CHAPITRE XVIII L'INSTINCT (suire
Difficultés à l'égard de la théorie qui précède sur l'origine et le développement des instincts.
Nous ne pouvons pas quitter ce sujet de l'instinct, sans examiner tous les cas connus susceptibles d’être raisonnablement objectés à la théorie qui a été exposée précédemment sur l'origine et le développement des instincts, d’une façon générale. Je vais donc examiner seriatim tous les cas que j'ai rencontrés dans les écrits des autres auteurs, ou qui se présentent à mon esprit comme pouvant faire partie de la catégorie que j'indique.
Instincts similaires chez des animaux sans parenté entre eux.
M. Darwin remarque, dans l’Appendice, que «nous rencontrons souvent le même instinct particulier chez des animaux très différents et éloignés dans l'échelle de la nature, et qui, par conséquent, ne sauraient tenir cet instinct particulier d’une origine commune ». La difficullé est d'expliquer le parallélisme, et les exemples cités par M. Darwin sont ceux du molothrus, qui a les mêmes instincts parasitaires que le coucou ; des termites, ayant à peu près les mêmes instinets que les fourmis, et le fait qu’une larve de diptère et une larve de névroptère ont le même instinct de creuser une trappe pour y prendre leur proie. M. Darwin montre d'une façon satisfaisante que ce dernier cas est le seul qui présente quelque difficulté réelle : mais, même cette difficulté ne me semble pas grande. L'instinct dont il s’agit n’est pas d'une complexité telle, ni si improbable quant à sa formation, là où une larve habite le sable, que nous ne puissions supposer que l’analogie du milieu ait développé le même instinct indépendamment, dans deux espèces différentes : exactement, du reste, comme les ailes, par exemple, se sont développées indépendamment dans au moins quatre lignées séparées,
Instincts dissemblables chez des animaux alliés entre eux.
M. Darwin fait aussi allusion à ce sujet dans l’Appendice, et les quelques remarques qu'il fait à ce sujet me semblent écarter totalement la difficulté — difficulté que vraiment, avec sa candeur caractéristique, il voit plus grosse qu’elle n’est, ce me semble. Ainsi que je l'ai fait remarquer dans mon chapitre sur les variations locales et spécifiques de l'instinct, la théorie de la formation des instincts par la sélection naturelle nous amène réellement à nous attendre à rencontrer parfois ce que nous pouvons appeler des enstincts isolés : car si nous supposions seulement que toutes
les variations considérables de l'instinct (locales ou non) sont per- | il manentes, pourrions-nous nous attendre — en l'absence de toute ( paléontologie de l'instinct — à rencontrer une série graduée des + 4 instincts, dans tous les cas, en même temps que l’absencc résul- b \ tante d’instincls isolés dans chaque cas? Supposer ceci, ce serait al x aller à l'encontre des premiers principes de notre théorie. Naturel- sé { lement, si les instincts spécifiques se rencontraient très générale- Dé } ment, on pourrait avec raison objecter que cette théorie exigerait he un massacre trop considérable d'espèces intermédiaires pour être cu croyable; mais, telles que les choses existent en réalité, j'ai pensé da que l'occurrence par-ci par-là d’instincts isolés, dans la propor- rio tion où la théorie nous conduirait & ‘es prévoir, constitue en réa- qu!
lité une cor.firmation, plutôt qu’une objection.
Instincts vulgaires et inutiles.
Dans l’Appendice, M. Darwin fait aussi allusion aux instincts vulgaires et inutiles et dit : « J'ai souvent senti que l'existence d’instincts minuscules et insignifiants est une plus grande difficulté pour notre théorie que l'existence de ceux qui ont, à si juste titre, excité l'étonnement de l'humanité; car un instinct, s’il n’est d’aucune importance réelle pour la lutte pour l'existence, ne saurait avoir été modifié ou formé par la sélection naturelle. »
est là, sans doute, un point important et dont l'étude doit être faite avec soin. Tout d'abord, il convient de remarquer que, si une difficulté de ce genre peut se trouver dressée contre la théorie de la formation de l'instinct par des causes naturelles, cette difficulté existe plus grande encore à l'égard de la théorie
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dont l'étude doit de remarquer que; dressée contre là causes naturelles, égard de la théorie
plus ancienne de l'implantation des instincts par une cause surnaturelle. Ensuite, il faut que nous soyons parfaitement sûrs, dans un cas donné, que l'instinct qui paraît vulgaire ou inutile l’est réellement. Ce point est mentionné par M. Darwin, qui cite des cas très bien choisis, montrant combien l'utilité, ou même la néeessité d'un instinct, peut échapper à l’observation. Mais, même en faisant la part de ce fait, il reste certainement quelques instincts auxquels il semble impossible de reconnaître la plus petite utilité. Comment alors les expliquer ?
Je crois qu'on peut arriver à les expliquer au moyen de deux arguments. Le premier est que notre théorie ne suppose pas que la sélection naturelle ait été le seul facteur opérant la formation des instincts. Nous avons, à plusieurs reprises, insisté sur ce fait, que la défaillance de l'intelligence est un facteur à peine moins important : nous avons vu aussi qu'il est de nombreux faits établissant que des habitudes non adaptées existent chez les individus, et peuvent être transmises héréditairement dans la race. Par conséquent, si par amusement, par affection, par curiosité, ou encore par simple caprice, l'intelligence d’un animal conduisait celui-ci à exécuter quelque acte inutile (tel que, par exemple, Pacte de culbuter, chez les ratels), et si cette habitude devenait héréditaire dans la progéniture de cet animal, constituée de mème, nous serions en présence d’un instinct inutile. La seule condition, autant que je le puis voir, qui demanderait à être satisfaite, serait que l'habitude inutile ne fût pas nuisible à l’espèce chez qui elle existe, de telle sorte que son développement en instinct ne fût pas entravé par la sélection naturelle.
L'autre argument auquel j'ai fait allusion, comme pouvant
| | atténuer ou dissiper la difficulté dont il s’agit, est le suivant. Dans
à le cas parallèle des organes, on le sait, il se rencontre de nom- … breux exemples d'organes inutiles ; ici, loin que le fait soit considéré comme une difficulté à l'égard de la théorie de l’évolution N par la sélection naturelle, il est considéré avec raison comme étant un de ses plus fermes appuis : la raison en est que dans ce cas nous avons la preuve que les organes inutiles et rudimentaies Li chez certains animaux sont uliles chez d’autres animaux, alliés aux précédents. Je ne vois pas de bonne raison pour douter que Æ l'explication, valable pour les organes, ne le soit aussi pour les instincts : les habitudes héréditaires que nous voyons actuelle- “ment être inutiles ont pu, à une époque antérieure de l’histoire
de l'espèce ou de ses alliés, être d’une utilité réelle. Par exemple, nous pouvons supposer que l'instinct manifesté par beaucoup d'animaux herbivores, de tuer les membres malades ou blessés du troupeau, est réellement utile dans les pays où la présence de membres débiles dans un troupeau est une source de danger pour celui-ci, à cause des animaux féroces; dans l’Appendice, M. Darwin montre que tel est en effet le cas. Ou, pour prendre un exemple plus imaginaire, supposons que les #egapodidæ cités dans l’Appendice, qui couvent leurs œufs en les mettant au milieu d’un grand tas de matières végétales en fermentation rassemblées dans ce but, soit par un changement de leur habitat, soit par un changement du climat australien, se trouvent dans | une situation telle qu'il leur soit difficile de réunir une quantité
suffisante de matières, ou que ces matières ne puissent pas ferid menter suffisamment pour assurer l'éclosion des œufs. Ces oiseaux \ pourraient alors revenir graduellement au mode ordinaire d’incu- : bation, tout en -conservant une tendance marquée à faire des { tumuli de matière végétale pour servir de nids. S'il en était ainsi, le travail dépensé pour faire ces tumuli serait évidemment inuiile, et,comme il n’y aurait pas de fait analogue parmi les autres oiseaux pour nous expliquer l’origine de cet instinct, nous serions hors d’état de la comprenûre.
Instincts en apparence nuisibles à l’espèce qui les manifeste.
Ce n’est pas une difficulté, ni un obstacle pour notre théorie générale sur la formation de l'instinct, que de signaler des cas où les instincts sont manifestement nuisibles aux indi-idus qui les possèdent ; car il est de l'essence de la théorie de la sélection nàturelle de supposer que les instincts de l'individu sont dans le processus de la sélection, secondaires par rapport à ceux de l'espèce. Par exemple, il est manifestement nuisible à la mouche, pris individuellement, de procréer son espèce; car sa mort est la ri sultante directe de cet acte; maïs, étant donné combien cet acle est essentiel à la continuation de l’espèce, nous voyons combien la sélection naturelle a dû développer un instinct qui équivaul virtaellement à un instinct de suicide. La même remarque paul être faite à propos de tous les cas similaires, tels que ceux qu j'ai cités dans l’/ntelligence des animaux ; par exemple, les fourmi et termites guerriers se sacrifiant pour le bien de la communauté
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L'INSTINCT. de
c'est-à-dire de l'espèce. Mais, naturellement, la question est tout autre quand nous rencontrons un cas d'instinct nuisible à l’individu sans être, par compensation, utile à l’espèce. Dans ce cas, en effet, ce qui est nuisible à l'individu est nuisible à l’espèce. Ces cas, en fait, sont les analogues, les pendants de ceux où certains organes semblent être nuisibles à ceux qui les possèdent, sans sembler être d’une utilité compensatrice pour l'espèce (1); et, comme le fait remarquer M. Darwin, un cas de ce genre, s’il pouvait être démontré réellement tel, serait incompatible avec la théorie de la sélection naturelle, puisque «la sélection naturelle agit exclusivement par et pour le bien de chacun». En outre, comme l’ajoute M. Darwin, «s'il pouvait être établi qu’une partie quelconque de l’organisme d’une espèce quelconque avait été formée pour le bien exclusif d’une autre, ma théorie s'en trouverait anéantie » ; etil est évident que la même remarque peut s'appliquer aussi bien aux instincts.
Il est donc de la plus haute importance de jeter un coup d'œil général sur tous les instincts connus, de façon à voir s’il existe un seul ca:, soit d’instinct nuisible à l'espèce qui le possède, soit d'instinct se rapportant exclusivement au bien d’une autre espèce. D'une part, s’il existe un seul cas indiscutable de ce genre, il nous faut évidemment modifier toute notre théorie pour lui faire face; d'autre part, s'il n'existe pas de cas de ce genre, le fait que l’innombrable multitude des instincts sont évidemment utiles aux espèces qui les possèdent, et ne sont jamais destinés au bien exclusif d’autres espèces, doit être considéré comme la preuve la plus solide à l'appui de la théorie qui attribue tous les instincts aux causes énumérées: par nous.
Je puis aussi bien dire, dès le début, qu’il n’y a qu'un seul cas évident où l'instinct d’une espèce se rapporte exclusivement au bien d’une autre, bien qu’il y ait des cas d'instincts utiles à la fois à l'espèce qui les possède et à d’autres espèces. Nons n'avons nalurellement pas à nous occuper de ces derniers cas. Le fait auquel je veux faire allusion est celui des aphides abandonnant leur sécrétion aux fourmis ; ce fait a élé déjà examiné par M. Darwin. M. Darwin explique ce fait de la façon qui suit : comme la sécrétion est très visqueuse, il est sans doute commode aux aphides
(1) Voir Origine des espèces, où le cas de la sonnette du serpent à sonnettes est étudié, avec d’autres encore,
qu'elle soit enlevée; aussi est-il probable qu’ils ne la sécrètent pas uniquement pour le bien des fourmis (1).
En venant maintenant à l'autre partie du sujet, je ne puis trouver, après y avoir longtemps réfléchi, que deux ou trois instincts que l’on puisse citer comme semblant nuisibles aux espèces qui les possèdent. J’étudierai chacun de ces cas en particulier,
1° Suicide uu scorpion. — On trouvera, dans mon précédent livre, l’état de la question et les faits qui ont été rapportés. On remarquera que deux ou trois témoins, y compris un ami du docteur Allen Thomson, sur la véracité duquel je puis compter, témoignent de l’exactitude du dire populaire, d’après lequel le scorpion, lorsqu'il se trouve entouré de feu ou exposé de quelque façon à une chaleur exagérée, commet le suicide en se piquant lui-même à mort. Si l’on se reporte aux témoignages cités dans mon précédent livre, on verra toutefois que les faits avancés sont contredits par d’autres observateurs; on y verra aussi, comme je l'ai indiqué, que ces faits n'ont pas été observés par le docteur Thomson lui-même.
En rééditant ces faits, et en faisant sentir combien il était désirable d’avoir de nouvelles preuves sur ce sujet, j'ai obtenu, comme résultat, d'engager deux naturalistes très compétents à faire quelques observations. L'un d’eux est le professeur R, Lankester, qui a publié des observations dans le Journal of the Linnean Sociely (1882); l’autre est le professeur Lloyd Morgan, qui a
publié ses résultats dans Vature (vol. XX VII, p. 313). Ces deux obscrvateurs sont d’accord pour conclure que les scorpions ne se suicident jamais, et comme M. Morgan a soumis ces animaux à tant de tortures atroces, très variées, avec un résultat uniformément négatif, je crois que la question peut ètre regardée comme vidée. En outre, M. G. Bidié, qui avait mis en branle les correspondances adressées à Vature sur ce sujet, a récemment adressé une autre lettre à ce journal (2) où il propose une explication assez vraisemblable ; comme dans ses expériences il applique la chaleur sur le dos du scorpion, en concentrant les rayons solaires au moyen d'une lentille, l'animal, en se piquant, «peut s'être simplement efforcé de se débarrasser d’un ennemi imaginaire ».
(1) Origine des espèces.
(2) 12 juillet 1883,
2° Insectes se précipitant dans la flamme. — La volonté manifestée par beaucoup d'insectes de voler vers et dans une flamme est indubitablement due à l'instinct, et ce fait pourrait être cité comme exemple d'un instinct nuisible à la fois à l'individu et à l'espèce. Mais, avant de conclure ainsi, il y a quelques hypothèses à envisager. Tout d’abord, dans la nature, la flamme est un phénomène très rare : aussi, pourrions-nous à peine nous attendre à ce qu’un instin®! spécial eût été développé dans le but particulier et déterminé aë la faire éviter. Donc, si l'économie générale des insectes nocturnes est telle qu’il est de leur avantage d'approcher et d'examiner les objets brillants, il n’y aurait rien d’extraordinaire à ce qu'ils ne réussissent pas toujours à distinguer une flamme d’autres objets brillants, tels que des fleurs de couleur blanche, ou, dans le cas des sphinx de nuit, des sphinx du sexe opposé, à coloration pâle. Mais, comme l'instinct de voler dans la flamme existe si généralement chez beaucoup d’espèces d'insectes, je crois que nous ne pouvons certainement pas attribuer tous ces cas à une méprise : pour expliquer tous les cas, il faut, ce me semble, une explication plus générale encore : cette explication s'obtient en examinant des cas autres que celui des insectes, mais analogues. Ainsi beaucoup d'oiseaux ont exactement la même tendance, ainsi que l’établit l'expérience des gardiens des phares : et, d’après le professeur A. Newton, quelques espèces d'oiseaux sont plus attirées par la lumière que d’autres (1). Il ne saurait être question d’une méprise entre une flamme et une fleur de couleur blanche ; aussi faut-il s'expliquer cette habitude simplement par la curiosité, ou par le désir d'examiner un objet nouveau et frappant : il ne semble pas improbable que la mème explication puisse être adoptée à l'égard des insectes, étant donné que c’est certainement celle qu’il faut adopter à l’égard des poissons, qui, je l’ai montré, dans l'/ntelligence des animaux, sont également attirés par la lueur des lanternes, etc. : et leur psychologie n’est guère en avance sur celle des insectes, si tant est qu'elle le soit du tout.
7 Aussi, dans tous ces cas, il semble certain que nous n'avons 4 aucune raison pour considérer la tendance dont il s’agit comme M l'expression d’un instinct spécialement formé à l'égard de la A flamme : et c’est là le seul point qui nous intéresse véritablement,
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(1) Yarrell, British Birds, 4e éd., t, IL, p. 235,
Mais, comme le sujet est ir nt en lui-même, j'ajouterai ici quelques remarques sur d'autres façons de l’envisager.
Parmi les manuscrits de M. Darwin, je trouve la note suivante, qui, cependant, n’est pas de son écriture :
« Question : Pourquoi les phalènes et certains moustiques se précipitent-ils sur la flamme des bougies, et pourquoi ne sont-ils pas tous en route pour la lune — au moins quand la lune est sur l'horizon ? J'ai remarqué autrefois que ces insectes volent beaucoup moins autour de la bougie quand la lune brille : si un nuage cache la lune, ils sont de nouveau attirés par la bougie. »
Je ne sais à qui est due cette observation, mais je la cite à cause de la question. La réponse, ce me semble, doit être que, la lune étant un objet familier, les insectes le trouvent tout naturel, et n'ont, en conséquence, aucun désir de l'examiner. Je ne doute guère que si la lumière de la lune était concentrée dans un point d'une chambre obscure, les phalènes et moustiques ne se dirigeassent vers ce point.
Dans Mature (vol. XXV, p. 436), M. J.-S. Gardener écrit ce qui suit :
« Pendant que je regardais les grandes cataractes en fer à cheval du Skjalfandafljot, près de Sjosavan, en Islande, je vis des phalènes voler délibérément, l’une après l’autre, dans la chute, et disparaître. Quelques-uns, que je remarquai, arrivant de loin, semblèrent s’en écarter un peu, mais, en approchant, volèrent tout droit dans l’eau. Les chutes brillantes semblaient les attirer au moins autant que la lumière artificielle. » Et, sans doute, l'explication proposée plus haut s'applique encore à ce cas, d'autant plus qu’une chute d’eau brillante n’est pas un objet assez commun dans la nature soit pour manquer d’attirer l'attention des phalènes, soit pour assurer le développement d'un instinct spécial destiné à empêcher les insectes de s’en approcher.
3° M. Darwin, dans l’Appendice, indique deux ou trois cas d’instinct qui semblent, à première vue, nuisibles à l'espèce qui le possède. Ainsi, le coq-faisan, en chantant lorsqu'il gagne son perchoir, révèle sa présence au braconnier; la poule, qui glousse après avoir pondu son œuf, indique aux Indiens dans quel point est caché son nid; certains oiseaux placent leurs nids dans des emplacements très découverts et visibles ; une espèce de musaraigne trahit sa présence en criant quand on l'approche. II semble
que, dans ces cas — et beaucoup d’exemples identiques ou ana-
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logues pourraient éire cités — la difficulté est fictive, si je puis ainsi parler; elle ne se présente que si nous ignorons volontairement quelques-uns des plus importants principes que j'ai essayé d'expliquer dans les chapitres précédents. Ces principes n’impliquent pas qu’un instinct doive jamais être fourni ou modifié en vue d’une modification future, éventuelle du milieu ; ils impliquent que lorsque celte modification dans le milieu s’est produite, il faut quelque temps pour que l'instinct se modifie pou: faire face à cette modification, à supposer que ce changement dans l'instinct soit urgent.
En veriu de ces principes même, il est à peine probable que l'instinct de chanter, présenté par les faisans, ait pu se modifier, grâce à la sélection naturelle, depuis l’époque peu éloignée où ses ancêtres ont été acclimatés en Angleterre, parce que 1 sur 100 sera devenu, grâce à cet instinct, la victime des braconniers. Le cas de la poule sauvage, gloussant après avoir pondu, peut sembler plus difficile ; mais, ici encore, toute la question consiste à savoir quelle est la proportion des œufs découve ‘s grâce à cet instinct; je penserais volontiers qu'elle doit être très faible. Les oiseaux qui construisent leur nid dans un endroit découvert ne deviennent un argument contre la modificabilité de l'instinct par la sélection naturelle que si l’on établit que cette manière de faire a amené la destruction des nids par les hommes ou les animaux pendant un grand nombre de générations, ce qui n’a pas encore été établi. Mème à propos du cas le plus remarquable de ce genre, celui du Furnarius de la Plata, M. Darwin remarque simplement que cet oiseau, « dans un pays très habité, avec des enfants malfaisants, serait bientôt exterminé ». De même, il faudrait établir que l'habitude des musaraignes de l’île Maurice a amené depuis longtemps une destruction considérable de cette espèce par l’homme.
Dans tous ces cas, nous devons nous rappeler combien insignifiante est en général l'influence de l’homme, surtout de l’homme sauvage, comparée à la somme des autres influences, organiques el inorganiques : nous devons nous rappeler le temps qu'il faut pour modifier un instinct; et il nous faut aussi la preuve que l'instinct qui est actuellement nuisible dans un certain nombre de cas, a longtemps été très nuisible, dans une proportion beaucoup plus grande de cas. Je ne connais pas d'exemles où toutes ces Conditions ayant été remplies, il ne s’est pas passé l’une de ces
deux choses : ou bien l'espèce a été exterminée par l'homme, ou bien la modification nécessaire de l'instinct s'est produite.
4 M. Darwin, dans l'Appendice, fait fréquemment allusion aux effets nuisibles de l'instinct de la migration chez certains animaux. Il rapporte, par exemple, que le rassemblement des quadrupèdes, en Afrique, et des pigeons migrateurs, en Amérique, est nuisible à ces animaux, parce qu’il facilite la chasse par les animaux de proie ou par l'homme. Mais quand nous nous rappelons l'immense quantité des animaux de ces deux espèces qui se réunissent ainsi, je ne saurais voir quelque difficulté ; car, non seulement la proportion des animaux détruits est petite, mais je doute qu’elle soit de beaucoup supérieure à ce qu’elle serait si ces animaux étaient dispersés sur un espace beaucoup plus grand. Un cas pluscompliqué, à mon avis, est celui du lemming de Norwège ; je m'en occuperai donc plus longuement.
Depuis l’époque où M. Darwin fit ses remarques sur ce sujet — remarques qui sont consignées dans l’Appendice — de nouveaux faits ont été publiés. Je vais donc citer ces derniers.
M. Crotch, qui a eu l’occasion d'observer les faits pendant plusieurs années, les raconte brièvement de la façon qui suit; je ne cite que ce qui nous intéresse :
« Les lemmings (qui sont de petits rongeurs) ne visitent certainement pas la région que j'habite, en Norwège, à des périodes régulières; mais, tous les trois ou quatre ans, on peut s'attendre à les voir venir assez régulièrement, mais en nombre variable. Ainsi, il est très probable que certaines migrations ‘ont pu à tel point échapper à l'attention qu’une vieille opinion voulait que ces migrations n'eussent lieu que tous les dix ans.
Ces migrations se dirigent toujours vers l’ouest, et ainsi la théorie d’après laquelle elles seraient dues au manque de nourriture est dans l’erreur, car ces migrations ne se font pas vers le sud, où pourtanti! se trouve beaucoup plus d'aliments. M. Guyne (loc. cit.) a suggéré que la direction suivie était simplement celle du cours des eaux. Mais celui-ci existe aussi bien vers l’est que l'ouest, et suit des vallées qui courent au nord et au sud, pendant des centaines de milles souvent, au lieu que la direction suivie par le lemming est l’ouest franc. En tous cas, c’est bien cette direction qu'il suit en Norwège : les lemmings y traversent les lacs les plus larges, l’eau étant très froide, et ils traversent de même les torrents les plus rapides et les vallées les plus profondes,
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Sans pilier de feu pour les guider, ils traversent les déserts durant la nuit noire; ils élèvent levrs familles durant le voyage, et les trois on quatre générations nées pendant un court été subarctique contribuent à grossir la caravane en pèlerinage. Ils hivernen, sous plus de six pieds de neige pendant sept ou huit longs muis; aux premiers jours d'été (car dans ces régions il n'y a pas de printemps), l'émigration reprend. Enfin le troupeau épuisé, réduit par les attaques toujours plus fréquentes du loup, du renard, et même du renne, poursuivi par l'aigle, l'épervier et le hibou, jamais épargné par l’homme, constituant encore cependant une agglomération considérable, plonge dans l'Atlantique au premier jour de calme et meurt, toujours regardant vers l'ouest. Aucun cœur faible ne traîne en chemin; ‘“ucun survivant ne retourne aux montagnes. M. R. Collett, naturaliste norwégien, écrit qu’en novembre 1868 (d’après une citation ce Filleburg, infra), un navire navigua pendant quinze heures à travers une troupe de lemmings qui s’étendait sur le Trondhjensfiord aussi
loin que l'œil pouvait voir (1). »
Tels sont les faits, d'après M. Crotch, et voici les hypothèses proposées pour les expliquer. M. Wallace (2) suggère que la sélection naturelle a joué un rôle important dans la causation des migrations, en donnant aux animaux qui émigrent une étendue plus grande pour s’y reproduire. A cette opinion, appliquée au cas du lemming, M. Crotch objecte {que l’animal, « il est vrai, se reproduit toujours durantla migration; mais, si aucun ne retourne ni ne survit, il est difficile de dire ce que deviennent les plus aptes ». Sa propre théorie est remarquable : « Il y a, dit-il, une solution de cette difficulté, qui renferme un sujet de profond intérêt, et qui m'a conduit à passer deux ans dans les iles Canaries et dans les îles adjacentes. Je fais allusion à l’île ou au conlinent d’Atlantide.. Il est évident qu'il existait une terre dans l'océan Atlantique nord, à une date peu éloignée. Ne peut-on pas concevoir alors, ne peut-on pas regarder comme probable, qu'à l’époque où une grande partie de l’Europe était submergée, et où de la terre ferme reliait le Groenland à la Norwège, les lemmings prirent l'habitude d'émigrer vers l'ouest, pour les mêmes raisons qui déterminent des migrations plus connues?
Il me semble tout aussi probable que l'impulsion de migration
(1) Linn. Soc. Journ., vol. XIII, p. 30 et suiv. (2) Nature, vol. X, p. 459.
vers ce continent dut persister, que l’habitude du chien de tourner en rond avant de se coucher sur un tapis, simplement parce que ses ancêtres trouvèrent nécessaire d'agir ainsi pour se creuser une couchette dans les hautes herbes. »
Dans un travail plus récent (1), il combat, à l’aide de cartes, la théorie populaire « d’après laquelle ces migrations suivent les déclivités naturelles du pays, » et il ajoute : « Il est très remarquable que la profondeur moyenne entre la Norwège et l’Irlande ne dépasse pas 250 fathoms (450 mètres), sauf un chenal étroit et profond (682 fathoms) par 14 degrés. Ce chenal représenterait probablement le gulf-stream; et, s’il en est ainsi, ies lemmings avaient raison d’émigrer vers l’ouest pour chercher son influence salutaire. À mesure que l'Océan empiétait peu à peu sur la terre ferme, les mêmes avantages persistaient, néanmoins, comme ils persistent encore à ce jour. »
A cette ingénieuse théorie, une objection est faite par une personne qui a beaucoup d'expérience dans l'observation de ces migrations, je veux parler de M. Robert Collett, du muséum de l’Université de Christiania (2). Son opinion est que, dans les années où la reproduction est excessive, une foule d'individus est poussée par la faim, aussi bien que par « le désir naturel d’errer, inhérent à cette espèce », à dépasser les limites de son habitat et
de ses plateaux, pour s'étendre « sur une région considérablement plus grande que celle sur laquelle s'étendent les autres espèces, dans les circonstances analogues ». Comme la reproduction continue pendant la migration, dans les cas où la production des jeunes a été excessive, pendant deux ou trois années consécutives « les masses sont incessamment repoussées vers les limites de leur région, et la migration devient un débordement de ces masses sur les régions inférieures et éloignées du pays, puisque les individus poussent de plus en plus loin à la recherche de localités qui conviennent à leurs habitudes (el qui puissent leur fournir une alimentation permanente) jusqu'à ce-qu'ils soient arrêtés par la mer, ou détruits de quelque manière analogue ».
Considérant la grande expérience qu’a M. Collett dans la matière, et la probabilité intrinsèque de son opinion, je pense que nous pouvons avec sûreté adopter cette dernière. La divergence la plus importance entre M. Crotch et M. Collett porte sur une ques-
(1) Linn. Soc, Journ., vol, XIII, p. 157 et suiv. (2) Linn. Soc, Journ., vol. XIII, p, 327 et suiv.
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tion de fait. Tandis que M. Crotch dit que les migrations se font vers l’ouest, sans tenir compte des pentes de la région, M. Collett déclare avec insistance que « les migrations se font dans la direction des vallées, et, par conséquent, peuvent rayonner des plateaux en toute direction ». S'il en est ainsi, voici la fin de la théorie de M. Crotch; la seule difficulté qui subsiste est celle d'expliquer pourquoi, lorsque les lemmings arrivent à la mer, ils continuent leur course en avant pour périr tous noyés. La réponse à donner n’a pas besoin d'être longtemps cherchée. Leurs habitudes ordinaires sont telles que lorsque, dans leur course, ils arrivent à un fleuve ou un lac, ils le traversent à la nage : quand ils arrivent à la côte, il n’est ‘pas étonnant qu'ils se conduisent de même, et, prenant la mer pour un grand lac, ils nagent avec persistance, s'éloignant du bord, pour atleindre le bord opposé, jusqu’à ce qu'ils succombent à la fatigue et aux vagues. C'est pourquoi, en attendant qu’il se produise de nouvelles observations sur le fait dont nous venons de nous occuper, je ne pense pas que la migration du lemming soit à la théorie de l’évolution un obstacle plus dangereux que celui que constitue le fait général de la migration, fait dont je vais maintenant m'occuper.
Migration.
A remonter l'échelle zoologique, les premiers animaux dont on puisse dire qu’ils présentent l'instinct de la migration se trouvent dans le groupe des articulés, Je crois qu’il suffit de renvoyer à l'Intelligence des animaux pour les faits concernant la migration des crabes (1) et des chenilles. A propos de ces derniers animaux, je puis ajouter le remarquable exemple qui suit, rapporté d’après lc journal Colonies and India :
« Dire qu’un train a été arrêté par des chenilles semblerait une invention de Yankees » : pourtant le fait s'est passé sur une ligne locale, il y a quelques jours, d'après le Rangitiker Advocate. Au voisinage de Tura-Kina (Nouvelle-Zélande), une armée de chenilles, forte de plusieurs centaines de milliers, traversait la voie, se, dirigeant vers un nouveau champ d'avoine, lorsque le rain arriva. Des milliers de l’engeance rampante furent écrasés par les roues de la machine, et tout à coup le train s'arrêta net.
1) Voir aussi Moseley, À Naturalist on the Challenger, p. 561.
Après examen, on découvrit que les roues de la machine étaient devenues tellement grasses qu’elles continuaient à tourner sans avancer : elles ne pouvaient mordre sur les rails. Le conducteur et le garde se procurèrent du sable et le répandirent sur les rails, et le train repartit; mais, pendant l'arrêt, des milliers de chenilles avaient grimpé sur la machine, sur et dans les wagons (1). »
En ce qui concerne les papillons, on connaît beaucoup d'exemples de grandes migralions. Ainsi, M" de Meuron- Wolff décrit le passage d’un énorme essaim du papillon « dame peinte », audessus de Grandson (canton de Vaud), volant en masse compacte du sud au nord. La colonne, large de 10 à 15 pieds, volait bas et de mème vitesse ; il lui fallut deux heures pour passer. La cheil nille de cette espèce vit peu en société. Le rrofesseur Bonelli rap-
porte un exemple de migration analogue à tous les points de vue, dans la même localité : seulement elle dura plus longtemps, les insectes se répandaient sur les fleurs durant la nuit et continuaient
leur voyage durant le jour.
On a remarqué d'immenses essaims de libellules migratoires : | l'exemple le plus remarquable est l’essaim qui fut observé en mai 1839, et qui semble s'être étendu sur une grande partie de
l'Europe. Les insectes volaient à une hauteur de 100 ou 150 pied: (anglais) et semblaient suivre le cours des rivières (2). On connait beaucoup d'espèces de poissons, qui émigrent régulièrement pour déposer leurs œufs : tels sont le hareng, le saumon; d'autres agissent ainsi pour trouver de l’eau, Parmi le: reptiles, l'exemple le plus remarquable est celui des tortues qui visitent l'ile de l'Ascension pour y déposer leurs œufs, Comment ces animaux peuvent-ils découvrir ce petit atome de terre, au mi: lieu d'un vaste océan, voilà qui est inexplicable, J'ai récemment écrit à ce sujet au professeur Moseley, et voici ce qu'il me répond : “ Aucun homme dépourvu des moyens nécessaires à relever la longitude et la latitude ne saurait atteindre soit Tristan, soit l'Ascension : aussi ces îles sont-elles particulièrement difficiles à découvrir pour un animal dont les yeux ne peuvent pas s'élever au-dessus du niveau de la mer, et pour lesquels les îles ne sont
ont souvent été incapables de trouver Bermude, et à leur retout
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2) Voir /ntelligence des animaux,
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(1) Voir, pour détails, Weissenborne, Loundoun's May, nat, hist, nouv, sir.
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ont déclaré que l'île était descendue sous les flots. » Mais, comme l'ajoute le professeur Moseley, « il est tout juste possible que les animaux ne se retirent pas au large de l’île et restent inaperçus dans les environs ». Je crois, en conséquence, qu'il n’y a pas lieu d'entamer une discussion à propos de faits encore incertains.
Parmi les mammifères, depuis la baleine jusqu’à la souris, nous rencontrons beaucoup d'espèces migratoires ; mais c’est chez les oiseaux que la tendance à la migration est la plus accentuée. En fait, un auteur très compétent sur les questions d’ornithologie, et qui fait autorité, a dit, dans la nouvelle Zncyclopædia Britannica : « Tout oiseau de l'hémisphère nord est plus ou moins migratoire dans une certaine étendue de son habitat. Cette conclusion appelle une conclusion plus générale encore, savoir : que la migration, au lieu d’être une caractéristique exceptionnelle, comme on le croyait autrefois, est un acte presque universel en réalité (1). »
Je n'ai pas ici à discuter la grande question de la migration en général : ce n’en est pas le lieu, et je n’en ai pas l’espace ; ayant indiqué chez quels animaux cet instinct est le plus prononcé, j'examinerai maintenant comment il a dû se former. Tout d'àbord, je parlerai des remarques faites par M. Darwin à ce sujet au commencement de l'Appendice. On verra que, de ces remarques, il arrive, entre autres conclusions, à celle-ci, que les points suivants sont établis :
1° Il y a, « dans les différentes races d’oiseaux, un passage complet de ceux qui changent occasionnellement ou régulièrement de demeure dans le même pays à ceux qui émigrent régulèrement dans des contrées distantes.
« 2° La même espèce émigre souvent, dans un pays, el reste slalionnaire dans un autre; ou encore, certains individus d'une mème espèce, dans un même pays, sont slationnaires, d’autres migrateurs.
« 3° L'instinct migratoire se compose de deux facteurs très dis-
linels ; il y à : une impulsion qui pousse à voyager périodique-
ment et la faculté de connaître la direction dans laquelle il faut
“lle P,
« 4 L'homme sauvage manifeste un sens de la direction qui
peut ètre analogue à celui que manifestent les animaux L'igraleurs,
21) Professeur Newton, article Orssaux. On y trouvera un bon résumé des Biucipaux faits relatifs à la migralion chez les oiseaux,
« 5° On connaît certains cas de races d'animaux domestiques possédant des instincts véritablement migratoires. »
Telles étant les données, il s’agit d'expliquer l'origine de cet instinct. La théorie de M. Darwin est que les ancêtres des animaux migrateurs étaient annuellement poussés, soit par le froid, soit par le manque de nourriture, à voyager lentement vers le sud : « et avec le temps nous pouvons bien imaginer que ce voyage obiigatoire soit devenu une passion instinctive », ainsi que cela se passe pour les moutons domestiques en Espagne.
Pour les oiseaux, ce sont les ailes qui ont dû être employées pour faire ce voyage, et si, au cours des générations successives, la contrée au-dessus de laquelle ils volaient durant leurs voyages | annuels se submergeait peu à peu, la direction du vol à dû rester
la mème, et nous nous trouverions ainsi en présence de l’état de
“ choses actuel : c’est-à-dire d’oiseaux migrateurs traversant de :
| larges étendues de mer. ï
, Avant d'examiner plus à fond cette théorie, je voudrais appeler ‘
| nettement l'attention sur ce fait que M. Wallace l’a formulée, in. qu
d dépendamment, de son côté. Ce n’est qu'aujourd'hui que l'opinion qu de M. Darwin sur ce sujet est publiée, bien qu'elle ait été formulée ve par écrit, telle qu'on la voit dans l’Appendice, il y a de vingti
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trente ans passés. Néanmoins, M. Wallace a formulé la mène opinion, en substance, dans une lettre à Nature (8 octobre 1874 | que je cite èn extenso,nün seulement pour montrer la coïncident à laquelle j'ai fait allusion, mais aussi parce que, à mon ai à l'élément additionnel mentionné par M. Wailace — savoir, la & paration des régions de la reproduction de celles de l’alimentk tion — me semble très important.
« Supposons que, dans n'importe quelle espèce d'oiseau migrr teur, la reproduction et l'élevage des petits ne peuvent, en rè; générale, s'accomplir avec sécurité que dans une région donné et en outre que, durani ia plus grande partie du reste de l’ann l'oiseau soit hors d’état d'y trouver une quantité de nourriture « lisante. Il en résultera que les oiseaux qui ne quittent pas larN it gion de reproduction au moment propice souffriront et disparhM a tront au bout d’un certain temps : le même sort attendra MM oiseaux qui ne quitteront pas au moment voulu la région di mentation. Si nous supposons maintenant que les deux régi