‹ L'évolution mentale chez les animauxChapitre 34 sur 65 · RÉ EI ARERE ET · texte numérisé non relu

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d'affection, Les chiens établissent souvent des liens amicaux avec différents animaux ; dans un cas cité par Cuvier, un terrier prenait tant de plaisir dans la société d’un lion captif que lorsque le lion mourut, le chien dépérit et mourut également. — Thompson cite des exemples de chevaux « extrêmement attachés à des chiens el chats, el semblant trouver du plaisir à les avoir sur leur dos tandis qu'ils sont à l'écurie (1) ». Rengger cite un singe qui s'était pris de si vive amitié pour un chien, qu’il pleurait de douleur lorsque son ami était absent ; lorsqu'il revenait, il le caressait et lui portait aide dans toutes ses disputes avec les autres chiens.

« Un pécari de la ménagerie de Paris avait une grande affection pour un des chiens du gardien, et un phoque du même établissement permettait à un petit chien de mer de jouer avec lui ct de lui prendre des poissons dans la bouche, chose à laquelle il s’opposait toujours lorsque c'était un autre phoque du même bassin qui la tentait. Des chiens ont vécu en termes amicaux avec des goélands et des corbeaux..., et l’on a connu un rat qui avait coutume d'accompagner son maître pendant ses promenades (2). »

Le colonel Montagu, dans le supplément à son Ornithological Dictionary (p. 165), rapporte le curieux exemple qui suit d’un attachement survenu entre une oie chinoise et un pointer. « Le chien avait tué le mâle et avait été sévèrement puni pour ce fait, et enfin le cadavre de sa victime avait été attaché à son cou. L'oie restée veuve fut très affectée de la disparition de son époux et unique compagnon; ayant été probablement attirée vers la niche du chien par la vue de son compagnon défunt, elle parut décidée à persécuter le chien par sa présence continuelle et ses vociférations incessantes; mais, au bout de peu de temps, une amitié étroite s'établit entre ces deux animaux si différents. Ils mangèrent à la même écuelle, vécurent sous le même toit, et se linrent mutuellement chaud dans la même litière ; quand le chien élait emmené. en chasse, les lamentations de l’oie ne cessaient pas. »

Le mème auteur cite des cas d'affection entre un pigeon et une poule, un terrier et un hérisson, un cheval et un cochon, un cheval

ctune poule, un chat et unc souris, un renard et un basset, un

caïman et un chat, comme ayant été observés par lui personnellement (tbidem, p. 162). 11 n’est pas impossible que les prétendus

(1) Thompson, Passions of animals, p. 360, 361. (2) Ibid.

« favoris domestiques » gardés par plusieurs espèces de fourmis (1) soient en réalité de véritables inutilités dans la fourmilière, le désir capricieux d’une association étant peut-être devenu chez ces fourmis véritablement instinctif par habitude héréditaire. En tous cas, c’est ainsi qu’il faut expliquer le fait que des oiseaux d'espèces différentes, même à l’état de nature, s'associeront parfois ensemble, ainsi que cela se passe pour la pintade et la perdrix, et d'après Yarrel, pour la perdrix et le râle de terre. Ces cas exceptionnels, parmi les oiseaux à l’état de nature, ontun intérêt tout spécial, parce qu’on peut alors les regarder à juste titre comme des débuts d'associations fermement établies et véritablement instructives, telles qu’il en existe entre les freux et les étourneaux, etc. (2).

Il en a été assez dit à l'appui de la proposition 1, d’après laquelle des habitudes non intelligentes d'un caractère non adapté existent chez les individus. Nous en viendrons maintenant à la proposition II, d'après laquelle ces sortes d'habitudes peuvent se transmettre par voie d'hérédité. :

Qu'il en soit ainsi pour les tics dans l'espèce humaine, cela est évident dans presque toute famille, et John Hunter l’a montré depuis longtemps. M. Darwin cite dans ses manuscrits un cas observé par lui-même et « dont il peut certifier la parfaite exactitude ».

«Une petite fille avait, dès l’âge de quatre ou cinq ans, lorsque son imagination était agréablement excitée, et seulement dans ces circonstances, un tic tout particulier consistant à mouvoir rapidement ses doigts dans un sens latéral, ses mains étant placées sur les côtés de sa figure; son père avait, dans les mêmes circonstances, exactement le même tic ; il ne put s’en débarrasser totalement, même lorsqu'il fut devenu vieux; dans ce cas, il était possible qu’il y eût eu imitation (3). L

(1) Voir Intelligence des animaux, chap. nr.

(2) Le professeur Newton, F. KR. S., me fait savoir que « des vols de roitelets peuvent se voir souvent en hiver, accompagnant des vols de mésanges noires et, plus rarement, de mésanges à longue queue; des associations de éinaria et de tarins se joignent parfois à la précédente, ou vice versa. L'association des freux et des pies est un fait journalier, ainsi que l'association, pendant quelques mois, des étourneaux avec les freux et les pies, et parfois aussi celle des freux, étourneaux et pies avec les vanneaux.

(3) Ce cas est cité en termes différents dans la Variation of animals and

plants, vol. I, p. 450, :

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Que les tics plus fréquents et plus prononcés, manifestés par les idiots soient également acquis par hérédité, cela est très probable, mais je manque de documents sur ce point, les idiots n’étant pas, dans les pays civilisés, laissés en mesure de se multiplier. Chez les animaux, toutefois, les preuves ne manquent pas : ainsi, pour citer encore d’après les manuscrits de Darwin, « le révérend W. Darwin Fox me dit qu'il avait un skye-terrier femelle qui, lorsqu'elle demandait quelque chose, agitait rapidement ses pattes d’une façon très différente de toutes celles qu'il eût jamais observées chez d’autres chiens; son petit, qui n'avait jamais été à même de voir sa mère, et qui maintenant est adulte, exécute les mêmes mouvements particuliers exactement de la même manière (1).

A l'égard de l’hérédité des dispositions, nous n’avons qu’à considérer les différentes races de chiens, pour voir combien des différences marquées de ce genre peuvent devenir caractéristiques de différentes races. On se rappellera que, pour le moment, nous ne nous occupons que de l’hérédité d’habitudes inutiles, irrationnelles ou non adaptées, et que, par conséquent, nous n’avons rien à faire ici, avec les habitudes utiles et intelligentes qui sont inculquées à nos diverses races canines au moyen de la sélection artificielle combinée avec le dressage ; mais, même dans le cas de tics particuliers, de traits de caractère dépourvus de signification, qui ne sont d’aucune utilité pour les animaux, ni pour l’homme lui-même, nous voyons les influences héréditaires à l'œuvre. Ainsi, par exemple, l'habitude inutile et même désagréable que présentent diverses races de chiens, consistant à aboyer autour d'une voiture, est particulièrement prononcée chez les colle, et est véritablement innée, et non purement imitative. Cela résulte, en effet, de l'observation faite que des chiens de cette espèce qui n'ont jamais de leur vie vu d’autres chiens aboyer après les chevaux font la chose spontanément (2). Beaucoup d’autres particularités de manières, ou dispositions qui sont caractéristiques de äifférentes races pourraient être citées, mais j'en veux

(1) Je dois cependant faire remarquer ici que j'ai vu plusieurs skye-terricrs exécuter les mêmes mouvements lorsqu'ils demandaient quelque chose, de telle sorte que l’action semble due à quelque particularité de race d'ordre psychologique, et non simplement à une particularité individuelle. C'est un passage vers la classe de faits qui sont signalés plus loin, dans le texte ci-dessus.

(2) Voir Nature, vol. XIX, p. 234.

venir au plus remarquable exemple que j'aie rencontré parmi les chiens, de l’hérédité d’une particularité psychologique parfaite- |

ment dépourvue de raison. J'entends parler de l'exemple, cité il y : l a quelqués années, à M. Darwin par le docteur Huggins, membre Ê 6 de la Société royale de Londres, et que je rapporte dans sa teneur : « primitive. : « « Je désire vous communiquer un cas curieux de particularité + « mentale héréditaire. Je possède un mastiff anglais, Kepler, fils È du célèbre Turc, par Vénus. J’amenai chez moi le chien, lorsqu'il à ge fut âgé de six semaines, l’ayant pris directement dans l'écurie où F1 qu il avait vu le jour, La première fois que je le menai à la prome- : tic nade, il recula de peur, en passant devant la première boucherie j va que nous rencontrâmes et qu'il eût jamais vue. Je découvris bien- d’a tôt qu'il avait une violente antipathie pour les bouchers et les ver boucheries. Ÿ tiq « Un jour, étant Agé de six mois, il sortit avec une domestique la r qui faisait une commission; au retour, à peu de distance de la ÿ reu maison, la domestique avait à passer devant une boucherie : le 4 octj chien se jeta à terre, étant tenu en laisse, et ni les caresses ni les 1 quel menaces ne purent le décider à passer devant la boucherie. Le { fami chien était trop lourd pour être porté dans les bras, et comme le 1 j'aie public s’attroupait autour du chien, la domestique dut retourner ? dup en arrière de plus d’un mille, et revenir sans le chien. Ceci arriva * M.D il y a environ deux ans. L’antipathie persiste toujours, pourtant le f date chien consentira à passer plus près de la boucherie qu'il ne le 4 win. faisait autrefois. Il y a environ deux mois, dans un petit ouvrage Ÿ perd sur les chiens, publié par Dean, je découvris que la même étrange R® n’y antipathie est manifestéc par le père de mon chien, par Turk. E®Æ defo J'écrivis alors à M. Nicholls, ancien propriétaire de Turk, pour F# faut lui demander ce qu’il savait à ce sujet. 11 me répondit : «Je puis f # dele « dire que la même antipathie existe chez King, père de Turk, | # rencq « chez Turk, chez Punch, fils de Turk par Meg, et chez Paris, fils | # une « de Turk par Junon. Paris estcelui qui manifeste l’antipathiela 4 Je « plus violente ; à peine passerail-il dans une rueoù setrouveune Suiv: « boucherie, et quand il a passé devant l’une d'elles, il se sauve. 4 «? « Quand une charrette accompagnée d’un garcon boucher venaità #4 les d « l'endroit où se trouvaient les chiens, ceux-ci, bien quene pouvant “ ure

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