, il leur faut déclarer qu'en l'absence de tout n9m pour arbre ÿ/ ne peut y avoir de concept arbre.
Voili nour «e que l'archidiacre Farrar a appelé la «ésespérant: rurvelé de la faculté d'abstraction des sauvages. Leurs diii: ‘ene:. langues concordent par leur témoignage verbal, et nous assurent que la pensée humaine ne procède pas de «l'abstrait auconcret», mais,au contraire, que dans la race comme chez l'individu, l’'idéation receptuelle précède l’idéation conceptuelle, la dénotation précède la dénomination, comme elle-même, autrefois, a été précédée par la gesticulation. Telle étant la situa- Lion à l'égard des noms, nous ne pouvons nous étonner, comme nous l'avons déjà vu, que les sauvages inférieurs soient si parliculièrement pauvres en formes prédicatrices.
La paléontologie de la pensée humaine, telle qu’elle est recueil lie dans le langage, nous montre donc d'une façon incontestable que l'origine et les progrès de l'Idéation, dans la race, ont été psychologiquement identiques à ceux que nous observons actuellement chez l'individu. Toutes les phases d'idéation que nous avons vu être caractéristiques de la psychogenèse chez l'enfant, nous voyons qu'elles ont été caractéristiques de là psychogenèse de l'humanité.
Tout d’abord il y eut la phase indicative. Son existence nous est prouvée de deux manières. D'une part tous les philologues sont maintenant d’acccord avec Geiger : « Mais, ce qui en dit plus que toute autre chose, le langage diminue à mesure que nous le considérons à une époque plus reculée, de telle façon que nous ne pouvons éviter de conclure qu'il fut un Lemps où il n'existait aucunement (1). » D'autre part, si nous sondons
(1) Conférence faite à Francfort, 1869,
l'arbre du crit, quelle Comme no la gesticu accorde q phases pri dans lesqu gnons Sous indication En secon de mots-p dénotative, d'actions sc sécurité, d’ ait été faite lain, en gra donnés, tou lutte pour 1 dénotatifs e es onomat celui qui no l'ouvé par là plus anci pées; les « dénotations plus récente sion connot: probableme pour avoir cile, dans le en apparence mières phas pouvons co primitive se pour établir de l'extensio
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LE TÉMOIGNAGE DE LA PHILOLOGIE (Suite) 319
l'arbre du langage au niveau des racines pronominales du sanscrit, quelle est la sorte de séve idéationnelle qui s'en écoule? Comme nous l'avons déjà vu, cette idéation suggère si fortement la gesticulation et la mimique que M. Max Müller iui-même accorde que cette idéation nous représente « des vestiges des phases primitives et presque pantomimiques du langage, phases dans lesquelles le langage était à peine encore ce que nous désignons sous ce nom, c'est-à-dire un Logos, mais simplement une indication » (1).
En second lieu, nous avons des preuves évidentes de l'existence de mots-phrases, aussi bien que de ce que j'ai nommé la phase dénotative, ou la nomination des simples recepts, qu'il s'agisse d'actions seulement, ou, comme nous pouvons l’admettre avec sécurité, d'objets et de qualités aussi bien, et que la ‘:orination ait été faite arbitrairement, ou, ce qui semble virtuellem."t cerlin, en grande partie par onomatopée. Ges deux points subordonnés, toutefois, qui sont rendus plus douteux par le fait que la lutte pour l'existence entre les mots à été favorahle aux termes dénotatifs exprimant des actions, et défavôrable . ia survivance des onomatopées, ont pour nous relativement peu d'importance : celui qui nous importe est celui qui nous est le plus clairement lrouvé par les annales philologiques, c'est le fait qu'à la période là plus ancienne correspondent les formes les moins développées ; les « 121 concepts » semblent être, pour la plupart, des dénotations de simples recepts. En troisième lieu, dansles phases plus récentes, nous trouvons des preuves accablantes de l'extension connotative de ces mots dénotatifs. Beaucoup d'entre eux ont probablement dû subir un certain degré d'extension connotative pour avoir pu survivre sous forme de racines : il est donc difficile, dans les phases primitives, d'être assuré si un mot dénotatif en apparence n'est point, en réalité, un terme qui a subi les premières phases de l'extension connotalive. Si tel a été le cas, nous pouvons comprendre que toute signification onomatopéique primitive se soit perdue. Quoi qu'il en soit, les preuves abondent pour établir l'existence du développement ultérieur et continu de l'extension connotative à travers la période philologique.
(1) Science of Thought, p. 245.
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Enfin, en ce qui concernela phase prédicative, nous avons vu que, d’après la philologie, l'ordre et la méthode ont été les mêmes dans la race et chez l'individu. Chez l'enfant, comme nous l'avons vu, la prédication préconceptuelle s'opère au même moment et au même niveau psychologique que l'extension connotative des mots dénotatifs. En réalité le simple acte connotatif est en lui-même un acte prédicatif, conceptuel dans la sphère conceptuelle (dénomination), préconceptuel dans la sphère préconceptuelle. En outre, nous avous vu dans là psychogenèse de l'enfant combien le développement de la prédication préconceptuelle par la simple apposition de termes connotatifs, joue un rôle important, cette apposition étant rendue inévitable par les lois de l'association. Si A est le nom connotatif de À, B le nom connotatif de B, quand le jeune enfant voit apparaître simultanément À et B, l'affirmation A B est rendue inévitable par « la logique des événements », et cette affirmation est une proposition préconceptuelle. A ces deux points de vue, la philologie fournit de nombreux cas parallèles. Les citations que j'ai rapportées prouvent d'une façon conceluante que « tout mot a dû originellement être une phrase » ou, pour en revenir à ma terminologie, une proposition préconceptuelle, de nature identique à celle qu'emploie le jeune enfant. Si l'on réplique que le jeune enfant n’a point la conscience de soi, alors que l’homme primitif la possédait, ce serait simplement faire
une pétition de principes de la question tout entière, et ce, à |
l'encontre de toutes les probabilités aprioriques, aussi bien que de toutes les analogies réelles auxquelles il peut en être appelé. S'ilest vrai — et qui pourrait en douter ? — que « le langage diminue à mesure que nous le considérons à une époque plus reculée, de telle sorte que nous ne pouvons nous empécher de conclure qu'il a dû se présenter une période où le langage n'existait nullement », soutiendra-t-on que l'être anthropomorphe, qui étail alors incapable de communiquer avec ses semblables au moyen de mots, possédait la conscience de soi? Une affirmation aussi absurde serait fatale à l'argument de mes adversaires, car elle impliquerait, ou bien que les concepts peuvent exister sans noms, ou que la conscience peut exister sans concepts. La vérité est que la philologie a prouvé d'une facon singulièrement complète
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LE TÉMOIGNAGE DE LA PHILOLOGIE (Suite) 091
l'origine et le développement graduel, dans le temps, de la communication préconceptuelle d'abord, et ensuite de la conscience qui a fourni la base de la prédication conceptuelle. Il n'y a rien d'étonnant par conséquent, comme le fait observer avec quelque naïveté M. Max Müller, si « l’on peut dire que le premier pas dans la formation des noms et des concepts est très imparfait ». Il l'est réellement. A la vérité « le fait de nommer l'acte de porter un lourd fardeau, au moven d’une racine formée des sons qui accompagnent cet acte, est un fait beaucoup plus primitif que de fixer un attribut au moyen d'un nom » appliqué conceptuellement. En réalité, cette sorte de nomination est si primitive que je défie qui que ce soit de montrer en quoi elle diffère psychologiquement de ce que l'on nomme la dénotation du jeune enfant ou même de l'oiseau parleur.
Étant arrivés à ces données en ce qui concerne les résultats de la philologie, il conviendra de conclure en indiquant brièvement le point principal sur lequel il semble y avoir désaccord entre mon opinion et celle des philologues éminents dont je viens de parler, si ce n’est celle aussi de la majorité de mes adversaires, au point de vue psychologique. Le point en litige, c'est que mes adversaires acceptent comme démontrée une supposition qui n’est point établie; ils supposent que la pensée conceptuelle est la condition antécédente sine qui non de tout acte dénominatif, et, a fortiori, de tout acte prédicalif. Voilà l'hypothèse fondamentale qui, expressément déclarée, ou tacitement acceptée, sert de base à toute l'argumentation de mes adversaires. Je prétends avoir montré par des preuves inductives complètes que cette hypothèse est non seulement injustifiable en théorie, mais erronée en fait; il y a noms et noms, et il en est qui ne témoignent point de l'existence de la pensée conceptuelle chez celui qui les confère. M'appuyant aussi bien sur le cas de l'oiseau parleur et du jeune enfant que sur celui de l'homme primitif (dans la mesure où celui-ci à laissé des traces de sa psychologie dans la structure du langage), j'ai prouvé qu'antérieurement à la phase de dénomination se présentent les phases de l'indication, de la dénotation, et de la connotation réceptuelle. Ce sont là les dalles de passage psychologiques qui sont jetées en travers de ce « Rubicon de l'Esprit », lequel, grâce à
leur négligence, a semblé infranchissable. Le concept (et, « fortiori, la proposition) n’est point une structure d'idéation qui se présente à nous sans une histoire de son développement. Bien que tous mes adversaires aient uniformément admis que « le plus simple élément de ,ensée » n'a pu avoir une histoire de ce genre, cette hypothèse, comme je l'ai dit, est en contradiction directe avec les faits d'observation. S'il en avait été autrement, si le concept, étant réellement sans antécédent, n'avait eu ni commencement ni fin, on eût pu, en ce cas, chercher à le faire regarder comme une entité sui generis, Sans parenté ni affinité avec toutes les autres facultés de l'esprit. Mais. comme nous l'avons maintenant pleinement vu, on ne peu admettre qu’il y ait ici une exception si extraordinaire au processus uniforme de l’évolution. Les phases de développement qui ont conduit graduellement à la pensée conceptuelle peuvent être aussi nettement retracées que celles qui ont conduit à tout autre résultat mental ou organique.
Je m'en tiendrai donc ici à cette courte et imparfaite étude du témoignage de la philologie. Mais, imparfaite et courte comme elle l’est, je ne puis, en toute sincérité, voir commente iémoignage aurait pu être plus uniforme par sa signification, ou plus varié par les faits, plus consistant, plus complet, plus écrasant qu'il ne l’est. À presque tous les points de vue, il a corroboré les résultats de notre analyse psychologique ; il est venu à nous comme un être vivant, qui, avec la voix même du langage. nous a raconté directement, et avec détails, l'histoire réelle d'un processus dont nous avions précédemment deviné les phases constituantes ; il nous a parlé d'une époque où l'humanité était encore incapable de parler, etoù les hommes ne communiquaient. entre eux que par les gestes et la mimique. Il'nous à décrit les premiers mots articulés sous la forme de mots-phrases n'ayant aucune signification en dehors des gestes qui les accompagnaient. IL nous a révélé la différenciation graduelle de cette forme élémentaire de langage « en parties du langage », et montré que ces signes grammaticaux ont été originellement les rejetons des signes gesticulés. Plus particulièrement, il a montré que, dans les premières phases du langage articulé, les éléments pronominaux, et méme les mots prédicatifs, étaient employés de la façon
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LE TÉMOIGNAGE DE LA PHILOLOGIE (Suite) 353
impersonnelle qui appartient à une conscience non encore développée. L'homme primitif, comme le jeune enfant, parlait de sa propre personnalité avec une terminologie objeclive; il nous a appris à voir que, dans tout terme conceptuel, il existe un noyau préconceptuel, de telle sorte que, comme le dit le savant et réfléchi Garnett, « Nihil in oratione quod non prius in sensu ati être considéré maintenant comme un axiome irréfutable » (1) Nous avons encore vu avec détails l'ensemble de cet étonnant développement du langage articulé selon de nombreuses lignes d'évolution divergente, en vertu duquel toutes les atinte du monde possèdent maintenant, à un degré quelconque, les attributs en quelque sorte divins de la raison et du angagé En vérité, comme le dit l'archidiacre Farrar: « Pour les vtciad( el les superficiels, n'est-elle point ridicule, la dispropértion ibn rente qui existe entre les débuts et la conclusion (2)? » Mais, ici comme ailleurs, c'est la méthode de l’évolution de ration ds à 1éro ce qui nous paraît considérable au moyen de ce qui nous paraît médiocre ou insignifiant; et, quand nous sommes portés à nous vanter de ce que seuls nous pouvons nous réclamer du Logss, il conviendrait peut-être de nous arrêter, et de nous rappeler en quoi consistait celle prérogative éminente lorsqu'elle prit naissance. « De la sorte, aucune langue ne possède M abstractum auquel elle ne serait point arrivée par l’intonation el la sensation » (3).
Je ne puis imaginer qu'une preuve plus puissante de l'évolution mentale nous pâût être fournie que celle qui est tirée de ce grand fait dont témoignent les mille dialectes de toute sorte qui sétendent maintenant sur la surface du globe. Nous ne pouvons nous parler les uns aux autres dans une langue quelconque Pi déclarer la dérivation préconceptuelle de notre langue. Nous is pouvons même discuter l'origine des facultés humaines sans affirmer par cette discussion même ce qu'a été celte origine. C'est au Langage que mes adversaires en ont appelé, et le Langage les a condamnés sans appel.
(1) Essays, p. 89.
(2) Chapters on Language, p. 133.
(3 Herder, Abhandl., p. 122.
Romaxes, Évol. ment.