‹ L'évolution naturalisteChapitre 12 sur 86 · I. Souœnirt littéraires de Maxime Du Camp, chap. xztii · texte numérisé non relu

I. Souœnirt littéraires de Maxime Du Camp, chap. xztii

vait souffrir la sécheresse d'un Mérimée [ou d*uQ Stend^ hal. En citant devant lui a Monsieur Beyle », on étail sûr de Texaspérer. Un jour Tourguéneff, grand admira teur de Mérimée, pria Flaubert de lui expliquer pour quoi il trouvait mauvaises les phrases de Colomba. Fiao bert ouvrit le livre au hasard, fit pleuvoir des qui, de que, des expressions banales. Tourguéneff s'étonnait raconte M. Zola, nous avions tort de tant raffiner, le Russes se servaient de leur langue plus .simplement C'est qu'il n'y avait pas seulement antipathie de rh^ torique entre Flaubert et Stendhal ou Mérimée; 1 lyrique qui avait besoin d'un large vêtement pour drf per sa large pensée, devinait sous la sécheresse d style la sécheresse de Tàme. Beyle, contempteur d poésie, est fils de Voltaire, et Flaubert descend de Yu tor Hugo. Les loups et les renards ne sauraient s'a] précier.

On s'explique moins le dédain de Flaubert pou n Monsieur de Musset. » 11 le considérait comme unpoèl amateur et lui reprochait ses mauvaises rimes, sai entendre, sous ces rimes lâchées, les cris d'un gran cœur malade.

La raison, peut-être, c'est que Flaubert n'a jama éprouvé de passion réelle. Les hommes de 1830 plaçaiei l'amour trop haut : Flaubert, avec ses idées très romai tiques, aurait voulu se consumer éternellement dai une adoration, rêvait une femme qu'on verrait à der res intervalles et qui serait pour l'amant une sorte c madone. Tout en désespérant de saisir Tinsaisissabl il regrettait, dans les dernières années de sa vie, de i s'être pas marié ; on le vit un jour pleurer devant u enfant. Dans une lettre à M. Maxime Du Camp, il dit Peud'hommesonteumoins de femmes que moi. — Pou

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tant ce grand et beau garçon, ce poète fîer de son corps et de son opulente chevelure blonde, inspira plus d'une passion féminine. Il les dédaignait. Les poursuites de Louise Golet, un bas bleu oublié maintenant, durent à elles seules le dégoûter de liaisons qui n'étaient pour lui qu'un délassement. La dame le pourchassa jusque dans son salon de Groisset, et, devant madame Flaubert, lui lança une bûche à la tête ; elle allait l'attendre dans les gares et lui faisait des scènes en public. Une terreur le prit, et, pour éviter ces obsessions, il n'osait venir à Paris que furtivement et s*y promenait en voiture, stores baissés. Il aimait avant tout la tranquillité de son cabinet de travail. Pour lui, la femme était un animal joli, mais qui dérange prodigieusement, et jamais il ne laissa une femme pénétrer en son sanctuaire ; il regrettait ses faiblesses comme du temps perdu. De ce besoin de tranquillité son indulgence pour les filles ; du moment qu'il s'agissait tout simplement d*un besoin physique à satisfaire, il préférait, dans sa jeunesse, une amourette de quelques jours à une liaison qui l'aurait troublé dans sa tâche.

Les femmes ont donné à Flaubert beaucoup moins de plaisir que ses amis. Les heures passées à discuter et à culotter des pipes en compagnie de Bouilhet et de M. Maxime Du Camp, plus tard, à Paris, les réunions du dimanche où se donnait rendez-vous toute la jeune école, le dîner des auteurs siffles, Concourt, Tourgaéneff, M. Zola et M. Daudet autour de lui, voilà ses meilleurs souvenirs.

Personne n'a ressenti plus que Flaubert la désespé- lX rance de ne pouvoir atteindre à la perfection rêvée. Il faisait et refaisait une page six ou huit fois, et quand il Tarait copiée sur son grand papier de Hollande» il la

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reprenait encore^ passait la nuit deasns^ la démontait et recommençait. Cette souffrance de raccoacliemeat la plongeait parfois dans des atonies prolongées : à force de chasser les répétitions, les rimes, les assonances, il se donnait des migraines et se stérilisait. 11 avait mit cinq ou six ans à faire Madame Bovary, il en mettait sept ou huit pour composer et écrire ses derniers romans. Aussi, lorsque, par haine de son premier né, i se mettait à Téplucher tout haut, y trouvait-il des né gligences sans nombre, ne comprenant pas commen (c ce bouquin-là » éclipsait ses cadets. Il est vrai que su: sept années, il en employait au moins deux ou trois i des recherches d*une minutie extrême, dépouillait m livre pour y trouver une note, et, dans la rédaction réduisait une page de notes en une ligne. Il a tcavaiU sur la langue d*Hugo, au dire de M. Zola, comme Boi leau sur la langue de Corneille, il a porté la hache dan rinextricable forêt. Là est le secret de sa stérilisation « Lentement, des jambes à la taille, puisa la tête, Flau bert devenait un marbre ^»

Ce qui rend difficile, pour ne pas dire ennuyeuse, 1 lecture des derniers ouvrages du romancier, c'est 1 manque d'un lien assez solide pour nouer toutes le parties. L'idée générale se noie dans le détail, quan ridée générale n'est pas tout à fait absente, comm àdJi^V Education sentimentale. Cetémiettement nedonn pas seulement Tindépendance aux épisodes, mais au mots de chaque phrase. Ces livres sont comme des tl bleaux très finis, mais qui n'auraient point de centn L'œil se fatigue vite à des minuties curieuses pour de hommes de l'art, mais superflues pour la foule qui n voit pas clairement à quel but ces détails concourent

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