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LES ROMANS DE M. EDMOND DE GONCOURT

Dans le8 Frères Zemganno, M. Edmond de Goncourt s'est servi d'une allégorie transparente, pour indiquer les caractères qui la différenciaient de son frère Jules : « Chez l'aîné, écrii-il, les dispositions réflectives et les tendances songeuses de son être surexcité par une singulière activité cérébrale, appartenaient tout entières dans sa profession de la force et de l'adresse physique, à l'invention abstraite de conceptions gymnastiques presque toujours irréalisables, à la création de rêves clownesques impossibles à mettre en pratique, à l'enfantement d'espèces de miracles demandés aux muscles et aux nerfs d'un corps. Du reste, même dans la pratique matérielle de ce qu il exécutait, Gianni donnait une large part à la réflexion et à l'action de la cervelle... Le plus jeune... plus bohémien de la lande et de la clairière, — et par cela plus poète, — vivait dans une

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sorte de rêvasserie heureuse, souriante, pour ainsi dire, sensuelle, et d'où tout à coup jaillissaient des imaginations moqueuses, des fusées d'une gaieté attendrie, des excentricités folles. Et ces qualités faisaient tout naturellement de Nello Tarrangeur, le trouveur de jolis détails, le pareur, le fioritureur de ce qu'inventait de faisable son frère... ^ »

C'est de la réalité un peu transformée pour les besoins du livre. Sans vouloir pénétrer au fond de la collaboration fraternelle des Concourt, sans lui enlever de son mystère, j'incline à croire, en rapprochant simplement les romans écrits en commun des romans de M. Edmond de Concourt seul, que Tainé était surtout le constructeur. Jules semait sur toutes les pages sa verve étincelante, et retenait son frère sur la pente de la fantaisie. kvee son esprit et sa netteté toute parisienne, il devait être un critique très sûr et très pénétrant.

Dans le jeune frère il y a un poète aristophanesque, à Tesprit attique, ailé, au regard vif, perçant, moqueur; Jules trouve tout de suite le mot juste et spirituel et ses boutades ont une pointe de gaminerie parisienne. Par exemple, il dira dans le post-scriptum d'une lettre adressée de Trouville à M. Burly : « M. Thiers se romè ne ici tous les jours habillé tout en blanc : on dirait Polichinelle voué à la Vierge. »

Dans le frère aîné, il y a un poète rêveur, un sentimental, un romantique assoupi.

Pour faire saillir les contrastes, j'accuse peut-être trop de simples nuances, les deux esprits étant jumeaux: « Les deux frères, dit encore M. Edmond de Concourt, tenaient l'un à l'autre par des liens mystérieux, des attaches psychiques... Ils ressentaient des sympathies 1. Les frères Zemganno, p. 197.

OU des antipathies pareillement soudaines .. Non seulement les individus, mais encore les choses, avec le pourquoi irraisonné de leur charme ou de Jeur déplaisance, leur parlaient mèmement à tous les deux. Enfin . les idées naissaient communes aux deux frères^ qui, hien souvent, après un silence, se tournaient l'un vers l'autre pour se dire la même chose... * » C'est par des détails d'une extrême ténuité que se révèlent les différences. Les Goncourt ressemblaient à deux manuscrits d'un livre, distingués par quelques variantes.

Ce n'est que cinq ou six ans après la mort de son frère, que M. Edmond de Goncourt, obsédé de littérature, tourmenté par le besoin de produire qui est au fond de tout artiste, se remit au travail, tristement.

La fille Elisa^ son premier travail solitaire, est une sobre et sévère étude sur la prostitution et le régime pénitentiaire. La monographie devient de plus en plus nue; les habiles procédés décomposition sontde plus en plus écartés. Malgré le choix hardi du sujet, l'auteur a écrit un livre très chaste, qui fait songer. Plus, bien plus que dans Germmie Lacerteux, il intervient pour développer sa thèse : la fille Elisa tient à la fois de Tétude sociale et du plaidoyer. Ce n'est ni la reproduction picturale des milieux, ni la recherche du cas pathologique, ni le frissonnement du style qui peuvent donner des indications nouvelles sur le talent de M. de Goncourt, mais bien ce constant souci humanitaire. Parfois, dans la solennité apprêtée des périodes, à travers le cliquetis des grands mots personnifiés par la majuscule, on croit entendre un écho du Dernier jour d'un condamné. L'assassinat qui fait le nœud du livre ne se comprend pas facilement. L*auteur, toujours à la recherche des sensa-

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