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La tentation de saint Antoine, p

S. La tentation de saint Antoine, p. 255.

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Sous ce feutre, un large front bombé prenait la moitié d^une face puissante, coupée par des moustaches blondes et retombantes. Sa taille d*athlète, son air casseur et son exubérance lui donnaient une vague re&emsblance avec le Yercingétorix de Millet.

Les colères de ce criard qui ne daignait jamais discuter posément et s*époumonnait en affirmations souvent heurtées et incohérentes, contrastaient avec la douceui de sa vie, sa patience au travail, le fanatisme tlô sei amitiés, et surtout avec les menus soins qu'il avait pour sa mère.

Dire d'un homme qu'il eut de amis nombreux et dévoués, c'est dire qu'il les méritait; cette pierre de touche ne trompe pas. Du reste, de tous les amis de Flaubert, Louis Bouilhet eut seul sur les œuvres du maltri une influence sensible. Très dogmatique et plein de partis pris, ennemi des phrases toutes faites et théoriciec de l'art pour l'art, il avait un sens critique pénétrant discutait pendant des heures sur une phrase, émondaii la prose de Flaubert de ses enflures lyriques. Flau bert se défendait comme un beau diable, se fâchait tout rouge et traitait son ami de cuistre et de pédagogue Bouilhet restait imperturbable : — Tu vas effacer cela — disait-il, et l'auteur de Madame Bovary y vaincu, ra turait en maugréant. C'est ainsi que Salammbô a éU délivrée des et qui commençaient toutes les phrases ei leur donnaient un insupportable ton épique. Flauber était trop grisé de lyrisme pour s'apercevoir de cetU monotonie. Une phrase bien faite, il n'y avait que ça Il se fichait du reste. Pour triompher de ces axiomes, i ne fallait rien moins que sa confiance en Bouilhet. Pou; Flaubert, Bouilhet n'était pas un poète lyrique de quel que originalité, mais un génie, méconnu du public

M. Maxime Du Camp, toujours cher au cœur du bon géant^ était tombé très bas dans son estime littéraire, depuis qu'il avait renoncé à la poésie et au roman pour écrire ses études sur Paris. <( Prends garde, lui disait-il, tu es sur une pente! Tu as déjà abandonné Tusage des plumes d*oie pour suiopter celui des plumes de fer, ce qui est le fait d'une âme faible. Dans la préface des Chants modernes, tu as débité un tas de sornettes passablement déshonorantes, tu as célébré l'industrie et chanté la vapeur, ce qui est idiot et par trop saint-slmonien. Tant de turpitudes ne Vont point encore apaisé, et voilà que maintenant tu vas faire de la littérature administrative; si tu continues, avant six mois, ta entreras dans l'enregistrement . »

Il fallait voir l'enthousiasme que Flaubert déployait pour les siens. Lorsqu'on étudiait à TOdéon Madame de Montarcy, de Louis Bouilhet, il voulut absolument diriger les répétitions; il arpentait la scène à grands pas, déclamait, gourmandait les artistes, tournait sur ses talons brusquement aux intonations risquées et répétait dix fois la phrase en roulant des yeux farouches. Jusque dans les dernières années de sa vie, il assistait aux « premières» de sesélèves. I] manifestait ses sympathies comme un combattant de Hemani, tapageait, criait : bravo! battait le plancher avec sa canne. Et sa haute taille, aussi bien que ses gestes, rassemblait sur lui les regards de toute la salle.

Quelques mois après la chute de son Candidat, au Vaudeville, Flaubert venait applaudir dans la même salle Fromont jeune et Risler aîné, oubliant son échec pour se réjouir du succès de M. Alphonse Daudet. Ce cœur envie, plein d'enthousiasme et de respect, ne pou-

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