CHAPITRE VI
Jusqu'ici, j'ai considéré, dans cet ouvrage, aussi exclusivement que le permet la matière du sujet, le côté physique ou objectif des processus mentaux, et des antécédents de ces processus dans les modes d'activité non mentaux des organismes vivants. Il nous incombe maintenant d'en venir au côté subjectif de la question, plus exactement, au côté éjectif. Gela veut dire que dès maintenant je m’efforcerai de tracer la marche probable de l'évolution mentale en tenant comre des phénomènes véritablement mentaux, dans la mesurs où ceux-ci se peuvent analyser par les méthodes subjective ca éjective. Je désire donc bien appeler l'attention sur ce fait que, dès maintenant je prends pour ainsi dire un nouveau poirt de départ : si l’on oublie cela, mon exposé peut paraître renfermer deux essais séparés, et non un tout unique. Dans ma teatative de tracer une ligne nette de démarcation entre la physiologie et la psychologie de mon sujet, j'ai trouvé qu’il était impossible de discuter l’une sans faire de fréquentes allusions à l’autre : la conséquence étant que tout en traitant exclusivement jusqu'ici de la physiologie des processus vitaux, force m'a souvent été de renvoyer à la psychologie des processus mentaux, admettant que tout lecteur de ce livre connaît les principaux faits de la psychologie. Il arrive que maintenant, en venant à la psychologie de ces processus, il se trouve impossible d'éviter un certain nombre de répétitions et de redites. Par exemple, dans mon chapitre sur la base physique des facultés mentales, il était impossible de ne pas faire allusion aux principes de la psychologie, à la sensation, la perception, l’idéation, etc. Par conséquent, en entreprenant d'étudier ces principes divers dans l’ordre de leur évolution probable, il peut souvent sembler que je reviens sur ce que j'ai déjà dit, et que je le répète en partie. Maïs ce défaut apparent de ma méthode d’exposition sera, je
(1) Ou mieux, la consciosité, si le mot était français, car il s'agit ici, non de la
faculté même, la conscience, mais du fait d'exercer cette faculté, de son activité, (Trad.)
crois, plus que compensé lorsqu'on y regardera de plus près, par l'avantage de ne point mêler la physiologie et la psychologie. Par exemple, il eût été aisé de décomposer le chapitre sur la base physique des facultés mentales, auquel il a été déjà fait allusion, et d'en ajouter les diverses parties aux chapitres suivants, qui traitent du côté psychologique des principes physiologiques énoncés dans ces mêmes parties ; mais le résultat eût été d'obscurcir la doctrine que je voulais rendre claire d'un bout à l’autre, savoir que tous les processus mentaux doivent être considérés comme présentant des contre-parties physiques (1).
Ceci dit pour expliquer ma méthode, je commencerai la psychologie de l'évolution mentale par l'étude de ce en quoi consiste le mens, je veux parler de la conscience. Si l’on se reporte au diagramme, l’on verra que j'ai inscrit ce nom perpendiculairement, du niveau 14 au niveau 19. J'ai fait ainsi, parce que la naissance de la conscience est probablement si graduelle et si peu nette qu'il serait impossible de définir le niveau où elle naît, même sur le plan schématique où j'ai tâché de représenter les niveaux où naissent probablement les diverses facultés mentales. C'est pourquoi j'ai représenté la naissance de la conscience comme occupant une étendue considérable sur notre diagramme, au lieu de naître d’une ligne définie. Cette étendue commence avec le premier développement des adaptations nerveuses et se termine à la première apparition de la faculté d'associer les idées. Pour justifier les limites entre lesquelles la conscience est supposée naîlre, et celles où elle peut être regardée nettement comme existant en tant que conscience, je dois dire d’abord que je n'essayerai pas de définir ce que veut dire ce mot. Comme le mot mens, conscience signifie une chose qui est bien, et généralement comprise; mais sa signification, par suîte la nature même du cas, ne peut se comprendre par une définition. Si nous disons qu’un homme ou un animal est conscient, nous voulons dire qu'il possède la faculté de sentir, et si l’on nous demande ce que veut dire sentir, nous ne pourrons répondre que : ce qui distingue l’existence non étendue de celle qui est étendue. Nous ne pouvons
(1) Il semble à peine utile d'ajouter que l'impossibilité de séparer complètement la psychologie de la physiologie pour les besoins de l'exposition viendra encore, mutatis mutandis, nous gèner plus où moins dans les chapitres suivants comme dans les précédents; mais je m’efforcerai toujours de bien faire comprendre lorsque je parle d'un de ces processus, et lorsque je parle de l’autre.
(1 thés ains
ès, par ie. Par a base usion, ts, qui énoncurcir savoir ‘omme
a psybi coneporte Hiculaique la e et si le naît, iter les ntales.
science amme, nmence s et se ier les nce est tement Jrd que mme le néraleême du disons re qu'il ue veut stingue ouvons
omplèle- \ viendra suivants
comprene.
pas aller plus loin, parce que la conscience, qui est la base de toute pensée et aussi de toute définition, ne peut se définir qu’en tant qu'’ntithèse de son correspondant logique.
Considérons d'abord les phénomènes de la conscience tels que notre expérience personnelle et subjective nous les révèle. Nous verrons ultérieurement que les éléments primaires, ou indécomposables de la conscience sont ce que nous appelons les sensations. Si nous interrogeons l’expérience, nous voyons qu'un état élémentaire de conscience, ou une sensation, peut exister à un degré quelconque, depuis un état à peine appréciable jusqu’à une douleur intolérable qui s'empare du champ tout entier de la conscience. Bien plus, depuis la limite inférieure de la sensation perceptible, il y a une longue descente à travers la sensation non perceptible, ou sub-consciente, avant d'arriver à l'action nerveuse que nous sommes autorisés à regarder comme inconsciente. Ceci est prouvé par ces degrés d'action presque inconsciente passant à l’action totalement inconsciente, que nous connaissons tous comme se rencontrant fréquemment sous forme de transformation, par répétition ou habitude, d'adaptations conscientes et intelligentes en des adaptations automatiques inconscientes, Il est donc évident, non seulement que la conscience comporte les degrés d'intensité innombrables, mais que, dans ses degrés inférieurs, sa connexion avec la non-conscience est si intime que même notre expérience subjective ne saurait nous indiquer avec quelque degré d'approximation où se manifeste d’abord la conscience (1).
En même temps que l’analyse subjective nous montre que la conscience naît graduellement, nous devons nous attendre à certains faits physiologiques ou ohjectifs correspondant à ce mode de naissance. Ces faits existent : car, dans notre propre organisme, .nous savons que les actes réflexes ne s’accompagnent pas de conscience, malgré que la complexité des systèmes neuromusculaires impliqués dans ces actes puisse être extrême. Évidemment, donc, ce n’est pas la complexité seule de l’action ganglionmaire qui détermine la conscience. Quelle est alors la différence entre le mode d'action des hémisphères cérébraux et celui des ganglions inférieurs, que nous puissions regarder comme
(1) Quiconque s’est évanoui, ou a été lentement soumis à l’action d’un anesthésique, se rappellera l’oblitération graduelle de la conscience qu’il a “,rouvée ainsi par xpérience.
correspondant à la grande distinction subjective entre la conscience qui peut accompagner l’action des premiers, et la nonconscience qui caractérise invariablement l’activité des derniers ? Je crois que la seule différence que l'on puisse indiquer est une différence de proportion ou de temps. Nous savons, par des mesures positives, comme nous le verrons plus loin, que les hémisphères cérébraux travaillent plus lentement lorsqu'ils subissent les changements qui s’'accompagnent de conscience que dans le cas de l’activité des centres inférieurs. En d’autres termes, le temps écoulé entre le moment où se produit une excitation et celui où le mouvement responsif se manifeste est notablement plus long si l'excitation doit être perçue que si elle ne 2 doit pas. Ceci est prouvé, non seulement en comparant la période latente (qui est ce temps écoulé entre l'action et la réponse) manifestée dans Île cas d'un acte impliquant l’activité des ganglions inféférieurs, à celle qui se manifeste dans le cas d’un acte impliquant l'activité des hémisphères cérébraux et la perception ; mais aussi par la comparaison de la période latente dans le cas d’un seul et mème acte d'origine cérébrale ayant originellement impliqué la perception, mais devenu automatique par la répétition. Un chasseui expérimenté aura épaulé son fusil, par un acte presque inconscient, au moment même où le gibier se lève inopinément, tandis que le novice, aussi surpris que le précédent, perdra une seconde des plus utiles à se rendre compte de la situation. Beaucoup de faits analogues pourraient être cités pour montrer que s’il est des actes aussi rapides que la pensée, l’acte réflexe ou automatique est plus rapide encore, En outre, d'une façon générale, on peut montrer que plus un état de conscience est perfectionné, plus il faut de temps pour le perfectionner, ainsi que nous le verrons en détail quand nous traiterons de la perception.
Que veut dire cette nécessité d’un temps plus long ? Elle signifie évidemment que le mécanisme nerveux impliqué n’a pas été pleinement habitué À accomplir l'acte responsif nécessaire : au lieu que l'excitation ait simplement à presser la gachette d'un appareil tout adapté, si complexe qu'il puisse être, elle doit donner raissance dans le centre nerveux à un jeu d’excitations avant que la réponse appropriée se produise.
Dans les sphères supérieures de la vie consciente, ce jen d’excilations en présence de « circonstances difficiles » se nomme indécision ; mais, même dans un simple acte de la conscience, tel
que hémi une aux ( les p sont Da bien tracé lules dont la pé naiss La face ; simp réfle) occu difica ces €
les citati sous breu impli resse de la
No com flexe.
(1) n'est la «m la com en ell excep frotte
À cona nonniers ?
st une es mehémibissent lans le nes, le ion et lement it pas.
latente ifestée s inféliquant s aussi seul et iqué la n chasue inément, ra une . Beauer que ou auinérale, tionné, le ver-
signifie Eté pleiau lieu \ppareil er Taisque la
d’excihime innee, tel
que celui de signaler une perception, il faut plus de temps aux hémisphères cérébraux pour répondre d’une facon appropriée à une circonstance non habituelle qui se présente qu'il n’en faut aux centres nerveux inférieurs pour accomplir les actes réflexes les plus compliqués en réponse aux circonstances auxquelles ils sont accoutumés.
Dans ce dernier cas, les voies de la décharge nerveuse ont été bien formées par l’usage ; dans la première, elles ont besoin d’être tracées par un jeu complexe de forces à travers les fibres et cellules des hémisphères cérébraux. Et ce jeu complexe des forces, dont l'expression physiologique se trouve dans l'allongement de la période latente, trouve son expression psychologique dans la naissance de la conscience.
La fonction des hémisphères cérébraux consiste donc à faire face à des excitations qui, bien qu’elles puissent être relativement simples parfois, sont cependant si variées que des mécanismes réflexes spéciaux n’ont pas été expressément réservés pour s’en occuper et pour y faire face d’une façon spéciale ; et c’est la modification que subissent ces centres supérieurs, en faisant face à ces excitations, qui s'accompagne des phénomènes de la conscience.
Selon les expressions de M. Spencer, «il ne saurait y avoir coordination de plusieurs excitations, sans quelque ganglion qui les mette en relation ensemble. Dans ce travail de mettre les excitations en relation les unes avec les autres, ce ganglion doit être sous l'influence de chacune, il doit subir des changements nombreux. La succession rapide de changements dans un ganglion, impliquant, comme elle le fait, des expériences perpétuelles de ressemblance et de dissemblance, constitue la matière première de la conscience » (1).
Nous voyons donc, autant que nous pouvons espérer le voir, comment l’action consciente naît graduellement de l’action réflexe. A mesure que les excitations auxquelles il faut répondre
(1) Principles of Psychology, vol, E, p. 135, Je pense cependant que M. Spencer n'est pas suffisamment explicite, ni dans ce passage ni ailleurs, en montrant que la « matière première de la conscience » n’est pas nécessairement constituée par la complexité seule de l'action ganglionnaire, Comme je l’ai dit, cette complexité en elle-même ne semble avoir rien à faire avec la naissance de la conscience, excepté dans ia mesure où elle peut conduire à ce que nous pouvons appeler le frottement ganglionnaire, qui se traduit par le retard des réponses.
deviennent plus complexes et variées (grâce à l’évolution progressive d'organismes qui les met en relations plus complexes et plus variées avec leurs alentours), la fonction originelle d’un mécanisme nerveux spécial consistant à répondre aux exigences de tel ou tel groupe spécial d’excitations n’est plus possible : aussi les centres nerveux supér'eurs ont-ils à prendre le rôle de centraliser des excitations nombreuses plus ou moins variées, de façon à atteindre cette faculté supérieure de discernement qui constitue l’attribut distinctif des facultés mentales. Comme l’a fait remarquer M. Spencer, « la coordination de plusieurs excitations en une seule est, dans la mesure où elle existe, la réduction de changements diffus simultanés en changements concentrés et disposés en série. Que les actes nerveux combinés qui se produisent lorsque le gobe-mouches attrape un insecte soient considérés comme une série traversant son centre de coordination en suecession rapide, ou comme consolidés en deux états successifs de son centre de coordination, il est également clair que les changements qui se produisent dans le centre de coordination sont plus décidément arrangés en série linéaire que ne le sont les changements qui se produisent dans les ganglions dispersés du cent-pieds. » Ce caractère linéaire des changements est naturellement l’un des traits Caractéristiques de la conscience en tant que connue subjectiveinent par nous.
On aura remarqué que cette interprétation de l’origine de la conscience est purement empirique. Nous savons, par une analyse immédiate ou subjective, que la conscience ne se produit que lorsqu'un centre nerveux est occupé à centraliser des excitations variées, ou relativement inaccoutumées, comme il en a été décrit, et lorsque, antérieurement à cette centralisation, ou à cet acte d'adaptation voulue, il s'élève dans le centre nerveux un tourbillon d’excitations s’élançant dans des directions plus ou moins inaccoutumées, et donnant naissance, par conséquent, à un retard relatif de la production de la réponse à faire. Mais nous sommes totalement ignorants quant à la relation de causalité, s’il en existe, entre cet état d’agitation dans un ganglion et la production de la conscience. Est-ce l'ange qui descend pour troubler les eaux, ou bien est-ce le trouble des eaux qui fait descendre l’ange; voilà en réalité la question qui divise les spiritualistes et les matérialistes, mais cette question ne doit pas nous préoccuper. 11 nous suffit de savoir, pour les besoins du présent