‹ L'évolution mentale chez les animauxChapitre 27 sur 65 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Nous avons déjà étudié la psychologie de l’idéation jusqu'à un certain point, c’est-à-dire que nous avons défini le sens dans lequel nous employons le mot idée ou image, et nous avons esquissé, tant du côté physiologique que du côté psychologique, le principe de l'association des idées (chap. IT et IT). Il nous faut maintenant revenir quelque peu en détail sur la psychologie de l’idéation.

Le cas le plus simple, en fait d'idées, c’est le souvenir d’une sensation. ]1 peut y avoir mémoire d’une sensation même lorsqu'il n’y à pas eu de perception. Ceci est prouvé, non seulement par le fait déjà cité, qu’un enfant d'un ou deux jours peut distinguer un changement de lait, mais par leifait que tous doivent avoir observé, que, plusieurs minutes après la disparition d’une sensation non perçue, nous sommes capables, par la réflexion, de nous souvenir que nous avons éprouvé la sensation. Par exemple, une personne occupée à lire peut entendre une horloge sonner un ecrtain nombre de coups, de un à cinq, plus encore peut-être, sans percevoir le son : pourtant, une minute ou deux après, elle pourra rappeler la sensation passée et dire le nombre de coups qui ont été sonnés. Dans des cas plus simples, la mémoire d’une sensation peut s’étentre sur un intervalle de temps beaucoup plus considérable.

L'exemple le plus simple d’une idée étant le souvenir d'une sensation passée (distinct du souvenir d’une perception passée), il suit que les premières phases de l’idéation doivent être regardées comme correspondant à ces premières phases, déjà décrites, de la mémoire, alors que l’assoriation des idées n’existe pas encore, et qu’il n'existe que la perception d’une sensation présente en tant que pareille à une sensation passée, ou dissemblable d'elle. Aussi une idée peut-elle être regardée comme consistant, sous sa forme la plus élémentaire, en un faible réveil de sensation. Cette opinion à été soutenue ayec beaucoup de clarté par M. Herbert Spencer, M. Bain et d'autres encore qui soutiennent, non sans beaucoup de vraisemblance, que le changement cérébral accom-

pagnant l'idée d’une sensation est le même, comme nature et comme siège, mais non comme intensité, que le changement cérébral qui accompagna la sensation originale (1).

Dans sa phase suivante de développement, l’idéation peut être regardée comme étant la mémoire d'une simple perception, et tout de suite après vient le principe de l’association par contiguité. Plus tard, naît l'association par similitude, et dès lors l'idéation marche par abstraction, généralisation et construction symbolique par des manières et dans des degrés dont l'étude consti- {uera un des sujets de mon prochain livre.

D’après cette courte esquisse, donc, l’on voit que nous avons déjà étudié les phases inférieures de l'idéation en traitant de la mémoire et de l'association des idées. Reprenant donc l'analyse au point où nous l'avons laissée, je consacrerai le présent chapitre à l'étude de ces phases les plus élevées de la faculté de former des idées, que nous pouvons commodément désigner sous l’appellation générale d'imagination.

Sous cette désignation générale, nous comprenons une assez grande diversité d'états mentaux, qui, tout en présentant une parenté les uns avec les autres, sont si différents, en ce qui con-

(1) Ainsi, comme le dit M. Spencer, « l’idée est une faible et imparfaite répétition de l'impression originale... Il y a d'abord une manifestation vive, présente ; puis, dans la suite, il y a une manifestation représentée semblable à la première, sauf en ce qu’elle est beaucoup moins distincte. » (First Principles, p. 145.) M. Bain dit encore : « De quelle manière le cerveau peut-il être occupé par une sensation renouvelée de résistance, par une odeur, par un son? Il semble qu'il n’y ait qu’une seule réponse admissible : La sensation renouvelée occupe les mémes parties que la sensation originale, et de la méme manière qu'elle, et non d'autres parties, ni d’une manière différente. » (Senses and Intellect, p. 438.) Tout en partageant cette manière de considérer l'idéation, en ce qui concerne la psychologie du sujet, je crois que nous sommes trop ignorants à l'égard de la physiologie de la cérébration pour nous lancer dans des affirmations et adopter des théories relativement au siége précis et au mode de formation des idées. A l'égard des opinions de M. H. Spencer, il est inutile de rappeler à nouveau le point sur lequel je me trouve en désaccord avec lui, relativement aux premières phases de la mémoire, avant l’association des idées. Je puis cependant faire remarquer que, puisque l’on considère que l’idée la plus simple consiste en une faible reviviscence d’une sensation (distinguée d’une perception), il suit que la production de l’idée la plus simple possible précède la production de son as: sociation avec n'importe quelle autre idée : s’il en est ainsi, la mémoire de la sensation, ou la faible reviviscence de la sensation, qui coustitue l’idée, doit précéder aussi toute association avec d’autres faibles reviviscences de même nature,

Es

PE Rares dE Le / à

cert nou T lion facu C'est des i tion, trair( nière dire « s'agit grés | degré des rc avec ] que le des as de na précéc Réfl besoin natio LE aussit appelé

2 p ment autre

3° 4 sans «d lama Ici le soin, des pa penda Contir

4H sont i de no

ature et ment cé-

peut ètre ption, et ontiguité.

l'idéation A symbode consti-

ous avons itant de la ç l'analyse nt chapitre former des s l’appella-

s une assez entant une ce qui Con-

mparfaite répétion vive, présemblable à la rirst Principles, it-il ètre occupé

a son? Il semble uvelée occupe les re qu'elle, et non ntellect, p. #3.) ce qui concerne ts à l'égard de la ations et adopter tion des idées. À ler à nouveau le nt aux premières s cependant faire e consiste en unc on), il suit que la action de son às* la mémoire de la stitue l'idée, doit scences de même

pe nu pere me TARA RE

cerne le développement mental dont ils sont la manifestation, qu'il nous faut commenter par les analyser.

Tel qu’il est employé dans la langue courane, le mot #magination cst pris comme signifiant le plus haut développement de la faculté de représenter volontairement les impressions passées. C'est dans ce sens que nous parlons des imaginations du poète, des imaginations du cœur, de l'emploi scientifique de l'imagination, etc. Dans tous ces cas, nous présupposons la faculté d’abstraire, aussi bien que celle de combiner dans l'esprit, d’une manière voulue, des impressions passées. Il est à peine besoin de dire que, chez l’homme même, bien avant que la faculté dont il s'agit n’atteigne ce degré de développement, elle existe à des degrés plus faibles. En fait, ce degré élevé de développement est aux degrés inférieurs ce que le souvenir est à la mémoire : il implique des recherches et un reploiement voulu de l'esprit sur lui-même, avec le dessein voulu de créer un ensemble idéal. Mais, de même que le souvenir est précédé de la mémoire, ou la faculté de créer des associations intentionnellss, de celle d'établir des associations de nature sensitive, de même l'imagination intentionnelle est précédée de l'imagination sensitive.

Réflexion faite sur le sujet, je crois que nous pouvons, pour les besoins de l’analyse, diviser commodément les degrés de l'imagination en quatre classes :

1° En voyant un objet, Lel qu'une orange, nous nous rappelons aussitôt le goût de l'orange : nous imaginons ce goût, el ceci est appelé par la puissance d’une association purement sensitive.

2° Puis vient une phase dans laquelle nous formons l'image mentale d’un objet absent, qui nous est suggérée par quelque autre objet; ainsi l’eau peut nous suggérer l’idée du vin.

3° À une phase plus avancée, nous pouvons former cette idée sans qu'il vienne de suggestion appréciable du dehors, comme l'amant pense à sa maîtresse, malgré des distractions extérieures. Ici le cours de l’idéation se soutient lui-même : elle n'a pas besoin, pour s'alimenter d'idées ou images mentales, de la suggestion des perceptions immédiates, actuelles. Par exemple, c’est le rêve pendant le sommeil : l’idéation se déroule et travaille d’une facon continue, alors que toutes les voies des sensations sont fermées.

4° Enfin, nous en venons à une phase où des images mentales sont intentionnellement formées dans le but déterminé d'obtenir de nouvelles combinaisons idéales.

«de da ee sl Ed Ta

Tels étant les degrés très différents que peut atteindre la faculté appelée #magination, j'ai dû donner à la branche portant ce nom dans mon tableau une longueur considérable, allant du niveau 19 au niveau 38. Le sommet de la branche va à la même hauteur que le sommet de l’abstraction, aux deux tiers de la hauteur de la généralisation, et dépasse l'origine de la réflexion. Naturellement ces mesures relatives n'indiquent, ici comme ailleurs, que d’une façon approchée, le degré de la perfection relative de chacune de ces espèces mentales que nous nommons facultés, Je considère, ainsi que je l'ai déjà dit, ces espèces comme ayant un caractère arbitraire ou de convention. Ce que nous appelons /acultés n'est autre chose que des abstractions créées par nous, bien plutôt que des existences objectives ou indépendantes. La classilicalion de ces facultés par les psychologues ne mérite d’être regardée comme une classification naturelle que dans un sens assez vague. Néanmoins, c’est la meilleure classification que nous puissions avoir pour comparer un degré d'évolution mentale avec un autre; il ne peut pas y avoir d’inconvénient à l’adopter, si nous nous rappelons ce que je désire être toujours présent à la mémoire du lecteur, savoir que mon arbre schématique ne fait que montrer les relations générales existant entre les facultés de l'âme, telles qu'elles ont été formulées par les psychologues.

Mais, même sur ce p'an grossier et général, il peut ètre utile d'expliquer pourquoi je représente le sommet de l'imagination comme alteignant le même niveau que le sommet de l’abstraction, car les psychologues pourraient croire, en me voyant agir ainsi, que j’adopte, sans y faire attention, la doctrine du réalisme. Tel n’est pas le cas, toutefois. Bien qu’il soit vrai que, si nous étions capables d'imaginer toute ab:lraction, le réalisme deviendrait la seule théorie rationnelle, je ne veux pas que mon diagramme vienne à l'appui d’une notion aussi absurde. Dans mon prochain livre, quand j'aurai l'occasion d'expliquer les branches les plus élevées de mon arbre schématique, il sera bien clair que, comme je ne considère pas l’abstraction comme renfermant la généralisation ou la réflexion, j'ai bien soin de me tenir en-deçà des limites du nominalisme.

Si nous regardons maintenant les colonnes latérales, on verra que je place sur le même niveau que la naissance de l’imagination les classes des mollusques, insectes, arachnides, crustacés, céphalopodes et vertébrés à sang froid. On trouvera dans l’/ntelliger.ce

des ar comm l'imag Ain:

battre de lap à ce fa anltago pour n sées pa roula t de celu qui ren mémoi Voilà Le sc ensemb ensemb moi du associat plus ou ception de m générale guêpes Lion exis n'en ci mimals, tude de le jus dd le pain péla ce que l'in cultés d C'est classer ] en quali les pren

(A) Int

faculté

ce nom veau 19 auteur teur de turellers, que de chaliés, Je yant un as faculas, bien a classie d'être un sens que nous tale avec , Sinous | la méfait que de l'âme,

être utile agination straction, igir ainsi, isme. Tel Jus étions endrait la iagramme \ prochain s les plus le, comme | généralides limites

s, ON verra nagination cés, cépha- Intelliger.ce

ppt

des animaux les faits qui m'autorisent à indiquer ces animaux comme étant les premiers dans l'échelle zoologique chez lesquels l'imagination se manifeste.

Ainsi l’octopus qui suivit un homard avec lequel il venait de se battre, dans un aquarium voisin, en grimpant péniblement le long de la paroi verticale séparant les deux aquariums, a dû être poussé à ce faire par une image mentale persistante (ou souvenir) de son antagoniste. Les araignées qui attachent des pierres à leur toile, pour maintenir celle-ci durant les bourrasques, doivent être poussées par l'imagination ; il en est de même du crabe, qui, lorsqu'on roula un galet dans son nid, enleva les autres pierres près du bord de celui-ci, pour empêcher qu’elles n’en fissent autant. La patelle, qui rentre chez elle après une maraude doit avoir quelque vague mémoire ou image mentale de son domicile.

Voilà pour les preuves du premier degré de l'imagination.

Le second degré de l'imagination, celui où un objet ou un ensemble de circonstances suggère un autre objet ou un autre ensemble de circonstances, se présente pour la première fois, pour moi du moins, chez les hyménoptères. Mais ici les cas où une association d'idées conduit à l'établissement d'images mentales plus ou moins éloignées des circonstances immédiates de la perception sont trop nombreux pour être cités.

Je me bornerai donc à renvoyer aux rubriques : « Intelligence générale », dans les chapitres consacrés aux fourmis, abeilles et guêpes (1). Chez les animaux supérieurs, ce degré de l’imaginalion existe fréquemment et avec une grande intensité. Ainsi, pour n'en citer qu'un exemple, Thompson cile, dans ses Passions of animals, le cas d'un chien qui refusait le pain sec et avait l’habitude de recevoir de son maitre de petits morceaux trempés dans le jus de viande resté dans l'assiette, mais qui attrapait avidement le pain sec, s’il l'avait vu frotter contre l'assiette : comme on répéla ce manège jusqu'à ce que sa faim fût apaisée, il est évident que l'imagination de l'animal dominait, pour le moment, ses facultés de goût et d'odoral.

C'est dans cette catégorie de l'imaginalion qu’il faut encore classer la sagacité méfiante des animaux sauvages. Ainsi Leroy, qui, en qualité de chasseur, avait une grande expérience, dit :« Pendant les premières heures de la nuit, alors que l'obscurité même doit

A) Intelligence des aninaux, chap, ut et 1v.

être au renard une source fertile en espoir, l'aboiement lointain d'un chien l’arrêtera dans sa course. Tous les dangers qu'il a traversés se représentent à son esprit ; mais, à l'aube, cette extrême timidité est surmontée, grâce aux appels de la faim, et l'animal devient courageux par nécessité ; il s'élance même à la rencontre du danger, sachant (prévoyant par l'imagination) que ce danger augmentera lorsque le jour viendra. » Ailleurs, parlant du loup, qui est devenu craintif par suite de l'hostilité que lui témoigne l’homme, il dit que cet animal « devient sujet à des illusions et à des jugements erronés, qui sont le fruit de l'imagination, et, si ces erreurs de jugement portent sur un nombre suffisant d'objets, l'animal devient la proie d’un système illusoire, qui peut le conduire à des erreurs sans fin, bien que parfaitement logiques, étant données les erreurs qui ont pris racine dans son esprit. Il verra des pièges là où ‘il n’y en a pas; son imagination, déformée par la crainte, renversera l’ordre de ses diverses sensations, et produira ainsi des formes décevantes auxquelles il attachera une notion abstraite de danger, etc. (1) ».

Je ne donnerai plus qu’un fait destiné à prouver l'existence de l'imagination à son second degré chez les animaux. Je crois l'exemple bien choisi, parce qu'il montre l'existence de ce degré d'imagination chez un animal dont l'intelligence n’est pas très développée : je veux parler du lapin sauvage.

Quiconque à chassé les lapins de garenne au furet doit avoir remarqué que, si la garenne a été déjà visitée par un furet, les lapins sont très peu disposés à sortir : ils aiment mieux être grièvement blessés par le furet que de venir à la rencontre des dangers

(1) Intelligence des animaux (traduction anglaise), p. 24, 120, 121. L’habileté bien connue du renard et du loup à éviter les chiens est aussi une preuve d’une imagination vive. Outre les cas cités dans l'Intelligence des animaux (chap. xv), je publierai le cas suivant, qui m'a été récemment communiqué par le docteur CU. M. Fenn, de San-Diego. Près de la côte sud de San-Francisco, un fermier avait été très ennuyé de la perte de plusieurs volailles. Ses chiens avaient réussi à prendre plusieurs coyotes (sorte de petit loup) maraudeurs, mais l’un d'eux déroutait toujours les chasseurs en gagnant la côte ou la plage, où ses traces étaient aisées à perdre. Un jour, le fermier dédoubla sa meute : avec deux ou -trois chiens il s’en vint prendre position près de la grève. Le coyote approcha bientôt, suivi des autres chiens qui le serraient de près. On remarqua qu’à mesure que les vagues se retiraient vers la mer, il les suivait du plus près possible; dans aucun cas, il ne laissa d'empreintes de pas qui ne fussent rapidement eftacées par l’eau. Quand enfin il jugea qu’il était allé assez loin pour détruire la piste, il tourna et se dirigea vers l’‘ntérieur des terres.

qui le grâce trous en eff l'imag longt ainsi «

la dou part d Ven celui q de sug, bord e; s’exprir les indi ment si C'est po d'imagi d'indiqu etquen faculté Calégori nation a une aul ries d’ac l'existen Il est à phase dé plus bas puission:

façon te d'action La pra rêve exi du troisi Le fai été rem:

Lindsay, son tre résultats

lointain i! a traextrème l'animal ncontre » danger du loup, émoigne ions et à et, si ces d'objets, at le conues, étant verra des ée par la | produira ne notion

istence de . Je crois e ce degré st pas très

doit avoir n furet, les x être grièdes dangers

Page 1