‹ L'évolution mentale chez les animauxChapitre 58 sur 65 · SR · texte numérisé non relu

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vais, artificiellement, imiter l’excitation produite par la tête d’une chenille sur la queue de celle qui est en avant d'elle (et qui sert à faire savoir à celle-ci que la série n’est pas interrompue), j’enlevai le dernier individu de la série. Ainsi qu’il arrive toujours en pareille circonstance, la chenille placée en avant de celui-ci s’arrêta, puis la suivante, et ainsi de suite, d’arrière en avant, jusqu'à ce que toute la série fût arrêtée. Si j'avais alors remis à sa place la chenille déplacée, avec sa tête touchant la queue de l'avantdernière, celle-ci se fût remise en marche, et chacune des autres, à son tour, eût fait de même, jusqu'à ce que toute la colonne eût été tout entière en marche. Mais, au lieu de faire cela, je pris une brosse de poil de chameau et je brossai doucement la queue de la dernière chenille de ia série. Aussitôt, celle-ci se remit | en marche, et toute la série fit de même. Mais, pour que la marche continut, il fut nécessaire que je continuasse à brosser la queue de la dernière chenille. Je m’aperçus que si je brossais tant \ soit peu rudement, de façon à ne pas produire assez bien l'exci- , tation fournie par la tête velue d’une chenille, l'animal était pris { de frayeur et se jetait de côté, en s’enroulant sur lui-même. Jefis f donc une expérience, et j'intriguai l’animal, d’abord en brossant lentement sa queue pendant longtemps, de façon qu'il ne pût douter que je ne fusse une chenille, pour ainsi dire, puis à la brosser de plus en plus fort, Je pus voir alors qu'il venait un moment où l'animal était intrigué et où il hésitait, ne sachant trop s’il devait continuer sa marche ou se jeter sur le côté. II me sembla qu'à ce moment l’animal commençait à devenir effrayé, car je le brossais encore très doucement, de telle sorte que si l'animal n'eût été

était transmise d’une chenille à l’autre avec une rapidité d'un peu moins d’une seconde par chenille. En reproduisant l’expérience nombre de fois, je n’ai pu obtenir de confirmation du fait annoncé par de Villiers, au lieu que je trouvai le récit de M. Davis exact dans tous ses détails. Je suis, en outre, en état de confirmer tous les autres points de son récit des habitudes remarquables de ces larves, Je puis ajouter que, aussitôt qu'un individu de la chaîne ambulante est enlevé, la chenille en avant de lui, non seulement s’arrète, mais dodeline de la tête de droite à gauche d’une façon particulière, Ceci est peut-être un signal pour faire arrêter la chenilie en avant; mais, en tous cas, lorsque celle-ci s'arrèle, elle commence aussi à dodeliner de la têle de la même façon; et ainsi de suite pour toutes les chenilles en avant du point où siège la solution de continuité : toutes s’arrêtent et dodelinent de la tète. Elles continuent à dodeliner ainsi jusqu’à ce que ia procession se remette de nouveau en mouvement. Je n'ai jamais vu exécuter ce mouvement particulier dans des circonstances autres que celles dont il s’agit ioi.

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dirigé que par un mécanisme réflexe pur, je ne me serais pas attendu à ce qu’une différence si minime dans la somme des excitations pût produire une telle différence dans la nature de la réponse.

Eu ce qui concerne les vers, M. Darwin a montré, dans son ouvrage sur les vers de terre, que cet animal est de disposition «timide », se précipitant dans sa galerie « comme un lapin», lorsqu’il est cffrayé. Probablement d'autres espèces de vers, mieux pourvus d'organes de sens spécial et, par conséquent, plus intelligents, peuvent être mieux pourvus d'émotivité.

A l'égard des jeunes enfants, Preyer pense que la première émotion existante est la surprise ou l’'étonnement, lors de la perception de quelque changement ou de quelque phénomène particulièrement nouveau et frappant dans le milieu ambiant. Par déférence pour son cpinion, j'ai placé la surprise au même niveau de développement que la crainte; mais, naturellement, dans les deux cas, ce niveau est si bas qu'on ne peut supposer présents que les rudiments de ces émotions.

Cette phase, la plus jeune du développement émotionnel, je l’ai fait correspondre aux « Emotions ayant pour résultat la conservation de l'individu (18). Je fais correspondre la phase suivante (19) avec les progrès des émotions ayant pour résultat la conser… vation de l'espèce». Parmi celles-ci, les premières qui apparaissent sont les émotions sexuelles. Dans le règne animal ou plutôt dans

l'échelle psychologique, ces émotions sont indubitablement manifestées par les mollusques (1). Aussi, pour cette raison non moins que pour les raisons données à propos de l'association des idées, je les ai placés au niveau correspondant de l'autre côté du diagramme.

Le niveau qui suit (20) est occupé par l'affection paternelle, les sentiments sociaux, l'instinct batailleur, les émotions conduisant à la sélection sexuelle, l’industrie et la curiosité. Ce niveau correspond donc à l'origine de la branche marquée « Emotions sociales » dans l'arbre psychologique central, et à l’origine de la branche «Reconnaissance de la progéniture » du côté des facultés intellectuelles. Les animaux qui satisfont les premiers à toutes ces conditions sont les insectes et les araignées (2). Car ici, même en excluant les hyménoptères, nous avons des preuves de l’affec-

(1) Voir Intelligence des animaux, chap. rt.

(2) Voir, pour des exemples remarquables, Zbid,, chap. vi et vit.

tion paternelle sous forme des soins que nous voyons prodiguer à leurs œufs et petits par les araignées, perce-orcilles et maints autres insectes. En outre, d'innombrables espèces d'insectes ont des habitudes très sociales; d’autres sont très belliqueuses ; quelques-unes sont manifestement industrieuses (1). La plupart des insectes ailés, comme nous l'avons vu au chapitre XVIII, sont curieux, et d’après les recherches approfondies de M. Darwin, c’est aussi dans cette classe que nous rencontrons les premiers germes de sélection sexuelle,

J'ai fixé au niveau 2i à première apparition des émotions de la jalousie, de la colère, du jeu, qui se manifestent, à n’en pouvoir douter, chez les poissons (2). Au niveau 93, j'ai placé l’origine de l'affection autre que l'affection sexuelle, me rappelant les preuves d'attachement que manifesta un python pour ceux qui l'avaient gardé comme animal favori (3).

Au niveau 24, j'ai placé l'origine de la sympathie, étant donné que cette émotion existe indubitablement, bien que d’une façon intermittente, chez les hyménoptères (4) que pour d’autres raisons encore j’aicru devoir placer à cet échelon relativement élevé dans le développement psychologique.

Au niveau 95, j'ai placé l’émulation, la vanité, le ressentiment, l'amour de la parure et la terreur distinguée de la peur. Toutes ces émotions, autant que j'ai pu m'en assurer, existent pour la première fois chez les oiseaux, et dans cette classe certaines des émotions que j’ai citées comme se manifestant dans des classes inférieures, atteignent un développement considérable (5).

Puis, nous en venons au chagrin, à la haine, à la cruauté, à la bienveillance qui se manifsstent pour la première fois chez quelques-uns des mammifères les plus intelligents. Le chagrin est établi par la langueur et même la mort qui peut résulter de la séparation d’un animal favori de son maître ou deson compagnon; la haine, par le ressentiment tenace ; la cruauté, par la façon dont le chat traite les souris (6), et la bien”eillance, par les exemples

(1) Intelligence des animaux, chap. vrr.

(2) Ibid., chap. vu.

(3) Zbid., chap. 1x.

(4) Tbid., chap. ur et 1v.

(5) Intelligence des animaux, chap. x, Les oiseaux sont les animaux les plus inférieurs que j'aie vus ou que d’autres aient vus mourir Ge peur.

(6) Pour des exemples de ce fait, sauf en ce qui concerne l'éléphant, le chien et le singe, voir l’Intelligence des animaux.

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suivants que j'ai pu recueillir depuis la publication de l'/ntelligence des animaux. Au sujet d'un chat domestique, voici ce qu'écrit M. Oswald Fitch : 11 dit que l’on vit ce chat « prendre des arêtes de poisson et les emporter de la maison au jardin ; on le suivit, et on le vit les déposer devant un chat étranger, misérablement maigre et évidemment aifamé, qui les dévora ; non satisfait encore, notre chat revint, prit une nouvelle provision et recommenca son offre charitable qui sembla être acceptée avec autant de gratitude. Cet acte de bienveillance accompli, notre chat revint à l'endroit où il prenait d'habitude ses repas, près de l’évier où se lavent les assieltes, et mangea lereste des débris de poisson» (1). Un cas presque identique m'a été communiqué par le docteur Allen Thomson, membre de la Société royale de Londres. La seule différence est que le chat du docteur Thomson attira l'attention de la cuisinière sur un chat étranger affamé, en la tirant par la robe et en la menant à l'endroit où se trouvait le chat. Quand la cuisinière donna à celui-ci quelque nourriture, l’autre se promen: tout autour, tandis que le premier faisait son repas, en faisant gros dos, et ronronnant bruyamment. Un autre exemple de bienveillance chez le chat suffira. M. H.-A. Macpherson m'écrit qu'en 1876 il avait un vieux matou et un jeune chat de quelques mois. Le vieux chat, qui avait longtemps été un favori, était jaloux du petit, et lui témoignait une aversion notable. Un jour, on enleva en partie le plancher d'une chambre du sous-sol pour réparer quelques tuyaux. Le jour qui suivit celui où les planches avaient été remises en place, le vieux chat «entra dans la cuisine (il vivait presque éntièrement à l'étage au-dessus), se frotta contre la cuisinière et miaula sans trêve ni cesse jusqu’à ce qu'il eût attiré son attention. Alors, courant de-ci, de-là, il la conduisit dans la chambre où le travail avait été fait. La domestique fut très intriguée jusqu’à ce qu'elle entendiît un faible miaulement venant de sous ses pieds. On enleva une planche, et le jeune chat sortit sain et sauf, mais à moitié mort de faim. Le vieux chat surveilla toute l’opération avec beaucoup d'intérêt, jusqu'à ce que le jeune fût remis en liberté; mais, s'étant assuré que celui-ci était sauf, il quitta la chambre aussitôt, sans manifester la moindre satisfaction de le revoir, Ultérieurement, non plus, il ne devint nullement amical pour lui ».

(1) Nature, 19 avril 1883, p. 580.

Au niveau qui suit j'ai placé la vengeance, distinguée du ressentiment, et la rage, distinguée de la colère. Dans l’/ntelligence des animaux, je cite certains cas indiquant, semble-t-il, le sentiment de la vengeance chez les oiseaux (1), mais comme la nature exacte des émotions me semble quelque peu douteuse dans les cas dont il s’agit, je les laisse de côté ici, et je place la vengeance sur le niveau psychologique occupé par l'éléphant et le singe, chez lesquels cette passion est très nette (2). J'en dirai autant de la rage, distinguée de la manifestation de sentiments hostiles moins violents exprimée par le mot colére. Enfin, au niveau 28, nous arrivons aux produits les plus élevés du développement émotionnel que l’on rencontre dans la psychologie animale, par conséquent aux manifestations les plus élevées dont il doive être question dans le présent ouvrage. Ce sont la honte, le remords, la tromperie et le sens du risible. Pour des HA exemples de la manifestation de ces émotions chez le chien \ et chez le singe, je renverrai simplement à l’/ntelligence des anr-

’ maux (3).

Dans cette rapide esquisse des facultés émotionnelles telles qu’elles se présentent dans le règne animal, mon but à été de ! donner une figure générique plutôt que spécifique. J'ai donc omis

tous les détails relatifs aux particularités émotionnelles de tel et

| tel animal, aussi bien que le récit de manifestations particulières de ces émotions. Ces détails et ces particularités se trouvent en assez grande abondance dans mon précédent ouvrage, et il ne me semble pas utile, étant donné le but plus général que nous poursuivons actuellement, soit de répéter ce que j'ai dit ailleurs, soit de srrcharger la discussion en citant des faits additionnels qui ne font que venir à l’appui de la répartition générale des niveaux fixés par moi.

Avant de terminer ce chapitre, et avec lui l'ouvrage actuel, j'esquisserai de même la fixation des niveaux de l'autre côté du diagramme, montrant l'histoire probable de l’évolution mentale en ce qui concerne les facultés intellectuelles. Ceci a déjà été fait au cours des pages qui précèdent, mais je crois qu’il est utile de terminer notre analyse de la psychologie des animaux, en rapportant, les unes à côté des autres, les raisons qui m'ont engagé à

(1) Chap. x.

(2) Chap. xu et xvit.

(3) Chap. xvt el xvir.

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placer les différentes classes d'animaux aux niveaux de développement psychologique où je les ai placées, 11 me suffira de rappeler que, dans l'analyse de ce côté du tableau, je ne m'attarderai pas à la colonne qui a trail à la psychogenèse de l'enfant ; c'est là une question que j'étudierai ab énitio dans mon ouvrage sur l'évolution mentale chez l’homme. Je ferai remarquer en outre que les différentes facultés psychologiques que j'ai inscrites sur une des colonnes verticales sont destinées à représenter autant d'indices d'évoution mentale, et non à épuiser loutes les distinctions existant entre un niveau de cette évolution et un autre. En fait, considérant que notre classification des facultés est plutôt conventionnelle que naturelle nous ne saurions nous attendre à ce qu'une représentalion schématique de l’ordre selon lequel elles se sont développées püt être très exacte, car chez certains animaux existants, telles facultés sont plus développées que chez tels autres, également existants, quinéanmoins, par suile de leur psychologie générale, occupent un niveau plus élevé dans l’évolution mentale. Aussi les facultés que j'ai citées dans la colonne verticale ontelles été choisies uniquement parce qu'elles servent d'indices commodes pour marquer le progrès général de l'évolution mentale dans le règne animal.

J'ai déjà exprimé avec assez de force mes doutes relativement à la question de savoir à quel niveau placer les animaux inférieurs aux articulés ; j'ai expliqué que ce doute vient de la difficulté ou plutôt de l'impossibilité où nous sommes de savoir à quel niveau de l'évolution psychologique se présente la conscience pour la première fois. Les places que j'ai données aux cœælentérés et échinodermes sont donc, je l'avoue, arbitrairement désignées ; je ne me suis guidé que d’après le fait que je n'ai pu reconnaitre, chez ces animaux, la perception nettement distinguée de la sensation. Cette remarque s'applique surtout aux cœlentérés, qui, à mon avis, ne manifestent rien qui me semble établir qu’un seul de leurs mouvements responsifs soit de nature perceptive ou même consciente. Mon jugement, à l'égard des échinodermes, est moins assuré, car, bien que je me sente dans le vrai en les plaçant à un niveau de capacité sensitive supérieur à celui des cœælentérés, je ne suis pas assuré que je n'aurais pas dù les placer à un échelon plus élevé (par exemple 48 au lieu de 17), de façon à les faire rentrer dans la catégorie où se manifeste la première phase de la perception. En effet, les mouvements « acrobatiques » et de «remise en équi-

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