‹ L'évolution naturalisteChapitre 30 sur 86 · Charles Demailly^ p · texte numérisé non relu

Charles Demailly^ p

S. Préftioe de Germinie Lacerteux,

leurs œuvres, plus que n'importe qui, au radicalisme de leurs théories.

M. Alphonse Daudet s'obstine à conserver dans ses Vwres une charpente romanesque vermoulue ; il mêle à la réalité de larges coins de fantaisie. M. Emile Zola bâtit trop; Taraour de la composition, le souci des lignes ^onne à quelques-uns de ses romans une apparence architecturale et factice. Les disciples de Flaubert, H. de Ma u passant en particulier, ne savent pas sacrifier à la vérité l'arrondissement d'une phrase ou un effet fantastique. Les monographies des Goncourt ont la nudité et la simplicité de la vie. Madame Gervaisais est le type extrême du roman nouveau. D'intrigue, point; d'échafaudage savant, point : le développement d'un certain tempérament dans un certain milieu, au petit konheur de l'existence. L'école tendra à coup sûr de plus en plus vers cette sévérité robuste. Le souci d'intéresser la lecteur par Tagencement habile du récit s'oppose au triomphe de la pleine réalité. D'ailleurs, par cela même qu'on écrit un livre vrai, on écrit un livre intéressant. La vie peut seule remuer et passionner. On en arrivera à dédaigner l'orfèvrerie de la phrase. Saint- Simon qui ne composait pas, qui ne se relisait pas, qui s'abandonnait à ses enthousiasmes et à ses colères, mais qui savait voir et traduisait ses impressions en coloriste puissant, dépasse de la tête les plus grands prosateurs de son siècle. Les Mémoires du duc captivent, parce qu'ils charrient à larges flots l'humanité, toute rhumanité.

MM. de Goncourt, eux, ont le tort de trop choisir. L'ambition du roman contemporain est de donner la physionomie de notre époque. En étudiant l'homme moderne dans les diverses classes de la société, on ar-

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rive à reconstraire cette société toat entière. Mais à une condition : qa*on rejette au second plan les cas exceptionnels poar s*attacher de préférence à l'analyse du lieu commun.

Dans la voie de Texception où comptez-vous vous arrêter? Vous reprochez à Hugo Gw>'npiaine ou Han dislande. Supposez pourtant que Han d'Islande soit dans la nature. Hypothèse à la rigueur admissible. Han dislande vivant est un phénomène. Hugo dira : « Oui, les Han d'Islande sont uniques dans leur genre, mais ils m'intéressent, précisément parce qu'ils sont uniques. Les monstres seuls me captivent et j'ai bien le droit de les étudier puisque, quoique exceptionnels, ils participent à la vie réelle. Je travaille d'après vos principes. » Vous répondrez qu'on ne doit étudier que des êtres bien constitués, si l'on veut avoir l'idée d'une espèce. Un savant s'occupe de la race ovine. Ira-t-il prendre pour sujet d'observations et d'expériences un mouton à cinq pattes ou à deux têtes ? Ce serait, il faut l'avouer, un singulier point de départ. Eh bien, vous qui, voulant étudier l'humanité, choisissez des cas bizarres, vous ressemblez au savant qui appliquerait à toute l'espèce ovine les remarques faites sur le mouton à cinq pattes et à deux têtes.

La vie d'une grande ville ne saurait tenir dans les quatre murs d'une salie d'hospice. Bon de se borner parfois à l'examen de singulières plaies humaines, mais de temps en temps il faut sortir, humer la brume des boulevards

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