Le Petit Chose , préface
vie inspirèrent plus tarda M. Alphonse Daudet le projet d'écrire le « poème de la faillite, » un César Birotteau contemporain. Ce devait être le germe de Fromont jeune et Risler aîné, M. ErnestDaudet,plus vieux que son frère de trois ans, remplissait dans la triste maisonnée de Lyon le rôle de factotum. Chargé des commissions les plus délicates, des visites au Mont de Piété et même des menus achats, car la gêne ne permit pas longtemps à lafaraille de conserver une bonne, il devint d'une sensibilité maladive qui se manifestait invariablement par des larmes. Le Jacques du Petit Chose c'est M. Krnest Daudet. Il y avait un troisième frère très musicien, àme mystique dans un corps frêle; il mourut tout jeune au moment où il quittait le séminaire, pris de scrupules sur la réalité de sa vocation religieuse. Dans un chapitre de son premier roman , M . Daudet a rétro u vé Timpression lugubre de cette disparition. « J'ai encore dans les oreilles le cri du pauvre père devinant que son fils venait de mourir: si navrant, si poignant, ce premier grand cri de douleur humaine tout près de moi, que toute la nuit en pleurant, en me désespérant, je me surprenais à répéter : « Il est mort... » avec l'intonation paternelle. » *
A travers ces douleurs, les études continuaient, d'abord à la manécanterie de Saint-Pierre où l'on chantait et où l'on servait la messe continuellement, puis au lycée de Lyon. Vincent Daudet s'imposait pour l'instruction de ses fils les derniers sacrifices. Au lycée, d'abord mal vu, à cause de sa mise chétive, le futur romancier du Nabab se faisait remarquer bien vite par l'originalité de son esprit et aussi par ses escapades. Entraîné par ses goûts aventureux, ses expériences, son amour des exer-