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que l'extrême précision, la spontanéité et la rapidité des adaptations à des conditions extrêmement complexes sont reconnues dans le langage courant comme voisines de l'instinct ; car nous disons communément qu’une personne a « les instincts d’un gentleman », ou que telle autre est « d'éducation inférieure ». Toutefois, cette dernière expression nous amène à une partie de notre sujet que nous avons à considérer sous la rubrique qui suit, savoir : le degré auquel des habitudes mentales, intentionnellement ou intelligemment acquises par l'individu, peuvent se transmettre à sa descendance (1). Voilà le point qu'il nous faut maintenant examiner. Acceptant donc la proposition VI comme hors de contestation, il nous faut établir la proposition VII, savoir que les actes automatiques et les habitudes conscientes peuvent se transmettre par voie héréditaire.
Nous avons déjà vu que tel est certainement le cas pour les actes automatiques dont l’origine est accidentelle, ou dépourvue de but intelligent : il serait étrange qu'il n’en fût pas de même pour les actes automatiques acquis volontairement. Beaucoup de faits établissent qu’il en est de même pour ces derniers Cas.
Tout d’abord, prenons le cas de l’homme. « De quelle curieuse combinaison de structure corporelle, de caractère mental el d'éducation, dit M. Darwin, doit dépendre la manière d'écrire ? Cependant chacun a dû remarquer l’analogie souvent profonde de l'écriture du père et du fils, bien que ce ne soit pas le père qui ait enseigné le fils... Hofacker, en Allemagne, a remarqué l'hérédité de l'écriture, et l’on a même prétendu que les enfants anglais, élevés en France, gardent naturellement leur écriture
(1) Le manuscrit de M. Darwin indique que les personnes d'intelligence faible sont très sujettes à contracter l'habitude d’actes automatiques, et ces actes, n'étant pas exécutés sous les ordres de la volcnté, sont de plus proches alliés des actes réflexes que des mouvements volontaires et délibérés. Cette corrélation s’observe aussi chez les animavx, et le manuscrit cite un cas observé par M. Darwin. C’est celui d'un chien idiot chez qui l'instinct de tourner en rond avant de s'étendre à terre (vestige, probablement, de l'instinct de se faire un lit dans les hautes herbes) était à tel point développé, ou si peu contre-balancé par l'intelligence, «qu’on l’a vu tourner vingt fois sur lui-même avant de se coucher ». L’acte de tourner ainsi en rond peut certainement être regardé comme le vestige d’un instinct secondaire. Mais les instincts secondaires sont constitués par la transformation d’une action intelligente en acte réflexe, grâce à la répétition de l'acte; il est donc intéressant de voir que, lorsque (come dans le cas qui précède) ils sont entièrement constitués à l’état d'insiinot, ils ressemblent aux habitudes automatiques, en ce qu'ils s'exercent de la façon la plus libre, quand l'intelligence est affaiblie,
anglaise. » Le docteur Carpenter dit que « miss Cobbe lui a certifié que dans sa famille on peut retrouver à travers cirg générations un type d'écriture très caractéristique », et dans sa propre famille, se rencontre le cas curieux d'une personne qui hérita d'une manière d'écrire «constitutionnelle », et perdit le bras droit par accident : « en quelques mois, elle apprit à écrire de la main gauche, et en peu de temps les lettres tracées ainsi devinrent impossibles à distinguer de celles qu'elle traçait avant l'accident ». Ce cas rappelle un fait souvent observé par moi-même, et qui a sans doute été observé par d'autres, savoir, que si j'écris dans une direction inaccoutumée, par exemple, sur la face perpendiculaire d’un cylindre enregistreur, l'écriture n’est pas altérée dans son cara£tère, bien que l’æil et la main fonctionnent d’une manière inaccoutumée, tant l'élément mental est puissant dans la manière d'écrire. De mème, ainsi que je l'ai fait remarquer dans un chapitre précédent, si l’on prend un crayon dans chaque main, et si l’on écrit simultanément de chaque main le même mot, la main gauche écrivant de droite à gauche, en plaçant le spécimen écrit €: la main gauche devant un miroir, on reconnaît tout de suite l'écriture.
On pourrait citer bien d’autres exemples de la puissance de l’hérédité dans les acquisitions mentales de l’homme (1); mais, pour en venir aux animaux dont le cas nous importe le plus, je donnerai quelques exemples seulement entre le nombre presque infini de ceux que je pourrais citer. Ainsi, en Norwège, les chevaux se conduisent sans brides, et sont dressés à obéir à la voix ; il en est résulté une particularité caractéristique de la race, car Andrew Knight dit que les « dresseurs de chevaux se plaignent, et certainement avec raison, de ne pouvoir absolument pas leur donner ce qu'ils appellent une bouche : ils sont néanmoins très dociles, et plus obéissants que ne le sont généralement les chevaux, lorsqu'ils comprennent les ordres de leur mai-
(1) Voir Carpenter, Mental Physiology, p. 393, 394, où il discute et cite des cas d’aptitudes héréditaires pour la musique et la peinture. Voir aussi Hereditary Genius, de Galton, au sujet des qualités mentales supérieures existant dans une même famille, à l'égard d’une même sorte d’activité, ou de sortes analogues. Voir encore Spencer (Psychology, vol. Ier, p.422), au sujet des caractéristiques de race dans la psychologie de l’homme. Il a été déjà fait allusion aux effets de la « bonne éducation » et du « sang» dans la transmission héréditaire des aptitudes et du raffinement : je pense que l'observation montrera qu’il en est de même pour le sens de la modestie.
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tre (1) », M. Lawson Tait m'informe qu'il avait une chatte qui avait été dressée à demander sa nourriture comme un terrier, de sorte qu'elle prit l'habitude de se mettre en posture dressée — très peu habituelle chez le chat — chaque fois qu'elle voulait manger. Tous ses petits adoptèrent la même habitude, étant cependant dans des conditions qui empèchaient toute possibilité d'imitation, car on les dunna à des amis airs qu’ils étaient encore très jeunes, etils étonnèrent beaucoup leurs nouveaux maîtres quand, quelques semaines après, ils se mirent spontanément à mendier (2). Pour montrer que les mêmes principes s'appliquent aux animaux à l’état de nature, il suffira de citer l'exemple seul de l’hérédité de la sauvagerie et de la domesticité, car cet exemple fournit des preuves des plus concluantes. Les mots « sauvage » et « domestique » indiquent simplement un certain groupe d'idées, ou une disposition, ayant le caractère d'un instinct, de sorte que nous pouvons dire d’un animal sauvage qu'il est « instinctivement effrayé » par l'homme ou quelque autre ennemi, et de l'animal domestique, qu'il est le contraire du précédent, par instinct aussi. L'un des exemples les plus typiques et les plus remarquables que l’on puisse citer de l'instinct est bien celui de la terreur innée de l'ennemi, tel qu'il est manifesté par les poussins à la vue du milan, par le cheval lorsqu'il sent un loup, par le singe lorsqu'il voit un serpent. A côté de ces cas, il
4 yanombre d'exemples montrant, les uns, que ces instincts peu-
vent se perdre par le fait qu’ils n’ont pas occasion de s'exercer, et
4 inversement, les autres, que ces instincts peuvent s’acquérir en 4 tant qu'instincts, par la transmission héréditaire de l'expérience ancestrale.
La preuve que Ja sauvagerie instinctive inhérente à une espèce
(1) Phil. Trans., 1839, p. 369.
(2) Le cas de la transmission héréditaire de l'habitude de mendier est d’auant plus remarquable chez le chat, par rapport aux exemples analogues chez le Mhien, que cet acte est très rarement observé chez le premier animal. Voir Lewes, @'oblens of life and mind, vol. I, p. 229; Fiske, Cosmic Philosophy, vol. IT, 2. 150; et plus particulièrement un cas recueilli par M. L. Hurt (Nature, 10r août 812) d'un skye-terrier à lui appartenant, et qui avait très difficilement appris à MBondier, mais qui ensuite exécuiait cet acte en lui donnant la signification Ménérale d'un désir. M. Hurt ajoute : « Une des femelles de sa progéniture, qui At iumiis vu son père, a l'habitude constante de s’asscoir dressée sur les pattes æ derrière, sans qu’on le lui ait jamais appris et sans qu’elle l'ait vu faire à autres, »
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peut se perdre par manque d’exercice, est donnée d’une façon éclatante par les lapins. Comme le fait remarquer M. Darwin, «à peine est-il d’animal plus difficile à domestiquer que les lapereaux sauvages ; à peine est-il d'animal plus domestique que le lapereau domestique ; mais j’ai peine à croire que les lapins domestiques aient été souvent choisis pour leur domeslicité seulement ; aussi devons-nous attribuer au moins la plus grande partie du changement héréditaire entre l’extrème sauvagerie et l'extrême domesticité à l'habitude et à la servitude prolongée » (4); et dans ses manuscrits il ajoute : « Le capitaine Sulivan (de la marine royale) prit quelques lapins des îles Falkland, où cet animal a vécu à l’état sauvage pendant plusieurs générations, et il est convaincu qu'ils sont plus aisément apprivoisés que les lapins véritablement sauvages d'Angleterre. La facilité que l’on éprouve à apprivoiser les chevaux, vivant à l’état libre, de la Plata, doit, je pense, s'expliquer par le même principe de la persistance dans la race d’un: certaine partie des effets de la domestication. » De même M. Darwin indique-dans ses manuscrits qu’il y a une grande différence entre la domesticité naturelle du canard apprivoisé et la sauvagerie naturelle du canard sauvage (2). J'étudicrai plus loin les différences plus marquées encore qui existent entre nos chiens, chats et bétail domestiques, car il est probable que, chez eux, le principe de la sélection a joué un rôle important; et ici nous ne (1) Origine des espèces,
(2) À ce sujet, je citerai la note suivante, que je rencontre dans les anse de Darwin :
« Le lapin sauvage, dit sir J. Sebright (On Instincts, 1836, p. 10), est de beaucoup l'animal le moins domesticable que je connaisse, et j'ai eu entre les mains la majorité des mammifères d'Angleterre. J’ai pris les jeunes au terrier, et j'ai essayé de les apprivoiser, mais sans y réussir jamais. Le lapin domestique est, au contraire, plus aisément apprivoisé que n'importe quel autre animal, si ce n’est le chien. Le même fait se rencontre exactement pour les petits du canard sauvage et du canard domestique, »
Je citerai encore une intéressante confirmation du fait énoncé plus haut, re latif aux canards; je la puise dans une lettre récemment publiée dans Natur, par le docteur Rae, membre de la Société royale de Londres (19 juillet 1883):
« Si l’on met à couver sous la même couveuse des œufs de canard sauvage ave
des œufs de eanard domestique, les canetons sortis de ces premiers œufs s'ef forcent, dès le jour même de leur naissance, de se cacher, de gagner l’eau sl} a une mare, si l’on essaye de les approcher; au contraire, les petits sortis dés œufs de canard domestique manifesteront dans les mêmes circonstances peu où point de frayeur, L’un et l'autre cas constituent un bon exemple de linstinctou de la « mémoire héréditaire ».
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ss lapins du: ) | ous voyons donc que instinct sauvage peut être déraciné icité seule- simplement par manque d'exercice, sans assistance du principe rande partie de la sélection, et, de plus, que cet effet persiste ou ne disparaît é et l'extrême î que graduellement dans les générations successives laissées à l’état » (4); et dans \ libre ou replacées dans les conditions primitives de leur existence. de la marine Inversement, il nous faut maintenant montrer que les instincts cet animal à sauvages peuvent s acquérir par la transmission héréditaire d’ex- etilest con- périences nouvelles, également sans l'aide de la sélection. Ceci Dole ; yérita- est établi d'une facon concluante par la domesticité originelle des Re à ap- animaux dans les îles non fréquentées par l'homme, domesticité nr doit, je qui se transforme graduellement en instinct héréditaire de sau- ’ ce dans la | Yagerie, à mesure que s'accumulent les expériences faites par les ss même 4 Animaux des tendances de l'homme ; car, malgré qu'ici la sélec- Nonpress dif- | tion puisse jouer un rôle accessoire, ce rôle doit être très accesio et la | soire. On pourrait remplir des pages de faits sur ce sujet, en pre-
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avai plus loin nant les récits des voyageurs ; mais, pour économiser l'espace, je dierat P hiens ne saurais mieux faire que de renvoyer aux remarques de entre Here LÉ M. Darwin, avec renvois à l'appui, contenues dans l’appendice à ue, chez ee ice travail. A ces remarques, cependant, je puis ajouter un fait, t; et ici nO {savoir que le perfectionnement des armes à feu, joint au déve- ‘loppement des goûts de la chasse, a donné au gibier, quel qu’il o dans les m #soit, une connaissance instinctive de ce qui constitue la « distance Le pe 10) est ds peat- jsûre », OÙ « distance respectueuse », ainsi qu’en peut témoigner Évai eu entre les mains fout chasseur ; j’ajouterai encore que cette adaptation instincnes au terrier, et jt E Æive à des conditions en voie de développement peut s'effectuer japin domestique | fans grande assistance de la part de la sélection; cela est établi el autre Ré Jar la brièveté du temps (ou le petit nombre des générations) qui r les petits EU uffit pour que le changement puisse se produire, En voici un gnoncé plus haut, 1° Bxemple que je cite d’après un travail sur l'instinct héréditaire, & publiée dans Nattrti Par un observateur attentif, Andrew Knight : « J'ai observé, dundres (19 juillet 180 Œant l'ensemble d’une période d’une soixantaine d'années envijs or Gus ge! Mon, de très grandes modifications dans les habitudes de la bé- Le J'eau sl fasse, Au début de cette période, quand elle venait d'arriver en : 2
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instinctei Aoussait son cri habituel et ne s'envolait qu’à très petite distance.