Les flrères Zemganno
ii4 ' L'ÉVOLUTION NATURALISTE
lions et des sentiments rares, ne va-t-il pas trop loin en prêtant à son héroïne la fureur sanglante d'une fîère jeune fille violée ? Bien poétique aussi le fusilier Tanchon. « Ses amours d'abord chastes et dédaigneuses des campagnardes, et toutes à une délicate sainte, martyrisée dans un tableau d'une chapelle de sa montagne, avaient brûlé en lui, dans un transport de la tête ressemblant à un embrasement divin ^ » Et de grandes phrases purement lyriques : « Le soldat, le marin les emportent dans leur pensée, et dans les rêveries silencieuses des nuits du désert, des nuits de TOcéan, dans le recueillement concentré des heures de souffrance et de misère, la vision de ces femmes lumineuses leur revient *. » Plus loin, c'est une description apocalyptique des environs de Noirlieu, où l'entassement des mots et des images grandioses produit la plus épouvantable cacophonie. La phrase, de plus en plus déhan chée, est de plus en plus insoucieuse d'harmonie. Ce que je préfère, ce sont les chapitres consacrés à l'étude des prostituées, compagnes d'Elisa, ou ce superbe intérieur d'un bordel provincial avec les curieuses physionomies de Madame et de Monsieur, et, dans un coin, sous le rond lumineux d'une lampe, la figure blême et liseuse du fils de la maison. Là sont condensées une multitude de fines observations.
Dans la Faustin, M. Edmond de Goncourt s'est encore abandonné davantage à son humeur rêveuse. Il voulait étudier la femme de théâtre, toujours et partout comédienne. Il ne nous a donné que des fragments de vérité : La visite chez le vieux savant grec, la répétition de Phèdre, la survenue de lord Annandale, le soir