‹ L'évolution mentale chez les animauxChapitre 53 sur 65 · MES CAT RER RPM ER LE · texte numérisé non relu

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(1) Le capitaine Hutton avait eu l'intuition de cette théorie en 1872: 1û Trans, New Zealand inst,, p. 235. !

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: On remarquera que cette théorie, outre qu’elle est intrinsè- \ quement probable, est très fermement appuyée par le résultat . des recherches de M. Darwin, recherches qui ont montré qu'ii ya des relations générales entre les îles océaniques que, pour des raisons indépendantes, on peut croire n'avoir jamais fait partie du continent, et l'absence d'oiseaux migrateurs (1).

On remarquera aussi que celte théorie exige deux postulata

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(1) Pour être juste, cependant, je dois citer ici le seul fait que j'aie rencontré, qui me semble opposé à cette théorie. Dans son ouvrage éhe Naturalist in Bermuda, M. Hurdis remarque que le Charadrius marmoratus passe au-dessus de ces Îles, en multitudes innombrables, sans s'y arrêter, pendant qu'il se dirige vers le sud; on ne le voit jamais passer au-dessus de ces îles lors de son retour vers le nord, S'il est vrai que les deux voyages se fassent par des routes difféà rentes, cela constituerait un obstacle à la théorie susénoncée; mais, comme * \L. Hurdis dit que ces oiseaux volent à une hauteur très considérable lorsqu'ils 2 passent au-dessus des îles en se dirigeant vers le sud, il n’est pas impossible, ce

très importants : l’un, que les oiseaux possèdent un sens très exact de la direction ; le second, qu'une connaissance non moins exacte de la direction à suivre se transmet par voie d’hérédité ; car il est certain que le jeune coucou (qui quitte l'Angleterre après ses parents) ne peut être guidé, pendant son premier voyage, par un autre procédé, quel qu’il soit : il paraît qu’il en est de mème pour les jeunes de beaucoup d'autres espèces (1). Envisageant donc séparément chacun de ces postulata, le premier n’est riex de plus que la reconnaissance d’un fait, si inexplicable que celui-ci puisse ètre. Ceci veut dire que les oiseaux migrateurs possèdent incontestablement un sens très exact de la direction : de nature, ce sens doit être le même que la faculté manifestée par beaucoup d'animaux domestiques de retrovver le logis, faculté qui, comme le montre M. Darwin, existe également chez les sauvages. Je pourrais remplir des pages avec les lettres qui m'ont été adressées de toutes les parties du monde, rapportant des exemples plus ou moins remarqnables de cette faculté chez des chiens, des chais, des chevaux (2), des ânes, des moutons, des chèvres et des cochons ; mais, comme beaucoup de cas analogues sont connus, jt

me semble, qu’ils suivent la même route, lors de leur retour, mais qu’ils soient plus haut encore dans l'air, ce qui fait qu'on ne les aperçoit pas.

(4) Voir Temmnick, Man. d'ornith., 2e éd., t, III, p. 43 de l’Introduction, tt Seebohm, Siberia in Europe. D'autre part, Leroy dit que, dans le cas des hirondelles, « celles qui n’ont pas reçu d'instruction n'émigrent pas, et l’on voit les jeunes être conduits par celles à qui l’âge et l'expérience donnent de Pautorité ». [l ajoute que si une couvée naît trop tard pour pouvoir accompagner les oiscanx adultes dans leur migration, c'est en vain que les jeunes atteignent l'âge adulle, ils meurent victimes de leur ignorance et de la naissance tardive qui les a rendus incapables de suivre leurs parents. (Loc. cit., p. 184, 184.)

(2) Je possède un exemple de chat retournant en quatre jours de Londres à Iuddersfield (distance = 200 milles); mais un cas plus remarquable encore à été rapporté il y a quelques années dans Nature (vol. VIIL, p. 6). L'archiduchesse Marie Régnier passa l'hiver de 1871-1872 à l'hôtel Victoria, à Menton, el à se prit de passion pour un épagneul appartenant au propriétaire de lPhôtel M. Milandri. Au printemps de 1872, elle amena le chien à Vienne, avec elle, var le chemin de fer. Peu après le chien reparut à l'hôtel, à Menton, ayant marché près de 1000 milles. En arrivant, il mourut de fatigue et fut enterré dans le jardin de l'hôtel, où un monument rappelle le fait que je viens de rapporter, M. A. W. Howitt, dans une lettre à Nature, datée de Victoria et écrite vers la même époque (vol, VIII, p. 322), cite nombre de cas de chevaux et bestiaux retrouvant leur chemin vers le logis, à des distances plus ou moins grandes: je reppelle sa lettre surtout parce qu'il dit que, dans certains cas, le voyage de retour s’effectua un temps considérable après le départ — des mois et même de années,

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sens qu'il n’y a pas utilité à en ajouter encore. Le fait remarquable est que les animaux sont capables de retrouver leur chemin à travers des distances énormes, même lorsque le voyage pour s'éloigner a été fait de nuit ou dans une boîte close : de telle sorte que c’est bien réellement sur le sens de la direction, et non uniquement sur le souvenir de points de repère, qu'ils doivent compter. En outre, il est certain que dans beaucoup de cas, sinon en règle générale, les animaux, en revenant, ne prennent pas exactement la route qu'ils ont suivie pour venir : ils prennent la «ligne d'abeille (1) » ; de telle sorte que si, par exemple le voyage de départ s’est fait selon deux côtés d’un triangle, le voyage de retour se fera très probablement selon le troisième côté. Un exemple, que je cite d’après un de mes correspondants en Australie, est assez intéressant, à cet égard, pour que je le cite. « Une paire de chevaux fut envoyée à plusieurs centaines de milles, par navire, sur un autre point de la côte, en Australie; comme leur nouveau logis ne leur convenait pas, ils repartirent, par terre; mais, après avoir fait 230 milles, une péninsule les rejeta sur la côle, où on les retrouva plus tard. Ils n’essayèrent pas de revenir sur leurs pas pour éclaircir cette difficulté (2). »

Il est évident que ce fait seul, d'animaux n’ayant pas besoin de suivre la même route pour retourner à leur point de départ, suffit pour renverser la théorie avancée par M. Wallace (Vature, lor.

{1} Cette expression est américaine ; je m'en sers parce qu’elle témoigne de la iégularité du fait, constatée chez les abeilles. Pour s'emparer de ruches d’abeilles sauvages, on à coutume d'attraper plusieurs abeilles, puis de les remettre en liberlé en des points différents, Dans ces circonstances, les insectes prennent leur vol droit sur leur nid; aussi, en observant quel est le point d’intersection de plusieurs «lignes d’abeille », les chasseurs de miel peuvent trouver le nid,

(2) Je puis ciler ici encore une observation de M. Darwin, relative à la même question : « J'envoyai un cheval de selle de Kent à l'reshwater-bay, dans l’île de Wight, par le chemin de fer. Le premier jour que je montai à cheval, me diri geant vers l’est, mon cheval, lorsque je retournai pour regagner la maison, muuifesta beaucoup de mécontentement à retourner vers son écurie; il se retourna plusieurs fois. Ceci me conduisit à faire plusieurs expériences : chaque fois que je lâchai la bride, le cheval se tourna rapidement et commença à lrotter vers l'est-est-nord, ce qui était à peu près la direction de son écurie à Kent. J'avais monté à cheval chaque jour pendant plusieurs années, et jamais il ne s'était conduit ainsi. Mon impression est qu'il savait, de quelque manière, de quelle direclion il était venu. Je dois dire que la dernière étape de Yarmouth à Freshwater est presque en plein sud, et il avait été monté, sur celte route , par mon groom; mais il ne manifesta pas une seule fois le désir de retourner dans cette direction, (Nature, vol, VIT, p. 360; voir aussi ibid, vol, VIII, p. 322.)

cit.), d'après laquelle le voyage de retour est dù au souvenir des odeurs perçues durant le voyage-aller, odeurs qui servent de points de repère. Il me semble donc qu’il n’y a que deux hypothèses possibles, au moyen desquelles nous puissions expliquer les fails de ce genre.

Tout d'abord on a cru possible que les animaux soient doué< d'un sens spécial, qui leur permet de percevoir les courants magnétiques du globe et de se guider ainsi comme avec une boussole. Il n’y a pas d'impossibilité inhérente à cette hypothèse ; mais, comme elle est totalement dénuéc de fondement et qu'aucun fait ne peut être cité à l’appui, nous pouvons la laisser de côté.

La seule autre hypothèse possible est que les animaux sont capables de tenir un registre inconscient des tours et courbes suivis dans le voyage de départ, et ainsi de conserver une impression générale de leur orientation. Cette hypothèse est appuyée par le fait que, comme le fait remarquer M. Darwin, l’homme sauvage possède certainement une faculté de ce genre, et un de mes amis (M. Henry Foïde, que je cite plus loin), qui a passé beaucoup d’années dans les forêts et prairies de l'Amérique, m’apprend que même l’homme civilisé, lorsqu'il a été longtemps habitué à des conditions primitives d'existence, acquiert cette faculté à un degré de perfection comparable à celui des sauvages.

Il m'apprend aussi que, parfois, sans motif reconnaissable, le sens de la direction se brouille, d’où une sensation angoissante de perdition. 11 à vu un chasseur tomber ainsi dans un état nerveux lamentable, et quand enfin celui-ci se résigna à se laisser conduire par ses compagnons, qui se fiaient exclusivement à leur propre sens de la direction, il fut persuadé qu'ils prenaient un mauvais chemin. Mais, en approchant de son logis, il reconnut un des arbres, et déclara qu'une entaille particulière sur cet arbre avait passé de l’autre côté du tronc. Plus tard, il dit que le monde entier semblait avoir tourné autour de lui comme centre. A ce propos je citerai le passage suivant d'une lettre de M. Darwin, publiée il y a quelques années dans Vature (vol. VIT) :

«La manière dont le sens de la direction se trouble subitement parfois chez les personnes très âgées et débiles, et le sentiment de vive détresse qui, comme je le sais, est éprouvé par les personnes qui découvrent tout à coup qu'elles se sont dirigées dans une direction inattendue et erronée, conduisent à penser que quelque partie du cerveau doit être spécialement réservée à la fonction de

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M. Darwin rappelle l'exemple de l'oie sauvage d’Audubon, dont les ailes étaient immobilisées : cet animal manifesta une tendance très marquée à émigrer à l’époque voulue, mais elle se trompa de direction et alla vers le nord au lieu du sud.

Enlin j'extrais la citation suivante du livre du docteur CG. Baslian sur le cerveau (1).

« À ce sujet, G.-C. Merrill, écrivant du Kansas, dit :

« J'ai appris des guides et chasseurs, qui passent leur vie dans les plaines ou montagnes à l'ouest de notre territoire, que, si loin qu'ils aient pu être conduits, quelques détours qu'ils aient pu faire durant la chasse au bison ou à lout autre gibier, lors du retour au camp, ils prennent toujours la ligne droite. Pour expliquer le fait, ils disent que, inconsciemment, ils conservent le souvenir de tous leurs détours, »

A propos de ses voyages dans la Virginie occidentale, M. Henry Forde (Wature, 17 avril 1873, p. 463) écrit ce qui suit: «On dit que même le; chasseurs les plus expérimentés des montagnes boisées d£ cette région inhabilée sont sujets à une sorte d'attaque: qu'ils «perdent la tête» Lout à coup, et deviennent convaincus qu'ils vont dans la direction opposée à celle où ils voulaient aller, et qu'aucun raisonnement, aucun point de repère, aucune observation de la position du soleil ne saurait vaincre ce sentiment, qui s'accompagne de beaucoup de nervosité et d’un sentiment général de déconfiture et de « renversement ». La nervosité vient après l'attaque ei n’en est pas la cause. Les indigènes appellent ceci être tourné autour, Le sentimert cesse quelquefois tout à Coup, ou bien ils'en va peu à peu. Le colonel Lodge, dans ses Hunting Grounds of the Far West (1876), parle de ce sentiment, et dit qu'il s'empare parfois de voyageurs de plaines vieux et expérimentés, et les démoralise. Les chefs indiens ont été tous d'accord pour déclarer à G. Gatlin (Life amongst the Indians, p. 96) que, « lorsqu'un homme est perdu dansles prairies, il marche en

(1) Brain as an vrgan of mind, p. 215. On y trouvera des exemples d'animaux retrouvant leur chemin.

suivant un cercle, et qu'il tourne invariablerment vers sa gauche : fait singulier, dont, ajoute l'auteur, j'ai pu me convaincre doublement, grâce à des épreuves ultérieures. »

Mais, il est évident qu'il faut des expériences définies sur celle faculté de retrouver la direction et le logis, tant chez l’homme que chez les animaux, avant de pouvoir faire plus que de l’admettre comme réelle, Les seules expériences qui, à ma connaissance, aient été tentées, sont celles que sir J, Lubbock a faites sur le sens de la direction chez les hyménoptères (j'en parlerai plus loin) et celles que M, Fabre (1) a récemment publiées, encore relatives aux hyménoptlères. Comme ce dernier auteur croit avoi établi, au moyen de ses expériences, certaines conclusions très nettes, il est nécessaire que j'en dise quelques mots.

Ainsi que le lui avait suggéré M. Darwin, il plaça quelqu: abeilles maconnes, marquées d’un signe distinctif, dans une boite close, en papier ; puis il les emporta pendant quelque temps dans une direction ; puis tourna la boîte et la porta dans la direction opposée à une distance beaucoup plus grande, après quoi il remit les insectes en liberté. 11 vit que lorsque la distance à laquelle les abeilles étaient emportées était de 3 kilomètres, et même lorsque la rotation était très considérable (la boîte étant placée dans une fronde, et tournée dans divers plans en divers points de la routc), une certaine proportion des abeilles revenait au logis. Peu imporlait que les abeilles fussent remises en liberté dans un espace dicouvert ou sous bois; peu importait que le voyage de départ se fût effectué en ligne droite ou selon une courbe. De ces expériences, M. Fabre conclut que le sens de la direction ne saurail dépendre du hasard, Ainsi que le lui avait suggéré M. Darwin. M. Fabre essaya aussi de voir quels seraient les résultats en atlachant une aiguille aimantée au thorax d’une abeille; mais celle-ci ayant réussi à se débarrasser de son fardeau, il ne répéta pas l'expérience.

Malgré que les expériences avec la boile tournante soient lrè: intéressantes, elles ne me semblent pas appuyer la conclusion finale d’après laquelle le sens de la direction ne serait pas dù at hasard. Il est naturellement impossible de supposer que les abeilles aient pu enregistrer tous les tours qu’elles on faits étant dans la

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(1) Nouveaux Souvenirs entomologiques, 1882, p. 99-123.

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leur chemin, grâce au sens de la direction, je serais d'acccrd avec M. Fabre en concluant définitivement contre la théorie du hasard. Mais il n’y a pas de faits démontrant que les abeilles qui retrouvèrent leur chemin, le firent grâce à {leur sens de la direction. Il est très possible qu’elles l’aient retrouvé grâce à leur connaissance de points de repère : la distance à laquelle elles furent emmenées n'était que de 3 kilomètres, et l’on sait que l'abeille de ruche ira à une distance trois fois plus grande dans ses excursions ordinaires (1). En outre, le fait qu'un nombre relativement restreint d'abeilles a seul réussi à retourner au nid (22 pour 100 environ) suggère l'explication que celles qui sont relournées sont celles qui, durant la course de toutes les prisonnières dans diverses directions, ont pu rencontrer des points de repère familiers.

Je suis donc tenté de croire que tout sens de la direction qui existait chez ces insectes a très bien pu ètre rendu inutile par ces expériences, et pourtant que le résultat des expériences aurait pu ètre exactement celui que décrit M. Fabre.

Pour en revenir à la migration, je pense qu'il n’est pas improbable que le sens de la direction soit beaucoup aidé par l'observalion de la direction du soleil par rapport à la ligne selon laquelle le vol doit ètre pris. Il est vrai que beaucoup d'oiseaux migrateurs volent de nuit ; mais dans ce cas, même si la lune n'est pas là pour les diriger, à la place du soleil, pendant une grande parlie de la nuit, la direction de l’orient et de l'occident (lever et coucher du soleil) est très nettement indiquée par la lueur du ciel, éLil parait que, durant les nuits très sombres et nuageuses, les oiseaux migrateurs sont sujets à perdre le sens (2). Le fait suivant donne, ce me semble, quelque appui à cette hypothèse. Dans l'Intelligence des animaux, j'ai cité un certain nombre d'expériences faites par sir John Lubbock sur le sens de la direction chez les fourmis, Ces expériences ont donné des résultats précis, et ont conduit sir John à conclure que les fourmis possèdent à un degré remarquable le sens de la direction. Subséquemment, pourtant,

1) Voir Intelligence des animaur.

(2) Voir le professeur Newton, dans Nature, vol, XI, p.6. Il s'exprime ainsi! « Les nuits noires et nuageuses semblent déconcetter les voyageurs. Pendant cette sorte de nuits, mon attention et celle d'autres personnes à souvent été atlirée par les piaillements d’une foule mélangée d'oiseaux planant sur celte ville (Cambridge) et sur d'autres, ne sachant apparemment par où se diriger, et attirée par la lumière des réverbères, »

il a trouvé (par hasard, la première fois) que, dans toutes ces expériences, les fourmis trouvaient leur chemin, en observant la

direction selon laquelle tombait la lumière ; de telle sorte que, tant

que la lumière restait stationnaire, peu importait combien de fois

il les retournait sur une table tournante; dès que la rotation ces-

sait, elles connaissaient le chemin du nid aussi bien qu'avant la

rotation, Au contraire, si l’on déplaçait la lumière, les insectes

aussitôt ne s’orientaient plus du tout, mème si aucune rotation

n'avait eu lieu (1). Si les fourmis se guident habituellement par l'observation de l'incidence de la lumière {c'est-à-dire par la posi-

lion du soleil), je ne vois pas pourquoi les oiseaux migrateurs ne s'aideraient pas du même procédé.

Mais ce n’est qu’une hypothèse que je propose. Le fait que les oiseaux migrateurs, comme beaucoup d'autres animaux, sont de quelque manière capables de suivre une direction déterminée pour atteindre une localité particulière, est un fait qu'il nous faut avouer ne pouvoir expliquer. Mais, et c'est là ce qui nous importe le plus, notre incapacité à expliquer le fait en l'état actuel de nos connaissances n’est pas une objection à la théorie que nous adoptons sur l'instinct. Nous ne saurions douter que le fait ne puisse s'expliquer d'une facon quelconque, et quand nous saurons cerlainement quelle est cette explication, nous pourrons vérifier si la faculté de retrouver le chemin est ou non compatible avec la théorie qui précède s° r l'évolution de l'instinct.

Venons-en maintenant au second des deux postulata cités plus haut comme étant nécessaires pour faire rentrer les faits de la migration dans le cadre de la théorie, savoir : le postulatum, d’après lequel certains au moins des oiseaux migrateurs doivent posséder, grâce à l’hérédité seule, une notion très précise de la direclion particulière qu’ils doivent suivre. C'est, sans aucun doute, un fait étonnant qu'un jeune coucou soil poussé à quitier ses parents d'adoption, à une saison particulière de l’année, sans guide pour lui montrer le chemin précédemment pris par ses propres parents; mais c’est 1à un fait que doit expliquer toute théorie sur l'instinct qui prétend être complète. Dans notre théorie, nous ne pouvons l'expliquer qu’en le regardant comme dù à la mé-

moire héréditaire. Je dois avouer qu’il me semble incroyable que plusieurs centaines de milles de paysage puissent constituer l'objet

(1) Journ. Linn. Soc., 1883.

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d'un souvenir héréditaire (1), pour ne pas parler des longues étendues de mer; mais le cas n'est pas tellement désespéré qu'il faille recourir A une hypothèse si extrême. Quand nous disons que, d'après notre théorie, il faut supposer que le jeune coucou à trouvé son chemin lors de son premier voyage, grâce à la mémoire héréditaire, nous n'affirmons pas nécessairement qu'il s'agit des souvenirs d'un paysage. Ainsi que je l'ai dit dans les paragraphes précédents, nous ne savons pas encore quel est le motif qui guide la course des oiseaux migrateurs en général ; quel qu'il puisse être, cependant, ce peut à peine être l'aspect du pays qu'ils traversent, étant donné, non seulement que les distances sont si grandes, et que deux outrois cents milles de mer peuvent séparer deux pays, traversés par eux, l’un de l’autre, mais que le voyage peut se faire de nuit, Sur quoi porte donc le souvenir sur lequels’appuiele jeune coucou (et peut-êtreles autres oiseaux migrateurs) ? Nous ne pouvons répondre que ceci : il porte sur les mêmes motifs ou objets que chez les oiseaux plus âgés, quels que puissent être ces motifs ou objets, Quand nous saurons cerlainement ce que sont ceux-ci, nous pourrons, et seulement alors, vérifier s’il est incompatible avec la théorie de l'évolution de supposer que ces motifs ou objets puissent ètre l’objet d'un souvenir héréditaire, Aïnsi, par exemple, supposons que les oiseaux adultes, dans leur voyage de départ, se guident en volant contre les vents du sud (ainsi que nous l’a suggéré Williams Black, qui pense que les hirondelles partent toujours contre le vent du sud), lhérédité aurait, dans ce cas, une tâche facile à remplir, consistant à associer l’haleine tiède et douce de ce vent avec le désir de voler à son encontre. Naturellement, je ne mets cette supposition en avant que pour montrer combien simple pourrait devenir la question de l'hérédité, si seulement nous savions comment les oiseaux migrateurs, en général, trouvent leur route. La seule différence entre la faculté de retrouver le chemin du logis et l'instinet de la migration, en ce qui conecrne le fait de retrouver à route, me semble être celle-ci : dars le eas du coucou, et peut-être aussi de certains autres oiseaux migrateurs, l'animal connail son chemin instinctivement ou sans une seule leçon. Si nouspouvions savoir sur quoi repose la faculté de retrouver le logis (ce qui,

E - {1) Cette théorie fut avancée d’abord par C. Kingsley (Nafure, 1S juin 1867); ; depuis, différents écrivains l'ont soutenue où suggérée, indépendamment,

remarquons-le bien, n'est pas une chose instinctive, puisque c'est une exception et non la règle, même chez les espèces où cette faculté se rencontre), nous pourrions très probablement trouver l'explication ou la clef de la manière dont l'hérédité à pu développer cette faculté en l'instinct inigrateur.

Sans doute, la discussion qui précède n’est pas satisfaisante : la raison en est que les faits sont encore obscurs. Tout ce que j'ai voulu faire, donc, c’est montrer que, dans l’état actuel de nos connaissances, l'instinct migraleur ne saurait être avec justice cité comme un obstacle à notre théorie sur la formation des instincts en général. Et, pour mieux accentuer ceci, je renverrai aux faits généraux déjà cités, savoir, que l'instinct migrateur est variable, qu'il a ses degrés, qu'il existe parfois chez les animaux domesliques, et que le sens de la direction sur lequel il repose est un sens très répandu chez les animaux, si ce n’est aussi chez l’homme sauvage ; car tous ces faits tendent à établir que, quelles que soient les causes de l'instinct migrateur, il a probablement suivi la même voie que l'évolution en général.

Instincts des insectes neutres.

M. Darwin a indiqué une difiiculté sérieuse qui se dresse contre sa théorie sur la genèse des instincts par la sélection naturelle, difficullé que, selon sa remarque, il est étonnant que personne n'ait opposée à la doctrine bien connue sur l'hérédité des habiludes, telles que l’enseigna Lamarck. Cette difficulté consiste en ce que, chez les diverses espèces sociales d'insectes, telles que les fourmis et les abeilles, il y a des individus neutres ou asexués, dont les instincts sont entièrement dissemblables de ceux des autres individus sexués, el, comme les neutres ne peuvent se reproduire, il est malaisé de comprendre comment leurs instinet{s particuliers et distincts ont pu se former par la sélection naturelle qui, nous l'avons vu, à besoin, pour agir, de la transmission des facultés mentales par l'hérédité. La difficulté est accrue par le fait que, chez les termites et diverses espèces de fourmis, on rencontre dans le même nid plusieurs variétés, ou «castes» de neutres différant beaucoup les unes des autres, Lant par l’organisation que par les instinets. La seule facon dont on puisse parer à cette difficulté consiste à supposer, comme l'a fait M. Darwin, que «la sélection peut s'appliquer à la famille comme à l'indi-

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vidu », On peut avoir, dans la puissance de la sélection, une confiance telle que l’on pourrait probablement créer une race de bétail munie de cornes extrêmement longues, si l’on observait attentivement quels sont les taureaux et vaches individuels dont l'union produit le bétail muni des plus longues cornes, et pourtant aucun bœuf isolé n’eût jamais produit des êtres semblables à lui.» De mème, naturellement, pour lesinstinets des neutres ;autrementdit, nous pouvons considérer le nid ou la ruche, dans son ensemble, comme un organisme dont les insectes sexués et les différentes castes de neutres constituent les organes, et nous pouvons supposer que la sélection naturelle agit sur le {out comme sur un seul organisme, un peu de la facon dont nous la supposons opérer sur les «organismes sociaux » ou sur les communautés humaines. Sans doute, quand on y regarde de près, l’analogie entre une ruche et un organisme, ou même entre une ruche et une communauté sociale, n’est pas une analogie étroite, en ce qui concerne le modus operandi de la sélection naturelle; car, dans un cas, l’analogue des organes consiste en une variété d'individus séparés, tandis que, dans l’autre, il n’y à pas un aussi grand contraste entre les différentes classes d'une communauté humaine qu'entre les différentes castes d’une communauté d'insectes. Le nœud de la question consiste, en réalité, à savoir s’il est possible ou non de supposer que la sélection naturelle peut agir sur des types spécifiques, distingués des membres individuels d’ane espèce. Du vivant de Darwin, il me fut donné de pouvoir discuter cette question avec lui, et j'appris de sa bouche que la question l'avait beaucoup préoccupé à l’époque où il écrivait son Origine des espèces, mais que, trouvant la question très complexe, il ne pensait pas qu'il fùt bon d’en entamer la discussion. Il me faudrait (rop d’espace 51 je devais essayer de la discuter, et je n'ai fait mention de la question que parce que je désire montrer que c'est réellement cette question générale qui est impliquée dans le cas de difliculté spéciale qui nous occupe actuellemient, Un jour, j'ai l'inlenlion de discuter celte question générale, et j'espère alors atténuer la difficulté spéciale dont il s'agit, Toutefois, je veux signaler un fait observé par M. Darwin, et qui est très important en ce qu'il indique que les différentes castes de neutres se sont produites par degrés et, par conséquent, selon toute probabilité, sous l'inluence de la sélection naturelle, Le fait est que, lorsqu'on les examine attentivement, les neutres présentent parfois, dons un

mème nid, des transitions plus ou moins bien marquées dans leur organisation d’une caste à l’autre (1). Somme toute, donc, je con clus, à l'égard de ce cas difficile, particulier, qu'il n’est pas d’une difficulté telle qu’il puisse exclure l'explication fournie par l'hypothèse de la sélection naturelle, si nous avons déjà admis celte hypothèse comme expliquant d’autres cas moins difficiles.

Instinets du sphex.

Différentes espèces de cette catégorie des hyménoptères manifestent ce que je crois pouvoir être considéré comme les instincts les plus remarquables du monde. Ces instinets consistent à piquer les centres nerveux principaux d'araignées, d'insectes et de chenilles, ce qui ne tue pas les victimes, mais les paralyse : elles sont ensuite emportées dans un trou préalablement creusé par le sphex et, continuant à vivre, ainsi paralvsées, pendant plusieurs semaines, elles servent enfin de nourriture aux larves dès qu’elles se développent. Le fait, extraordinaire à expliquer, est celui du savoir anatomique précieux — pour ne pas dire physiologique — qui semble inspirer l'insecte lorsqu'il pique les centres nerveux, seuls, de sa victime. Voici, autant qu’on le sait aujourd’hui, les principaux traits de ce fait surprenant :

La même espèce de sphex choisit loujours une même espèce pour en faire sa victime. Quand la victime est une araignée, l'instinet de son assaillant lui ordonne de donner une seule piqüre au grand ganglion où, chez l’araignée, se trouve rassemblée là majeure partie de la substance nerveuse, Quand la victime est un scarabée, le sphex qui en fait sa proie — il y a huit espèces de sphex qui font leur proie de deux espèces de scarabées — commence par jeter l’insecte sur le dos, puis l'enlace, et plonge son aiguillon dans la membrane entre la première el la deuxième paire de pattes : la piqüre atteint le centre nerveux principal, extraordinairement concentré chez ces scarabées. Quand la proie est un grillon, le sphex commence par le jeter sur le dos, comnit dans le cas précédent, puis le maintient en fixant ses mandibules sur le dernier segment de l'abdomen, tandis que ses pattes maintiennent le corps du grillon; les pattes antérieures maintiennent les longues pattes postérieures du grillon; les pattes de derrière

4) Voir Origine des espèces,

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: Tout bien considéré, je dois, en toute sincérité, avouer que je

maintiennent les mandibules pour l'empêcher de mordre, et pour tendre la membrane unissant la tète au corps. Alors le sphex plonge son aiguillon successivement dans trois centres nerveux : d'abord, sous le cou tendu dans ce but, puis en arrière du prothorax, et enfin, dans le centre nerveux en arrière de ce dernier. Un grillon ainsi paralysé pourra vivre six semaines et plus encore. Quand la victime est une chenille, le sphex inflige de six à neuf piqûres, une entre chacun des segments du corps, à partir de l’extrémité antérieure ; puis le cerveau esi partiellement écrasé au moyen d’une morsure infligée par les mandibules (1).

En ce qui concerne l’araignée et le scarabée, je ne vois pas que les faits constituent un grand obstacle à notre théorie sur la formation des instincts. Car, comme les centres nerveux considérables de l’araignée et l’aiguillon du sphex se trouvent tous deux sur la ligne médiane de l’un et l’autre animal, si le fait de la piqùre du ganglion a été tout d’abord accidentellement favorisé par cette coïncidence — ce qui ne me paraît pas improbable, étant donné que le centre nerveux est ainsi le point le plus exposé à être piqué — il est évident que la sélection naturelle a dû avoir une matière excellente sur laquelle elle a pu s'exercer pour développer l'instinct au degré où nous le voyons actuellement. En outre, pour le scarabée, M. Fabre remarque expressément que le seul point vulnérable de l'enveloppe dure de cet animal est l'arliculation où le sphex glisse son aïiguillon ; de sorte qu’il n’y a rien de très étonnant à ce que la sélection naturelle ait développé un instinct poussant à piquer le seul point du corps de la victime où la piqure puisse s’effectuer matériellement. Mais le cas est différent en ce qui concerne le grillon et la chenille, car ici — du moins pour ce dernier animal — nous observons ce fait extraordinaire et indéniable, d’un insecte qui, sans instruction préalable, ni nécessité matérielle imposée, va choisir instinctivement un certain nombre de points minuscules sur le corps uniformément tendre de sa victime, avec la connaissance, apparemment très précise, que c’est seulement en ces points particuliers que peut s'exercer l'influence paralysante spéciale de son aiguillon.

regarde ce cas comme l'un des plus embarrassants de ceux que

(1) Tous les faits qui précèdent sont cités d’après les travaux de M. J.-H. Fa-

bre (Souvenirs entomologiques, 1879 et 1883), qui fut le premier à les observer et à les décrire,

l’on connaît, et comme étant celui qui est le plus difficile à expliquer au moyen des principes de la théorie que j'ai exposée. Toutefois, il serait très utile que les faiis fussent étudiés plus à fond, car peut-être alors aurions-rous quelque clef relativement à origine et au développement de cet instinct. Étant donné ce que nous savons actuellement, je ne puis que suggérer que celte origine a dù être exclusivement secondaire, bien que son déve- Joppement ultérieur ait pu être probablement favorisé par la sélection naturelle. En d’autres termes, autant que nous en pouvons juger, je ne vois que cette ressource : conclure que ces sphex doivent leurs instincts actuels à la grande intelligence de leurs

ancêtres, qui ont découvert par expérience les effets produits par A la piqûre des chenilles entre les segments du corps, et, en consé- t quence, ont continué à pratiquer cette opération jusqu’à ce que p: ce soit devenu un acte instinelif, qu

Durant la dernière année de sa vie, je pus avoir quelques con- au

versations sur ce sujet avec M. Darwin, et, après y avoir réfléchi quelque temps, il conclut ainsi que je viens de conclure : c’est ce qui ressortira de la lettre suivante qu'il m’adressa, et qui résume en peu de mots les indications des phases par lesquelles ce singulier instinct a probablement dû passer :

« J'ai réfléchi au pompilius et à ses congénères — veuillez donc relire ce que j'ai dit sur la perforation de la corolle par les abeille; (Fécondation croisée). Les abeilles manifestent tant d'intelligence dans leur manière de faire qu’il ne me semble pas improbable que les ancêtres du pompilius aient primitivement piqué les chenilles, les araignées, etc., en un point quelconque du corps, puis qu'ils aient remarqué, grâce à leur intelligence, que, s’ils les piquaient en un point déterminé, entre certains segments, sur la face ventrale, leur victime était paralysée aussitôt. Il ne me semble pas incroyable que cet acte soit devenu alors instinctif, c’està-dire que le souvenir s’en soit transmis d’une génération à l’autre. Il ne semble pas nécessaire de supposer que, lorsque le rempilius piqua le ganglion de sa victime, il avait l’intention de conserver longtemps sa victime vivante, ou savait ,ue cela arriverait. Le développement des larves a pu être modifié ultérieurement, par suite de ce que la proie était seulement à moitié morte, au lieu de l’être totalement, ce qui eût nécessité beaucoup de piqûres. Réfléchissez à ceci, etc. »

Dans le chapitre XVI, j'ai déjà cité brièvement les faits relatifs à

difficile à exj'ai exposée.

étudiés plus à f relativement tant donné ce gérer que celte que son déverisé par la sénous en poure que Ces sphex ligence de leurs fets produits par ps, et, en consén jusqu'à ce que

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L'INSTINCT. Ses

la perforation de la corolle pratiquée par certains bourdons, et à

l'utilisation subséquente de ces trous par les abeilles. On se rappellera que les faits à propos desquels j'ai cité ceux- ci étaient relatifs à la faculté d'imitation d'une espèce par une autre : les abeilles remarquant que les bourdons économisaient du temps en perforant les fleurs plutôt que d'y entrer. Mais le fait important est l'intelligence des bourdons qui ont eu l'initiative, pour ainsi dire, de l'idée u: forer des trous. Car une observation attertive montre qu'ils font leurs trous avec une connaissance aussi précise de la morphologie des fleurs que le sphex en dépleie dans la connaissance de la morphologie des araignées, insectes et chenilles. Ainsi, chez les légumineuses, ils piquent l’étendard seulement, et toujours du côté gauche, au-dessus du passage vers le nectar, passag” plus large que du côté droit, Aussi, comme le fait remarquer M. F. Darwin, «il est malaisé de dire comment les abeilles auraient pu acquérir cette coutume, Ont-elles découvert l'inéga lité de dimensions des trous à nectar, lorsqu'elles opéraient en suçant les fleurs de la facon normale, puis utilisé cette connaissance pour déterminer en quel point il faut creuser le trou, ou bien ont-elles découvert le point le plus favorable en forant l'étendard en divers points, et se rappelant ensuite sa situation lorsqu'elles ont visilé d’autres fleurs? Quelle que soit l’hypothèse adoptée, elles ont manifesté dans l’un et l’autre cas une faculté remarquable de profiter de ce qu’elles ont appris par expérience (4) ».

Etant donné donc que ces observations établissent que les hyménoptères sont certainement capables de comprendre d'une façon étonnante la morphologie des organes, je crois, avec M. Darwin, qu'elles sont très propres à expliquer le cas du sphex. l'y a pas, après tout, nécessité d’une beaucoup plus grande somme d'appréciation pour remarquer les effets consécutifs à la piqûre d’une chenille dans les espaces intersegmentaires qu'il n'en faut pour avoir l’idée de se rendre à l'extérieur d’une fleur et de creuser un orifice sur le côté gauche d’un pétale spécial,

: juste au-dessus du point où se trouve le passage le plus large vers : lenectar. Mais, comme je l'ai dit, je sens que de nouvelles obser- À vations — surtout expérimentales — sont nécessaires avant d'a- | dopter d’une façon définitive une explication théorique des faits.

(1) Nature, 8 janvier 1874, p. 189,

Tout ce que je puis dire, c’est que pour le moment l'opinion de M. Darwin, citée plus laut, me paraît la plus vraisemblable. Nous ne nous étunnons pas beaucoup de l'instinct qui pousse le furet à attaquer la moelle allongée du lapin, ni de celui qui pousse le putois à paralyser des grenouilles et crapauds en lésant leurs hémisphères cérébraux (1) : et dans ces deux cas — si analogues à ceux que nous étudions en ce moment — l'instinct a dû naître de l'observation intelligente des résultats amenés par la morsure de ces parties spéciales des victimes. Mais ni un furet ni un putois ne sont des animaux particulièrement intelligents, de sorte que nous sommes peut-être trop prompts à nous étonner de la possibilité d'un degré d'intelligence analogue, manifesté par des insectes il faisant partie du groupe le plus intelligent des animaux inver-

tébrés.

Simulation de la mort. ll + - n S'est une chose connue de tous que diverses espèces animales qi

appartenant à des ordres et même à des classes différentes manifestent, lorsqu'elles sont en danger, l'instinct de feindre la mort; c'est aussi un fait qui ne laisse pas d’étonner tous ceux qui en ont connaissance. Comme il est manifestement impossible d'attribuer ce fait à quelque idée de la mort et à une simulation consciente de celle-ci par les animaux, le sujet acquiert de l'importance et mérite que nous nous en occupions. Je citerai d’abord tous les faits que j’ai pu réunir sur ce point, et j’en discrterai ensuite l’explication.

Les exemples les plus familiers de l'instinct en question sont fournis par diverses sortes d'insectes et d'araignées, dont beaucoup se laisseront démembrer peu à peu ou rôtir jusqu'à ce que mort s’ensuive, sans faire le moindre mouvement. « Parmi les poissons, l’esturgeon captif demeure immobile et passif dans le @ filet, tandis que la perche fait la morte et flotte couchée sur ke dos (2). » D'après Wrangle (3), les oies sauvages de Sibérie, si on les dérange pendant la saison de la mue, époque à laquelle elle sont hors d'état de voler, se couchent tout de leur long à terre en se cachant la tête, de façon à paraître mortes et à tromper ke

(1) Voir l’Intelligence des animaux.

(2) Couch, Illustrations of instinct, p. 199. (3) Travels in Siberia, p. 312 (trad, anglaise),

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chasseur. D’après Couch, cette habitude se rencontre encore chez

le râle de terre, chez l’alouette des champs (AZ. arvensis) et d’autres oiseaux (1). A propos des mammifères, le même auteur dit : « L'opossum de l'Amérique du Nord est si célèbre par son habitude de faire le mort que son nom est passé en proverbe pour exprimer ce genre de tromperie (2) », et il cite des exemples du même fait observés chez des souris, des écureuils et des belettes. Les témoignages de même genre, relatifs aux loups et aux renards, sont si nombreux que je ne pense pas que l’on puisse raisonnablement douter de leur exactitude. Ainsi, le capitaine Lyon, dans le récit de son expédition au pôle, dit qu’un loup fut attrapé dans un piège dressé par M. Griffiths : on crut le tuer et on le traîna à bord. « Toutefois, comme il était couché sur le pont, on le vit cligner des yeux chaque fois que l’on plaçait quelque objet auprès de lui; on jugea bon de prendre alors quelques précautions; les jambes ayant été liées, on le souleva la tête en bas, A notre grand étonnement, il fit alors un bond vigoureux vers ceux qui étaient près de lui, puis se recourba plusieurs fois sur luimème, tâchant d'atteindre la corde par laquelle il était suspendu, pour la ronger et la couper. »

Les témoignages sont nombreux en ce qui concerne les renards faisant le mort. Comme le fait remarquer M. Blyth (3), «on a vu un renard, lorsqu'on le surprit dans un poulailler, s’efforcer de personnifier une carcasse sans vie; il se laissa tirer au dehors par la queue et jeter sur un tas d'ordures; mais, ceci fait, il se dressa sur ses pieds et prit ses jambes à son cou, au désappointement profond de sa dupe. Un autre renard se laissa porter pendant plus d'un mille, pendu à l'épaule, la tête en bas, jusqu'à ce qu’enfin il reconquit sa liberté au moyen d’un coup de dent. »

De même, Couch, qui cite beaucoup d'exemples de ce fait, les résume en disant . « Lorsqu'il est subitement surpris par l’homme, on le voit souvent feindre l’apparence de la mort et se laisser manier et même maltraiter, sans manifester sa sensibilité par un seul signe, Ce haut degré de simulation et de dissimulation a été attribué à une sagesse consommée qui, lorsqu'elle ne voit pas de meilleur moyen d'échapper, le pousse à feindre d’être incapable de se défendre ou de fuir, jusqu’à ce qu’il ait désarmé les soup- (1) Loc, cit.

(2) Loc. cit. -

(3) Loundoun's Mag. nat, hist., nouv. sér., vol. Le, p. 5,

cons et, par conséquent, fait cesser les sentiments hostiles (1), »

D’après Jesse, « les serpents, eux aussi, font le mort et demeurent immobiles, tant qu’ils pensent qu'on les observe et qu'ils se croient en danger; mais, dès qu’ils pensent que tous les ennemis se sont retirés et que le danger est passé, ils se sauvent avec la plus grande vélocité vers le plus proche trou ou abri.

« Parmi les oiseaux, le râle des champs est très remarquable pour ce genre d'art. L'auteur de the Natural history of the Corncrake rapporte qu'un de ces oiseaux fut rapporté par un chien à son maitre; l'oiseau paraissait complètement mort. Le gentleman à qui le chien l'avait apporté le retourna de son pied, comme il était là à terre, et fut convaincu qu'il était mort. Mais, après quelque temps, il le vit ouvrir un œil; il le reprit; mais la tête pendait, les pattes étaient flasques, l'oiseau paraissait totalement mort. Ille mit alors dans sa poche; et, au bout de peu de temps, le sentit s’agiré ter, essayant de s'échapper; il le retira de sa poche; l'oiseau sem- \ bla aussi dépourvu de vie qu'auparavant. Il le posa alors à terre el

à se retira à une petite distance pour le surveiller ; au bout de cinq { minutes environ, l'oiseau releva la tête avec précaution, regarda | autour de lui et décampa à toute vitesse. »

Bingley dit : « Ce stratagème est, paraît-il, employé par le crabe commun, qui, lorsqu'il appréhende un danger, reste immobile, comme s’il était mort, attendant une occasion pour s'enfoncer dans le sable, ne laissant sortir que ses yeux. »

(1) Llustrations of instinel, p. 197. Sir E. Tennent, dans sa Natural History of Ceylan, cite le cas d’un éléphant sauvage faisant le mort; mais comme, dans les circonstances où le fait se passait, les éléphants meurent souvent réellement (voir Intelligence des animaus:), il n'y a probablement pas lieu d'attribuer ce ras au désir volontaire de tromper de la part de l'animal. Ce cas est le suivant : «M. Cripps m’a rapporté un cas où un éléphant récemment capturé, ou bien devint insensible de peur, ou, comme l'affirmaient les indigènes, feignit la mort de façon à recouvrer la liberté. On le conduisit au corral, comme d'habitude, entre deux éléphants apprivoisés ; il était déjà s:ié assez loin vers le corral, lorsque, à l'approche de la nuit, des torches étant allumées, il refusa d’avancer et finit par se laisser tomber à terre, en apparence mort. M. Cripps ordonna qu'on enlevit les liens qui retenaient ses membres, et lorsque des efforts pour le relever eurent échoué, étant convaincu que l'éléphant était mort, il ordonna qu’on défit les cordes et que l’on abandonnât le cadavre. Pendant que l’on faisait ceci, lui et un compagnon qui était avec lui s’appuyèrent contre le corps pour se reposer, À peine s'étaient-ils levés et avaient-ils fait quelques mètres, que, à leur grand étonnement, l'éléphant se releva avec la plus grande vivacité et courut vers 1 jungle, criant à tue-tète; on PIE ses cris ORSHEE après qu’il eut dispart dans les.ombres de la forêt,

hostiles (1). »

1ort et demeuserve et qu'ils e tous les ense sauvent avec abri.

narquable pour f the Corncrake un chien à son Le gentleman à , comme il était , après quelque tête pendait, les atmort. Ile mit s, le sentit s'agi- 1e ; l'oiseau sema alors à terre el ‘au bout de cinq caution, regarda

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Ainsi il paraît qu’à partir des insectes jusqu’au haut de l'échelle, l'instinct de contrefaire la mort existe chez la plupart des classes d'animaux, si ce n’est dans toutes. Le sujet réclame donc une attention sérieuse, parce que, d’une part, ainsi que cela a été dit plus haut, il est évident que l'idée de la mort et de la simulation consciente de celle-ci impliquerait une faculté d’abstraire plus élevée que nous n’en saurions reconnaître à n'importe quel animal ; d'autre part, il n’est pas aisé d'expliquer les faits autrement.

Tout d'abord, je citerai ce que Couch dit sur cette question, car il est le premier, autant que je puis le savoir, qui n’admet pas, dès le début, que les animaux feignent consciemment la mort, et fournit une hypothèse raisonnable pour expliquer les faits. 11 s’exprime ainsi qu'il suit : « Une explication plus vraisemblable est que la soudaineté de la rencontre, à un moment où l'animal ne songeait nullement à pareille chose, eut pour résultat de le stupéfier, de sorte qu'il était hors d'état de tenter un effort pour fuir; la simulation de la mort n'était pas une invention de sa ruse, c'était la conséquence de la terreur. Entre autres preuves établissant que cette explication est la bonne, je citerai la conduite d'un anima: beaucoup plus courageux et féroce, le loup, dans des circonstances analogues. Si un loup tombe dans une fosse, la surprise est chez lui si vive et le déprime à tel point qu'un homme peut descendre sans crainte, l attacher et l'emmener, ou bien le frapper sur la tête ; on dit aussi que, lorsque le loup s’est égaré dans un pays qu'il ne connaît pas, il perd beaucoup de son courage et peut être attaqué presque impunément (1).

«Une manière de faire, analogue à celle du renard, a été remarquée chez un petit animal qu'il n’est pas babituel de considérer comme possédant un degré d'habileté extraordinaire, ni comme ayant grande confiance dans ses propres ressources. Dans une bibliothèque-placard obscure, il y avait certains objets alimentaires plus au goût des souris que ‘es livres, et, comme une fois, en pleia jour, on ouvrit la porte subitement, on vit une souris sur un &es rayons; la petite créature; était si bien fixée sur place qu’elle mamitfesta tous les signes de la mort, ne remuant pas un membre quand on la prit dans la main. Une autre fois, en ouvrant une porte du salon, en plein jour, on vit une souris fixe et immobile au milieu de la chambre ; en s'approchant d'elle, on vit que son aspect ne différait

(1) Mag, nat. Hist., nouv. sér.. vol, IE, p.121.

en rien de celui d’un animal mort, sauf, cependant, qu'elle n'était pas renversée sur le côlé. Aucune de ces créatures ne fit le moindre effort pour s'échapper ; on les ramassa à loisir; elles n'avaient aucun mal, aucune lésion, car elles manifestèrent bientôt tous les signes de la vie et de la santé.

« Il n’est guère aisé de trouver une belette endormie ou qui ne soit pas sur ses gardes ; mais ce qui semble moins vraisemblable encore, c'est qu’une belette se laisse impunément rouler, manier, piétiner par un chat. Il arriva pourtant que, tandis que Minette était tranquillement allongée, semblant ne s'occuper en rien du monde qui l’entourait, une belette passa d'une façon tout à fait inattendue, fut prise en un clin d’œil et emportée, pendante, vers la maison, située à une petite distance. La porte élant fermée, Minette, déçue par l’état apparent de mort de sa victime, la déposa sur le seuil et miaula comme de coutume pour qu'il lui fùt ouvert. Mais, à ce moment, l'alerte petite créature avait repris ses sens; elle planta ses dents dans le nez de son ennemi. Il est probable que, outre la surprise de la capture, la facon dont le chat tenait la belette par le milieu du corps avait empêché celle-ci de tenter une résistance quelconque avant ce moment, car, en les prenant de cette façon, nos petits quadrupèdes, qui mordent si férocement, peuvent être tenus sans crainte d’être blessé ; mais on peut à peine supposer que la belette ait eu l'intention de duper le chat tout le temps qu’elle fut dans sa bouche (4). »

Cette hypothèse aurait besoin d'être appuyée par des expérience: spéciales avant de mériter d’être acceptée.sans réserves. Ces expériences consisteraient à permettre à un animal, aussitôt qu'on le verrait faire le mort, de reprendre sa liberté et à le surveiller sans qu'il le sût. Si j’animal persistait, peudant un temps appéciable, à demeurer immobile, le fait serait à l’appui de l'hypothèse de Couch ; au lieu que, s’il se remettait vite, il y aurait plutôt à conclure dans le sens de l’hypothèse qui suppose la passivité, en présence du danger, voulue et consciente.

Je crus, une fois, avoir trouvé l’occasion de faire cette expérience, car, ayant attrapé un écureuil sauvage, je remarquai que l’animal devint aussitôt immobile. Je le sortis du filet et je le mis à terre, puis je me cachai et j’attendis assez longtemps pour lui donner le temps de se remettre, mais, comme il ne bougeait pas,

(1) Ilustrations of instinct, p. 125.

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L'INSTINCT, 313 j'allai l’examiner, et je vis qu'il ne feignait nullement la mort ; il avait réellement trépassé, Je cite ici cet incident parce qu'il a son importance dans l'hypothèse de Couch : il montre que la terreur qui nait chez un animal sauvage, lorsqu'il est pris, peut être suffisante pour causer la mort, et les recherches du professeur Preyer, sur l'hypnotisme des animaux (faites longtemps après la publication du livre de Couch et n'ayant aucun rapport spécial avec la question qui nous occupe) ont montré que la peur est une cause prédisposante puissante de la kataplexie (ou sommeil mesmérique) chez les animaux.

A propos de ces recherches du professeur Preyer, je dois remarquer que ce savant attribue exclusivement à la kataplexie l'apparence des insectes qui « font le mort ». Ayant observé la puissance de cette influence à produire un état analogue dans le système neuro-musCulaire des animaux supérieurs — jusqu'à l'écrevisse même que l'on à pu faire se tenir sur la tête, en état hypnotique, — il était logique qu’il attribut la feinte de la mort, chez les insectes, à la même cause. Son raisonnement eût été beaucoup plus convaincant, s’il avait connu les faits intéressants observés par Darwin, et dont l’'énumération se trouve dans l'Appendice.

Ces faits, qu'on le remarque, sont qu'aucune espèce d'araignée ni d’insecte n'existe dont on puisse dire que l'attitude, lorsqu'elle simule la mort, ressemble du tout, d'une façon étroite, à celle qu’a l'animal lorsqu'il est réellement mort. Dans beaucoup de cas, ces deux attitudes sont très différentes, et, par conséquent, la feinte de la mort, chez ces animaux, consiste simplement en un instinct qui les pousse à rester immobiles et, peut-être, à ne pas attirer l’attention en présence d’ennemis. Il est aisé de voir que cet instinct a pu être développé par la sélection naturelle, sans avoir jamais été de nature intelligente : ceux qui avaient le moins de tendance à se sauver de leurs ennernis étant épargnés plutôt que ceux qui se faisaient remarquer par leurs mouvements.

Ceci revient à dire qu’il est aisé de voir comment l'instinct a pu se développer par des moyens primaires, car, s’il était plus avantageux à un animal en danger de rester immobile et, par conséquent, de ne pas attirer l'attention de ses ennemis, que de chercher le salut dans la fuite, il est naturellement évident que, dans ces cas, la sélection naturelle aurait toujours agi dans la même direction, en produisant la tranquillité ; de même que, dans d’aures cas, elle eût agi en sens inverse, en produisant l'activité. Je

ne regarde pas du tout comme improbable que la fataplexie ait été d’un grand secours dans la genèse et peut-être aussi dans le développement de cet instinct,

Car si celte condition physiologique particulière peut se rencontrer chez les insectes et les araignées — comme elle se rencontre certainement chez un animal de la même classe : l'écrevisse, — la sélection naturelle aurait la matière première, pour ainsi dire, de cet instinct. Et, si telle était l’origine de cet instinct, nous pouvons présumer que son développement à son état actuel de perfection se continuerait, vraisemblablement, selon les mêmes lignes, la sélection naturelle perfectionnant toujours la susceptibilité kataplectique, de façon que cette action se produise très rapidement, lors de certaines excitations, et ne dure pas un temps inulile après la cessation d'action de ces mêmes excitations. De cette façon, nous pourrions arriver à l’état de choses qui se rencontre chez le mille-pattes ou l’horloge-de-mort, qui tombent en kataplexie dès qu'ils sont alarmés (moment où, d'après l'hypothèse actuelle, ils sont en état d'’insensibilité), mais en sortent aussitôt que la source d’excitations inquiétantes a disparu (1).

Nous avons donc ici une hypothèse assez vraisemblable sur les particularités étranges, reculées, pour ainsi dire, de l'organisme, dont la sélection naturelle peut s’emparer pour amener le développement d’un instinct utile. Mais je désire que l’on remarque d’une façon spéciale que je n'ai cité cette hypothèse qu'entre parenthèses, pour ainsi dire. Je crois, avec Preyer, que la feinte de la mort, chez les insectes, est un phénomène où les principes de l’hypnotisme sont probablement en jeu. S'il en est ainsi, je regarde ces principes comme fournissant seulement les matériaux au moyen desquels la sélection naturelle a édifié cet instinct particulier. Par conséquent, que ces principes soient réellement en jeu on non dans ce phénomène, c’est une question accessoire ; ce qui nous importe, c’est que l'instinct, édifié ou non avec les matériaux four-

1) On peut réfuter ici une objection faite à cette théorie : Duncan (ox Instinct), après avoir remarqué que les araignées qui font le mort «se laisseront piquer avec des épingles et mettre en’pièces, sans manifester le moindre signe de terreur », ajoute que si la cause en était, comme on le suppose souvent, «une sorte de stupeur provoquée par la terreur », l'animal ne devrait pas se remettre sitôt, lorsque l’objet de s& terreur a disparu, Mais le fait absolu est que la « stupeur » ne disparaît pas en même temps que cesse l'excitation; elle dure aussi longtemps que dure l’état kataplectique chez certains oiseaux, tel que chez le hibou lorsqu'on le maintient sur le dos.

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la sélection naturelle. Les observations de M. Darwin mettent cette conclusion hors de doute, et, même si les phénomènes de kataplexie n'étaient pas tels que la sélection naturelle pût s’en emparer pour le besoin dont il s'agit, nul doute que d'autres malériaux ne le fussent, car, a pr'iori, il semble qu’à tout le moins il n'y ait pas plus de difficulté à développer l'instinct de demeurer immobile dans certaines circonstances qu'à développer celui de se sauver, en fait, tous les animaux qui ont une couleur protectrice ont — est-ce une cause ou un effet? — développé leur instinct dans la première voie. Nous devons donc supposer qu’un animal, qui n’était pas suffisamment agile pour trouver la sûreté dans la fuite, a dù être l’objet des soins attentifs de la sélection naturelle, qui l’a poussé dans la voie de la tranquillité et a encouragé cette tendance; ceci doit être vrai, que la sélection naturelle eût ou non à sa disposition la susceptibilité kataplectique pour jouer le rôle de matière première. La kataplexie seule ne saurait avoir formé l'instinct.

Jusqu'ici, donc, le sujet est suffisamment clair. Mais, maintenant, il y a évidemment certaines distinctions importantes à établir, La feinte de la mort, chez un animal très intelligent, comme le renard, est, au point de vue psychologique, une chose tout à fait différente de la feinte de la mort chez les insectes : l’explication qui pourrait pleinement satisfaire, dans ce dernier cas, pourrait ne pas être suffisante dans le premier. Ainsi, tandis que je n'hésite pas à regarder la feirte de la mort comme provenant, chez les insectes, d’un instinct non intelligent développé par la sélection naturelle, de la façon qui vient d’être expliquée, je ne vois guère comment il pourrait en être de même chez les vertébrés, Un renard n’aurait jamais autant de chances d'échapper à un ennemi, en restant tranquille, qu’en se servant de ses jambes, dont l’agilité est telle qu'il faut un /ox-hound pour le rejoindre. En outre, la feinte de la mort est ici loin d’être invariable ; elle n'est pas instinctive comme chez les insectes. Aussi, bien que je ne fusse pas entièrement d'accord avec Preyer lorsqu'il attribuait l'immobilité générale (instinclive) de certains insectes, lorsqu'ils sont en danger, à l'influence exclusive de la kataplexie, je pense que l'immobilité occasionnelle (accidentelle), manifestée par certains vertébrés sauvages dans les mêmes circonstances, est beaucoup plus un argument à l’appui de son opinion. Car

ici l’acte n'est pas général ni même accoutumé ; s’il a lieu, il doit plutôt, en règle générale, être nuisible qu’utile à l'animal, étant donné que toute l'économie de l’animal se trouve, dans le cas choisi, adaptée à la locomotion rapide. C’est pourquoi je pense que, dans le cas des oiseaux et des mammifères, l'hypothèse, déjà citée, de Couch est la plus rationnelle, surtout si nous joignons aux faits connus les faits, plus récemment découverts, relatifs à la kataplexie (1).

D'autre part, — je ne cherche pas à éviter les difficultés — je possède certains faits tendant à établir que certains singes font le mort de propos délibéré, non point pour échapper à leurs ennemis, mais pour induire en erreur des victimes présomptives. Ici, naturellement, il ne saurait y avoir ni terreur ni kataplexie, de telle sorte que, si nous acceptons les faits, il nous faut chercher quelque autre explication.

Thompson, dans ses Passions of Animals (p. 455-457), cite le cas d'un singe captif, qui était attaché à une longue tige de bambou, dans les jungles de Tillicherry. Comme l'anneau passé autour de la tige était plus large que celle-ci, le singe pouvait monter et descendre le long de la tige glissante tant qu'il voulait, l'anneau l’accompagnant aisément. 11 avait l'habitude de s'asseoir au sommet de la tige, et les corbeaux, profitant de son éloignement, avaient coutume de voler la nourriture que, chaque matin et chaque soir, on disposait au pied du bambou pour son usage. «Il avait en vain exprimé son déplaisir par des marmottements et par d’autres signes également inefficaces ; les corbeaux contivuèrent leurs déprédations périodiques. Voyant qu'on ne tenait aucun compte de lui, il adopta un plan de vengeance aussi efficace qu'ingénieux. Un matin que ses ennemis avaient été particulièrement ennuyeux, il fit comme s’il était sérieusement indisposé: il fermait les yeux, laissait tomber sa tête et manifestait divers symptômes d’une souffrance vive. A peine sa ration accoutumée fut-elle placée au pied du bambou, que les corbeaux, guettant le moment, descendirent en grand nombre et, selon leur coutume, commencèrent le pillage des provisions. Le singe commença alors à descendre le bambou lentement, comme si ce lui était un travail douloureux, comme si ses forces étaient à tel point abattues par la maladie qu'elles suffisaient à peine à l'effort. Quand il arriva à

(1) Le clignement de l’œil du loup, cité par le capitaine Lyon, serait parfaitetement compatible avec une certaine phase de l’élat hypnotique,

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terre, il se roula quelque temps, semblant en proie à une vive angoisse, jusqu’à ce qu’il fût proche du bassin où l’on mettait ses aliments, à ce moment presque entièrement dévorés par les corbeaux. Cependant ii restait quelques morceaux : un corbeau isolé, enhardi par l’indisposition apparente du singe, s’avança pour les prendre. À ce moment, la rusée créature gisait, apparemment insensible, au pied du bambou et près du bassin. Au moment où le corbeau étendit le cou et.avant même qu'il eût pu prendre une bouchée du fruit défendu, le vengeur vigilant attrapa le voleur par le cou avec la rapidité de la pensée et l’empêcha de faire de nouveaux dégâts. 11 se mit alors à grogner et à grimacer avec une expression de triomphe et de joie, tandis que les corbeaux, croassant et volant à l’entour, paraissaient s'inquiéter du châtiment qui allait être infligé à leur compagnon captif.

Le singe continua quelque temps à grogner triomphalement, puis il plaça délibérément le corbeau entre ses genoux et se mit à le plumer avec la gravité la plus comique. Quand il l’eut complètement plumé, sauf les grandes pennes des ailes et de la queue, il le jeta en l’air aussi haut que le lui permettait sa force, et, après quelques coups d’ailes, le corbeau retomba à terre lourdement, avec un choc étourdissant. Les autres corbeaux, qui avaient eu la chance d'échapper à! un pareil châtiment, entourèrent alors leur compagnon et le tuèrent à coups de bec. Le singe remonta alors sur son bambou, et là, quand on lui apporta sa nourriture, pas un corbeau n’y toucha. »

J'ai cité ce cas, quoiqu'il paraisse presque incroyable, non seulement parce que Thompson est une autorité sérieuse, mais parce que, dans tous ses détails essentiels, il s’est trouvé inconsciemment confirmé par les observations d’un de mes amis, feu le docteur W. Bryden. Cet ami, sans connaître l’anecdote que je viens de rapporter, me raconta qu'il avait lui-même observé dans l'Inde un singe apprivoisé (j'ai oublié l'espèce) qui restait immobile sur le dos durant de longs laps de temps, jusqu’à ce que les corbeaux du voisinage, le croyant mort, arrivaient à distance suffisante pour être saisis; il sautait alors sur l’un d’eux et se mettait alors à le plumer lentement, selon toute apparence, pour satisfaire sa passion de la cruauté; cependant, il avait coutume de sucer le bout juteux des grandes plumes. Comme je suis certain de la véracité du docteur Bryden, et comme je ne puis soupçonner, dans ce cas, quelque cause d'erreur d'observation, je suis porté à

prêter foi à l’anecdote qui précède et dont certainement j’eusse été tenté de me méfier.

Si— et j'en puis à peine douter, étant donnée l’anecdote du docteur Bryder — certains singes ont l’habitude remarquable de véritablement et délibérement faire le mort, la seule explication possible du fait est que, ayant vu des corbeaux s’assembler autour de cadavres immobiles, ils concluent qu’en devenant immobiles, ils peuvent amener ces animaux à s'approcher à portée de main. Sans doute, cela suppose une somme d'induction et de raisonnement surprenante ; mais il faut remarquer que le fait, si c’est un fait, n'implique pas une idée abstraite de la mort ; il implique seulement l'idée d’imiter une immobilité déjà remarquée dans le but d'amener le résultat, l'approche des oiseaux, identique à celui qui a été observé comme étant le résultat de cette immobilité. Etant donné que les singes sont des animaux très imitateurs, aussi bien que très intelligents, cette explication n’est pas aussi invraisemblable, a priori, qu’elle le peut sembler au premier abord.

Mais il suit que si les singes sont capables de demeurer immobiles, consciemmrent et délibérément, dans le but d'atteindre un résultat particulier, d’autres animaux, presque aussi intelligents, doivent pouvoir en faire autant.

Ainsi, malgré la probabilité que la feinte de la mort chez les loups et renards est due à la kataplexie, il y a la possibilité que l'acte reconnaisse pour cause un dessein intelligent. A l'égard de cette possibilité, je citerai deux cas qui me semblent avoir été suffisamment bien observés,

Le premier est celui qui a été récemment publié dans Vature (vol. XVIIT, p. 244) par le chirurgien de brigade G. Bidie. Il s'exprime ainsi qu’il suit :

« Il y à quelques années, alors que j’habitais la région occidentale de Mysore, j'occupais une maison entourée de plusieurs acres de beaux pâturages. Le beau gazon de cet enclos tentait beaucoup le bétail du village, et quand les portes étaient ouvertes, il ne manquait pas d’intrus. Mes domestiques faisaient de leur mieux pour chasser les envahisseurs ; mais un jour ils vinrent à moi, assez inquiets, me disant qu’un taureau brahmin, qu'ils avaient battu, étail tombé mort. Je ferai remarquer, en passant, que ces laureaux sont des animaux sacrés et privilégiés qu’on laisse

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que le maraudeur était mort, j’allai immédiatement voir le cadavre : il était là, allongé, paraissant parfaitement mort. Assez vexé de cette circonstance, qui pouvait me susciter des ennuis avec les indigènes, je ne m'’atlardai pas à faire un examen détaillé, et je retournai aussitôt vers la maison, avec l'intention d'aller instruire aussitôt de l’affaire les autorités du district, J'étais parti depuis peu de temps, quand un homme arriva tout courant. et joyeux me dire que le taureau était sur ses pattes et occupé à brouter tranquillement. Qu'il me suffise de dire que cette brute avait pris l'habitude de faire le mort, ce qui rendait son expulsion pratiquement impossible, chaque fois qu'il se trouvait en un endroit qui lui plaisait et qu’il ne voulait pas quitter. Cette ruse fut répétée plusieurs fois, afin de bien jouir de mon excellent gazon. Bien qu’elle fût amusante au début, elle ne tarda pas à nous impatienter; aussi, pour nous débarrasser au plutôt de l'animal, un jour qu'il s'était laissé choir, je fis venir de la cuisine une provision de cendres chaudes que nous plaçàmes sur ses reins. Tout d'abord, il ne sembla pas y faire attention ; mais, à mesure quela sensation de chaleur augmentait, il leva la tête peu à peu, regarda fixement l'endroit où étaient posées les cendres; puis se dressa sur ses jambes, et finit par sauter par-dessus la barrière, avec l’agilité d'un cerf. Ce fut la dernière fois que notre ami nous fit la gracieuseté d’une visite. »

Ici, nous avons un cas de simulation de la mort, pratiquée à plusieurs reprises, avec un but intelligent, et comme le narrateur est médecin, nous devons supposer que les simulations étaient bien pratiquées. Néanmoins, l’idée qu'a pu avoir l'animal a pu consister simplement à rester inerte et à se fier à son poids pour empêcher sa translation. Ce cas est néanmoins remarquable, et l'interprétation que j’ai proposée devient peut-être moins vraisemblable, si l'on considère encore l'autre exemple que je vais maintenant rapporter. 11 a été publié dans le livre de feu M. Morgan sur le castor (p. 269), etilest dit qu'il a «été communiqué à l’auteur par M. Coral C. White, d’Aurora (New-York), qui sortit luimême le renard. Sa véracité est impeccable ».

«Un jour, un renard entra dans le poulailler d'un fermier, et, après avoir détruit une grande quantité de poules, il s’en remplit si copieusement qu'il ne put plus passer par le petit orifice au travers duquel il s’était glissé pour venir. Le propriétaire le trouva, au matin, étendu sur le sol, en apparence mort d’indigestion ; le

prenant par les pattes, il le porta au dehors, sans soupçon, et l’'amena ainsi à quelque distance, près de la maison, où il le laissa tomber de tout son long sur l’herbe. A peine maître renard se sentit-il libre, qu’il bondit sur ses pattes et s’'échappa. Il semblait savoir que ce n'était qu’en qualité de renard mort qu'il lui serait possible de quitter le théâtre de ses déprédations; et pourtant, pour combiner ce plan de fuite, il fallait un effort intellectuel peu commun, etc. »

Si les faits sont correctement rapportés — el, dans tous les points sur lesquels je vais insister, ils concordent étroitement avec quelques-uns des cas cités par Couch — on pourrait à peine supposer que la simple approche d’un homme ouvrant la porte du poulailler eût pu produire la sorte ou le degré de terreur que l’on connaît comme susceptible de produire la kataplexie.

il est également douteux que l'excitation produite par la chute du renard sur l'herbe eût pu suffire à dissiper complètement l’état de kataplexie. Aussi, dans un cas de ce genre, ilme semble plusprobable que la feinte de la mort ait été due à un dessein intelligent, bien que nousne puissions pas supposer que l’animal a eu quelque idée de la mort, en tantque mort, ou de la simulation consciente de celle-ci. Aussi, en ce qui concerne les animaux supérieurs, si nous tenons compte de tous les faits cités, le fait me semble n'être pas médiocrement difficile à expliquer. La vérité est qu’il n’y a pas assez d'observations expérimentales sur la question de savoir si les loups, et plus particulièrement les renards, simulent la mort, c'est-à-dire demeurent immobiles, dans certaines circonstances de danger, “vec le but conscient de rendre leur fuite possible; ou peut-être aussi probablement si l’immobilité de ces animaux, en de telles circonstances, est due à la production d’un état hypnotique. En ce qui concerne ces animaux, ainsi qu’à l'égard du taureau brahmin, j'ai cru préférable de ne pas formuler une opinion bien arrêtée dans un sens ou dans un autre. J'ai préféré citer tous les arguments à l'appui de l’une et l’autre manière de voir, espérant provoquer des recherches expérimentales du genre de celles que j'ai suggérées, recherches pouvant être faites par quiconque en aura l'occasion (1).

Une enquête de ce genre faite par M. Darwin à propos des

(1) Si M. C. C. White, après avoir lu ce qui précède et compris la nature de la question, avait doucement disposé son renard dans le gazon et s'était immédiatement caché, il aurait pu beaucoup contribuer à la solution de la question.

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insectes et araignées à clos la question en ce qui concerne ces animaux, en rendant impossible la supposition que leur manière d'agir soit due à un dessein conscient, Les faits, à l'égard des mammifères supérieurs, appellent, d'autre part, une conclusion différente, mais qui, pour être pleinement établie, demande, sans aucun doute, des faits nouveaux pour confirmer ceux que l’on connaît déjà.

Qu'on remarque, toutefois, que dans ces cas la difficulté n'est pas dans la question de l'instinct — à l'encontre de ce qui se passe chez les insectes, l'habitnde est trop exceptionnelle pour qu'on la puisse regarder comme instinctive — mais dans la question de déterminer si les effets sont dus à un dessein intelligent, ou à un résultat purement physiologique quelconque de la peur. Dans les plus remarquables des cas cités plus haut, sans doute on ne saurait adopter la dernière hypothèse, mais on le pourrait peutêtre pour quelques-uns des autres, et même, là où l'on ne saurait adopter cette hypothèse, il est indispensable de connaître la catégorie d'idées qui poussent un animal à se conduire d’une façon qui simule à tel point la mort. Ici, je n’ai à montrer qu’une chose, c'est que la difficulté à adopter une opinion n’a rien à faire avec la théorie actuelle sur l’origine de l'instinct.

Simulation de blessures.

Dans la Contemporary Review de juillet 14875, le duc d’Argyll, au cours d’un article sur l'instinct des animaux, prétend que la cane aurait à peine pu apprendre consciemment à imiter les mouvements d'un oiseau blessé ; que les jeunes harles qui restent accroupis dans la boue lorsqu'ils sont inquiétés, et se cachent ainsi tandis que leurs parents s’envolent, sont dans le même cas, M. Darwin, dans quelques notes manuscrites relatives à cet article, dit qu’il est d'accord avec le duc, et qu'il ne pense pas pouvoir attribuer à une imitation consciente des mouvements trompeurs de la mère de la couvée ; mais il pense qu’une femelle qui, par sollicitude pour sa couvée, s’efforcerait de lutter avec un quadrupède menaçant l'existence de ceux-ci, comme le fait une poule

- avec un chien, pourrait, par des attaques et des retraites alternées,

attirer, sans le vouloir, peu à peu, l'ennemi loin du voisinage du

nid. La sélection naturelle, opérant sur cette habitude primitive,

aurait pu transformer et développer en instinct l'habitude de la | 21

faite ; et si, comme cela est probable, les quadrupèdes carnivores avaient eu plus de tendances à suivre les oiseaux en apparence mauvais voiliers que ceux qui volent bien, l’habitude de laisser penure l'aile, etc., aurait pu s’acquérir peu à peu.

L'instinct de s’accroupir, manifesté par les jeunes oiseaux, instinct qui sert à les cacher aux regards, a été sans doute acquis de la même façon, et pour les mêmes raisons que s'est acquis l'instinct de simuler la mort parmi les insectes. Toutefois, cet instinct a pu être d’abord acquis par les oiseaux adultes (tout d’abord par suite de la paraiysie que provoque la terreur), puis il a pu, en vertu des principes généraux de l’hérédité, être acquis par hérédité à un âge plus tendre, par leur progéniture.

On voit donc que M. Darwin tendait à attribuer à cet instinct, tant chez la mère que chez les petits, une origine exclusivement primaire, mais je dois avouer que le cas me paraît difficile ; je suis plutôt porté à croire que l'instinct de la mère, chez le canard, le pluvier, la perdrix et tous les oiseaux possédant ce même instinct, a dû être originellement aidé par l'intelligence. Il faut admettre, d’après ce que nous savons des poules, que les sentiments maternels peuvent être assez puissants pour que la mère soit prête à se laisser tuer, ou à courir des dangers plutôt que d'exposer ses petits au danger ou à la mort. C’est pourquoi, lorsqu’en présence d’un ennemi à quatre pattes la mère commence à attaquer et à reculer de la manière indiquée par M. Darwin, si elle est assez intelligente pour remarquer qu'en reculant sans prendre son vol, elle est suivie, il n’y a pas de doute qu’elle ne puisse intentionnellement éloigner ainsi l’ennemi du voisinage de sa couvée. S'il en est ainsi, les parents qui ont eu assez de sens pour adopter ce plan de défense ont sans doute pu élever un nombre de couvées plus grand que les parents moins observateurs ; et les enfants de ces parents intelligents ont pu acquérir héréditairement une tendance à recourir à cette ruse lorsqu’elles-mêmes sont devenues mères. Ainsi la ruse originellement intentionnelle a pu lentement former l’objet d'un instinct, de façon à être maintenant pratiquée avec une promptitude mécanique par toute perdrix, par tout pluvier, par toute cane. La difficulté la plus sérieuse est celle qui consiste à expliquer l’aile pendante, et je crois qu'on ne peut la surmonter qu'en regardant cet acte, avec M. Darwin, comme d’origine purement primaire. Néanmoins, ce eas est très remarquable sans doute aucun.

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Tels sont les seuls instincts qui se soient présentés à mon esprit comme présentant quelque difficulté spéciale à l'égard de la théorie qui précède sur l’origine et le développement des instincts en général. M. Darwin, dans son chapitre sur l'instinct, dans l'Origine des espèces, a discuté à fond plusieurs autres instincts, tels que l'instinct parasitaire du coucou ; l'instinct de bâtir des cellules, chez les abeilles; l'instinct esclavagiste chez les fourmis ; mais comme ces instincts ne présentent pas de difficulté réelle, je ne m'attarderai à reprendre la besogne déjà faite par lui et d'une façon aussi complète.

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