EE ALT
du format in-8°) et aussitôt que ce temps était écoulé, je replaçais la feuille de papier sur le livre, et je faisais l'expérience sur la personne suivante. Pendant ce temps, le premier lecteur, dès que le livre lui avait été retiré, écrivait tout ce qu'il (ou elle) pouvait se rappeler avoir lu. Et ainsi de suite pour tous les autres.
Le résultat d’un certain nombre d'expériences ainsi conduites fut de montrer, comme je l’ai dit, des différences étonnantes dans la rapidité maxima avec laquelle s’accomplit l’acte de la lecture chez des personnes différentes, mais toutes habituées à beaucoup lire. Les différences peuvent être de 4 à 1 : c’est-à-dire que, dans un temps donné, un individu peut en lire quatre fois plus qu'un autre. Il sembla qu'il n’y a pas de relation entre la lenteur de la lecture et la faculté d'assimilation : au contraire, quand tous les efforts tendaient à faire assimiler le plus possible en un temps donné, les lecteurs rapides, comme le montraient leurs notes écrites, rendaient un meilleur compte des portions de paragraphes analysées par eux que ne le faisaient les lecteurs lents : le lecteur le plus rapide que je connaisse est aussi celui qui s’assimile le mieux. Je dirai en outre qu’il n’y a pas de relation entre la rapidité de la perception ainsi mise à l'épreuve et l’activité intellectuelle telle qu’elle est établie par les résultats généraux du travail de mème ordre, car j'ai fait l'expérience sur beaucoup d'hommes très distingués dans la science et la littérature : la plupart se sont trouvés être des lecteurs lents. Enfin, il faut remarquer que quiconque fait cette expérience trouve impossible, quelque effort qu’il fasse pour y parvenir, de se remémorer, aussitôt après lecture d’un paragraphe, toutes les idées communiquées à l'esprit par la lecture de ce paragraphe. Mais, dès qu'il est relu une seconde fois, les idées oubliées sont immédiatement reconnues comme ayant été présentes à l'esprit durant la lecture. Ceci montre que le souvenir d’une perception peut être pour ainsi dire immédiatement chassé par les perceptions qui surviennent rapidement à la suite, au point de devenir latent, bien qu'il puisse être immédiatement rappelé par le retour de la même perception.
Ceci montre donc que l'équation personnelle varie chez les divers individus, d'autant plus que le nombre et la complexité des perceptions qui doivent avoir lieu dans un temps donné sont plus considérables, 11 me faut maintenant dire quelques mots pour montrer que l'équation personnelle peut, chez la même
pérsonne, être considérablement réduite par la pratique à l'égard de certaines perceptions. Ceci est bien connu des astronomes en ce qui concerne les faits simples de perception ; et, dans toutes les recherches citées plus haut concernant la mesure du temps des perceptions simples, les expérimentateurs ont vu que la pratique réduisait beaucoup le temps de réaction. Le degré de la réduction pouvant être ainsi produite fut l’objet d'expériences d’Exner, qui choisit pour les faire le vieillard déjà cité dans un des tableaux précédents comme présentant un temps de réaction d’une longueur peu commune, soit 0*,9952. Après un peu plus de six mois de pratique acquise en signalant un choc électrique, le temps de réaction du vieillard s’abaissa à 0°,1866.
Ce fait, très général, que la répétition contribue beaucoup à réduire le temps physiologique nécessaire à l'exécution de processus physiques, même de la catégorie la plus simple, est d’une haute signification. Chaque jour nous montre qu’il en est de même pour les perceptions du caractère le plus compliqué et le plus multiple ; nous n’en voulons pour preuve que la rapidité avec laquelle les commis de banque peuvent faire leurs additions et les musiciens lire les portées les plus compliquées. A cet égard, un des cas les plus intéressants à citer est celui du fils de Houdin, le prestidigitateur, que celui-ci soumit à un entrainement toul particulier. Cet entraînement consistait à faire passer rapidement l’enfant devant les vitres d’un magasin, en lui faisant percevoir ainsi dans la vitrine le plus d'objets possible. Au bout de quelques mois, l'enfant percevait d’un seul coup d'œil tant d'objets que son père l’annonça «comme doué d'une prodigieuse seconde vue ; après que ses yeux auront été bandés avec un épais bandeau, il désignera tout objet qui lui sera présenté par le publie (1) ». C'est-à-dire que l'enfant, avant que ses yeux fussent bandés, avait le temps de voir tous les objets de la chambre susceptibles de lui être présentés. Il est intéressant de noter que Houdin, qui donna une attention spéciale au développement de la rapidité des perceptions, remarque que d’une façon générale cette rapidité est plus grande chez la femme que chez l'homme : il dit avoir connu des dames qui, «en voyant une autre dame passer à grande vitesse en voiture, avaient assez de temps pour analyser sa toilette des pieds à la tête, et pour pouvoir non seulement décrire la coupe
(1) Mémoires de Robert Houdin, t. IT, p.9, Preyer a également publié quelques observations sur ce sujet.
et la.
vraies Houd de la les da Le publié dre ct attein tentio M. G.
r'éactio pas au Jen concer naissar tion m import psychic que l’e point percepl nit un stant d prêt pol titude titude d Quand ou accd l'acte } suile dé sont si comme temps
(1) Mé (2) La Filos, sci (3) Mi (4) Prd son (in B
16 à l'égard ‘onomes en 1s toutes les 1 temps des la pratique a réduction \'Exner, qui les tableaux | d’une londe six mois le temps de
beaucoup à tion de prole, est d’une il en est de mpliqué et le rapidité avec ditions et les cet égard, un de Houdin, le nt tout partiidement l’enrcevoir ainsi uelques mois, que son père ue ; après que , il désignera . C'est-à-dire kvait le temps ks de lui être à, qui donna idité des pere rapidité est it avoir connu grande vitesse fa toilette des rire la coupe
t publié quelques
et la qualité des étoffes, mais même dire si les dentelles étaient vraies ou faites à la machine (4) ». Je cite cette observation de Houdin, parce que, dans mes propres observations sur la rapidité de la lecture, j'ai été frappé par ce fait que ce sont en général les dames qui l’emportent.
Le docteur G. Buccola a montré, dans un travail récemment publié, que le temps de réaction est, d’une façon générale, moindre chez les personnes instruites que chez les ignorantes, et qu’il atteint son maximum chez les idiots (2). J'appellerai encore l’at. tention sur un intéressant travail publié il y a quelques mois pat M. G. Stanley Hall (3), intitulé : Sur la prolongation du temps de réaction sous l'influence de l'hypnotisme. Cette prolongation n'est pas aussi considérable qu’on eût pu s’y attendre.
Je me suis étendu sur les faits principaux actuellement connus concernant la durée des perceptions, parce que, à l’égard de la naissance de la conscience, et du côté physiologique de l’évolution mentale d’une façon générale, ces faits sont de la plus haute importance. Ils montrent, par des mesures positives, que les actes psychiques les plus simples sont lents, comparés aux actes réflexes, que l'exercice peut bien les rendre plus rapides, mais jamais au point où le sont les actes réflexes. Cette accélération de l'acte perceptif dans les phases les plus élevées du processus nous fournit un nouvel exemple des effets de la pratique. Le résultat constant des actes perceptifs antérieurs est de rendre l'esprit tout prèt pour ainsi dire à accomplir des actes de la même sorte. L'attitude mentale à l'égard de ces actes perceptifs particuliers est l’attitude de ce que Lewes appelle très justement la pré-perception (4). Quand la phase pré-perceptive est bien établie, la mémoire, seule
ou accompagnée de l'induction selon le cas, naît dans ou avec l'acte perceptif dont elle fait alors partie intégrante. C’est par suile de l'absence d'expériences spéciales que les jeunes enfants sont si lents à former des perceptions tant soit peu complexes; comme le remarque Herb. Spencer, il leur faut beaucoup de temps pourse rendre maîtres d’une figure étrangère ou d’un objet
) Mémoires de Robert Houdin, t. II, p. 7.
) La Dwrata del discernimento e della determinazione volition (Rivista di Filos, scientif., I, p. 2).
(3) Mind, no XXX.
(1) Problems of life and mind, 3e série, p. 107, — Voir aussi Hughlings Jackson (in Brain, nos 3 et 4), et Sully (in {llusions, p, 27 à 80).
qui ne leur est pas familier ; ceci veut dire, en d'autres termes, que leur attitude mentale, en ce qui concerne la perception, n’existe pas encore pleinement pour telle ou telle classe d'objets; les processus de la mémoire, de la classification et de l'induction ne se produisent pasimmédiatement durant l’acte perceptif ; aussi l'interprétation mentale complète de l’objet perçu ne se produitelle que peu à peu. De même chez l'adulte, les facultés perceptives peuvent être dressées à un degré étonnant, dans certains sens, comme nous l’avons vu par l'exemple du fils de Robert Houdin, et comme nous pouvons le voir dans le fait que « l'artiste voit des détails là où, pour d’autres yeux, il n’y a qu’une masse vague et confuse ». L'influence d'une attention persistante est la plus importante de toutes les influences, en ce qui concerne le développement de la rapidité et de l'exactitude des facultés perceptives dont les qualités les plus parfaites sont la rapidité et l'exactitude.
Il nous faut maintenant considérer une question importante, La perception naît-elle de l’acte réflexe, ou celui-ci de la perception; y a-t-il entre l’un et l’autre une relation génétique quelcon: que? La question est des plus difficiles, et je ne pense pas que nous soyons encore autorisés à y répondre avec quelque degré de certitude scientifique.
D'après Herb. Spencer, les facultés perceptives naissent des réflexes lorsque ceux-ci atteignent un certain degré de complexité, ou qu’ils se produisent avec une certaine rareté. C’est ainsi qu’il dit : « Quand, par suite de la complexité croissante et de la fréquence décroiss" te des groupes de relations extérieures auxquelles il est répondu, il se produit des groupes de relations intérieures imparfaitement organisées et ne faisant pas partie de la régularité automatique, alors commence à naître ce que nous appelons la mémoire (1). Mais il me semble en réalité très douteux que les seuls facteurs conduisant à la différenciation des processus nerveux psychiques, par rapport aux processus nerveux réflexes, soient la complexité de l’opération et la rareté de son occurrence.
Il est, en effet, évident que chez nous-mêmes, certains actes purement réflexes sont très compliqués et très rares ; par exemple, le vomissement et l'accouchement. La vérité est que, dans la me-
(4) Principles of psychology, vol. 1er, p. 446,
RER PSE ee sata
ER AE SenAter fe es
sure caus cesst veux Dans causi quis née, | ce so) soien| rait € relle siolog la per. saire d reté; face à qu'elle d'une} sphère:
celle d Quel que de reposel un ret évide dent, jective l'actio machi par le cessus est po psychi( tionne leurs, expéri( par la pratiq ment g
es termes, erception, » d'objets; ‘induction ptif; aussi e produités percep- 1s certains de Robert e « l'artiste ‘une masse tante est la concerne le icultés perrapidité et
importante.
e la percepue quelconnse pas que que degré de
naissent des gré de comrareté. C’est croissante et s extérieures de relations pas partie de ce que nous lité très douenciation des essus nerveux rareté de son
Lains actes pupar exemple, e, dans la me-
PRE na AE US
dédie: