‹ L'évolution naturalisteChapitre 20 sur 86 · Charles Demailly, p · texte numérisé non relu

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peintre avant d'entrer au cénacle. Ils se sont sentis atr tirés par le pinceau, avant d'être retenus par la plume. Ils apportent dans la littérature leur première éducation technique. Et ce n'est plus d'un instinct, mais d'un choix lihre et raisonné que naît l'impressionnisme dans le style.

Théophile Gautier se contente de la palette renouvelée par Hugo. Il connaît à fond la gamme des tons. Aucun terme de la langue ne lui échappe, et c'est par la précision des mots, par leur arrangement habile, par le souci du moindre détail qu'il évoque le monde matériel. « Voulez-vous voir Gonstantinople? écrivait Saint- Arnaud à sa femme au début de Texpédition de Grimée ; ouvrez Théophile Gautier. » Par exemple, pour ce peintre qui n'a guère que des sensations, le monde psychologique existe très peu. Dans ses livres, le descriptif triomphe, un descriptif superbe, mais froid, où Ton ne sent pas la nerveuse vibration moderne.

Au-delà de Théophile Gautier, les Goncourt. On a prétendu qu'ils avaient formé leur prose au long contact du XVIII" siècle et qu'ils ne devaient rien aux artistes du nôtre. Erreur. Watteau et Boucher ont pu léguer quelques mièvreries, des « faisanderies » ^ de style à leurs admirateurs. Mais s'ils connaissent admirablement les peintres de cette époque d'élection, les Goncourt connaissent beaucoup moins ses hommes de lettres. Sainte-Beuve l'a senti et constaté. Ge n'est ni de Jean-Jacques, ni de Voltaire, ni de Diderot que dérivent les deux frères, c'est de Théophile Gautier. De Théophile Gautier, comme Flaubert. Seulement, tandis que Flaubert se satisfait à force de précision, est une sorte de classique, à la phrase solide et marmoréenne,

i. Mot de M, Paul Bourget

aax harmonies à la Chateaubriand, Edmond et Jules de Goncourt, dans leur rage pittoresque, trépident, jettent ATeau les règles et violent le dictionnaire.

M. Jules Lemaitre fait remarquer, très judicieusement, que les pages des Goncourt ressemblent à des ébauches, pleines de grandes taches de couleurs juxtaposées, de premier coup d'œil, auxquelles manque Testompe du travail et du temps. C'est un peu trop une prose de premier jet.

Nulle recherche d'harmonie; une phrase continuellement cahotante; des successions de génitifs, des assonances et des répétitions. Essayez de lire A haute voix des phrases comme celle-ci : « Quand elle était assise depuis quelque temps devant cela, son regard, arrêté sur les statues prenant sous le feu des cierges la chaleur et la tiédeur de l'ivoire croyait, à la longue, y voir venir sous le vacillement, un peu de la vie pAle de l'autre vie ^ » La sensation est rendue, et cela suffit aux Goncourt. Ils sont comme leurCrescent: « Cequ'ih cherchait, ce qu'il rendait avant tout, c'était l'impres-] sion vive et profonde du lieu, du moment, de la saison,! de l'heure. D'un paysage il exprimait la vie latente, l'ef-i fet pénétrant, la gaieté, le recueillement, le mystère, l'allégresse ou le soupir. Et de ses souvenirs, de ses études, il semblait emporter dans ses toiles l'espèce d'Ame variable, circulant autour de la sèche immobilité du motif, animant l'arbre et le terrain, — l'atmosphère *. »

Il y a souvent dans cette prose de peintre une insistance d'expressions, comme si l'artiste mécontent de son coup de pinceau, avait donné une seconde touche, sans effacer la première : « La porte passée,

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