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CHAPITRE XVI

Au poini &à nous en sommes, on me demandera sans doule quelques observations sur le mode probable de la transition entre l'animal et l'homme. Ayant si longuement considéré à la fois ia philologie et la psychologie de l'Idéation, je puis être considéré comme étant maintenant en situation de fournir des indications sur les phases par lesquelles on peut se figurer qu'a dà passer une espèce intelligente de singes pour franchir «le Rubicon de l'Esprit »; mais je m'y refuse, et pour deux raisons.

En premier lieu, la tentative serait superflue, même si elle pouvait réussir. La seule objection à laquelle j'ai dû répondre a été basée sur la psychologie. J'ai répondu à cette objection, et sur son orôvre terrain. Si j'ai réussi, j'en ai assez dit pour les besoins de l'argument ; si je n'ai point réussi, je dois évidemment aggraver ma situation en quittant les faits connus de l'esprit, tels qu'ils existent actuellement devant nous, pour des possibilités hypothétiques d'une époque vague, d'un passé sans témoins.

En second lieu, les remarques que je puis faire sur ce sujet doivent être nécessairement d'un caractère entièrement spéculatif. et qui échappe à la vérification. L'historien pourrait tout aussi bien passer son temps à suggérer des histoires hypothétiques d'événements que l’on sait s'être produits à une époque préhistorique: les preuves qu'il peut donner relativement à la certitude de l'occurrence de tels et tels événements peuvent être con-

cluantes, et, pourtant, il peut ignorer entièrement les conditions précises qui les ont amenés à la périoüe qu'ils ont occupée, et le mode particulier de leur production. Dans les cas de ce genre, il arrive souvent que plus un historien peut être assuré que tel ou le événement s’est produit, et plus est grand le nombre des moyens par lesquels il lui paraît que cet événement a pu survenir, Simple-

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LA TRANSITION DANS LA RACE 355 Se as she gs ilen est de méme dans la question qui nous pe, je consacreraile présent chapitre à l'étude de trois modes également hypothétiques par lesquels à pu se bd outil as É tion. Mais, d'après ce que je viens de dire, j'espère qu'il ‘ mi entendu que je n’attache à ces hypothèses aucune im ne argumentative. portance sr ÿ ee a ad année da sinifonti ds cho: dans des sons absolument a nués de signification, qui, au début, ont été dus à des c * tions purement physiologiques. D'après eux les td sa purement réflexes qui président : PR qui président à la vocalisation auraient suffi pour fournir non seulement de nombreuses différences d'i te : tion dans différents états de souffrance, de plaisir d'eft % onamais encore l'embryon de l'articulation sous tome 4 DE sion inintentionnelle de sons, de voyelles et de er Ep Ainsi, par exemple, Lazarus dit: « Le processus de la méair de sons spécial à l'homme, l'articulation des sons, la Ls raie de voyelles et de consonnes, est fournie par des coul spas nant physiologiques; elle repose sur la PAR moi nisme humain ; elle s'exécute avant toute volitites s , ou. "4 tation, et sans participation de l'esprit, quoique à l'oc ere ARRUNIORS et de perceptions » (1). L nur C est ici, on le remarquera, l'extension la plus grande que l puisse donner à la théorie interjectionnelle de l'origin ù . 4 gage. Elle suppose que l'homme primitif, alalique d sr ne Fe lement des sons inarticulés, mais aussi des de re. + forme de cris instinetifs n'ayant point de pr compet ; 4 nas nelle, Grâce à une association répétée, tontaliis qu n ntionont acquis automatiquement, pour ainsi dire ps np 5 tique, Car, pour citer M. Frédéric Müller : . Il est nn Se ou sans signitication au début, mais ils peuvent D cé lout ce qui pénètre en nous est perçu par l'âme nt grâce à des influences extérieures détes nhaies 2 me bd d une combinaison de plusieurs perceptions il sé Don notion, l'âme s’en empare. Gette notion — en valson du ñ fonc local déterminé par une des perceptions — a due au: F Li A

(1) Das Leben der Seele, H, p. 47.

un son qui est perçu de la méme facon que la notion, par L'Esprit, et ces deux perceptions, de la notion et du son, s'unissent grâce à la simultanéité dans la conscience, et de la sorte il se produit une association entre le fait et le son, et ce dernier représente un point de départ pour la représentation du premier. Nous arrivons ainsi au langage humain qui, par sa constitution même, consiste en la substitution d'un son ou d'une intonation à l’image d'une idée (1). »

Bien que je ne doute nullement de l'importance du rôle que des sons habituellement sans signification ont pu jouer en fournissant des matériaux pour la confection de signes vocaux, el que je conteste moins encore le rôle de l'association, cependant il me faut refuser d'accepter l'hypothèse qui précède comme une explication complète de l’origine du langage. En effet, elle ignore manifestement le problème à résoudre, savoir la genèse des facultés d’idéation qui, les premières, ont mis une âme, c'est-àdire une signification, dans ces sons jusque-là dépourvus de sens. Presque tous les animaux à sang chaud participent suffisamment de la nature physiologique de l'homme pour émettre différentes sortes de sons vocaux sous l'influence d'états mentaux variés, C'est pourquoi si, conformément à l'hypothèse qui précède, nous considérons Lous ces sons comme dépourvus de signification (ou produits d'une façon purement physiologique et réflexe), une question se pose d'elle-même, et l'on se demande pourquoi le langage ne s’est pas développé chez les animaux inférieurs.

D'après la doctrine qui précède, l'homme primitifet jusque-là alalique s'est mis en route sans posséder la moindre supériorité en ce qui concerne la faculté de faire des signes, et par là il ‘appelait précisément la condition psychologique présente des animaux inférieurs (2). Pourquoi done, les conditions originelles étant les mûmes, les résultais ont-ils été si différents”? Si dans le

‘as de l'homme l'association de sons sans signification avec des états, objets, etc. particuliers, aconduit à la substitution des premiers aux derniers, et leur a donné ainsi la significatior de noms, comment expliquer l'absence totale d'un développement ana- ( (

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{ 2) Voir par exemple F, Müller, loc, cit, EL, p. 36-7,

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logue chez les animaux ? Il me paraît que c'est là une objection à laquelle on ne peut répondre, et je ne m'étonne point, en conséquence, si la théorie dite interjectionnelle de l'origine du langage a jeté quelque discrédit sur toute la question. Mais, ainsi qu'il arrive si souvent dans les écrits philosophiques, nous nous trouvons ici en présence d'un cas où une vérité importante éprouve du tort du fait qu’elle est présentée d’une facon imparfaite ou erronée. Tous les principes émis dans l'hypothèse qui précède sont sains en eux-mêmes, mais les prémisses sont erronées. Celles-ci sont les suivantes : l'homme primitif ne présentait point de rudiments de la faculté de faire des signes; cette faculté elle-même avait besoin d'être créée de novo par les asso-

ciations accidentelles des sons avec les objets. Mais, comme nous

le savons bien maintenant, d'après les faits précédemment cités, les animaux inférieurs eux-mêmes présentent la faculté de faire des signes à un degré très certain, et, par conséquent, il est parfaitement sûr que l'homme primitif, à l'époque où il était alulique, n'était point, pour cela, dépourvu de la faculté de faire des signes. L'embryon psychologique du langage, qui n’a probablement pas pu être créé par des associations purement accidentelles entre les sons et les objets, à dû être déjà fourni dans les conditions psychologiques de l'idéation réceptuelle qui sont communes à tous les animaux intelligents.

Sans doute, c'était là le germe essentiel, mais il nous parait certain que les associations dont s'occupe la théorie interjeclionnelle ont dû avoir une importance qui n'est point médiocre, puisqu'elles contribuaient naturellement à développer sa nature semiotique, et j'ai déjà étudié au chapitre var les raisons pour lesquelles le germe analogue qui existe chez les animaux ne s'est point pareillement développe. Fai à peine besoin de le dire, je ne puis me ranger à l'avis des auteurs, à qui sont dus les citations précédentes, d'après lesquels les sons articulés ont été primitivement émis par l'homme originel sous forme de cris instinctifs, sans le moindre rudiment d'intention sémiotique (1).

(1) Quelques-uns des adeptes de cette théorie interjectionnelle, formulée sous celte forme extrême, pour ne pas dire extravagante, semblent supposer que l'homme primitif, jusque-là alalique, différait déjà des animaux inférieurs en ce qu'il présentait la pensée conceptuelle, Cette hypethèse expliquerait naturellement pourquoi

l'homme seul donne à ses cris instinetifs le caractère de noms, Mais, au

Je vais maintenant étudier les deux autres hypothèses, ei jo ferai remarquer tout d'abord que nos matéris.c: d'étudss relatifs aux singes sont très peu nombreux. Je ne veux pas cire seulement que pas un seul des singes anthropoïdes & à envore été éludié, au point de vue psychologique, avec autant d'aitention que j'ai étudié le Cébus, et pourtant c'est là un point important, parce que nous savons que, de tous les quadrumanes, et par conséquent de tous les animaux existants, les singes anthropoiïdes sont ies plus intelligents, et, par suite, s'ils étaient spécialement dressés, ils manifesteraient probablement plus d'aptitudes à la production de signes qu'on n’en rencontrerail chez toute autre espèce d'animal; mais je n'insiste pas sur ce point. Ce sur quoi j'attire l'attention, c'est le fait que les espèces existantes . singes anthropoïdes sont très peu nombreuses, et semblent toutes marcher vers une extinction complète. En outre, il est certain qu'aucune de ces espèces existantes n'a pu ètre l'ancêtre de l'homme ; et encore, il esl également certain que l'espèce ou le genre éteint qui à donné naissance à l'homme à dû différer par différents points imporlants de tous ses alliés existants.

En premier lieu, cet ancôtre de l'homme à dù être plus sociable et probablement »: eux doué au point de vue vocal que ne le sont l'orang-outang, le gorille ou le chimpanzé. Ges deux suppositions paraitront probables si mous nous rappelons que toutes deux sont amplement ‘ppuyées par les analogies exislant entre les espèces actus: et alliées de la tribu des singes. Ou, pour énoncer le même fan u'une facon différente, quand on suppose (1) que les ancètres simiesques de l'homme ontdû être peu sociables et relativement silencieux, parce que les quelques espèces existantes et en voie d'extinction des singes anthropoïdes sont telles, il suffit de faire remarquer la varhabilité qu existe à ces deux points de vue de la sociabilité et de la vocalisalion parmi certains genres alliés de singes et de babouins, pour

point de vue psychologique, ceci revient évidemment à mettre la charrue devant les H'eufs, Je signale ceci pour ajouter que l'objection ne serait plus valable si l'on supposait l'idéation être préconceptuelle, c'est-à-dire supérieure à l'idéation de tout animal, bien que non encore caractéristique de l'homme ; plus loin je formule une théorie sur ce poivt

1) Voir, par exemple, la Dynamical Sociology, de M, Ward,

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faive cu même temps justice de cette hypothèse, et indiquer les “aisons probables pour lesquelles un genre de singes s'est graduellement transformé en homme, tandis que tous is genres alliés se sont éteints, ou s'éteignent actuelleinent.

En outre, et avant d'aborder le sujet, il nous faut nous rappeler que le cas analogue du jeune enfant, bien que très précieux jusqu'à un certain point, ne doit point être suivi sans réserve quand nous nous occupons de la genèse du langage, car, ainsi que nous l'avons précédemment remarqué, le langage est fourni par le milieu ambiant à l'enfant, au lieu que l'homme primitif n'a point recu le langage, mais à dû le créer. Par conséquent, méme en dehors de toute question d'hérédité, nous avons ici une différence immense dans les conditions psychologiques considérées chez le jeune enfant et chez lhoinme primilif. Ge n'est que dans la mesure où le jeune enfant manifeste la tendance, sur laquelle j'ai insisté, à étendre spontanément la signication des mots dénoltatifs, où à employer spontanément ces noms en apposition, dans le but d'opérer la prédication préconceptuelle, que nous pouvons espérer découvrir quelque analogie vérilable entre l'individu et la race au sujet de cette transition, dont nous nous occupons maintenant, entre lidéation réceptuelle et lidéation conceptuelle (4).

[l'est une autre considération préliminaire qui me semble mériter une mention. Son étude du langage à conduit le philologue Geiger à formuler, et à soutenir avec quelque labeur, la doctrine qui suit. Tout d'abord, il fait remarquer que l'homme, plus que loutautre animal,emploie le sens de la vue pour les besoins de la vie perceptuelle, Cela ne veut point dire que l'homme possède une vision plus pénétrante que tout autre animal, mais simplement que de lous ses sens spéciaux celui de la vision est plus habitueliement employé pour prendre connaissance du monde extérieur, Et ceci, il me semble qu'il faut certainement l'admettre ; même

1) Les philolognes différent d'opinion au sujet de la valeur du langige des enfants eu tant que guide à travers les phases probables du développement du langage chez l'homme primitif, Sans entrer dans l'étude des arguments invoquis de côté ot d'autre, il me parait que ceux-là mêmes qui sont Le plus sceptiques à l'égard de la valeur philologique du langage * ‘opre aux enfants ue pervent faire d'objeclions à l'analogie telle que je lai linsite otus haut, et ce n'est que dans ces limites que je fais usage de celle-ci.

l'enfant qui ne parle point encore observe des objets à de grandes distances, examine attentivement ceux qu'il tient à la main, et, d’une façon générale, emploie ses yeux d’une manière beaucoup plus effective que ne font les animaux intérieurs à une phase de développement comparable. En s'appuyant sur cette supériorité relative du sens de la vue chez l’homme, Geiger soutient qu'avant la genèse du langage articulé l'homme a dû, plus que Lout autre animal, être accoutumé à communiquer avec ses semblables au moven de signes qui s'adressaient à ce sens, c'està-dire au moyen de gestes et de grimaces. Mais si l'on admel ceci, il suit que, du moment où une espèce particulière des primates commença à employer la vue d’une facon plus assidue que ne le faisaient les espèces alliées, une condition favorable était fournie au développement ultérieur etgraduel d'une forme simienne gesliculante. Ici la grimace aurait aussi joué un rôle important, et, quand l'attention était particulièrement dirigée sur jes mouvements sémiotiques de la bouche, les sons articulés ont commencé à acquérir des significations plus ou moins conventionnelles. C'est de cette façon que Geiger suppose qu'ont élé fournies les conditions requises pour la genèse des signes articulés, et, au point de vue de sa théorie, il est certainement très intéressant de noter que l'animal qui compte le plus sur le sens de la vue est aussi celui qui à fait de si formidables progrès dans la facullé de faire des signes.

Dans cette utilisation plus grande du sens de la vue, nous avons probablement une autre des nombreuses et complexes conditions qui ont déterminé la différence, au point de vue de l'art de faire des signes, entre les ancêtres reculés de l'homme el leurs parents zoologiques les plus rapprochés, différence qui à dû naturellement devenir de plus en plus prononcée à mesure que à vision et la gesticulation agissaient et réagissaient l'une sur l'autre.

Il me parall que cetie hypothèse de Geiger reçoit une contfirmation frappante de certains faits que l’on sait exister chez les sourds-mueis. Même lorsqu'il n'a reçu aucune éducation, le muet de naissance, comme nous l'avons précédemment vu, invente aäbitueilement des sons articulés qui lui servent de noms pour les objets. Ces sons, naturellement, ne sont point entendus par le

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muet lui-même, et leur emploi doit être attribué, comme je l'ai fait moi-même, à la transmission héréditaire d'une tendance acquise. Ce qui nous importe, c'est que, si la majorité de ces sons articulés semble être totalement arbitraires (par exemple ; ga pour un, schuppatter pour deux, riecke pour je ne veux pas), un certain nombre d'entre eux ont souvent, d’une façon évidente, pour origine la vocalisation qui accompagne les mouvements de la bouche tandis qu’elle exécute l'acte signifié (mem pour manger, schipp pour boire, ete.) (4). Pareillement, l'observation de la bouche du chien, tandis qu'il aboie, conduit à un acte imilatif de la part du muet, et cet acte lui servira de signe pour chien, et ceci pourra conduire à l'émission d'un son articulé tel que be-yer que le muet emploie par la suite comme nom du chien (9). Ni des mots peuvent être ainsi inventés par des sourds-muets simplement comme résultat d'observation des mouvements de la bouche, combien n'est-il pas plus probable que le même fait sest présenté chez l'homme primitif qui pouvait non seulement voir les mouvements, mais entendre les sons.

Jen viens maintenant à l'exposé des deux hypothèses auxquelles j'ai fait allusion plus haut, et qui peuvent fournir des indications acceptables sur le mode de transition. Tout d'abord, essayons de nous représenter un singe anthropoïde sociable, se servant de sa voix assez fréquemment, comme lous les autres juadrumanes sociables, pour faire des signes, et peut-être um peu plus sagace que l’orang-outang cité dans mon précédent duvrage (3), ou le chimpanzé remarquable qui se trouve en ce homent au Jardin Zoologique, et qui, par son intelligence aussi

lien que par sa faible pilosité el ses tendances carnivores, semble ire, de tous les animaux jusqu'iei découverts à Fétat vivamt, ke plus humain (4). I ne me semble point difficile d'imaginer, en

l: Pour exemples, voir Heinieke, Beobachlungen, über Slumme, p. 137 et suiv.

2) lbid,, p. T4.

3) Evolution mentale chez les Animaux, p. 335.

(4) Les habitudes carnivores de cet animal, que l'on considère comme une nou- “lle espèce, sont très intéressantes, On suppose qu'à l'état sauvage il vit d'oiseaux, lis au Jardin Zoologique il témoigne d'une préférence marquée pour la viande ‘ile par rapport à la viaude crue. I se nourrit de côtelettes de mouton bouillies lont il épluche les os avec ses doigts et ses dents, et à grand soin ensuite de se “loyer les pattes, IL mélange un peu de paille avee son mouton en guise de ‘“tume, et finit son repas avec un dessert de fruits, Mais le point le plus imporhat est que cet animal répond à son gardien par des sons vocaux, ou plutôt des

outre, qu'un animal de ce genre emploierait les signes vocaux don il se sert habituellement pour exprimer ses érnotions, et dans la logique de ses récepts, en association avec des signes gesticulés, de façon à constituer des mots-phrases indiquant des idées simples et souvent présentes, telles que celle de la présence du danger, de la découverte d'aliments, etc. Je ne crois même point que ce serait aller trop loin que de supposer que pareil animal à pu alle: jusqu'à émettre des sons dénotant quelques-uns des objets les plus familiers tels que nourriture, enfant, ennemi, et peut-être même des formes d'activité qui se présentaient souvent. Comme je l'ai montré en détail, il n’y a là rien de plus que ce que nous voyons chez certains animaux qui sont plus bas placés dans l'échelle intellectuelle, et, bien que la réalisation n'en soil pas faite au moyen de signes articulés, excepté dans le cas relativement pauvre, au point de vue psychologique, des oiseaux parleurs, ceci, comme je l'ai montré, n'a point d'importance au point de vue psychologique. Que la phase dénotative du langage chez le singe ait élé d'abord atteinte par l'articulation, ou, comme je le crois plus probable, par la vocalisation, à laquelle se seraient joints des gestes et des grimaces, il importe également peu. Dans les deux cas, le progrès intellectuel obtenu aurait, avec le temps, réagi sur la faculté de faire des signes, et eût conduit à une extension du vocabulaire, tant en matière de sons qu'en matière de gestes. Tôt ou tard, les signes vocaux, facilités dans leur éelosion par les gestes, et conduisant à un progrès toujours plus grand de l'intelligence, seraient devenus de plus en plus conventionnels, et, en présence de conditions anatomiques et sociales convenables, de plus en plus articulés. Jusqu'ici, je ne vois point d'obstacles qui puissent nous arrêter si nous nous rappelons tout ce qui a été dit au sujet des signes conventionnels qui sont employés par les plus intelligents de nos animaux domestiques, el même par les oiseaux parleurs (1). C'est jiei l'hypothèse

grognements, quand celui-ci lui parle, et le gardien comprend ses sons comme ind quant des états psychiques différents, J'ai passé beaucoup de temps à observer cel animal, mais l'influence du publie et d'autres circonstances fout qu'il est difficih de tenter quelques expériences ou d'essayer de le dresser. Pour les expérientes de numération, voir plus haut p. 58, et, à l'égard de la compréhension des mots, voir p. 125,

A) « S'il a jamais existé des créatures supérieures au singe et inférieures 1 l'homme, qui out été détruites par l'homme primitif comme étant plus partit

qu'envise commen!

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qu'envisage Darwin dans sa Descendance de l'Homme ; voici comment il s'exprime : « Il me paraît certain que le langage doit son origine à limitation et à la modification de différents sons naturels: la voix des autres animaux, les cris instinctifs le l'homme lui-même, aidés par des signes et des gestes... luisque les singes comprennent certainement beaucoup de ce que leur dit l'homme, et que, à l'état sauvage, ils poussent des «ris de danger qui servent de signaux à leurs compagnons : puisque les poules font entendre des cris particuliers qui servent i indiquer la présence d’un danger à terre, ou encore la présence de l'épervier dans les airs {ces deux cris, ainsi qu'un troisième, sont parfaitement compris par les chiens) (1), n'est-il pas possible que quelque animal voisin des singes, et particulièrement sigace, ait imité le grondement d'un animal de proie, et averti, de la sorte, ses compagnons de la nature du danger imminent ? Ceût été là un premier pas dans la formation d'un langage (2). »

Mais M. Darwin ajoute un autre trait à l'hypothèse dont nous IoUS OCCUPONS :

« Quand nous étudierons la sélection sexuelle, nous verrons que l'homme primitif, ou plutôt l'ancêtre de celui-ci, a probablement employé d'abord sa voix pour produire des cadences musi- ‘les véritables, c'est-à-dire pour chanter comme le font quelques-uns des gibbons actuels, et nous pouvons conelure, d'après ine analogie très étendue, que cette faculté se serait particulièrement exercée durant la saison des amours, qu'elle eût exprimé des émotions très variées, telles que l'amour, la jalousie, la \ictoire, et qu'elle eût servi à défier les rivaux. Il est done probable que l'imitation de cris musicaux par des sons artitulés a pu donner naissance à des mots indiquant des étais ‘motionnels compliqués el variés » (3).

Voilà donc une des manières dont il me paraît que la faculté de faire des signes articulés a pu commencer à réaliser la formalvrement ses rivaux dans sa lutte pour l'existence, ou qui out disparu de quelque ulre manière, il n'est point difficile de supposer qu'ils ont possédé des formes de hngage plus rudimeutaires et imparfaites que les nôtres. » (M. Whitney, article Phitology dans Encyclop. Brit, val, XVI, p, 769.

1) Honzeau donne un très curieux récit de ses observations sur ce point dans ses

lacullés Mentates des Animaux, tome I, p, 348.

(2) Descendance de l'Homme.

3) Ibid.

lion du langage. Mais pour ne point aller plus loin, j'entrevois une autre méthode, et qui me paraît présenter plus de probabilités encore. Quelques-unes des autorités en matière d'anthropologie pensent que le langage n'a probablement fait son apparition que tardivement, de telle sorte que nos ancêtres, chez qui il s'est montré, élaient déjà plus humains que simiesques, el par là méritaient le nom de Homo alalus (4).

Si tel a été le cas, il est plus facile encore de se représenter ce qu'a dàù être le développement dont nous avons tenté de reconstituer le cours, qu'avec l'hypothèse précédente.

qui nous occupe en ce moment, notre point de départ est un être déjà semblable à l'homme, à station verticale, plus intelligent que tout autre animal, qui se taille des silex pour s’en faire des outils et des armes, qui vit en tribus ou sociétés, et qui se trouve, à un degré appréciable, en état de communiquer la logique de ses recepts au moyen de gestes, d'expression faciales et d'into-

nations vocales. Il est évident qu'avec une pareille origine, l'évolution ultérieure de la production des signes dans la direction des sons articulés est plus facile encore à se représenter qu'avec l'autre hypothèse. Essayons en effet de nous représenter une communauté d'Aomo alalus considérablement plus intelligents que les singes anthropoïdes existants, bien que fort inférieurs encore au niveau intellectuel des sauvages actuels, IL est certain

(1) Ce mot est employé par Hæckel comine synonyme de Pithecanthropoi, ou hou: mes simiesques, lesquels sont supposés avoir immédiatement précédé l'Home sapiens. (Hislory:of Evolution, trad. avgl., vol. IF, p. 293.) Dans l'ouvrage qui suivra celui-ci, j'étudierai les arguments qu'on peut invoquer, en prenant mon point de vue anthropologique. En attendant, il suffit de se rappeler que, comme je l'ai déji dit, si grande que soit la ditférence psychologique introduite par la faculté du langage, il semble avoir suffi, pour la production de celle-ci, de changements analomiques véritablement imperceptibles. « L'argument qui veut qu'il y ait une diflé-

rence im nense entre le cerveau de l'homme et celui du singe parce qu'il ÿ 1 à

une différence immense entre l'intelligence de ces deux êtres, me semble ètre ausil juste que celui par lequel on chercherait à prouver qu'il existe une énorme difle-

rence de structure entre deux moutres sous prétexte qu'il y à une grande dille- à

rence entre la montre qui donne l'heure exacte, et celle qui ne marche pas. Un cheveu dans le balancier, un peu de rouille sur un pivot, une dent de l'échappemett faussée, un trouble si léger que l'œil expérimenté de l'horloger peut seul le déreutvrir, peuvent être l'origine de toute la différence, Et, croyant, comme je Le fais avêt Cuvier, que la possession du langage articulé constitue le grand caractère distinctif de l'homme (qu’elle lui soit ou non absolument spéciale), je trouve très aisé de comprendre que quelque différence anatomique également impereceptible à pu être la cause primaire de la différence incommensurable, et en partie infinie, entre la souche de l'homme et celle des singes.» (Huxley, Man's Place in Nature, p. 105.

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l) lei, je den laut d'après Gei ique des sons v houvements de ülurellement ph Rposer sur le se:

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2) Sur ce sujel

3) Il convient | ls trois hypoti hge 357 : l'Homo nent, possède né illeinte l'animal ; senes des sons in tditions pureme

1, j'entrevois s de probabie d'anthropo- L son appari- *s, chez qui il ‘sques, el par

‘eprésenter ce té de recons- ‘ar, avec celle art est un être us intelligent s'en faire des qui se trouve, Ja logique de ales et d'intoorigine, l'évos la direction senter qu'avec présenter une us intelligents fort inférieurs Il est certain

inthropoi, où honrit précédé l'Honv Dans l'ouvrage qi prenant mon point

comme je l'ai déj La faculté du lanhangements anato- ‘ily ait une diftége parce qu'il Y\# » semble ètre aus une énorme dilleune grande diflée marche pas. Li it de L'échappemett peut seul le découmme je Le fais aver caractère distinetil

Nature, p. 1:

F 4 de brouve très aisé reeptible à pu êtit tie infinie, entre la

LA TRANSITION DANS LA RACE 365 que, dans une communauté de ce genre, les signes naturels de la voix, du geste et de la grimace seraient plus cu moins employés (1). A mesure que la population de cette communauté se serait accrue (et à mesure, par conséquent, que la sélection naturelle aurait attaché une récompense de plus en plus considérable à la coopération intelligente, comme dans le cas des Insectes sociaux) (2), les signes de ce genre seraient devenus de plus en plus conventionnels, où auraient acquis de plus en plus k caractère de mots-phrases et de signes dénotalifs (3). Dans les cas où les signes étaient vocaux, ils n'ont pu se développer de façon à réaliser ce désideratum que par des modulations conventionnelles : 4° d'intensité, 2° de hauteur, ou, 3° d'intervalle. Mais évidemment ni les modulations d'intensité ou de hauteur “ont pu introduire un perfectionnement bien considérable, ilant donné que la voix humaine ne présente qu'un petit nombre de celles-ci. Par conséquent, s'il y a eu quelque perfectionnement, — et celui-ci a dû s'effectuer, si possible, par la sélection naturelle, — il n'a pu se produire que par des modulations l'intervalle entre les sons vocaux, et cette modulation n'est autre chose que le début de l'articulation.

C'est-à-dire que la première articulation à probablement consisté en une simple disjonction des sons vocaux, rappelant le préendu « bavardage » des singes, le langage naturel pour l'expresson de leurs états psychiques. La grande différence consiste en que la valeur sémiotique de cette articulation commencante à dû être beaucoup plus intellectuelle et moins exclusivement imotionnelle; elle à dù tenir moins de la nature des cris, et plus

l) ei, je demanderai au lecteur de se rappeler les considérations rapportées plus laut d'après Geiger, relatives à l’encouragement qui a dà ètre donné à l'emploi sémioque des sons vocaux par le fait que l'attention était généralement dirigée sur les mouvements de la bouche dans les grimaces significatives, cette attention étant üturellement plus considérable chez un animal intelligent accoutumé à se beaucoup “poser sur le sens de la vue, qu'elle n'eût pu l'être chez n'importe lequel des qualrumanes existants.

2) Sur ce sujet, voir plus haut, pages 88-95.

(3) Il convient de remarquer que l'élémeut de vérité qui appartient à la première des trois hypothèses que nous considérons intervient ivi. Voyez la note de Ja jige 357 : l'Homo Alalus, bien que n'étant point apte encore à penser conceptuellenent, possède néanmoins une vie réceptuelle plus élevée que celle qu'a jamais teinte l'animal ; et dans la mème mesure, il est plus capable d'utiliser comme imes des sons interjectionnels, ou autres, qui n’ont de raison d'être que dans les tnditions purement physiologiques de son propre organisme.

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de celle des noms. Il semble probable que tous les cris Hu étant surtout fournis par la gorge et le larynx, sans g Es id cipation de la langue et des lèvres, ces premiers efforts € cs à lation ont dû faire entendre surtout des TRTEUSE M ee joignaient par intervalles des CORNE PHARE . ; . ( : Get état de choses eût pu durer un temps Ve penc on un les consonnes liquides et enfin linguales auraient es commencé à entrer en usage. Tel est l'ordre dans Le ne sonnes se sont peut-être développées si nous consid: M de 1 outturales et labiales auraient probablement été plus 166! es à prononcer que les liquides et linguales pour un Homo presque ne ce point le développement D'DNENS Cut tion ne serait qu'une affaire de temps et de . mental; mais il me paraît extrêmement probable que 16 qu initiales ainsi esquissées ont dû oSeaper un laps de temps us de toute proportion avec celui qui à été plus tard requis pou "ogrès ultérieurs.

Ro sujet, il nous faut prendre note des ous Bushmen et des Hottentots d'Afrique, qui semblent a ue nir des preuves directes de la survivance, chez se | " humaines inférieures, d'un système primitivement inarticulé d signes (2).

D | ca à ant de soin Nul n’a étudié les langages de ces peuples avec aut

i taillé ‘ordr 2S COl- 1) Voyez Preyer, loc. cit, pour un récit détaillé de l'ordre dans ee les M DAS , . Cet, , Ÿ F sai 3 aries 0 PE font leur apparition chez l'enfant. Voyez aussi dt sente Le : 1 ] ss st certain que les voyelles "hi ans Proc. Amer. Philol, Ass., 1877, Ii est ce Le Children dans Proc. : À 5 tante ï se précoce dans la rac ais il est beaucoup ] "6 ri > phase précoce dans la race, mi: à R la ivre. Différentes races présentent en ire de "dre les consonnes ont pu suivre, Di s Au de dire dans quel ordre 1 st Le ! rte effet, maintenant, de grandes différences au sujet de l'emploi se sh j i Î ar ‘hi ‘en 1 *S Ji { i È de 1inois, par exemple, changent r en 4, na de l'aptitude à les employer ; les CI OÏs, pé ple, Eee D l'en ». Et naturellement, toute la philologie comparée, i ou onsidérée comme basée sur une étude des lois des « Me ie 14 3 E Aa [ te à iculier $s quel les différents sons : “vi i te r'ordre particulier selon lequel les € ‘videmment, peu importe je! gai A tés se sont Advétonpus, D après Le prince Lucien Bonaparte, qui à étudié se . as grand soin, le nombre total des sons de ce genre qu'il soit poss H D Û

i 385 ir vore Ellis, EarlIR organes vocalisateurs humains de produire, est de 38ù, Voir encore

English Pronuncialtion, et pour la limitation des DR dans les différente

langues des races existantes, Hovelacque, bol HE his PT (2) « Quand nous nons rappelons les clicks ue ni a M

langage des Bushmen, il semblerait qu'aucune ligne { v* pére k Eu

tirée entre l'homme et l'animal, mème quand c'est le langage qui &

rium, » (Sayce, Introduction, 1, p. 302.)

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« doiv lons 1 vocau loppé Les | Bleek, bral et nos pa ment e le dés:

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du

LA TRANSITION DANS LA RACE: 307 ni avec autant de succès que le savant M. Bleek, et il dit que les clicks qui se présentent dans la grande majorité de leurs mots «doivent être étudiés avec une attention spéciale si nous voulons nous faire une idée, mê me approximative, des éléments vocaux originaux hors desquels le langage humain s’est développé (1). »

Les clicks en question sont au nombre de quatre, ou, d'après Bleek, « de six au moins »; on les nomme : dental, palatal, cérébral et latéral. Le click latéral est identique à celui qu'emploient nos palefreniers pour stimuler un cheval. Le dental est également employé par les races européennes comme son exprimant le désappointement, le mépris absolu, ete. Dans les livres, il s'écrit habituellement £a {a la, ce qui montre combien il est impossible de traduire un click en un équivalent articulé quelconque. Les deux autres clicks sont formés par le jeu de la langue contre la voûte de la bouche. On peut se faire une vague idée de la difficulté que l’on éprouve à traduire une langue de ce genre en quelque forme alphabétique, en essayant de prononcer un des mots qui sont imprimés dans nos traités européens sur le sujet. Par exemple, le mot hottentot, pour lune, s'écrit || ldp, où || figure le click latéral, £h4 une consonne gutturale, et * un son nasal. Au sujet de cette sorte inarticulée de signes qui sont si abondants dans les langues des races inférieures qui sont en connexion organique étroite avec les langues articulées, il me semble bon de noter l'observation suivante qui à été communiquée par Hæckel à M. Bleek, et que ce dernier à publiée dans son ouvrage déjà cité :

« Le langage des singes n'a point encore reçu des zoologistes l'attention qu'il mérite, et il n’y a point de descriptions exactes les sons qu'ils émettent, On les appelle tantôt des hurlements, des cris, des clicks, des mugissements, etc. J'ai souvent entendu dans les jardins zoologiques des singes d'espèce différente produire des clicks curieux ; l'animal les produit avec les lèvres, et aussi, mais plus rarement, avec la langue ; mais nulle part je n'ai pu en trouver une description. »

En somme, donc, il me parait très probable que ces clicks

(1) Ursprung der Sprache, p. 52.

veprésent ai des vestiges, dans les langues peu développées, d’une condition inarticulée antérieure ; ou, comme M. Sayce le dit au point de vue philologique, «les clicks des Bushmen survivent pour nous montrer comment les sons émis par l'homme alalique pouvaient servir à renfermer et à communiquer la

pensée » (1).

Dans ses traits principaux, l'esquisse que je viens de donne: reproduit celle que Darwin a tracée dans la Descendance de l'Homme. Toutefois, comme nous l'avons déjà vu, il y a une différence importante ; Darwin ne considère que la seconile des trois hypothèses ici présentées, celle d'après laquelle les rudiments du langage articulé ontcommencé chez l'ancêtre reculé ou simiesque de l'homme. Il ne semble point avoir pensé à l'Homo alalus en tant que lien unissant ces ancêtres à l'Homo sapiens. {me sera donc permis de donner ici brièvement les raisons pour lesquelles il me semble probable que ce lien a réellement existé.

Remarquons en premier lieu qu'il n'y a point antagonisme entre les deux hypothèses dontil s’agit, la seconde n'étant en fait qu'une extension de la première. La seconde accepte en effet toutes les idées de Darwin sur l'importance des cris instinctifs, des sionaux d'alarme, ete., pour le développement supérieur de l'art de faire les signes chez cet animal simiesque qui a été le brutal ancôtre de l'Homo alalus (2). En outre nous avons le droit, dans notre hypothèse, de supposer, avec Darwin, que ce singe anthropoiïde était sans doute non seulement plus intelligent que n'importe laquelle des quelques espèces survivantes, mais aussi beaucoup plus sociable. Et c'est là un point important sur lequel il faut insister, car il est évident que lies conditions de la vie sociale sont également les conditions essentielles de tous progrès considérables par rapport à la faculté de faire des signes telle qu'elle se présente chez des singes existants. La seule différence, par conséquent, qui existe entre les deux hypothèses, consiste en ce que l’une suppose que la faculté de faire des signes articulés à été

(1) Introduction, W, p. 302, Par pensée il entend naturellement ce que j' désigne par récepl.

(2) Qu'on se reporte ici aussi à la première des trois hypothèses dont les importants éléments de vérité, comme je l'ai déjà plusieurs fois fait observer, doivent être considérés comme adoptés par l'hypothèse de Darwin, et, par suite, par la présenté hypothèse aussi.

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1, doivent ètre coute, par la présent

un produit d'évolution beaucoup plus tardif que ne le suppose l'autre hypothèse. Ceci revient à dire que, tandis que l'hypothèse de Darwin considère le commencement de l'articulation comme une condition nécessaire à un progrès sensible sur l'intelligence réceptuelle de notre ancêtre animal, l'hypothèse présente considère qu'il est plus probable que cette intelligence réceptuelle a été considérablement développée par le geste et Les signes vocaux avant que ces derniers n'aient pu devenir, à proprement parler, articulés, et le résultat a été le développement d'une créature, plutôt plus humaine que simiesque, qui néanmoins n'étaitencore ‘apable de communiquer avec ses semblables qu'au moyen de signes gesticulés et d'intonations vocales :

Les raisons pour lesquelles je considère cette dernière hypothèse comme plus probable que l'autre sont les suivantes,

Tout d'abord, pour des raisons psychologiques, je ne vois aucune raison de douter que l'intelligence réceptuelle d'une espèce déjà intelligente et très socible de singes anthropoïdes, ne pût faire des progrès considérables sur celle de toute espèce existante, sans l'aide de l’aiticulation, les habitudes sociales constituant toute la différence dans le développement de l'art de faire des signes avec sa réaction subséquente sur le développement mental. En second lieu, pour ces premières phases de progrès, je ne vois point que le fait de produire des signes articulés eùt pu conférer quelque ävantage sérieux sur un développement plus avancé des systèmes plus naturels. Car tant que la seule coopération requise n'avait trait qu'à des actes relativement simples, le langage de l'intonation et du geste ent pu prendre un développement suffisant pour faire face à toutes les exigences. En dernier lieu, si nous considérons le jeune enfant comme parallèle à la race, au point de vue de la psychogenèse, il est certain qu'il indique que la faculté de l'articulation a une origine relativement récente, Si nous nous rappelons la tendance générale de l'ontogénie à abréger l'histoire de la phylogénie, c'est, ce me semble, un fait des plus suggestifs que, tout en étant très disposé à limitation, et tout en vivant dans un milieu de langage parlé, l'enfant ne commence à se servir de signes artieulés que longtemps après qu'il a été capable d'exprimer nombre de ses idées réceptuelles au moyen du langage de l'intonation

RouanEs, Évol. ment, 9,

et du geste. On se rappellera peut-être que j'ai déjà insisté sur le degré d'élaboration surprenant que subit cette forme de langage chez les enfants qui sont en retard pour parler. (Voy. page 219.) Nous ne pourrions guère être autorisés à considérer ces cas comme représentant peut-être le langage sémiotique de l'aomo alalus (étant donné que l'enfant d'aujourd'hui a hérité du cerveau de l’Lomo sapiens), cela est certain, mais il me parait non moins certain aussi que nous commettrions l'erreur opposée si nous considérions le cas de l'enfant précoce en matière de langage comme correspondant d'une façon exacte au degré d’évolution mentale qui existait à l'époque où la race commença pour la première fois à pratiquer l'articulation (étant donné que l'histoire de la dernière est probablement raccourcie chez le premier). Et pourtant, même si nous faisions ceci, Le résultat serait de nous indiquer avec beaucoup de force que nos lointains anc itres étaient considérablement en avance sur tous les animaux, existants en ce qui concerne l'emploi sémiotique de l’intonation et du geste, longtemps avant qu'ils ne fussent en état d'employer le iangage articulé. En effet, un enfant, même précoce, ne commence point à faire un grand emploi de mots en tant que signes avant d'avoir atteint sa deuxième année, et le plus souvent ceci ne se produit qu'à la troisième. Et, d'autre part, à quelque âge que ceci arrive, l'intelligence générale de l'enfant est non seulement très en avance sur celle de tous les animaux existants, mais la direction dans laquelle cette avance est la plus évidente est justement celle qui, à l'égard de la question présente, est la plus suggestive : celle de la production naturelle de signes par l'intonation et le geste. M'appuyant donc sur ces différentes considérations, je suis disposé à penser que les progrès de l'évolution mentale de l'animal à l'homine se sont probablement produits à peu près de la façon que voici : Partant de l'espèce de singes anthropoïdes très intelligente et sociable qui a été esquissée par Darwin, nous pouvons imaginer que cet animal était accoutumé à se servir fréquemment de sa voix pour exprimer ses émotions, pour produire des signaux d'alarme, et pour chanter (1). Peut-être encore a-t-il pu être suffi-

(4) Une citation d'après Darwin à déjà fait allusion à la chanson du gibbon. de puis ajouter ici que le chimpanzé Sally exécute parfois une cérémonie extraoriliuaire de nature analogue, Sa chanson n'a toutefois rien de « musical ». Elle est

“intelli

Sal fac la sul eny enc des nat nati pou tuel être Puis réce sign cons l'aut geste parfe de n très langa pense l'enfa que «

sémio d'into néces, quelq Mais, récept

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(1) Voi p. 355-6

à insisté sur orme de lanr. (VOy.p onsidérer ces émiotique de d'hui a hérité is ilme parait rreur opposée natière de lanu degré d'évoommenca pour onné que l'his- 1ez le premier).

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que ceci arrive, lement très en mais la direction justement celle uggestive : celle ation et le geste.

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hanson du gibbon. Je cérémonie “extraordi- « musical ». Elle est

samment intelligent pour employer quelques sons imitatifs de la facon arbitraire suggérée par Darwin, et certainement, tôt ou tard, la vie réceptuelle de cet animal sociable a dù faire des progrès suffisants pour être comparable à celle d'un enfant de deux ans environ. C'est-à-dire que cet animal, bien que n'ayant point encore commencé à se servir de signes articulés, avait dû faire des progrès suffisants dans l'emploi conventionnel de signes naturels (ou de signes ayant une origine naturelle dans l'intonation ou le geste, spontanés ou intentionnellement imitatifs), pour permettre un échange suffisamment libre d'idées réceptuelles tel que l'impliqueraient les besoins animaux, et peutêtre même les formes les plus simples d'action coopérative (1). Puis il me semble probable que les progrès de l'intelligence réceptuelle occasionnés par ce progrès dans la production des signes ont pu conduire à leur tour à un développement plus : considérable de cette dernière ; tous deux ont réagi l’un sur l’autre jusqu’au moment où le langage de l'intonation et du geste s'est graduellement élevé au niveau d'une pantomime imparfaite, comme chez les enfants avant qu'ils ne se servent de mots. Mais à cette phase, si ce n’est plus tôt encore, il est très probable que les voyelles ont dû être employées dans le langage d'intonation, peut-être aussi quelques consonnes; et je pense ainsi non seulement à cause de l'analogie que présente l'enfant, et à laquelle il a déjà été fait allusion, mais aussi parce que dans le cas d'un animal qui chante, qui est suffisamment

“intelligent pour employer constamment sa voix dans un but

sémiotique, et qui, par conséquent, emploie une grande variété d'intonations plus où moins conventionnelles, il semble presque nécessaire que quelques-unes des voyelles et peut-être aussi quelques-unes des consonnes aient commencé à se produire. Mais, quoi qu'il en soit, l’action et la réaction de l'intelligence réceptuelle et de la production conventionnelle de signes ont dû

chantée sans qu'il y ait de notation, et consiste en une série de hurlements et de cris violents qui se succèdent rapidement, s'accompagnent d'un tambourinage exécuté par les jambes contre le plancher. Il ne consent à chanter ainsi qu'après avoir été plus où moins longtemps excité par son gardien; mais bien souvent il refuse de se laisser persuader par les arguments de ce dernier,

(4) Voir les citations des philologues allemands à appui de la première hypotlièse, p. 3b5-6,

372 L'ÉVOLUTION MENTALE CHEZ L'HOMME finir par développer si considérablement la première que la disjonction ou l'articulation des sons nouveaux a dû devenir possible : c'était là la seule direction où quelque nouveau progrès dans l'art de faire les signes vocaux fût possible. Il me paraît assez probable que cette phase importante dans le dé'eloppement du langage a été considérablement favorisée par l'habitude déjà existante d'articuler des sons musicaux, à supposer que nos ancètres aient ressemblé au gibbon et au chimpanzé à cel égard. Mais longtemps après ce commencement grossier du langage articulé, le langage par intonation et geste a dû continuer comme étant de beaucoup ie mécanisme de communication le plus important. La créature semi-humaine que nous imaginons en ce moment nous eût probablement frappés par ses dispositions étonnantes à produire des sons et des mouvements significatifs très nombreux et très variés. Mais, selon toute probabilité, à peine aurions-nous pu remarquer le germe de l’articulation qui se développait déjà. Je ne crois pas non plus que, si nous avions pu interroger l'histoire quelques milliers d'années après, nous aurions vu le langage substitué à la pantomime. Au contraire, je crois que nous verrions que si des progrès considérables ont été réalisés dans le langage, de telle sorte que l'être qui se présente à nous pourrait mériter d'être classé comme homo, nous sentirions aussi qu'il convient encore de le distinguer par l'addition de l'adjectif a/alus. En aernier lieu, j'imagine que cette très intéressante créature a probaolement vécu un temps inconcevablement long avant que sa faculté de faire les signes articulés ne se soit suffisamment développée pour commencer à éliminer les systèmes plus primitifs et plus naturels; et je crois que, même après que ce processus d'élimination à commencé, une nouvelle période inconcevablement longue a été nécessaire pour que ce progrès ait pu finir par transformer l'omo alalus en l'homo sapiens.

11 nous faut maintenant examiner une branche de cette hypothèse qui a été suggérée par le philologue M. Noiré, et à laquelle il a été déjà fait allusion dans un chapitre précédent. (Vor. pp. 286-8.)

Avant que Darwin n'eût émis ses vues, M. Noiré avait formulé

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(1) Well publié qu’ (2) C'est d'argumen kel avec d lion, 1876

ière que la dû devenir OUVEau prossible. Il me lans le dé'eavorisée par aux, à SUPPOu chimpanzé ient grossier t geste à dù > dé commuine que nous appés par ses mouvements on toute prone de l’articu- 1 plus que, si iers d'années à pantomime.

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une théorie de l'origine du langage qui, en substance, était identique à celle que j'ai déjà rapportée d'après la Descendance de l'Homme (1). La seule différence entre ces deux théories consiste en ce que Darwin rapportait l’origine du langage articulé aux cris instinctifs, etc., des singes anthropoïdes, alors que Noiré considérait :2 langage comme s'étant produit chez un être déjà humain. En d’autres termes, Noiré a adopté ce que j'ai nommé la troisième hypothèse, cetle d'après laquelle il à existé un homme alalique antérieurement à l'existence de l'espèce acluelle (2); mais, après de plus amples réflexions, Noiré en est venu à conclure que « les objets produisant la crainte, le tremblement et le désarroi, sont même maintenant encore ceu:: qui sont le moins aptes à entrer dans la sphère claire, pure et tranquille de la pensée parlée, ou à en fournir les premiers germes ». Il abandonna donc l'opinion d’après laquelle ces germes devaient être cherchés dans les cris instinetifs et dans les appels d'alarme, et il adopta l'hypothèse d’après laquelle l'articulation a eu ses origines dans les sons qu'émettent les agglomérations d'hommes occupés à une commune besogne. Ayant déjà expliqué les éléments de cette théorie, il me suffira de répéter que je crois qu'elle comporte quelque degré de vérité, bien qu'il me paraisse encore tout à fait évident que ce ne peut avoir été là l'unique origine du langage originel. Dans quelle proportion cette brañche de l'onomatopée a-t-elle contribué à la genèse des mots originels, à supposer qu’elle y ait pris part? il nous est impossible maintenant de le savoir ou même d'émettre quelque hypothèse à ce sujet. Mais, étant donné qu'il y a tant d'autres sources onomatopéiques fournies par la nature, et que ces autres sources sont si apparentes dans toutes les langues existantes, tandis que celle que suggère Noiré n'a laissé de traces dans aucun langage, je conclus, comme je l'ai déjà dit, que tout au plus peut-on attribuer à la théorie dont il s'agit une très faible part proportionnelle dans la genèse origineile du

(1) Welt als Entwickelung des Geists, p. 255. Toutefois ce volume n’a été publié qu’en 1874, quelques années après la Descendance.

(2) C'est également l'opinion que Geiger a soutenue avec taleni au moÿen d'arguments philologiques dans Ursprung der Sprache, 1869; et par Haeckkel avec des arguments de raisonnement général, dans son Histoire de la Créalion, 1876,

langage (1). C'est pourquoi, à l'égard de cette hypothèse, je ferai simplement trois remarques: 1° Ce n’est évidemment qu'une branche particulière de la théorie onomatopéique générale ; 2°, en tant que telle elle présente probablement quelque vérité; et 2, elle devrait être considérée non comme elle l'est par son auteur, Noiré, et par son défenseur, Max Müller, comme la seule explication de l'origine du langage, mais comme représentant seulement l’une d'entre les nombreuses manières dont, pendant de très longues périodes, de nombreuses communautés d'hommes doués de la voix, mais non encore de la parole, ont pu lentement développer l'art de faire des signes articulés.

A cette troisième hypothèse, sous toutes ses formes, on pourra peut-être objecter qu'elle consiste en une pétition de principes : l'homo alalus, pourra-t-on dire, est un Lomo postulatus.A cecije réponds qu'il n’en est point ainsi. La question posée s’est posée expressément et exclusivement sur la faculté de la parole conceptuelle, et l'on accorde qu'il n'a pu y avoir dans cette faculté de phase antérieure à celle de l'articulation. Par conséquent, si mes adversaires admettent qu'antérieurement à l'apparition de cette première phase il est impossible qu'aucun animal jusquelà alalique ait pu acquérir la station verticale, être assez intelligent pour tailler du silex, ou être considérablement en avance sur les autres animaux dans l'art de faire des signes articulés indicateurs assistés d’intonations vocales ; si mes adversaires admettent tout ceci, ce sont eux qui cherchent à faire une pétition de principes, car ils admettent simplement de la facon la plus arbitraire que la faculté de la pensée conceptuelle est nécessaire pour permettre qu'un animal déjà semi-vertical se redresse plus encore, pour permettre qu'un animal, suffisamment intelligent pour employer des pierres à briser les noix et à ouvrir les huîtres, ait pu non seulement, comme maintenant, choisir les pierres les mieux adaptées à ce but, mais encore commencer à les façonner à cet usage ou à tel autre; pour qu'un animal

(4) « Il est impossible de dire combien de racines de langage se sont formées de cette manière, Mais, quand nous considérons qu’il n’est aucun mot moderne que nous puissions faire dériver des sons tels que ceux que produisent le matelot quand il tire un câble, ou le palefrenier pendant qu'il panse un cheval, il me semble invraisemblable que ces racines aient pu être très nombreuses, » (Sayre, Introduction, etc., I, p. 110.)

déjà VOCa de p L’ pu giqu l'av pose ristid l'idé plei dans attei haut fait « ler q point intro:

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(1) A panzé e poïdes, faces pl la locon se redre ticale e p. 36-4{ commar Operanc basse, L forme I:

de l’eau ron. Le au moy au-dessi l'Intelli

ièse, je ferai nent qu'une érale ; 2°,en e vérité; el est par son , comme là mme repre- »s manières ises commude la parole, Les articulés.

es, on pourra le principes :

utus. A cecije e s’est posée à parole concette faculté pnséquent, si apparition de imal jusqueassez intellin avance sur iculés indica- ‘es admettenl ition de prinlus arbitraire essaire pour dresse plus nt intelligent à ouvrir les t, choisir les commencer à u'un animal

se sont formées mot moderne que isent le matelot un cheval, il me breuses, » (Sayre,

LA TRANSITION DANS LA RACE 319 déjà plus apte que tout autre à employer les signes gesticulés et vocaux ait pu faire ‘'es progrès considérables dans la mème voie de perfectionnement psychique (1).

L'hypothèse d'après laquelle un progrès aussi considérable a pu s'opérer graduellement pour atteindre le niveau psychologique supposé peut être exacte ou ne pas l'être, elle a du moins l'avantage de ne point exiger un postulat. La question qui se pose est de savoir si la faculté d'idéation conceptuelle caractéristique de l'homme diffère en degré de la faculté inférieure de l'idéation réceptuelle, et l'hypothèse que je suggère revient simplement à supposer que l'idéation réceptuelle a pu atteindre dans le règne animal quelque niveau analogue à celui qu'elle atteint chez l'enfant qui est en retard pour parler. (Voir plus haut, p. 219.) Si quelque adversaire objectait à cette hypothèse le fait qu'elle semble une pétition de principes, il devrait se rappeler que la question ne se pose, d'après son propre argument, qu'au point où la faculté de faire des signes sert la faculté de la pensée introspective. La question de sav ir jusqu'à quel point les facultés inférieures de l'esprit peuvent se développer en dehors de la pensée introspective ou, comme je le crois, antérieurement à celle-ci, est évidemment une question toute différente, et il ne peut y ètre répondu que par l'observation. J'ai déjà montré que, dans le cas des animaux intelligents, et plus encore dans celui de l'enfant en voie de développement, les facultés d'idéation réceptuelle peuvent être amenées d’un degré étonnant d'efficacité adaptive sans qu'il soit possible qu'elles soient redevables en quelque

(4) A l'égard de l'attitude verticale, nous devons nous rappeler que si le chimpanzé et l'orang-outang ne l’adoptent jamais, les autres espèces de singes anthropoïdes, le gorille et le gibbon, la prennent souvent quand ils marchent sur des surfaces planes. Chez le gorille, bien que les membres antérieurs quittent ie sol, et que la locomotion s'effectue de la suite sur les pattes de derrière seulement, le corps ne se redresse jamais en entier ; mais, chez le gibbon, on peut dire que l'attitude verticale est complète quand l'animal marche, (Huxley. Man's Place in Nature, p. 36-49). Au sujet de la sélection et de l'emploi de pierres en tant qu'outils, le commandant Alfred Carpenter de la Marine Royale décrit ainsi qu'il suit le modus operandi de singes qui habitent les îles près de la Birmanie du Sud : « À marée basse, les rochers sont couverts d’huiîtres; les singes choisissent les pierres de la forme la plus avantageuse parmi les galets de la plage, et les portent jusqu’au bord de l’eau au niveau de l'habitat des huîtres, à soixante-dix mètres de distance environ. Le singe à choisi la façon la plus simple d'ouvrir l’huître : il détache les valves au moyen d’un coup porté sur la base de la valve supérieure, et brise la coquille au-dessus du muscle rétracteur, » (Nature, v. 36, p. 53. A ce sujet, voir encore l'Intelligence des Animaux.)

manière à la faculté, nettement caractéristique de l'homme, de la pensée conceptuelle.

En somme, donc, il me paraît probable, pour des raisons tirées de la psychologie seule, que l’histoire du développement de l'intelligence dans la race rappelle l'histoire du développement chez le jeune enfant, en ce que l'idéation réceptuelle avait atteint un degré de perfection beaucoup plus élevé qu'il ne s'en présente maintenant chez n'importe quel animal, à tel point, véritablement, que l'être adulte qui le possédait pouvait à juste titre mériter le nom de Lomo alalus. Et, comme nous le verrons dans mon prochain volume, cette induction basée sur la psychologie est confirmée par certaines conclusions qu'on peut raisonnablement tirer de quelques autres classes de faits, Mais quittant maintenant cette question pour le moment, je tiens à répéter qu'elle n'a rien à faire avec mon argument principal. Que la faculté du langage ait fait son apparition tôt ou tard, cela n'a point d'importance essentielle pour celui-ci; dans l'une et l’autre alternatives, aussitôt que nos ancêtres ont atteint la phase dénotative de l’articulation de la facon qui a été déjà esquissée au point de vue psychologique, la phase suivante a dû consister en une extension des signes dénotatifs en signes connotatifs. Comme nous l'avons maintenant vu, grâce à de nombreuses preuves, cette extension est rendue inévitable par le principe de l'association sensitive. En d'autres mots, j'ai rapporté quantité de faits qui établissent que chez l'enfant qui commence à parler, et même chez le perr squet, les noms originellement dénotatifs des objets particuliers sont spontanément étendus à d’autres objets qui

sont, par les sens, perçus comme étant de nature similaire. J'ai

non moins abondamment établi que ce processus d'extension connotative est antérieur à la genèse de la pensée conceptuelle, et par conséquent à celle de la dénomination véritable. Les limites que peut atteindre cette connotation purement réceptuelle sont déterminées, comme je l'ai montré, par le degré de développement qu'ont atteint les facultés de perception purerement réceptuelles. Chez le perroquet, le degré de développement est encore peu important. Il s'élève considérablement chez le singe et le chien (bien que, malheureusement, ces animaux soient hors d'état d'exprimer leurs perceptions récep-

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De la sorte on ne saurait douter raisonnablement que l'homo sapiens n'ait pu psychologiquement avoir un ancêtre qui, déjà semi-humain, ou encore simiesque, a pu porter la dénotation à un degré élevé dans la connotation sans avoir besoin de la connaissance d'ordre conceptuel. Que les signes aient été faits alors par l'intonation et le geste seuls, ou qu'il s’y soit joint des sons articulés, cela importe peu au point de vue psychologique. Dans ks deux cas, la connotation a dù suivre la dénotation jusqu'au niveau, quel qu'il soit, où l'intelligence réceptuelle supérieure: Ppréconceptuelle) de cet ancêtre a été en état de prendre connaissance de simples analogies. Et cette possibilité psychologique levient pour d’autres raisons une probabilité de l'ordre le plus

L'levé aussitôt que nous connaissons l'existence de preuves indé-

pendantes relatives à l’évolution corporelle de l'homme hors l'un ancêtre simien.

Nous avons déjà vu que la connotation préconceptuelle revient à ce que j'ai nommé le Jugement préconceptuel. Les qualités ou relations ainsi connotées ne sont point, en vérité, conidérées ex tant que relations ou qualités ; mais dans le simple tte d’une classification connotative de ce genre, l'intelligence téceptuelle supérieure juge virtuellement d'une ressemblance, et ère virtuellement son jugement. Il me semble donc probable Que les premières formes de cette prédication virtuelle ont dû être telles qui pouvaient s'exprimer par des mots isolés, et comme ious l'avons vu dans les chapitres qui précèdent, les preuves hdépendantes abondent pour montrer que cette forme de prédi-

cation naissante a continué à jouer un rôle important jusqu'à une époque assez récente de l'histoire intellectuelle de notre race pour avoir laissé des traces permanentes de son existence dans la structure de toutes les langues actuellement survivantes. La période durant laquelle ces mots-phrases ont régné a probablement été très longue, et, comme nous l'avons déjà vu, loin d’avoir été hostile à la gesticulation, elle a dù beaucoup encourager celle-ci, et, en fait, amener la phase indicative du langage au niveau d'une pantomime perfectionnée. Hors de ce complexus de mots-phrases et de gestes-signes ainsi formés, les formes grammaticales se sont lentement développées, comme nous le savons par le témoignage indépendant de la philologie. Mais longtemps avant ce moment une sorte de différenciation incertaine a dû se produire dans ce protoplasme du langage, de telle sorte que certains mots-phrases ont eu une tendance à dénoter spécialement certains objets particuliers, et d’autres, d’autres actes, élats, qualités et relations également particuliers. Gette «notocorde », pour ainsi dire, de ce qui par la suite devait constituer la colonne vertébrale du langage articulé dans les parties du langage indépendantes quoique apparentées entreelles, a dû, dans une grande mesure, devoir son développement à la gesticulation. À cette époque, il avait déjà dû s’acquérir une sorte de syntaxe élémentaire dans la gesticulation, analogue à celle qui se rencontre même dans les mouvements sémiotiques de l'enfant qui se trouve être ea retard pour parler. (Voir pages 219-21.) Celle syntaxe élémentaire a dù subir une influence de la part de l'organisme du langage en voie de développement, en tous cas, en ce qui concerne les principes et l'ordre d'apposition. En outre, cette valeur de l'apposition, en ce qui concerne les signes, a dù eu même temps se faire sentir dans la sphère des signes articulés eux-mêmes, car, comme nous l'avons déjà vu, aussitôt que les mots deviennent en quelque mesure dénotatifs, ils subissent immédiatement une extension connotative (voir pages 179-181) et avec celte extension progressive de signification, les mots veulent être de plus en plus fréquemment employés en apposition. Tout à fait indépendamment de facultés de pensée introspective qui d'ailleurs n'existent point encore, la « logique des événements » extérieure a dù constamment déterminer une

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apposition similaire des termes réceptuellemen’ connotatifs, comme nous l'avons déjà vu tout au long dans le cas de l'enfant en voie de développement. De la sorte, les conditions étaient fournies, permettant la triple division : le génitif, l'adjectif et le verbe. Il a fallu toutefois de longues périodes avant que cette division n'ait pu s'établir dans son ntégralité. À l'époque que nous considérons en ce moment, il n'a pas pu y avoir de distinction entre le génitifet l'adjectif, et il n’a point pu y avoir de verbes en tant que parties du langage indépendantes. Néanmoins quelques-uns des signes dénotatifs ont dû être employés en tant que noms d'objets particuliers, d’autres pour désigner des qualités spéciales, et d'autres encore pour des actes, des états et des relations également spéciaux. Ne méritant point encore d'être considérées comme des parties du langage pleinement différenciées, ces mots-objets, mots-qualités,ete., ont dû ressembler à ceux que nous connaissons bien dans Le langage spontané des enfants, et qui survivent encore à un degré remarquable dans nombre de dialectes peu développés. Aussitôt que ces noms dénotatifs ont eu un sens fixe dans les limites d'une même communauté, ceux qui signifiaient respectivement des objets, qualités, actes, états, relations, ont dù nécessairement être souvent employés en apposition, et chaque fois qu'ils ont été employés ainsi, ils ont consitué des propositions naissantes ou préconceptuelles.

ILest certainement probable que d'immenses périodes ont été remplies par le passage à travers ces différents degrés d’évolution mentale; mais si nous nous rappelons la grande imporlance de cette sorte d'évolution pour l'espèce qui s'est une fois engagée dans cette voie, nous ne pouvons nous étonner que la survivance du plus apte ait joué ici un rôle important, ou en d'auues termes que la faculté de faire des signes, ayant une fois commencé sa marche, ait successivement progressé à travers des phases ascendantes de facon à devenir’'bientôt aussi unique dans la série des mammifères, que le sont, pour des raisons ana-

D logues, les aptitudes au vol propres aux Chiroptères. Mais si long

ou si court qu'ait été le temps dont nos ancêtres ont eu besoin pour passer d'une de ces phases de l’art de faire des signes, à une autre, aussitôt que le nom dénotatif d'un objet a été mis en apposition avec le nom dénotatif d'une qualité ou d’une action,

aussitôt a été opérée l'énonciation virtuelle Œun Japon virtuel, bien que l'esprit qui formulait celle-ci füt loin d'être en état, soit de réfléchir à son jugement en tant que jugement, soit d'énoncer une vérité en tant que telle. |

De la sorte, nous voyons que deux principes différents ont probablement joué un rôle dans la genèse de ce que j'ai is la prédication préconceptuelle. Le premier consiste : extension naturelle et inévitable des termes dénotatifs en ter su connotatifs, grâce à l'association purement récepiueile. Le .. consiste en l’apposition non moins naturelle et inévitable des termes dénotatifs eux-mêmes, par où une relation perçue abs Dtuellement est virtuellement, bien que ce ne soit point . facon conceptuelle, affirmée comme existant entre les ee qualités, états, etc., qui sont dénotés. Il est on dent que ces deux modes de développement ont du se pré d mutuellement aide; que plus les signes dénotatifs ont subi l'extension connotative, et plus leur valeur prédicative a dù être considérable lors de leur emploi en apposition ; et plus les signes dénotatifs ont été fréquemment employés en SRI plus'a dù devenir considérable l'extension de leur valeur connotative.

En dernier lieu, il faut se rappeler, au cours de cette vou sion hypothétique, que la philologie nous fournit Lo te positives sur deux points très importants. Le premier, (6 est us comme dans les mots-phrases originels, il n'y avait point de différenciation ou de distinction entre le sujet et le prédiat. La copule a fait défaut jusqu'à une période très avancée de . tion de la prédication, et dans nombre de langues elle MED encore. Bien plus, le verbe substantif lui-même, que qnelqnesr uns de mes adversaires ont à tort confondu avec la copule, n'a fait son apparition que très tardivement. : :

Le second point, c'est que si les éléments He ; équivalents verbaux des gestes-signes indiquant Ms ro . : d'espace, ont été parmi les plus précoces des PAPRRIENORS : bales, ce n’est qu'après des périodes DONATION se pronoms ont apparu, désignant spécialement la LÉ sonne, (V. ci-dessus, p. 297-8.) Or ce point me permise de | . importance capitale, il nous fournit la preuve directe du fait q

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longtemps après que l'humanité avait commencé à parler, et même longtemps après qu'elle s'était perfectionnée dans le langage articulé, l'homme a continué à se désigner lui-même par une phraséologie objective, analogue à celle qu'emploie l'enfant avant que la conscience ne se soit établie. Ceci, pour des raisons «a priori ou théoriques, esf ce qui a dû se produire ; mais il est très important de voir que notre induction à cet égard trouve dans la philologie une confirmation indépendante aussi complète. Comme nous l'avons maintenant vu à tant de reprises, la distinction entre les idées conceptuelles et réceptuelles est basée sur l'absence ou la présence de la conscience dans l'acception pleine ou introspective de ce mot, et comme nous l'avons pareillement vu, le signe extérieur et visible de celle-ci est fourni par l'emploi subjectif des mots pronominaux. Mais si ces faits sont certains en ce qui concerne le développement psychique de l'individu, si chez l'enfant en voie de développement, la genèse de la conscience est certainement la condition de la genèse de la pensée conceptuelle, par quel tour de force de logique pourra-t-on insinuer que dans la psychologie naissante et croissante de la race, la pensée conceptuelle ait pu exister avant que n'existât la conscience véritable. On ne peut accepter cette manière de voir sans nier les principes psychologiques sur lesquels mes adversaires eux-mêmes s'appuient. Dira-t-on alors que le critérium de la conscience, qui est valable pour l'enfant, ne l'est point pour la race ; que quand bien même chez le premier, la naissance de la conscience se traduit par le passage de la phraséologie objective à la phraséologie subjective, un changement absolument identique n'a point chez la race la signification qu'il à chez l'enfant ?

Pareille hypothèse, si on la suggérait, ne serait pas seulement toute gratuite, elle serait encore directement opposée à la totalité d’une analogie qui, autrement, présente un parallélisme parfait. En fait donc, on ne peut échapper à la conclusion que chez larace comme chez l'individu, le développement de la conscience véritable ou intérieure, hors de la conscience réceptuelle ou extérieure, a constitué un processus graduel ; que sa naissance hors de cette dernière n’est pointune induction. Si convaincante qu'on la veuille supposer, c'est un fait positif qui est relaté dans

les annales du langage lui-même ; et par conséquent, on ne peut plus considérer comme sujet à discussion la question autour de laquelle tourne le présent ouvrage tout entier. La discussion a été éteinte graduellement à mesure que le témoignage de la philologie, a, phase après phase, vérifié les résultats de notre analyse psychologique. Et maintenant la vérification a porté jusque sur le noyau de la question, révélant dans sa nudité simple le fait décisif que dans l'enfance de la race, comme dans celle de l'homme, nous pouvons voir le changement fondamental du sens à la pensée; chez l’un et l’autre, nous voyons que: « À mesure qu'il grandit, il s'instruit — il apprend l'emploi de je, de moi — et découvre qu'il n’est point ce qu'il voit — et est autre que les choses qu’il touche. De la sorte, il se constitue un esprit distinct — où peut naîlre une mémoire nette — à mesure que dans le cercle où il est enfermé — son isolement se définit peu à peu. »

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Dans l'ouvrage présent, je considère la théorie générale de l'évolution comme acceptée, telle qu’elle l’est par la grande majorité des naturalistes. C'est-à-dire que je considère comme acceptée la théorie de la descendance en ce qui concerne l’ensemble de la nature organisée, tant au point de vue psychologique qu'au point de vue de la morphologie, sauf en ce qui touche à l'homme. En outre, je la considère comme acceptée, même pour l’homme, en ce qui touche sa structure corporelle : l'exception à laquelle j'ai fait allusion ne se rapporte donc qu'à l'esprit, à l'intelligence ds l'homme. D'ailleurs je ne la fais que par déférence pour l'opinion de cette petite minorité des évolutionistes qui soutiennent encore que bien qu'ils acceptent la théorie de la descendance à l'égard de la structure corporelle de l’homme, ils disposent d'arguments suffisants pour démontrer que cette théorie est insuffisante à expliquer sa constitution mentale.

Tel étant mon point de départ, nous avons commencé par considérer l’état de la question 4 priori. Si, conformément à notre hypothèse, le processus de l'évolution organique et mentale a été continu dans tout le domaine de la vie et de la pensée, à la seule exception de l'intelligence humaine, il doit nous paraître « priori improbable, en nous basant sur de nombreuses raisons d'analogie, que le processus d'évolution si uniforme, si répandu, se soit interrompu à sa phase terminale. Et cette supposition a priori est fortifiée par ce fait indéniable, que chez chaque être humain individuellement considéré, l'intelligence présente à l'observation un processus de développement graduel qui s'étend de l'enfance à l’âge adulte.

C'est un fait d'observation que, quelle qu'ait pu être l'origine

384 L'ÉVOLUTION MENTALE CHEZ L'HOMME ou l'histoire de l'intelligence humaine dans le passé, cette intelligence, telle qu'elle existe actuellement — ou plutôt, telle qu'elle prend existence dans chaque cas individuel — se révèle 5omme ne faisant point exception à la loi générale de l'évolution ; il est certain qu'elle se développe graduellement en partant d’un cer- Lain zéro, et jamais elle ne prend naissance sans avoir passé par ce développement graduel. En outre, tant qu'elle traverse les phases inférieures de ce développement, l'intelligence humaine passe par une échelle de facultés parallèles à celles qui sont représentées d'une façon permanente par ce que j'ai nommé ls espèces psychologiques du règne animal; c'est là un fait très général, et qui tend fortement à prouver que, au moins jusqu'au moment où les qualités distinctivement humaines de l'idéation sont atteintes, aucune différence de nature n’est apparente entre la psychologie de l'homme et celle de la bête. Enfin, les phénomènes de l'évolution mentale sont évidents non seulement dans l'individu, mais aussi dans la race, du moins dans la mesure de l'extension des annales humaines. Que nous considérions l'histoire présente, les traditions, les vestiges archéologiques, ou les outils de silex, nous rencontrons des preuves uniformes d'un processus continu d’un développement progressif aussi caracttristique de ces attributs additionnels par lesquels le mens humain dépasse maintenant l'esprit de n'importe quelle autre espèce, que des attributs qu'il partage avec les autres êtres. Si donc le processus de l’évolution mentale s'est interrompu entre le singe anthropoïde et l'homme primitif durant la période préhistorique, au sujet de laquelle nous ne possédons aucune donnée, ce processus a dû reprendre son cours chez l'homme primitif, et dès lors continuer sans interruption dans l'espèce humaine, comme il l'avait fait auparavant chez les espèces animales. C'est là, tout au moins, une supposition des plus improbables. La loi de continuité se manifeste des deux côtés d'un intervalle psychologique où se trouve une lacune nécessaire dans les informations historiques ; et pourtant on nous demande d'admettre que, en curieuse coïncidence avec cet intervalle, la loi de continuité a été violée, bien que l'on sache que, dans aucun cas relatif à l'esprit humain, cela ne se soit jamais produit.

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Voilà une présomption importante contre l'opinion de mes adversaires. Mais celle-ci est toute a priori, et, en vérité, il me paraît qu'on aurait quelque droit à leur demander de fournir des raisons puissantes 4 posteriori, qui soient de nature à prouver qu'il est quelque chose dans la constitution de l'esprit de l'homme qui rend virtuellement inadmissible la supposition d'après laquelle un tel ordre d'existence mentale a pu se développer par voie de descendance génétique hors d'un ordre inféricur. Je me suis donc livré à l'examen des arguments apportés à l'appui de la thèse de mes adversaires.

Pour bien mettre en relief les points de dissemblance sur lesquels reposent ces arguments, j'ai commencé par considérer rapidement les points de ressemblance entre l'esprit de l'homme et celui des animaux. Nous avons vu qu'en ce qui concerne les Émotions, nulle différence de nature n'a été ni ne peut étre invoquée. Toute la série des émotions humaines, les animaux les possèdent, sauf celles qui se rattachent aux facultés inteliectuelles supérieures de l'homme, c'est-à-dire les émotions de la religion et de la perception du sublime. Mais toutes les autres — plus d’une vingtaine dans mon énumération — se présentent chez la brute, et bien que beaucoup d’entre elles ne soient point aussi développées que chez l’homme, ceci est sans importance, étant donné qu'il s'agii d’une question non de degré, mais de nature. En fait, la similitude générale de la vie émotionnelle est si remarquable dans les deux cas, surtout si nous considérons l'enfant, ou l’homme sauvage, qu'à vrai dire elle devrait être regardée comme une preuve directe d'une continuité génétique.

Il en est de même si l'on considère l’Instinct. En effet, bien que celui-ci se rencontre en plus grande proportion chez les animaux inférieurs que cela n’a lieu chez l’homme, nul ne saurait élever un doute quant à l'identité des instincts qui sont communs à l’homme et à la bête; et c’est là le seul point qu'il y ait lieu d'établir.

D'autre part, ? l'égard ue la Volonté, jusqu'au moment où la volition humaine est considérée comme revêtant l'attribut liberté, il n’y a pas à discuter l'identité de celle-ci avec la volition animale : la liberté, nous l'avons vu, à quelque point de vue que

Romanes. vol. ment. 25

l'on se place, dépend des facultés intellectuelles de la pensée introspective.

Il ne reste donc que ces facultés de la Pensée introspective, plus ia Moralité et la Religiosité. Il est évident, tout d'abord, que quelle que soit la conclusion que nous puissions tirer, les uns et les autres, au sujet de la valeur distinctive des deux dernières, nous devons tous nous trouver d'accord sur un point, et reconnaître que la condition primordiale de la possibilité d'existence de celle-ci réside dans la première ; sans la faculté intelleciuelle de former l'idéation abstraite qui est impliquée dans l'éthique et la religiosité, il est manifeste qu'aucune de ces dernières ne saurait exister. C'est pourquoi, logiquement, il faut considérer d’abord ces facultés intellectuelles. Dans des parties ultérieures de cet vuvrage, je m'occuperai de la moralité et de la religiosité ; ici je ne m'occupe que de l'intelligence.

C'est ici, je l'ai reconnu, que se rencontre la grande dissemblance psychologique. Néanmoins, même ici, il convient de reconnaître que jusqu'à un certain point, entre l’homme et la bète, il y a non seulement similitude de nature, mais identité de correspondance. La différence ne surgit qu'à l'égard des facuités d’idéation surajoutées qui se présentent au-dessus du niveau 28 de mon diagramme, c'est-à-dire au point où cessent les progrès de l'intelligence animale, et où commence le développement de la faculté distinctivement humaine. De la sorte, dans le cas de l'intelligence comme dans celui de l'émotion, de l'instinct, de la volonté, l’on ne peut douter qu'il n’y ait parallélisme exact entre l'esprit de l’homme er celui de la bête jusqu'au point où surgissent ces facultés surajoutées. En présence de ces faits de psychologie comparée, :'on peut donc dire, tout au moins, qu'ils suggèrent fortement la pensée que ces facultés surajoutées ont été dues à un processus d'évolution continue.

Voilà pour la ressemblance entre les psychologies humaine et animale. Pour en venir aux points de dissemblance, nous avons dû d’abord écarter certaines allégations erronées, en ce qui concerne les faits, ou inadmissibles en ce qui concerne la théorie.

Il nous a fallu rejeter en masse les affirmations de ceux qui

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ue les animaux

sont des machines non-sentantes, qu'ils ne présentent point de rudiments de la raison dans le sens de percevoir des analogies et d'en tirer des inductions, que les animaux ne possèdent point de principe immortel, qu'ils ne manifestent point de signes de perfectionne"ent de génération en génération, qu'ils ne font point usage de monnaie, ne font point de feu, ne se vêtissent point, n’emploient pas d'outils, etc.

Parmi ces prétendues différences qui ont été invoquées, celles dont on ne peut démontrer l'erreur de fait, sont manifestement erronées dans la logique. Les bûtes possèdent-elles ou non un principe immortel, et les êtres humains en sont-ils doués ou non,, la psychologie comparée 2 détient point les moyens de s'en assurer, et tout argument touchant à ces matières est étranger à la question qui nous occupe. Les bêtes ne nous ressemblent pas en ce qui concerne l'usage du vêtement, l'invention du feu, etc. ; mais la différence tient évidemment à ce qu'il manque chez eux ces facultés d'idéation supérieure qui seules sont capables de fournir de tels résultats dans la voie de l’activité intelligente. Toutes les différences de détail de ce genre se rattachent donc à la question plus générale de la nature de la différence entre les deux ordres d'idéation, et sont absorbées en elle. Cette différence, c'était donc la véritable question à étudier, et c'est elle que nous avons alors abordée. Nous avons montré dès le début que les trois naturalistes vivants les plus éminents qui admettent encore une différence de nature entre l'homme et la bête, tout en s’accordant sur ce point que c’est sur le terrain psychologique seul qu'il faut se tenir pour pouvoir soutenir l'existence de pareille différence, se contredisent néanmoins les uns les autres sur ce terrain. Tandis que M. Mivart, en effet, prétend qu'il doit y avoir une différence de nature, parce que l'intervalle psychologique entre le singe le plusélevé et l'homme le plus dégradé, est si considérable, M. Wallace arrive à la même conclusion en se basant sur le fait que cet intervalle n'est point aussi grand que nous pourrions l’espérer, d’après lathéorie d'une évolution naturelle; le cerveau d'un sauvage, dit-il, est à tel point un instrument plus efficace que l'esprit qu'il sert, que sa présence ne saurait s'expliquer qu'en tant que préparation pour efficacité mentale plus grande, telle qu'elle est manifestée ultérieurement par l'homme civilisé.

Et enfin, M. de Quatrefages combat avec force les deux natura-

listes anglais, en insistant avec véhémence sur le fait qu'en ce qui concerne les facultés intellectuelles, il y a identité de nature évidente entre l'intelligence de l'homme et celle de la bête, que l'homme soit envisagé à l'état sauvage ou à l'état civilisé : la différence selon lui ne surgit que dans le domaine de la moralité

e, de la religiosité. De la sort otre opinion sur le débat qui se déroule devant nous devait être influencée d'une façon quelconque par la voix de l'autorité, je pourrais représenter les jugements de ces adversaires les plus éminents comme se détruisant mutuellement, et nous arriverions ainsi à zéro d'un côté, et de l’autre à un poids énorme et homogène.

Mais laissant de côté toute question d'autorité, j'ai soumis la question à une étude complète, ne la jugeant que sur ses propres mérites. Pour ce faire, il m'a fallu commencer par une analyse quelque peu pénible de l’idéation. Le résultat général a été de me fournir la classification que voici des idées :

1° Les simples souvenirs de perceptions, ou la persistance des images mentales des impressions sensitives passées. Ce sont les idées que, dans la terminologie de Locke, nous pouvons désigner comme Simples, Particulières ou Concrètes. Nul ne met en doute, aujourd'hui, que ces idées soient communes à l’homme et à l'animal.

. 2 Une classe supérieure d'idées qui, du sentiment de tous, sont aussi communes à l'homme et à l'animal, celles que Locke à nommées Complexes, Composées ou Mixtes. Ce sont quelque chose de plus que le simple souvenir de perceptions particulières ; elles prennent naissance par le mélange de ces souvenirs, et représentent en conséquence un composé dont les idées particulières sont les éléments ou les ingrédients.

Par les lois de l’association, les idées particulières qui ou bien se ressemblent entre elles, par elles-mêmes, ou se présentent souvent ensemble dans la vie quotidienne, tendent à la coalescence et à la fusion : de même que dans une photographie composite la plaque sensibilisée fond plusieurs images plus ou moins semblables en une seule, de même l'esprit peut de plusieurs idées simples ou particulières faire une idée complexe, com-

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même, d’objectiver l’un de ses états, par ni is jen RS ,

ainsi de contempler ses propres idées en tant que telles. Nous n'avons pas à nous occuper ici de la philosophie de ce fait, mais seulement de son historique. Comment se fait-il qu'une faculté telle que la conscience de soi (se/f-coisciousness) soit possible? qu'est-elle donc pour pouvoir étre simultanément le sujet et l'objet de la pensée? peut-on concevoir que le grand abîme de la personnalité soit susceptible d'être sondé ? Ce sont là, avec d'autres, des questions entièrement étrangères au but du présent livre. Tout ce que nous avons à faire, ici, est d'analyser les conditions psychologiques hors desquelles, comme fait d'observation, émerge cette particularité unique d’esquisser l'historique du processus et de noter les résultats. Ici encore tous sent d'accord pour considérer que la possibilité de la conscience est fournie par la faculté du langage. Que nous supposions ou non que ces deux facullés sont une, — que nulle des deux ne saurait exister sans l'autre, et que nous puissions ou non suivre l'exemple des Grecs en donnant à toutes deux le nom unique de Logos, — ilest du moins aussi certain que le peut rendre la science ps\chologique que, dans les limites de l'expérience humaine, nulle personnalité consciente ne peut se développer autrement que grâce au langage. C'est en effet par le langage seul, autant que nous le pouvons savoir, que l'esprit devient capable de fixer ou de rendre claires pour lui-même ses propres idées, dans la mesure nécessaire pour qu'elles puissent être envisagées ultérieurement en tant qu'idées. Ce n’est que grâce à la fixation des idées par des mots que la faculté de la pensée conceptuelle devient possible, comme nous l'avons vu au long dans le chapitre IV. |

Telle est ma classification des idées. Il n'est guère probable qu'il s'élève des discussions au sujet de celle-ci, étant donné qu'elle consiste simplement en une sorte d'arrangement systématique d'un corps de faits d'observation sur lesquels les écrivains de toutes les écoles sont aujourd'hui d'accord. Si l'on accepte cette classification, il suit que la question que nous considérons n’est autre que celle de la faculté du langage. J'ai dont étudié celle-ci dans une série de chapitres. J'ai d'abord montré que, dans sa signification la plus large, langage signifie la faculté de faire des signes. Puis j'ai adopté les « Catégories du

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Langage » de M. Mivart, qui, une fois légèrement complétées, servent à donner de suite une classification correcte et complète de tout acte mental ou corporel auquel l'expression peut être appliquée. Nous avons vu qu'en tout il y a sept de ces catégories, dont les six premières, de l'aveu de tous, sont communes à l'homme et à la bète. Pour la septième, toutefois, mes adversaires déclarent qu’elle est absolument spéciale à l'espèce humaine. En d’autres termes, on accorde que les animaux présentent ce qu'on peut appeler le rudiment de la faculté de faire des signes, mais on nie qu'ils soient capables, mème au moindre degré, de faire des signes de nature intellectuelle, c'est-à-dire d'une nature consistant à donner des noms comme signes d'idées. On accorde qu'ils sont en état de faire des signes les uns aux autres, et même d’en faire à l’homme, avec le but intentionnel de transmettre les idées qu'ils ont; mais, dit-on, nul animal n’est capable de nommer ses idées par gestes, par intonations ou par mots. Pour soumettre cette affirmation à l'épreuve, j'ai commencé par donner nombre d'exemples ayant pour but d'indiquer le niveau atteint par la faculté de faire des signes chez l'animal; puis j'ai considéré le langage par intonations et par gestes, tel qu'il existe chez l'homme, et je me suis occupé ensuite.d'étudier les phénomènes de l'articulation, les rapports de l'intonation et du geste avec les mots, et enfin, la psychologie de la parole. Pour ne point allonger trop ce résumé, je négligerai les résuiiats accessoires de cette analyse. Les résultats principaux consistent en ce que le langage naturel, par intonations ou par gestes, est identique partout où il se présente, mais que même là où il devient conventionnel (ce qui arrive jusqu'à un certain point chez l'animal) il est beaucoup moins effectif que ne l’est le langage articulé, en tant qu'agent de la construction des idées, et qu'en somme la ligne de démarcation psychologique entre l'animal et l'homme doit être tracée, non point au langage ou à la construction des signes, mais au point où commence cette sorte particulière de construction de signes, que nous désignons sous le nom de parole.

Toutefois, la véritable distinction réside dans les facultés intellectuelles, et non dans les symboles. L'homme a l'intention de signifier, et peu importe par quel système de signes il

exprime son intention. En d’autres termes, bien que je me sois efforcé de prouver que l'articulation a dû être d’une utilité exceptionnelle, unique en son genre, dans ie développement de ces facultés intellectuelles, j'ai insisté fortement sur le fait qu'une fois ces facultés présentes, il importe peu, au point de vue psychologique, qu'elles s'expriment par le geste ou par la parole. Toujours la distinction psychologique entre l'homme et la bête consiste en ce que le premier est capable de signifier une proposition, et l'acte mental ainsi impliqué se nomme un Jugement. Le fait d'énoncer une proposition par le geste, l'intonation, la parole ou l'écriture, n’est autre chose qu'exprimer un jugement, et un jugement n’est autre chose que la compréhension de toute signification contenue dans la proposition.

Ceci est admis par tous ceux de mes adversaires qui comprennent la psychologie de la question. En outre, ils accordent que si un pont pouvait être jeté par-dessus cet abîme, si l'animal pouvait arriver à l'énoncé d'une proposition, toute difficulté ultérieure disparaîtrait. Il est universellement admis, en effet, que du jugement le plus simple qu'il soit possible de porter — c'est-à-dire, de la proposition la plus élémentaire que l'on puisse établir — l'intelligence humaine présente une progression ininterrompue, à travers tous les degrés de perfection qu'elle offre à considérer par la suite. Il nous a donc fallu considérer avec un soin particulier la psychologie de la prédication, de l'établissement des propositions. Le résultat de notre analyse fut de montrer qu’en réalité la faculté distinctivement humaine dont il s'agit se présente avant le moment où l'esprit devient pour la première fois capable d’établir la construction théorique : A est B. Elle se présente dès le moment où l'esprit devient capable de donner un nom, connu en tant que tel, de désigner À par À,B par B, avec la connaissance qu'en ce faisant il exécute un acte de classification conceptuelle. C'est pourquoi, à moins d'élargir le sens du mot jugement au point d'y faive rentrer pareil acte de dénomination conceptuelle (aussi bien que l'acte d'exprimer une relation entre objets conceptuellement dénommés), il nous faut conclure que l'élément le plus simple de la pensée est non le jugement, mais le concept. Je n'ai pas à reve-

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j'aie dù signaler quelques erreurs inadmissibles dans l'analyse psychologique de quelques-uns de mes adversaires, ces preuves sont trop complètes pour qu'il soit possible de les discuter. | Nous fûmes donc ramenés à notre distinction originelle entre le concept et le récept. Mais nous étions en état de ailes que de même que dans la question de la conduction des « inférences » | il y a, dans celle de faire des signes, un ordre d'idéation écape tuel, aussi bien qu'un ordre conceptuel. Et, en particulier, dans sans sorte de signification qui consiste à donner des noms l idéation de l'ordre réceptuel peut être en jeu sans qu'il y ait mr cipation de l'idéation conceptuelle. En d'autres termes il va nom et nom. Tout nom qui est donné n’'exprime pas nécassol: rement un concept ; et toute inférence r'est pas nécessairement le résultat d'une pensée consciente. Non seulement les jeunes enfants, avant d'atteindre la phase de la pensée consciente, mais les oiseaux parleurs même, ont coutume de nommer des objets, des qualités, des actes, des états. Néanmoins, tout en donnant des preuves nombreuses de ce fait, j'eus soin d'indiquer que, jusqu ici, cela n'impliquait aucune implication argumentative de quelque importance. Le fait qu'un enfant et qu’un oiseau parleur sont capables d'apprendre le nom d'objets, de qualités, etc., par imitation, ou même d'inventer des noms arbitraires à eux propres, n'a pas plus d'importance, au point de vue psychologique, que le fait que l'enfant et l'oiseau emploieront similairement des signes-gestes, ou des sons vocaux pour indiquer la simple logique de leurs récepts. Néanmoins il est nécessaire d'indiquer de quelque facon la différence entre cette manière non- conceptuelle de nommer, et celle qui est particulière à l'homme quand il a atteint la conscience de lui-même, et est devenu capable, non seulement de dénommer, mais de savoir qu'il dénomme, non seulement de nommer A À, #nais de penser 4 en tant que son symbole de À. Pour marquer cette distinction j'ai donné le nom de dénotation à la nomination réceptuelle jai nommé dénomination la nomination conceptuelle. Gand un perroquet appelle un chien baou-ouaou (ce qui s'apprend aisément à un perroquet, comme à un enfant) l'on peut dire, en un sens, qu'il nomme le chien ; mais évidemment il n’y a pas là prédication de caractères appartenant au chien ;iln'y a

pas énonciation d'un Jugement à l'égard du chien, comme le fait par exemple le naturaliste qui par le inot Canis classe conceptuellement cet animal dans un genre zoologique particulier. Bien que le perroquet puisse ne jamais faire entendre son baououaou qu'à la vue d’un chien, ce fait doit être attribué à ce que les lois de l'association n'agissent que dans la sphère réceptuelle ; cela n'indique nullement que l'oiseau pense jamais au chien en tant que chien, ou que le concept chien se présente jamais devant son esprit comme objet isolé de pensée. Il en résulte que nul de mes adversaires ne saurait nier qu’en un sens il puisse y avoir des noms sans concepts; que ce soient des gestes ou des mots (gestes vocaux) ce peuvent être des signes d'objets, sans que ces signes présentent trace de valeur prédicative. C'est pour ne point porter de jugement «a priori sur la position de mes adversaires que j'ai introduit la distinction entre les noms réceptuels et conceptuels, dénotatifs et dénominatifs. Cette distinction ayant été clairement comprise, le point à établir était le suivant: les deux catégories de noms sont susceptibles de recevoir une extension connotative ; les dénotatifs dans la sphère réceptuelle, etles dénominatifs dans la sphère conceptuelle. J'entends par là que lorsqu'un nom a été appliqué à un objet donné, l'emploi en peut étre étendu à un autre que l'on voit appartenir à la même classe, ou être de même nature. Le degré auquel cette extension connotative d’un nom peutse produire, varie naturellement selon le degré où l'esprit est apte à connaître des ressemblances ou analogies. Le processus peut donc aller beaucoup plus loin dans la sphère conceptuelle que dans la sphère réceptuelle. Mais ce qui est important à noter, c'est qu'il se produit indubitablement dans cette dernière, entre certaines limites. À priori, nous étions en droit de nous y attendre. Le long exposé que j'ai donné des nombreux faits concernant l'intelligence réceptuelle des animaux a abondamment prouvé que bien avant le moment où l'instrument différentiel de la conception vient au secours de l'esprit, celui-ci est capable d'atteindre un niveau élevé dans les perceptions des ressemblances ou analogies, grâce au discernementréceptuel seul. En conséquence, il est inévitable que les noms non conceptuels ou dénotalifs doivent subir une extension connotative, dans les limites,

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quelles qu'elles soient, qui sont imposées par ces facultés de discernement purement réceptuel. Et, en fait, c'est bien là ce 2. avons trouvé: Un oiseau parleur étendra son nom ee ne Un particulier, à tout autre chien qu'il lui bi percevoir, et un enfant, après avoir fait ceci l'étendra plus loin encore, et l'appliquera, le cas échéant, à des représentations statuaires, à des images même de chiôns. si l'intelligence réceptuelle du perroquet était quelque peu plus avancée qu'elle ue l'est, nul doute qu'il n’en fit autant; il ne se sépare aussi tôt de l'enfant, à ce point de vue, que Darnd ie son intelligence réceptuelle n’est point suffisamment développée pour percevoir la ressemblance des statues ou images avec les objets qu'elles veulent représenter. Mais intelligence tésepe tuelle du chien est plusélevée que celle du D eroquet et certains chiens sont aptes à percevoir les ressemblances ie ce seule Si son les chiens, comme les perroquets, s'étaient dotée d fre d articuler des sons, et d'apprendre ainsi à se servir dénome dénotatifs, nul doute qu'ils n’eussent accompagné l'enfant dune l'ordre de l'énonciation connotative, plus loin que cela ni it chez les seuls animaux qui présentent les conditions anatomiques nécessaires pour l’imitation de sons articulés. Chiens et singes sont tous deux capables, à un degré extraordinaire, de comprendre ces sons, c'est-à-dire d'apprendre la sipoifoation d'un nombre étonnant de noms dénotatifs, et on peut onast leur apprendre à comprendre des termes de signification connotative d'une extension surprenante. Si donc ils pouvaient seulement imiter ces sons, à la façon du perroquet, il est certain qu'ils dépasseraient de beaucoup celui-ci dans la connotation réceptuelle. j Mais, en somme, nous ne sommes pas obligés de rester dans le domaine de l'hypothèse. Le jeune enfant nous fournit des documents sur la question, documents non moins probants qu'ils le seraient s'ils étaient fournis par le singe ou le chien, à supposer qu'ils pussent parler. En effet, nul de mes advérsalrés ne saurait, sans se suicider, dire qu'avant le moment où s'éveille la Conscience, l'enfant est capable de connotation conceptuelle et pourtant il est certain que jusqu'à ce moment la connotation Sest continuellement développée ; à partir du niveau où elle est

la même chez l'enfant et le perroquei, ce développement progressif a permis la construction de ce que j'ai nommé des propositions réceptuelles, dont la nature exacte sera résumée plus loin. Les preuves que j'ai fournies de cette extension connotative des noms dénotatifs chez l'enfant, avant l’âge où surgit la conscience — et, en conséquence, avant l'âge où se présente la condition précise requise pour l'idéation conceptuelle — ces preuves, dis-je, me semblent accablantes. Et je ne puis voir comment un adversaire pourrait en contester le rôle dans mon argumentation, à moins d'ignorer ma distinction entre les connotations réceptuelle et conceptuelle. Et encore, en agissant ainsi. il abandonneraït la lutte, Ou bien il y a une différence, ou bien il n’y en a pas entre la connotation conceptuelle et celle qui est réceptuelle. S'il n'y en a pas, toute argumentation tombe: l'homme et la bête sont de même nature. Mais pour moi il v en a une, et je reconnais que la différence existe là où mes adversaires l’indiquent; elle consiste en ce que l'esprit qui donne un nom est conscient, ou ne l’est pas. Pour en revenir à ma terminologie, c'est la différence entre la dénotation et la dénomination.

Pour analyser cette différence, il a fallu distinguer le niveau le plus élevé de l’idéation réceptuelle atteinte par l'animal, des niveaux plus élevés qu'atteint l'enfant au cours de son développement après qu'il a dépassé l'animal, mais avant qu'il n'ait atteint la phase la plus élémentaire de l’idéation conceptuelle, c'est-à-dire avant l'aube de la conscience. J'ai caractérisé cetle différence secondaire en employant les termes récepts suptrieurs et récepts inférieurs. J'avais déjà établi une différence entre les concepts inférieurs et les concepts supérieurs, désignant par les premiers la dénomination conceptuelle des récepls, et par les derniers la dénomination conceptuelle des autres concepts. De la sorte ‘’ai délimité quatre territoires considérables. consécutifs : 4° Récepts Inférieurs, coétendus avec la psychologie des animaux existants, y compris le très jeune enfant; 2° Récepis Supérieurs occupant une zone psychologique entre les récepls des animaux etla première apparition de la conscience chez l'homme ; 3° Concepts Inférieurs qui n’entrent en jeu que dans la nomination consciente des récepts ; 4° Concepts Supérieurs qui

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RÉSUMÉ GÉNÉRAL ET CONCLUSIONS 397 entrent en jeu dans la classification consciente des autres concepts connus en tant que tels, et la nomination consciente des intégrations idéales qui en peuvent résulter.

Si ce qui vient d'être dit est exact au sujet de l'attribution de noms, il doit en être de même des jugements. S'il existe une phase de dénotation (nomination conceptuelle), il doit exister aussi une phase de jugement préconceptuel qui se traduit au dehors par la dénotation. Sans doute, à parler strictement, le mot jugement devrait êire réservé à la pensée conceptuelle (dénomination), mais pour éviter de multiplier inutilement les termes, je préfère modifier ainsi quelque peu le sens du mot existant. D'ailleurs, c'est ce qu'ont déjà fait les psychologues qui parlent de « jugements intuitifs » comme se présentant mème dans les actes perceptifs.

En somme, je propose d'instituer deux classes additionnelles de jugement non conceptuel : les classes réceptuelles supérieure, et inférieure, ou plutôt réceptuelle et préconceptuelle. Si l'on a le droit de parler de jugements « intuitifs », « inconscients » ou « perceptuels » (comme lorsqu'on prend ur vase creux pour une sphère) à plus forte raison est-on en droit de parler de jugements réceptuels) (quand l'oiseau plonge d'une hauteur dansl’eau, ce qu'il ne fera pas sur terre), ou préconceptuels (comme le fait l'enfant qui étend l'emploi d'un nom dénotatif sans conception dénominative). En tout, nous avons donc quatre phases d'idéaion auxquelles le mot jugement s'applique littéralement ou métaphoriquement : les phases perceptuelle, réceptuelle, préconceptuelle et conceptuelle. Le jugement conceptuel seul mérite à proprement parler ce nom. Je ne prétends donc pas que l'animal] porte réellement un jugement quand, sans pensée consciente, il réunit certaines réminiscences de son expérience passée sous {orme de récepts, et nous traduit le résultat de son idéation par l'accomplissement de ce que M. Mivart nomme des « inférences pratiques ». Je ne prétends pas non plus qu'il porte réellement un jugement quand, encore dépourvu de pensée conscie, ‘e, il apprend correctement à employer des noms dénotatifs. Bien plus, je nie qu'il porte un jugement, même si, quand il est en état de dénoter isolément deux récepts différents (comme le fait l'oiseau parleur), il nomme ces deux récepts simultanément

quand ils sont ainsi combinés en un acte d’ «inférence pratique ». Quand même dans ce cas il semblerait extérieurement y avoir une proposition, nous ne serions pas entièrement autorisés à employer ce mot. Ce serait, en fait, l’'énonciation d'une vérité perçue, mais nen l’énonciation d'une vérité perçue en tant que vraie.

Si l’on accorde tout ce qui précède dans le cas de l'animal — et il faut qu'il en soit ainsi pour quiconque se place sur le terrain du jugement véritable ou conceptuel — il le faut évidemment admettre aussi en ce qui concerne le jeune enfant. En d'autres termes, si l'on peut prouver que l'enfant est en état d'énoncer une vérité avant d'être en état d’énoncer une vérité en tant que vraie, on établit que dans l’histoire psychologique de l'être humain il existe d'abord la sorte de prédication qui est nécessaire pour traiter avec le savoir réceptuel, ou pour l’énonciation des vérités perçues : puis le jugement complet nécessaire pour correspondre au savoir conceptuel, ou pour l'énonciation de vérités perçues en tant que vraies. Naturellement, la condition requise pour la transformation de cet ordre inférieur de jugement, et de cette sorte inférieure de prédication (j'emploie ces termes à cause de leur commodité) en jugements et prédication supérieurs, véritables, c'est l'avènement de la conscience. En d’autres termes, le point où un simple énoncé de vérité commence à devenir une véritable prédication de vérité est déterminé par le moment où surgit pour la première fois la faculté de réflexion introspective. Tout revient donc à une analyse de la conscience, et c’est de cette analyse que j'ai dû m'occuper ensuite.

Considérant que la faculté en question n'existe que chez l'homme, c'est chez celui-ci seulement que nous pouvons trouver des documents relatifs à cette analyse. En outre, comme je l'ai déjà fait remarquer, pour notre analyse nous n'avons à nous occuper que de la psychologie de la conscience, et non de sa philosophie. Au point de vue psychologique, nul ne peut contester que cette faculté subit un développement graduel, que durant les deux ou trois premières années de l’homme, il n'en

existe aucun vestige, et que, au moment où elle commence à:

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inférieur à ce qu'il deviendra ultérieurement, et qu'il en est de même pour la faculté même de la conscience. En outre, l'on accordera que la conscience consiste à prèter la même sorte d'attention aux processus internes, psychiques, qu'aux processus externes ou physiques, bien que, naturellement, ce puisse être à des degrés très différents pour l’une et l'autre catégorie. On accordera encore que dans l'esprit des bêtes comme dans celui de l’homme, il existe un monde d'images ou de récepts, et que la seule raison pour laquelle, chez les premières, ces images n’attirent point l'attention à moins d'avoir été évoquées par l'association sensitive des objets correspondants, consiste en ce que l'esprit de la bête n'est point capable de quitter le terrain de l'association purement sensitive, de facon à se mouvoir dans la région plus élevée, plus subtile, de la pensée introspective. Néanmoins, j'ai démontré que ce monde d'images, même chez l'animal, manifeste une certaine activité interne qui ne dépend point totalement des associations sensitives fournies par l'extérieur.

Les phénomènes du mal de pays, du regret des amis absents, du rêve, des hallucinations, etc., démontrent amplement que chez nos animaux domestiques plus intelligents, il peut y avoir un jeu interne, bien qu'involontaire, de l’idéation, dans lequel une image en suggère une autre, celle-ci une troisième, et ainsi de suite, sans qu'il soit besoin d'associations immédiates fournies par les objets sensibles présents. J'ai indiqué encore que l'idéation réceptuelle de ce genre n’est point limitée aux images de la perception sensitive, mais a beaucoup à faire avec l'état mental d'autres animaux. Je veux dire par là que la logique des récepts, même chez les animaux, suffit à mettre l'esprit en état d'établir des analogies vraies entre des états subjectifs et les états correspondants d'intelligences distinctes et séparées : les animaux interprètent habituellement et d’une façon correcte l'état mental d'autres animaux, et savent bien aussi que d’autres animaux sont similairement capables d'interpréter le leur.

Il faut donc accorder encore que les animaux intelligents reconnaissent un monde d'éjets aussi bien qu'un monde d'objets ; l'existence mentale leur est connue éjectivement, bien que, je l'accorde, elle ne fasse jamais l'objet de réflexions subjectives. À cette phase de l’évolution mentale, l'individu, que ce

soit un animal ou un enfant, réalise sa propre individualité suffisamment pour reconnaître par la logique des récepts que celle-ci est une unité d’un groupe de même nature, bien que naturellement il ne puisse reconnaître sa propre individualité, ou une autre, en tant que telle.

Néanmoins il existe ainsi une forme rudimentaire ou naissante de conscience, qui, jusqu’à la phase de développement qu'elle atteint chez l’animal ou l'enfant, peut être nommée conscience réceptuelle, tandis qu’à une phase plus avancée, chez l'enfant, elle peut être dite préconceptuelle. La conscience préconceptuelle existe chez tous les enfants après qu'ils ont commencé à parler, mais avant qu'ils n’aient commencé à parler d'eux-mêmes à la première personne, ou donné quelque autre preuve du fait qu'ils réalisent leur propre existence en tant que telle. Plus tard, quand la conscience véritable surgit, l'enfant donne cette preuve, et alors seulement existe la condition indispensable, sans laquelle il ne peut réfléchir sur ses propres idées, connaître les noms en tant que noms, et énoncer des vérités en tant que vraies. Mais bien avant le moment où est atteinte cette phase de conscience véritable ou conceptuelle, — qui seule rend possible la prédication véritable ou conceptuelle — l'enfant, en vertu de sa conscience préconceptuelle, est capable de faire connaître ses besoins, et de communiquer ses idées au moyen de la prédi- <ation préconceptuelle. J'ai donné de nombreux exemples de cette prédication préconceptuelle, établissant amplement que la conscience préconceptuelle dont elle est l'expression n'est rien de plus que la reconnaissance pratique du moi en tant qu'agent agissant et sentant, sans reconnaissance introspective de ce moi en tant qu'objet de connaissance.

Et ensuite ? L'enfant, comme l'animal, reçoit de ia logique des récepts un monde d'images figurant les signes d'objets extérieurs ; il est en outre pourvu de la connaissance éjective des autres esprits, et de cette connaissance de soi en tant qu'être agissant et sentant, à laquelle il vient d’être fait allusion. Mais, en cela supérieur à l'animal, l'enfant possède maintenant à sa disposition un instrument, un mécanisme à faire les signes, beaucoup plus perfectionné, ce qui, comme nous l'avons déjà vu, est dû à l'évolution plus avancée de son idéation réceptuelle.

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Cette idéation, entre autres, permet une meilleure compréhension de l’état mental des autres êtres humains, et une faculté dénonciation dénotative beaucoup plus développée, grâce à laquelle l'enfant est capable de nommer réceptuellement les états éjectifs qu'il comprend réceptuellement. Ceux-ci, tour à tour, recoivent leurs dénotations appropriées, et gagnent ainsi en clarté et en précision en tant qu'images éjectives des états corresponcants éprouvés par l'enfant lui-même. « Maman contente à Dodo » ne signifierait rien dans la bouche d’un enfant, si l'enfant ne savait par ses propres sentiments quel est l'état d'esprit qu'il attribue ainsi éjectivement à sa mère. Aussi voyonsnous qu'au même âge l'enfant dira aussi: « Dodo contente à maman ». [Il estévident que nous nous rapprochons ici des frontières mêmes de la conscience véritable ou conceptuelle. Sans doute l'enfant parle encore de lui-même objectivement, mais il s'est assez perfectionné dans l'interprétation de ses propres états mentaux pour les nommer clairement de la manière dont il nommerait tout objet extérieur de perception sensitive. C’est ainsi qu'il est mis en situation de fixer ces états devant sa vision mentale en tant qu'objets susceptibles d'être dénotés par des signes verbaux, bien qu'il n'ait encore jamais réfléchi à ces états où aux noms qu'il leur donne en tant que tels, et n'ait point encore atteint la faculté de dénommer. Mais l'intervalle entre la dénotation et la dénomination est maintenant devenu si étroit qu’il est aisé, à la fois, et inévitable pour lui, de reconnaître « Dodo » comme non seulement l'objet, mais aussi le sujet de changements mentaux. Le simple fait de rattacher des signes verbaux à des états mentaux, a pour résultat d'attirer l'attention sur ces états, et le fait que l'attention est ainsi attirée d'une facon habituelle, fournit la seule condition ultérieure qui est requise pour permettre à un esprit, par le souvenir d'états passés, de comparer son passé avec son présent, et d'atteindre à la perception complète de la continu'té de ses propres états, en laquelle consiste la conscience introspective pleine, ou conceptuelle, du moi.

J'ai noté différents traits d'ordre secondaire dans l’évolution de la conscience préconceptuelle en conscience conceptuelle, mais il n’y a pas lieu d'y revenir ici.

Romanes. Évol. ment, 26

J'en ai assez dit pour montrer combien sont fondées ne sl clusions que je me suis efforcé d'établir dans non An la Conscience, conclusions d’après lesquelles, en bot sl à langage est tout autant l'antécédent que la conséquence de la conscience, etla prédication préconceptuelle indique une Les science préconceptuelle ; et de celles-ci naissent naturellement et véritablement ces facultés supérieures de Den et de conscience conceptuelles sur lesquelles mes adversaires, méconnaissant les phases intermédiaires, ont cherché à ne reposer leur prétendue différence de nature entre l'homme et at donc, comme résultat général acquis Jusqu'ici, nous pouvons dire que dans tout le domaine des phénomènes er taux nous avons observé la seule et même différence entre D facultés mentales perceptuelles, réceptuelles et ne sos Percept, récept et concept; jugement perceptuel, ] Verne tuel et jugement conceptuel ; indication, dénotation . Û pe nation, sont autant de manifestations, dans des qe di | rents, des mêmes différences psychologiques. on av ons ee e vu que la différence entre le récept et le concept, qui se ral tient à travers tout l'organisme mental, est en ais la seule 2 laquelle il puisse v avoir discussion. En outre, nous ax one . é qu, de l’aveu de tous, la différence repose sur la présence ds l'absence de la conscience ; et, pour terminer, nons avons va que même dans le domaine de la conscience la méme Hese tion se laisse retrouver : il est une forme de conscience que “e peut dire réceptuelle, comme il en est une qu on peut ou conceptuelle. Toute la question en litige aboutit pe . quelles sont les relations de ces deux formes de conscience ; oui ou non, l’une d’entre elles estope, ans EAPROP de . développement, la continuation ou autre ? Est-il É ai, . S faux que, chez l'enfant en voie de développement, a ni conscience, qu'il partage avec l'animal, se transforme grace Je e ment et naturellement en cette faculté de conscience conceptuelle quiest caractéristique de l'homme ? a Cette question a été longuement étudiée au CHARTE . . déjà montré qu'en ce qui concerne Ja première phase, À P . indicative du langage, nulle différence ne serait ètre in

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quée entre l'enfant et l'animal, pas même une différence de degré. J'avais également montré qu'aucune différence de nature ne saurait être invoquée entre ce langage réceptuel inférieur que l'enfant partage avec la brute, et le langage réceptuel plus élevé qui se développe chez le premier, plus tard, mais avant la naissance de la conscience. Enfin, j'ai montré que ce langage réceptuel supérieur fournit à l'enfant un instrument psychologique au moyen duquel il s'élève de la conscience purement réceptuelle au rudiment de la conscience conceptuelle, Tel étant l'état des faits, ainsi qu'ils étaient établis par mon analyse antérieure, je posai à mes adversaires le dilemme que voici: Prenant le cas d’un enfant de deux ans environ, susceptible de formuler une proposition rudimentaire, préconceptuelle, une proposition communicative, telle que dif ki (pour sister is crying: sœur pleure), je procédai ainsi:

Dit est le nom dénotatif d'un récept, ki celui d'un autre ; l'objet et l’action que ces deux récepts représentent se trouvent se présenter simultanément à l'observation de l'enfant: l'enfant, en conséquence, les lénote simultanément : il les meten apposition. L'apposition, dans la conscience, de ces deux récepts, avec leurs dénotations correspondantes, est donc effectuée, pour l'enfant, par la logique des événements ; elle n'est pas effectuée par lui, sous forme de groupement intentionnel ou conscient de ses idées, ce qui est, nous l'avons vu, le trait caractéristique de la logique des concepts. C'est ici que surgit le dilemme. Ou bien nous nous trouvons en présence d'un jugement conceptuel, ou bien nous avons affaire à autre chose. Si vous dites que c'est ici un jugement conceptuel, vous détruisez le fondement de votre propie distinction entre l'homme et la bête: car vous dites alors que les bêtes aussi portent des jugements conceptuels, l'enfant n'étant point encore arrivé à la conscience conceptuelle. Si, d'autre part, vous déclarez qu'il n’y a pas de jugement conceptuel, parce qu'il n’y a pas conscience, je demande à quelle phase du développement ultérieur de l'intelligence de l'enfant vous considérez que naît le jugement conceptuel. Si vous répondez que celui-ci se présente pour la première fois au moment où la conscience conceptueHe fournit pour la première fois la condition de sa genèse, je vous renvoie à la preuve déjà fournie du fait que la

genèse de celle-ci est elle-même un processus graduel dont les conditions antécédentes sont fournies déjà à un degré inférieur de l'échelle animale. Mais s'il en est ainsi, là où la faculté d'énoncer une vérité perçue passe en la faculté plus élevée de percevoir ia vérité en tant que vraie, se rencontre une série continue de passages unissant les deux facultés entre elles. Jusqu'au moment où commence cette série de gradations, i'esprit de l'enfant, je l'ai prouvé, ne saurait se distinguer de celui d'un animal, en vertu d'un principe quelconque de psychologie. Prétendez-vous donc que jusqu'à ce moment les deux ordres d’existence psychique sont de nature identique, mais que durant son développement progressif à travers cette série finale de gradations l'intelligence humaine devient différente par sa nature de celle des animaux et, en conséquence, différente de ce qu'ellemême était antérieurement ? Sinon, l'argument aboutit à une contradiction.

Pour appuyer mon argument principal, j'invoquai deux considérations accessoires. Je dis d'abord que bien que le développement hors des phases inférieures de l'état mental, vers la conscience véritable, soit un fait très important, sans doute, c'est encore trop peu de chose en comparaison de ce que deviendra plus tard ce développement, pour nous faire sentir qu'il constitueune différence sui generis, ou même la différence principale entre l'homme et la bête. Car, même lorsque la conscience naît et s’est assez bien formée, les facultés mentales de l’homme sont encore dans une condition presque infantile. En d’autres termes, la première genèse de la conscience véritable correspond à un niveau relativement bas placé de l’évolution de l'esprit humain, et ceci ne saurait nous étonner, si sa genèse dépend des conditions antécédentes dans la psychologie purement animale auxquelles je l'ai assignée, et si elle en est si rapprochée. Mais s'il en est ainsi, ne suit-il pas que, si grande que puisse être ultérieurement l'importance de la conscience dans le développement de l'idéation caractéristiquement humaine en elle-même, ou dés son origine première, elle ne représente pas de progrès très perceptible sur les facultés d'idéation préconceptuelle auxquelles elle fait directement suite? C'est ainsi qu'il y a même moins de raison pour considérer le premier avènement de la conscience

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conceptuelle comme marquant une différence psychologique de nature qu'il n’y en aurait pour considérer comme jouant ce rôle l'avènement des facultés plus élevées d'idéation conceptuelle qui, plus tard, bien que tout aussi graduellement, font leur apparition entre la première enfance et la jeunesse. Et pourtant nul n’a jusqu'ici pensé à soutenir que l'intelligence d'un bébé diffère en nature de celle d'un petit garçon ou d’une petite fille.

La seconde considération accessoire que j'invoquai reposait sur ce fait que, même dans le cas d’une intelligence consciente entièrement développée, l'idéation réceptuelle et préconceptuelle continue à jouer un rôle important. La grande majorité de nos propositions verbales ont pour but la communication, et s'énoncent sans que l'esprit s'arrête à les contempler à la lumière de la conscience. Sans doute, dans bien des cas, ou dans ceux où l'idéation très abstraite est impliquée, cette indépendance des deux facultés est plus apparente que réelle : elle provient de ce que chacune ayant subi une telle élaboration par le fait des secours qu'elle a recus de l’autre, toutes deux sont maintenant en possession d’une grande accumulation de matériaux organisés sur lesquels elles peuvent travailler, sans qu'il soit besoin, quand elles fonctionnent, d'organiser ces matériaux ab initio. Quand je dis que la chaleur est une forme du mouvement, j'emploie une formule qui n’est autre chose pour moi qu'un simple signe verbal, qui exprime un fait extérieur; je n'ai pas besoin d'examiner mes propres idées sur la relation abstraite qu'énonce la proposition, bien que, pour arriver à cette conception, il m'ait originellement fallu exercer de nombreux et de complexes efforts de pensée conceptuelle. Mais bien que je tienne que c’est ici la véritable explication de l'indépendance apparente de la prédication et de l’introspection dans tous les cas de pensée très abstraite, je suis convaincu, pour les raisons adéquates que j'ai données, que dans tous les cas où ces ordres inférieurs d'idéation sont en jeu, dont j'ai si souvent parlé, savoir l'idéation réceptuelle et préconceptuelle, l'indépendance est non seulement apparente, mais réelle. Si les raisons que j'ai invoquées à l'appui de cette conclusion sont adéquates, et ce sont des raisons approuvées par Mill, il suit que l'idéation, impliquée dans la prédication ordinaire, devient si intimement apparentée avec celle qui se

manifeste aux niveaux inférieurs de la faculté significatrice, que, méme si les formes intermédiaires n'étaient pas fournies par le jeune enfant au cours de son développement, nul ne se sentirait le droit, d'après les faits psychologiques seuls, de prétendre qu'il existe une différence quelconque de nature entre un niveau et un autre. Le but de tout signe est la communication, et, d'après notre étude des animaux inférieurs, nous savons que la communication porte d'abord exclusivement sur ces récepts, tandis que notre étude de l'enfant au cours de son développement nous a montré que ce sont les signes employés dans la communication des récepts qui conduisent primordialement à ia formation de concepts. Les concepts sont tout d'abord des récepts nommés, connus en tant que tels, et nous avons vu dans des chapitres antérieurs que cette sorte de connaissance (celle des noms en tant que noms) est rendue possible par l'introspection, qui, à san tour, prend existence par le fait que le soi est dénommé en tant qu'agent. Mais, même après que la faculté d'introspection conceptuelle a été pleinement atteinte, ses services ne sont pas toujours demandés pour la communication de connaissances purement réceptuelles, et de Ià vient qu'il n'est point nécessaire que toute proposition soit introspectivement méditée el délibérée en tant que telle, avant de pouvoir être énoncée. Étant donnée la faculté de nomination dénotative, d'une part, el la facullé de nomination connotative, même au plus faible degré, d'autre part, toutes les conditions sont fournies, qui sont requises pour la formation d'énoncés non conceptuels, lesquels ne diffèrent des propositions véritables qu'en ce qu'ils ne deviennent pas eux-mêmes des objets de pensée. Et la seule différence que l'on puisse découvrir entre un énoncé non conceptuel formulé par nn enfant, et le même énoncé similairement formulé par l'adulte, consiste en ce que, dans le premier cas, il n'est même pas potentiellement capable de devenir un objet de pensée.

A ce point, mon étude prenait fin en ce qui concerne la psychologie comparée, et je me mis à étudier la question à la lumière toute indépendante de :a philologie comparée. Ayant jusque-là traité de ce que, d’après l'analyse psychologique seule, nous pourrions avec justesse considérer comme la phase initiale

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du développement de l'idéation caractéristiquement humaine, nous nous sommes tournés vers cette accumulation de preuves directes que nous fournissent les annales du langage, qui, de l'aveu de tous, est considéré comme représentant une sorte de chronique involontaire des progrès préhistoriques de cette idéation.

Le premier grand résultat de la philologie comparée a consisté dans la démonstration, qui paraît inattaquable, du fait que le langage tel qu'il existe actuellement n'a point surgi, équipé de toutes pièces, ou par voie d'une intuition spécialement créée. Elle a complètement démontré que le langage, tel que nous le connaissons maintenant, a été le résultat d'une évolution graduelle. Dans le chapitre consacré à la Philologie comparée, j'ai donc brièvement rappelé les principes du développement du langage tels au'ils sont acceptés de tous les philologues. Il a été établi que les mille et quelques langues existantes se groupent en une centaine de familles environ, dontles différents membres sont plus ou moins étroitement apparentés, tandis que les membres de familles différentes ne présentent pas de signes d'une affinité génétique. Néanmoins ces familles peuvent être réunies en un certain nombre de groupes plus étendus, ou ordres, d'après certaines caractéristiques de structure ou de type. Parmi ces ordres, tous les philologues sont d'accord pour séparer les unes des autres les langues isolantes, les langues agglutinantes, les langues flexionnelles. Quelques philologues établissent une distinction similaire entre celles-ci et les langues polysynthétiques, et tous s'accordent pour reconnaître que le type Incorporatif dérive de l'Agglutinant, et l'Analytique du Flexionnel.

Passant de la classification à la phylogénie, il nous a fallu considérer la question des relations génétiques des trois groupes principaux entre eux, et avec Les types Polysynthétique et Agglutinant. Il y a évidemment divergence de vues parmi les autorités compétentes, mais celle-ci n'a point d'importance pour la question qui nous intéresse, si ce n’est qu'elle donne plus de poids à la doctrine de l’origine polyphylétique du langage, les probabilités étant que les types Isolant et Polysynthétique sont également archaïques, ou tout au moins qu'ils ont eu un déve-

loppement également indépendant. A ce propos, j'ai rappelé l'hypothèse du D' Hale, d'après laquelle les nombreuses langues, en apparence indépendantes, qui sont parlées par les différentes tribus indigènes du nouveau monde, ont pu être en grande partie dues à l'invention d'enfants accidentellement isolés. La curieuse corrélation de la multiplicité des langues indépendantes avec les régions favorables à l'existence d'enfants abandonnés à leurs seules ressources, en Afrique aussi bien qu'en Amérique, à paru venir à l'appui de cette hypothèse, tandis que des preuves satisfaisantes ont été fournies pour montrer que les enfants, si on les laisse souvent à eux-mêmes, inventent à leur usage un langage qui ressemble peu, ou ne ressemble point, à celui de leurs parents.

Sans récapituler ici ce qui a été dit au sujet des phases el causes de l’évolution linguistique selon ses différentes lignes de descendance, il suffira de rappeler au lecteur que dans tous les cas le résultat des recherches philologiques demeure le même ; les langues deviennent d'autant plus simples que l'on considère une période plus reculée de leur existence jusqu’au moment où nous arrivons à ce que l’on nomme leurs racines. Celles-ci sont parfois représentées comme étant les mystérieux principes originels du langage, ou même comme les données primitives dont l'origine est inexplicable. Toutefois, ces racines ne sont, en somme, que les résultats ultimes de l'analyse philologique: c'est en ce sens seul qu'on les peut supposer primordiales. Considérant donc que ces racines représentent les matériaux du langage jusqu'au point où l’évolution du langage cesse de pouvoir être suivie, il estévident que leurs antécédents, quels qu'ils aient pu être, se trouvent nécessairement en dehors de la portée de la démonstration philoiogique, distinguée de l'inférence de méme ordre. Ceci n'étonne point l’évolutioniste, car #7 sait qu’il en doit ètre ainsi quelque part, au cours de n'importe quelle cnquête concernant le processus évolutif, s’il a l'occasion d'en reconstituer les phases. Plus il est en état de le suivre vers son origine, et plus il se rapproche du point où l'objet même de son étude a pris naissance, et comme c'est cet objet même qui fournit les preuves d'une évolution, une fois que l'origine de celle-ci est atteinte, la question s'évanouit.

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Pour prendre la comparaison familière de l'arbre, nous pouvons dire que quand un philologue a vu les feuilles se développer des rameaux, les rameaux des branches, les branches des tiges et les tiges des racines, il a fourni à l'évolutioniste toutes les preuves d'évolution qu'il est possible de donner a priori, dans l'ordre d'idées considéré. Le germe d'idéation hors duquel les racines se sont développées doit évidemment se trouver hors de la portée du philologue, et si quelque lumière doit être projetée sur la nature de ce germe, ou si quelque preuve doit être fournie au sujet des phases au cours desquelles s'effectue ce développement, cela ne peut se faire que si, dans ses ares lignes d'investigation, on voit des germes similaires donner ailleurs des produits similaires. Dans le cas présent, nous ne pouvons trouver un processus évolutif parallèle que chez l'enfant en voie de développement, dont je me suis déjà occupé.

Nous nous trouvons donc ici exactement en présence de læ même différence, au sujet de l’origine du langage, que celle qui s'est offerte à nous, au début de cet ouvrage, au sujet de l'origine de l'homme. Nous avons vu, en effet, que tout en ayant les preuves historiques les plus convaincantes du fait que les progrès de la civilisation ont été dirigés par les principes de l’évolution, nous ne possédons point celles qui établissent directement la descendance de l’homme de la brute. Ici, pareillement, nous voyons que, tant «. la lueur de la philologie peut nous guider, nous ne pouvons hésiter à reconnaître que les principes de l'évolution ont déterminé ce développement graduel des langues d’une manière strictement analogue à celle dans laquelle ils ont déteminé le perfectionnement et la complexité toujours plus considérables des organisations sociales. Or, dans le dernier cas nous avons vu que les preuves directes de l’évolution des niveaux inférieurs à des niveaux supérieurs de culture font qu'il est presque certain que le processus a dû s'effectuer avant la période historique ; cette preuve directe du règne de l'évolution durant la période historique tout entière donne à croire, a priori, et avec beaucoup de force, que cette période même n’a été atteinte qu'après un développement graduel, similaire, des facultés humaines. Il en est de même dans le cas du langage. Si la philo-

logie peut établir le fait de l'évolution de toutes les langues connues à partir du point où l’on trouve les racines primitives d'où elles sont nées, il est très probable que ces éléments primordiaux et très simples, tout comme leurs produits ultérieurs et plus complexes, ont été le résultat d'un développement naturel. Ou, pour me servir des termes déjà cités de Geiger, nous ne pouvons nous empêcher de penser qu'il a dû exister un moment où le langage n'existait point du tout. Néanmoins il est important de distinguer les faits démontrés des inductions spéculatives, si vraisemblables puissent-elles paraître, et j'ai commencé par énoncer les phases d'évolution par lesquelles on sait que les langues ont passé depuis leur origine jusqu'à leur développement le plus avancé. Et ensuite, je me suis occupé de la question de l'origine de ces racines elles-mêmes. Tout d'abord, en ce qui concerne leur nombre, nous avons vu qu'aux débuts des recherches philologiques, on estimait qu'il y à au plus un millier de racines pour n'importe laquelle des langues vivantes ; mais à l'heure qu'il est, on pourrait, avec sécurité, réduire ce nombre des trois quarts. Dans son dernier ouvrage, même, M. Max Müller déclare avoir réduit les racines du sanscrit au nombre fort bas de cent vingt et un, et encore celui-ci est-il trop élevé, à son avis. Au sujet du caractère de ces racines, nous avons vu que certains philologues les consi- . dèrent comme éte:,: les mots mêmes qu'employaient les hommes préhistoriques, qui, d'après cette théorie, « se parlaient les uns aux au!tes par monosyllables indicateurs des idées les plus importantes, mais sans aucune désignation de leurs relations » (Whitney). D'autre part, on admet généralement, à notre époque, que « les racines sont les types phonétiques, et les signes découverts par l'analyse de la philologie comparée comme élan communs à un groupe de mots alliés » (Sayce), ou pour ainsi dire, des phonogrammes composites de familles de mots depuis longtemps disparus en tant qu'individus.Nous avons vu, toutefois, , que cette divergence d'opinion parmi les philologues n'a pas d'importance pour la question que nous étudions, étant donné que même la dernière théorie ne met point en doute le fait que les mots inconnus d'où nous extrayons maintenant une racine n'aient dû être génétiquement alliés les uns aux autres, et n'aient

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Une question plus importante pour nous est celle du caractère de ces racines par rapport à leur signification. Nous avons vu qu'elles indiquent ce que M. Max Müller désigne par les noms d' «idées générales », ou de « concepts », qu'elles témoignent d'un état déjà relativement avancé de culture sociale, qu’elles expriment toutes des actes ou des états, et qu'il n’y à pas apparence qu'elles soient d’origine imitative. Prenant séparément chacun de ces caractères, nous avons vu que bien que les cent vingt et une racines du sanserit expriment des idées générales, l'ordre de généralité est assez inférieur pour que la majorité de ces racines correspondent à ce que j'ai nommé « concepts inférieurs » ou «recepts nommés ». En second lieu, esies témoignent toutes, intrinséquement, d’une origine relativement récente, etne sont done «primitives » qu'en ce sens qu'elles représentent le résultat ultimede l'analvse philologique: ils’en faut certainement de beaucoup qu'elles soient primitives au sens d’originelles. Enoutre, on explique aisément, comme nous l'avons vu, qu'elles aient toutes la nature des verbes, et, enfin, iln'y a pas à s'étonner si aucune d'elles ne trahit une source imitative, même si l’on suppose que les onomatopées ont largement participé à la composition du langage originel. D'une part, en effet, nous avons vu que dans la lutte pour l'existence entre les mots originels et primitifs, ceux-là seuls ont pu survivre, c'est-à-dire laisser une progéniture, qui avaient atteint quelque degré d'extension connotative, ou de « généralité », et, d'autre part, pour ce faire, il a fallu que les mots onomatopéiques aient d’abord perdu leur signification onomatopéique. Beaucoup de preuves ont élé apportées à l'appui de la théorie de la formation des mots par onomatopée, et certaines objections ont été faites, qui, je crois, ont été totalement écartées. Ultérieurement, toutefois, nous avons vu que la question relative au degré de la participation de l’'onomatopée à la formation du langage originel est, en réalité, d'intérêt secondaire pour l'évolutioniste. Que les mots aient été au début, tous arbitraires, ou tous imitatifs, ou bien les uns arbitraires, les autres imitatifs, le cours de leur évolution ultérieure a dù être identique. Par l'extension connotative selon des lignes diver-

gentes, les significations se seront progressivement multipliées selon ces lignes à travers toute la progéniture des termes toujours plus nombreux, comme cela se passe dans le langage enfaniin, et comme les philoiogues ont montré que les choses se passent dans la croissance des langues en général.

Que le langage ait consisté tout d’abord à nommer les idées génériques, ou récepts supérieurs, aussi bien que les objets sensibles particaliers, c'est là un fait auquel l'évolutioniste s'attend a priori. Il convient de rappeler que la sorte de classification qui a trait aux récepts est celle qui se rapproche le plus des groupements automaliques des perceptions sensitives: elle dépend de l'absence de la faculté de distinguer analytiquement les points de différence peu apparents, parmi les points très évidents de ressemblance, ou les analogies non essentielles parmi les analogies essentielles avec lesquelles elles se trouvent être associées dans l'expérience. Sans doute, il y a classification dans les deux cas, mais dans l’un elle repose sur l'évidence des analogies, el dans l’autre elle est € 2 à la dissociation mentale d’analogies apparentes et réelles, Ou encore, dans un cas, elle est due à la constance de l'association, dans l'expérience, des objets, attributs, actes, etc., classés ; dans l’autre, elle est due à ce que l'on évite consciemment de tenir compte de cette association.

Sino s nous rappelons ceci, nous ne pouvons plus nous éton- her si la paléontologie du langage montre que les racines primitives ont exprimé des idées génériques, distinguées des idées générales. Le fait de nommer des actes ou des processus aussi habituels ou aussi immédiatement apparents à la perception que ceux auxquels se rapportent les cent vingt et un concepts recueillis par M. Max Müller, ne suppose pas un ordre d'idéation de beaucoup supérieur à l'ordre préconceptuel en vertu duquel le jeune enfant est apte à donner une expression à sa vie réceptuclle supérieure, antérieurement à l'avènement de ia conscience. En vertu de ces considérations, je ne m'étonne que d'une chose, du fait que les cent vingt et une racines ne présentent pas une preuve meilleure de la pensée conceptuelle. Ceci, toutefois, montre seulement combien peut être relativement petite la part que joue la réflexion consciente dans la vie pratique de l'homme primitif, méme lorsqu'il est aussi éloigné de la condi-

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Après avoir ainsi expliqué l'absence de mots signifiant des « idées particulières », parmi les racines du langage existant, aussi bien que le caractère générique de ceux à qui la lutte pour l'existence a permis de venir jusqu’à nous, nous avons considéré différentes autres corroborations de notre analyse précédente qui sont fournies par la philologie. Tout d'abord, nous avons vu que cette science a définitivement prouvé deux faits généraux à l'égard du développement de la prédication: l’un, c'est que, dans toutes les langues radicales encore existantes, il n°v à point de distinction entre le nom, l'adjectif, le verbe ou l'article ; l'autre est que la structure de toutes les autres langues indique que telle a été la condition primitive de la structure du langage en général: « chaque nom et chaque verbe était originellement en lui-même une phrase complète », consistant en un sujet et un prédicat fusionnés ensemble, ou, pour mieux dire, non encore décomposés en les deux, moins encore en les trois parties qui, maintenant, contribuent À? former la proposition complètement crganisée. Cette forme de prédication, notons-le, n'est condensée que parce qu'elle n’a point encore pris son développement : c'est le protoplasme non différencié de la prédication dans lequel les «parties du langage » n'existent point encore. Et, de même que cette phase primitive de la prédication est caractéristique de la phase préconceptuelle de l’idéation chez l'enfant, elle l'est aussi de l'idéation préconceptuelle chez la race. Des preuves abondantes ont été fournies de l’évolution graduelle de l'énonciation prédicative, en même temps que de la pensée conceptuelle, preuves qui se trouvent fixées dans la trame entière de chacune des langues actuellement parlées par l'homme. Nous avons vu, en particulier, que les prono:18 étaient, au début, des mots indiquant des relations d'espace, et paraissant fortement accompagner des gestes indicatifs : 7e étant l'équivalent de celui-ci, il de celui-là, etc. En outre, de même que le jeune enfant commence par parler de lui-même à la troisième personne, de même «l'homme se considéra d'abord en tant qu'objet avant que d'1pprendre à se considérer comme sujet» (Farrar); ce qui est établi

par le fait que «les cas objectifs des pronoms personnels et autres sont toujours de plus ancienne date que les cas subjectifs » (Garnett). Des éléments pronominaux furent par la suite alliés aux noms et verbes, quand ceux-ci commencèrent à se différencier les uns des autres, et de la sorte différentes applications d'un nom ou verbe primitif, et fort généralisé, furent faites, grâce à ces éléments qui, comme l'accorde même M. Max Müller, « doivent être considérés comme des vestiges des phases les plus anciennes, presque pantomimiques, du langage, dans lesquelles le langage était à peine ce que nous entendons par là, à peine un logos, un assemblement, mais simplement une désignation ». De même, M. Sayce dit, à propos de cette phase dans l'évolution de la prédication qui, faisons-le remarquer, est absolument analogue à celle que présente le jeune enfant dont les mots très généraux demandent à être secourus par le geste : «IL est certain qu'il y a eu une période dans l'histoire du langage où les sons articulés, ou semiarticulés, émis par l’homme primitif, étaient constitués en représentations et en signes de la pensée par les gestes qui les accompagnaient, et cet ensemble de sons et de gestes, ensemble dans lequel, qu'on se Le rappeile, le son n'avait point de signification sans le geste, forma la première phrase. » C'est ainsi que « la grammaire est sortie du geste » les différentes parties du langage, avec les rudiments ultérieurs de la déclinaison, de la conjugaison, etc., étant autant d'enfants des gestes; mais quand, par la suite, l’ancètre fut dévoré par sa jeune progéniture, celle-ci coutinua sa croissance indépendante selon des lignes plus ou moins divergentes de développement linguistique.

Par exemple, nous avons d'amples preuves pour établir que, mème après que le langage articulé eût gagné une assise solide, il n’y avait point de distinction entre le nominatif et le génitif des substantifs, ni entre ceux-ci et les adjectifs, ni même entre les mots-sujets et les mots-prédicats. Toutes ces relations grammaticales devaient être exprimées de la même manière, c'est-àdire par simple apposition des termes généralisés eux-mêmes. Avec le temps, toutefois, ces différenciations grammaticales s’effectuèrent par des modifications conventionnelles dans la position des mots apposés/dans certains cas, la forme de prédication étant A B, et celle de l'attribution ou possession, BA, tandis que

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dans d’autres branches l’ordre inverse a été établi. Par la suite, toutefois, « ces arrangements primitifs pour distinguer le prédicat, l'attribut et le génitif, quand ces trois idées se furent, au cours des âges, développées, cédèrent le pas au mécanisme plus récentet plus perfectionné des suffixes, auxiliaires, etc. » (Sayce.} Il en estde même pour les autres «parties du langage » dans ces langues qui, ayant dépassé la phase primitive, ont développé des parties du langage. « Ge sont ici les lignes générales du processus par lequel les racines conceptuelles ont été énoncées, par lequel elles ont été soumises à l'empire des catégories, sont devenues des substantifs, adjectifs, adverbes et verbes, quel que soit le nom que l’on veuille donner aux résultats. Les détails de ce processus, et les résultats merveilleux obtenus gräce à lui, peuvent être étudiés dans la grammaire de toute langue, ou famille de langues. » (Max Müller.) Ainsi donc, la philologie est capable de retracer, phase par phase, la forme de prédication, telle qu'elle se présente dans le langage le plus développé, dans le langage flexionnel, jusqu'à cette phase première du langage en général, à laquelle j'ai donné le nom de phase indicative.

Après avoir cité maintes autorités à l'appui de ces énoncés généraux, et dans le but de suivre l'évolution de l'énonciation prédicative avec plus de détails, je me suis occupé de donner des exemples de différentes phases de développement empruntés aux langues encore existantes des sauvages, et j'ai pu prouver que tout comme l'homme primitif, ces dernières sont hors d'état de «fournir un jugement en blanc », ou ce que mes adversaires considèrent comme le critérium de la faculté humaine. Il ne reste d’autres ressources à ces derniers que d'abandonner leurs positions aristotéliques, et de ne plus s'appuyer sur la prédication purement formelle comme elle s'est développée dans le groupe de langues indo-européen, mais s'appuyer sur la prés dication matérielle, ou, comme je le dirai encore, sur la signification ou la substance d'un jugement, distinguées de la grammaire et des accidents.

En d'autres termes, on peut encore raisonner, et dire que si l'objection faite à la «prédication en blanc » sur laquelle se reposent mes adversaires a pu être retournée contre le fait ardu de la prédication, ce fait ardu persiste néanmoins. Bien que

j'aie montré qu’en l'absence de toute partie du langage la prédication est conduite très insuffisamment, pourtant elle es£ conduite et doit l'être, car ce n’est assurément qu'en vue de ceci que le langage à jamais existé.

J'ai montré alors que si mes adversaires n'acceptent pas cette mutation de position, leur argument est à bout; j'ai établi, en effet, à l'aide de tous les témoignages, qu'on ne saurait douter de la continuité entre le germe prédicatif dans le mot-phrase et la proposition pleinement organisée et développée. Mais, d'autre part, J'ai montré que cette mutation de position ellemême, à supposer qu'elle fût acceptée, ne pouvait servir de rien. Car si l'on reconnaît à un « mot-phrase » la valeur d’une prédication, ce dernier mot ne possède plus ce sens distinctif sur lequel seul repose toute l'argumentation de mes adversaires ; c'est accorder qu'il n’est point de différence entre parler et désigner ; la phase prédicative est identifiée avec la phase indica- Live, et l'homme et l'animal sont frères. Ceci veut dire que si l'on maintient que les gestes indicatifs de l'enfant ou de l'homme primitif sont prédieatifs, il n’est point l'ombre d’une raison pour refuser ce caractère aux signes indicatifs des animaux inférieurs. D'autre part, si le caractère prédicatif est refusé à tous deux, il faut le considérer, quand il est appliqué au langage parlé, comme ne signifiant qu'une différence de phase ou de degré, étant donné que l’un de ces langages n'est certainement que le descendant direct et perfectionné de l’autre. Bref, il est évident qu'il y à continuité certaine de développement entre toutes les phases de la jaculté de faire des signes : il est donc impossible de chercher à établir entre elles une différence quelconque de nature.

Telles sont les conclusions obtenues à la fin du chapitre xiv à l'égard de la philologie de la prédication, et ces conclusions ont été beaucoup fortifiées par des faits additionnels qui ont été immédiatement mis en avant au chapitre suivant, au sujet de la philologie de la conception. Le but, ici, était d'éclairer à la lumière indépendante de la philologie un point qui avait déjà été considéré comme un fait de psychologie, je veux parler du passage de la dénotation réceptuelle à la dénomination conceptuelle. Ce point a été considéré à l'égard de l'individu : reste à l’examiner à l'égard de la race.

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Tout d'abord il a été montré que, grâce au fait que le jeune enfant se trouve encerclé par une grammaire déjà construite de formes prédicatives, les premières phases dans l'évolution du langage sont considérablement raccourcies dans l'ontogenèse humaine, comparées à ce qu'elles ont dû être dans la phylogenèse, à en juger par les résultats de l'étude des langues. Les gestessignes disparaiss?nt rapidement quand nos enfants modernes commencent à parler, et apprennent l'usage des formes grammaticales. Mais l'homme primitif se trouvait dans la nécessité d'élaborer sa grammaire hors de ses gestes-signes, et cela au moment où il avait encore à fabriquer ses mots-phrases. Il en résulte que si l'acquisition des noms et formes du langage par l'homme primitif a dépendu principalement des gestes-signes, cette acquisition chez l'enfant d'aujourd'hui nuit activement à ces derniers.

Puis nous avons Vu que la doctrine philologique des motsphrases jette encore beaucoup de lumière sur ma distinction psychologique entre les idées générales et les idées génériques. Un mot-phrase est l'expression d’une idée jusque-là généralisée c'est-à-dire #0n différenciée. Pareille idée, nous le Savons, est aux antipodes de l'idée due à une généralisation, c'est-à-dire à une synthèse conceptuelle des résultats d'une analyse préalable. D'ailleurs, la théorie des mots-phrases reconnaît un intervalle historique immense (correspondant à l'immense intervalle psychologique) entre les ordres générique et général de l'idéation.

Nous avons encore vu que dans tous les caractères essentiels, la construction sémiotique de ce langage, le mode le plus primitif de communication articulée qui ait été conservé dans l’archéologie du langage parlé, présente une ressemblance exacte avec les particularités du langage gesticulé naturel. Comme nous l'avons vu, « le langage par gesies n'a pas de grammaire proprement dite », et nous avons relevé en détail les analogies — singulièrement nombreuses etexactes — qui existent entre les formes de phrase telles qu'elles se révèlent dans le geste, et telles qu'elles naquirent à l'aurore du langage. En d’autres termes, les données les plus anciennes que le langage puisse nous fournir à l'égard de la nature de sa propre origine nous montrent clairement que

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ce langage vient du langage plus primitif encore de l'intonation et des gestes. C'est ainsi seulement qu'on peut expliquer leur étroit air de famille en matière de syntaxe.

Nous avons encore vu que dans le langage par gestes, comme dans les formes de langage primitif conservées dans les racines, il est aidé à la prédication par la simple apposition de termes dénotatifs. Un terme généralisé de cette espèce (qui n'est encore ni nom, ni adjectif, ni verbe) quand il est mis en apposition avec un autre de même sorte, sert à donner une idée de parenté. de relations, ou à énoncer quelque chose au sujet de l’un, grâce à l'autre. Toutefois, cette sorte d’apposition n'indique pas nécessairement une pensée conceptuelle véritable. Comme nous l'avons déjà vu, les lois de l’association sensitive seule suffisent à rendre certain le fait que quand les objets, qualités, ou événements dénotés par les mots différents viennent à se présenter simultanément dans la nature, ils sont nécessairement placés en apposition correspondante par l'esprit: c’est la logique des événements qui guide ces énonciations préconceptuelles, et en fait l’énonciation de la vérité qui est perçue ; la vérité est recrue dans l'esprit, elle n’est pas conçue par lui. Et il est évident que les énonciations réitérées de vérités ainsi faites dans l'idéation réceptuelle conduisent vers l'idéation conceptuelle, ou à l’énonciation de la vérité en tant que vérité.

S'il en a été réellement ainsi, il est évident que les mots -originels n’ont pu se rapporter qu'à des sujets de signification purement réceptuelle, c'est-à-dire « à ces actes et qualités physiques qui sont directement perçus par les sens ». Aussi trouvons-nous dans les premières racines verbales, dans les plus anciennes qu'ait pu retrouver la philologie, des preuves incontestées et incontestables de « métaphore fondamentale », ou d'extension conceptuelle de termes qui n'avaient d'abord qu'une signification récepluelle. En fait, comme le dit le professeur Whitney, « cela est à tel point vrai que nous ne pensons jamais avoir retracé l’histoire d’un terme moral ou intellectuel quelconque, tant que nous n’en n'avons pas retracé l'origine physique ». Sans répéter tout ce que je viens de dire sur ce sujet, il me suffira d'insister une fois encore sur les conclusions générales qui se sont imposées, sur le fait que l'analyse psycholo-

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gique a déjà montré la priorité psychologique du récept, et que maintenant les recherches philologiques corroborent d'une façon frappante cette analyse, en trouvant réellement le récept dans le corps de chaque concept. Enfin, j'ai rapidement examiné les différentes langues qui sont maintenant parlées par de nombreuses races distinctes de sauvages, de facon à montrer combien l'idéation conceptuelle est pauvrement représentée, et nous avons vu que ce que l'archidiacre Farrar appelle « la pauvreté désespérante de la faculté d'abstraction » est si surprenante que l’évolutioniste le plus ardent n'aurait pu désirer une forme de passage plus pleine d'enseignements, entre l'intelligence préconceptuelle de l'Æomo alalus et la pensée conceptuelle de l'Aomo sapiens.

En ayant ainsi fini avec la philologie, je me suis mis, dans le dernier chapitre, à considérer les phases probables de la transition de l'idéation récepiuelle à l'idéation conceptuelle chez la race humaine.

J'ai d'abord considéré la théorie émise par certains philologues allemands d'après laquelle le langage a commencé par des sons entièrement dépourvus de sens, dus d'abord à des conditions purement physiologiques. Gräce à leur association réitérée avec les circonstances dans lesquelles ils ont été émis, ces sons articulés sont supposés avoir acquis, d’une facon en quelque sorte automatique, une valeur sémiotique. Mais on peut, cela est évident, objecter à cette hypothèse qu'elle igüore entièrement le problème à résoudre ; elle ignore la genèse de ces facultés, elle ignore l’idéation qui introduisit une signification dans des sons jusque-là dépourvus de sens. Ceci revient à dire qu'elle postule toute la question à résoudre: elle ne fournit donc aucune explication de la différence qui s'est élevée entre l'homme et l'animal. Néanmoins, les principes émis dans cette théorie, qui représente l'extension la plus large possible de la théorie dite interjectionnelle, me semblent suffisamment sains: seule la prémisse qui est leur point de départ me paraît erronée. Cette prémisse est l'absence, chez l'homme primitif, de tout rudiment de la faculté de faire des signes ; c’est la nécessité de la création de novo de cette faculté même, par les associations accidentelles des objets avec les sons. Mais nous avons vu, en fait, que les

Terre

choses n'ont nullement dù se passer ainsi, et, par suite, tout en reconnaissant les éléments de vérité contenus dans l'hypothèse « purement physiologique » dont il s’agit, je l'ai rejetée comme ne donnant même pas une ébauche de l'explication entière de l'origine du langage.

J'ai examiné ensuite l'hypothèse qui a été brièvement esquissée par Darwin. Admettant, comme l'indique Geiger, que le sens présumé supérieur de la vue, en attirant l'attention sur les mouvements de la bo:.che dans l'exécution des signes vocaux, a dû fournir à nos ancêtres simiens un avantage sur les autres sortes de quadrumanes dans l'association des sons avec les idées réceptuelles, nous avons essayé de nous représenter un singe anthropoïde sociable, sagace, et habitué à se servir beaucoup de sa voix pour faire des signes, à la facon des quadrumanes sociaux, en général, Parcil animal aurait bien pu dépasser tous les autres en matière de signes, et peur-êlre même aurait-il pu aller jusqu'à employer des sons associés avec des gestes, comme « mots-phrases », c'est-à-dire comme indiquent des récepts d'ordre très général, comme la présence du danger, etc., même s'il n'allait pas jusqu'à faire entendre des sons dénotatifs comme les oiseaux parleurs. En outre, comme l’a indiqué M. Darwin, il y a beaucoup de probabilités pour que cet ancètre simien de l'humanité ait eu coutume d'employer sa voix dans des cadences musicales, « come le font quelques gibbons au jour présent », et cette habitude à pu préparer les bases pour cette interruption sémiotique des sons vocaux, qui constitue l'essence de l'articulation.

Ma propre théorie diffère légèrement de celle qui précède. Tout en acceptant tous les éléments qui constituent l'essence de l'hypothèse de Darwin, je crois qu'il est presque certain que la faculté de produire des signes articulés a été le produit d'une évolution beaucoup plus tardive, et que la créature qui a présenté, la première, cette faculté, devait être déjà plus humaine que simiesque.

Cet Homo alalus se présente à l'imagination comme un étre qui tient encore beaucoup de la bête, assurément; et pourtant, il se tient debout et taille des silex en outils et en armes : il vil en tribus ou sociétés, et peut déjà, jasqu'à un certain point,

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communiquer la logique de ses récepts au moyen des gestes, des expressions du visage, et des sons vocaux. Avec une pareille origine, l'évolution ultérieure de la facultas signatrix dans la direction du langage articulé serait même plus facile à imaginer qu'elle ne l’est avec l'hypothèse précédente. Ayant retracé le cours probable de l'évolution, grâce à l'appui prêté par de nombreuses analogies, et ayant insisté, à cette occasion, sur la signification remarquable des sons inarticulés qui survivent encore en tant que clicks dans les langues inférieures de l'Afrique, j'exposai avec détail diverses considérations qui semblaient rendre probable l'existence prolongée de l'être imaginaire en question; je retraçai les phases vraisemblables de son évolution ultérieure, et je répondis aux objections qu'on me pourrait faire en tenant mon Homo alalus pour un Homo postulatus. Pour conclure, toutefois, j'indiquai que le cours de l’évolution mentale a dû demeurer le même, quelle qu'ait été l'époque à laquelle la faculté de l'articulation a pris naissance. Sans répéter encore ici l'ébauche que j'ai donnée de cette évolution, il me suffira de dire, pour indiquer les grandes lignes, qu'à mon avis elle a débuté par une association de mots-phrases avecdes gestes-signes, lesquels ont agi et réagi les uns sur les autres avec le résultat d'en amener une élaboration plus parfaite; que les noms dénotatiïs, pour la plupart d'origine onomatopéique, ont rapidement subi des extensions connotatives ; que, par suite de leur fréquente et nécessaire apposition, des prédications naissantes se produisirent, que celles-ci donnèrent naissance, par la suite, aux distinctions grammaticales entre les adjectifs et les génitifs d'une part, et les termes prédicatifs d'autre part; que pareillement les gestes-signes eurent beaucoup à faire avec l'origine d'autres formes grammaticales, en particulier d'éléments pronominaux dont plusieurs servirent par la suite à conslituer les inatériaux d'où sont sorties la déclinaison et la conjugaison. Mais bien que les pronoms aient été parmi les premiers mots qui ont été différenciés par l'homme en tant que parties distinctes du langage, ce ne fut que tardivement que des pronoms quelconques furent employés d'une façon spéciale pour indiquer spécialement la première personne. La signification de ce dernier fait est des plus importantes, comme nous l'avons fait voir. Nous

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