‹ L'évolution mentale chez les animauxChapitre 35 sur 65 · MON PACE · texte numérisé non relu

MON PACE

L'INSTINCT, de

« chien, bien qu'enfermé, devint tellement excité qu'il fallut le « mettre dans une dépendance du logis, et le boucher dut quitter « sans avoir vu le chien. Le même chien, à Hastings, sauta sur un « gentleman qui entrait à l'hôtel. Le propriétaire sesaisit du chien « et fit des excuses, ajoutant qu'il ne l'avait jamais vu agir ainsi, «sice n’est lorsqu'un boucher venait à la maison. Le gentleman « déclara aussitôt qu’il appartenait à cette profession. »

Nous voyons par cet exemple que des habitudes non intelligentes, inutiles et non adaptées peuvent être à un haut degré acquises et transmises héréditairement chez des animaux domestiques. Pour montrer qu'il en est de même de certaines races ou variétés d'animaux entièrement sauvages, je puis citer Humboldt, d’après lequel (1) les Indiens qui attrapent des singes pour les vendre, « savaient très bien qu'il est aisé de parvenir à domestiquer ceux qui habitent certaines îles, au l‘eu que des singes de la même espèce, attrapés dans l* continent voisin, meurent deterreur ou de rage lorsqu'ils se trouvent au pouvoir de l’homme »; et je trouve dans les manuscrits de Darwin une note d'après laquelle « certaines dispositions semblent se transmettre dans les familles de crocodiles ». Un des exemples les plus curieux que j'aie rencontrés du début, dans une race, d’une déviation inutile du puissant instinct ancestral, est celui qui a été communiqué à M. Darwin dans une lettre de M. Thwaits, qui écrit de Geylan à la date de 1860, lettre que je trouve parmiles manuscrits de M. Darwin, M. Thwaits dit que ses canards domestiques ont tout à fait perdu leurs instincts naturels en ce qui concerne l’eau, et qu'ils n’y vont iamais à moins qu'on ne les y forcs. Les canetons, mis de force dans un bassin rempli d’eau, sont « très effrayés, et il faut les sortir bientôt, faute de quoiils se noïeraient par suite de leurs efforts ». M. Thwaits ajoute que cette particularité ne se rencontre pas chez tous les canards de l’île, mais seulement dans une certaine race ou famille.

Je trouve encore dans les manuscrits de Darwin, les remarques suivantes :

(Un si grand nombre d'auteurs différents ont affirmé que, dans les diffférentes parties du monde, les chevaux héritent d’allures artificielles que je ne pense pas pouvoir mettre le fait en doute. Dureau de la Malle affirme que ces différentes allures ont été ac-

(1) Personal Narrative, vol, LIL, p. 383.

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quises depuis l’époque des classiques romains, et que, d'après ses R

propres observations, elles sont transmises par hérédité (1). , Les pigeons culbutants fournissent un excellent exemple d'acte l j instinctif acquis sous l'influence de la domestication, qui ne pour- ‘à d rait pas avoir été enseigné, mais qui doit avoir fait son apparition L h naturellement et qui a dû probablement ensuite avoir été beau- é p coup perfectionné par la sélection continue des individus qui ma- » di nifestaient la tendance la plus marquée, — surtout aux époques ; di anciennes des pays orientaux où les courses de pigeons étaient à fort appréciées. Les culbutants ont l'habitude de s’élever en groupe ê ge serré à une grande hauteur et, à mesure qu'ils s’élèvent, de cul- | de buter tête sur queue. J'ai élevé et fait voler de jeunes culbutants | se qui ne pouvaient absolument pas avoir vu de leurs pareils : après L « pi quelques. tentatives, ils culbutaient dans l'air. Cependant l’imita- \ me tion vient en aide à l'instinct, car tous les dresseurs conviennent ; gua qu’il est très utile d'élever les jeunes oiseaux avec des adultes D our bien dressés. | 1 chie Plus remarquables encore sont les habitudes de la variété in- Ÿ logu dienne des culbutants dont j'ai parlé dans un chapitre précédent, { donc montrant que pendant au moins les dernières deux cent cinquante d'apr années ces oiseaux ont été connus pour culbuter à terre après { tre. avoir été légèrement secoués, et pour continuer à ce faire jus- { téris qu'à ce qu'on les ait ramassés et qu’on ait soufflé dessus. Comme Ve cette race a persisté jusqu'ici, °n peut à peine appeler cette ha- RE es bitude une maladie. Il est à peine besoin de remarquer qu’il serait Ÿ eve aussi impossible d'apprendre à une sorte de pigeon à culbuter que Ÿ née. d'apprendre à une autre à gonfler son œsophage au point où le fait 2 sont habituellement le pigeon grosse-gorge (2). { dete Cet exemple des culbutants et des grosses-gorges est singulière- Ÿ tants ment intéressant ; il est tout à fait en rapport avec la proposition € cxerd dont nousnous occupons, car non seulement les actions sont tout 4 que à fait inutiles aux animaux eux-mêmes, maiselles sont tellement 4 tot. ancrées dans leur psychologie qu’elles sont devenues caractéris- des i (1) Après avoir cité de nombreux:auteurs sur ce point, dans une note, M. Dar- Varie win achève celle-ci ainsi qu'il suit : «Je puis ajouter que si je fus autrefois frappé 1 par ce fait que, dans les prairies de la Plata, aucun cheval n’avait les actions D (1 hautes naturelles à certains chevaux anglais, » Pour de nombreux autres exem- 4 Jardi ples de la transmission héréditaire de qualités chez le cheval, voir Variations Æ tuelle des animaux et des plis, vol. Ier. degé (2) Pour d’autres détails sur l'instinct de la culbute, voyez Variations des ani- 4 chez e !

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