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Les Rois en exil

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tioQ qui inspirent seules l'écrivain, mais les paysages et les hommes. De poète subjectif il devient poète objectif. Les Lettres de mon moulin sont tout embaumées d'un parfum de lavande; on y voit déjà se déployer au son du tambourin les longues farandoles du Nabab et de Boumestan, garçons endimanchés, filles en jupes bariolées, et les cris d'enthousiasme s'égarent dans le bleu. Le méridionalisme, l'allure précipitée du récit accentuent la phrase originalement ; et les contes se déroulent comme la farandole, mi-touchants, mi-joviaux, passant de l'élégie a la gaudriole d'almanach.

Ecrits au lendemain de la guerre, les Contes du lundi ont pris le deuil. De ci, de là, le canevas sombre se teinte d'une ironie ou d'une espérance. M. Alphonse Daudet a le patriotisme discret. Il pense que les nobles sentiments humains ne gagnent rien àètre profanés par de gros cris. Il va droit aux cordes sensibles et profondes. Dans Fromontjeune^ pour éviter un thème banal, il a transformé en Suisse son caissier Alsacien.

Les Contes du /wnrfî* renferment plusieurs petits chefsd'œuvre, entre autres l'histoire du vieux cuirassier foudroyé par la vue des Prussiens dans Paris. Celui qui a imaginé un pareil drame, d'intérêt croissant comme une pièce bien ordonnée, qui a pu le conduire avec une naïveté de moyens et une vraisemblance admirable, sans fausse note, pouvait bâtir de savantes intrigues, s'il n'avait dédaigné les succès faciles.

Cette merveille de simplicité, de grâce et de force, tient en dix pages. Poignante également la partie de billard du maréchal. Sous le ton contenu, bout une indignation qui s'échappe en sanglantes railleries. Le style est exquis. L'auteur, sachant que le temps, quoiqu'on ait dit Molière, est indispensable à l'éclosion

d*une œuvre belle, consacrait huit jours pleins à la composition et à récriture de chaque conte ; il ne se lassait pas de ciseler cette fine prose comme les Parnassiens cisèlent leurs vers.

Robert Helmont date aussi de ce temps. Lors de la déclaration de guerre^M. Daudet habitait à Ghamprosay Tancienne maison d'Eugène Delacroix. Il venait de se casser la jambe, et, pris dans les éclisses, éprouvant des douleurs lancinantes, il percevait à travers son cauchemar le moindre écho des événements, batailles perdues, craquement de tout Tédifice. Assez guéri pour se faire transporter dans Paris, il eut, après la Commune, la vision de ce qui lui serait arrivé si son mal Tavait forcé à séjourner plus longtemps à la campagne. Cette existence emplie d'angoisses par le bruit lointain du canon et Tabsence de nouvelles, cet isolement « de fourmi au ras de terre, au milieu du bouleversement d'un monde, » lui inspira le journal d'un solitaire. Robert Helmont parut en 1873, chez Dentu, accompagné d*études un peu disparates, qui semblent détachées des deux recueils précédents. Il y a dans le livre des coins de forêts tout verts et pleins de senteurs vivifiantes, de bruissements de feuilles, de pépiements d'oiseaux et de bonds de chevreuils dans les taillis. La vie des bois y est rendue avec un charme et une exactitude qu'envierait M. André Theuriet. Quelques-uns de ces paysages se retrouveront dans Jack, D'autres éléments essentiels du même Jack sont puisés dans les Femmes dartûtes, une série de nouvelles où la verve du méridional 86 donne carrière. L'auteur a vu dans sa jeunesse bien des couples mal assortis, des artistes qui ont épousé les maîtresses de leurs folles années, esprits bas et bornés; des bourgeoises unies à des poètes et ne les comprenant

pas plus que Tàne ne comprend le rossignol. Il a saisi ces profils grotesques ou touchants ; il a raconté ces vies gâchées pRr les entraînements irréfléchis du cœur. C'est le ténor mari d'une cantatrice,qui adore sa femme, mais exècre en elle Tartiste et la fait siffler; c'est l'intrigante hissant à l'Institut un sculpteur médiocre et consciencieux dont la fortune s'attache au frou-frou de ses jupes ; c'est l'anciennne boutiquière qui montre mystérieusement à ses amies, comme les papiers d'une société secrète, les manuscrits de son poète : « Dire, ma chère, qu'il s'enferme pour écrire ça ! Des vers I S'il imitait au moins son ami W*** qui rédige des feuilletons, ca ferait bouillir la marmite. » C'est un intérieur de bo-

hême toujours semblable à un campement, où cinq grandes filles courent à droite et à gauche, pendant que le père travaille et que la mère dort dans son hamac perpétuel ; elles cherchent toutes quelque chose, qui son dé, qui ses aiguilles, qui sa dentelle, qui son crochet. Et comment les trouver dans le tohubohu I C'est le faux poète d'Argenton cirant son irrésistible moustache et dressant d'un air fatal sa tête immense, vide de talent, mais pleine de vanité et d'égoïsme. C'est madame Heurtebise crucifiant le pauvre garçon (juiTa sottement épousée. Ces supplices intimes, cet accouplement de deux êtres dissemblables, sans une idée commune, vivant côte à côte pendant des années, étrangers l'un à l'autre, sont aussi cruels que des misères plus apparentes.

Voilà l'étofTe de bien des romans. De la note informe, qui est un embryon, sort le récit déjà très soigné en huit ou dix pages. Les développements accessoires s'ajoutent par couches successives ; la nouvelle enfante le roman. En étudiant la genèse des livres de M. Dau-

det, on voit 8*élargir les plans primitifs. Ce talent qui grandit crève ses vêtements trop étroits. Dans les Lettres de mon Moulin, germe P Artésienne ; dans les Femmes d'artistes se trouve une première épreuve du pontîfîanl d'Argenton etdesesamis, VempoisonneurHirsch, rhomme qui a lu Proudhon ; dans Robert Helmont, deux études dessinent les principales physionomies du Nabab. On découvrirait bien d'autres traits à droite et à gauche, colligés dans les grandes œuvres, si Ton dépouillait en détail les volumes de contes et d'études: le procédé apparaît. Et ce ne sont pas seulement des types, mais de menus détails, des phrases, des effets que le poète a essayés et qu'il reprend plus tard pour leur donner toute leur valeur. En parlant d'un artiste tel que M. Daudet, on ne saurait trop insister sur ces moyens techniques qui révèlent les secrets de son esprit. Dites-moi comment un écrivain travaille et je vous dirai ce qu'il est. Quelques rapprochements.

On lit à la fin de l'étude intitulée, la mort du duc de M***: « Je l'ai revue plus lugubre encore cette chambre de mort. Les fenêtres grandes ouvertes. La nuit et le vent du jardin entrant librement dans un grand courant d'air. Une forme blanche sur un tréteau. Cest le corps qu'on venait d'embaumer. Le tête creuse, remplie d'une éponge, la cervelle dans un baquet. Le poids de cette cervelle était vraiment extraordinaire. Elle pesait... Les journaux du temps ont donné le chiffre, mais qui s'en souvient aujourd'hui ?... »

Telle est la note sur la mort du duc de Morny dans sa première rédaction.

Voici la seconde rédaction, à la page 362 du Nabab, fin du chapitre XVIII.

« D'antres que Jansoulet l'ont vue plus lugubre encore,

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cette pièce mortuaire. Les fenêtres grandes ouvertes. La nuit et le vent du jardin entrant librement dans un grand courant d*air, une forme sur un tréteau : ]e corps qu'on venait d'embaumer. La tête creuse remplie d'une éponge, la cervelle dans un baquet; le poids de cette cervelle d'homme à' Etat était vraiment extraordinaire. Elle pesait... elle pesait... Les journaux du temps ont dit le chiffre. Mais qui s'en souvient aujourd'hui? »

J'ai souligné quelques petites différences entre les deux textes, pour montrer en quoi consiste le suprême travail : suppression de mots incolores et parasites ; banalités remplacées par des expressions sonores ; contrastes accentués. Ce mot « mortuaire » à dans ses syllabes je ne sais quel lugubre retentissement, comme le bruit du vent dans une salle où la mort a passé.

Autre exemple é! effet y tiré de plus loin :

Tout le monde, en visitant le Père-Lachaise, est frappé par l'expression surhumaine du buste géant de Balzac, œuvre de David d'Angers. Devant cette tête énorme un beau vers de la seconde Légende des siècles revient naturellement à la pensée :

Un poète est un monde enfermé dans un homme.

La Comédie humaine semble emprisonnée dans ce crâne titanique.

M. Alphonse Daudet a dû souvent s'arrêter, pensif, devant le maître, car cette image l'obsède. Dans un Conte du lundi, une page historique, la Bataille du Père-Lachaise, il a eu l'idée de rendre Balzac témoin des dernières convulsions de la guerre civile et des désordres des époques tragiques.

« J'évoquais cette nuit de mai, traversée d'obus, rouge de sang et de flammes, ce grand cimetière désert éclairé comme une ville en fête, les canons abandonnés

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au milieu du carrefour, tout autour les carreaux ouverts, l'orgie dans les tombes, et près de là, dans ce fouillis de dômes, de colonnes, d'images de pierre que les soubresauts de la flamme faisaient vivre, le buste au largefront, aux grandsyeux, de Balzac qui regardait. » C'est un exemple de ces phrases larges, harmonieuses comme de beaux vers par lesquelles M. Alphonse Daudet aime à finir ses nouvelles, laissant le lecteur sous l'impression d'un dernier coup grandiose, qui parfois résume toute la pièce.

Ouvrons encore le Nabab à la fin du chapitre XIX, les funérailles du duc de Mora. Jansoulet et Hémerlingue, subitement réconciliés, s'en vont au bras l'un de l'autre, suivant l'écoulemen t de la foule. L'idée du buste de Balzac qui domine le Pèrc-Lachaise se présente aussitôt à l'esprit de M. Daudet. Le grand romancier sera encore témoin de cette scène ; son ombre planera sur ces profils grotesques ou grands.

« Et pendant que les deux silhouettes, l'une haute, carrée, l'autre massive et courte, disparaissaient dans les détours du grand labyrinthe, pendant que la voix de Jansoulet guidant son ami: « par ici, mon vieux... appuie-toi bien, » se perdait insensiblement, un rayon égaré du couchant éclairait derrière eux, sur le terreplein, le buste expressif et colossal, au large front sous les cheveux longs et relevés, à la lèvre puissante et ironique, de Balzac qui les regardait... »

Dans les deux morceaux, la phrase a la même allure, la même coupe. On voit que l'auteur du Nabab a puisé dans les Contes du Lundi, Mais il a développé les indications originelles ; des traits vagues du premier Balzac se précisent et se complètent. Ëh bien ! le poète procède toujours ainsi ; il traite les grandes chosescomme desdé-

taîls ; il revient sur ses crayons primitifs et les accentae.

Je n*analyserai pasdes romans qui ont eu cinquante ousoixante éditions. Je me bornerai aux caractères généraux.

Une question bien simple donne sur un écrivain les renseignements les plus essentiels. Quels sont les personnages de ses livres qu'il reproduit le plus souvent et dont il caresse amoureusement la physionomie? On a des chances pour retrouver en eux une image de Tauteur, plus ou moins atténuée. Hernani et Ruy Blas laissent de vjper^ous leur masque Victor Hugo lui-même ; Chatterton exprime les mélancolies et les aspirations d*Alfred de Vigny ; Rolla ou Don Juan symbolisent Musset; M. Emile Zola s'est portraicturé dans Eugène Rougon, avide de puissance, trapu et musculeux, capable de porter un Etat, plein de confiance en lui et de dédain pour les faibles.

Or, les héros de M. Alphonse Daudet, ce sont les humbles ; les natures délicates et souffrantes, les nerveux, ces êtres frêles qu'un souffle brise, lui ressemblent ; son génie s'incarne dans la petite Delobelle, rêveuse et habillant ses oiseaux de plumes brillantes, avec un sourire d'attendrissement. Le romancier a mis dans cette création du cœur le meilleur de lui-même.

Et la pauvre boiteuse a bien des frères et des sœurs; le petit Zara des Rois en exil^ rachitique enfant d'une race épuisée, dont la maigreur et l'infirmité désolent la reine, incapable de porter une lourde couronne, de monter à cheval et de se ruer dans les batailles comme ses pères, emblème vivant « d'une grande vieille chose morte ; » l'Hortensede Numa Roumestan^ traînant dans une société bête la féerie de ses rêves maladifs et les dernières ardeurs d'une vie qui faiblit ; le roi nègre Ma-

dou, exilé du soleil, emprisonné dans un air brumeux et dans les bassesses delà domesticité, tournant dans sa cage, obsédé par la vision du bleu, « le bleu de la mer voyageuse et du grand ciel ouvert. » Jack étouffé par la chambre de chauffe, expirant dans le lit banal de Thospice, sans un mot de reproche pour sa mère, Jack a vécu. M. Alphonse Daudet a connu ce pauvre garçon, doux et pardonnant, en 1868, dans une villégiature près des bois dé Sénart. La fantaisie d'un amant de sa mère Pavait jeté dans un métier manuel ; de constitution faible il s'épuisa à cette dure besogne et devint phthisique. Le malheureux déshérité avait conservé d'une éducation première très insuffisante quelques vagues notions ; il aimait passionnément à lire, et M. Daudet fut son initiateur, son premier maître. Envoyé d'abord à l'hôpital de la Charité d'où il sortit, grâce à un miracle de jeunesse, puis en Afrique où l'on comptait sur la médication du bon soleil, Raoul D***, — c'était son nom — expira à l'hôpital d'Alger, réclamant en vain un mot de sa mère. Point mauvaise et pervertie, rette mère que M. Alphonse Daudet a devinée à travers les confidences naïves du fils, mais d'une légèreté in<îurable, d'un esprit affolé d'oiseau. Après avoir lu Jack^ Georges Sandécrivaità l'auteur: « Votre livre m'a tellement serré le cœur, que j'ai été trois jours sans pouvoir travailler. »

Impression poignante, mais qui ne naît pas de Jack seul. L'écrasement du Nabab sous l'injustice de tous ;cette bonne face de kalmouk aux grosses lèvres et au nez épaté se réfugiant enfantinement dans le châle de sa vieille mère paysanne; les derniers coups de pied des civilisés à ce sauvage trop confiant, tombé dans la ville des coapeurs de bourses, ont je ne sais quoi de plus trag

que encore et nous arrachent des larmes. Le sommet de la carrière littéraire de M. Daudet, ce roman. Ç*a été « rheure de son plein été aux fleurs ouvertes, aux fruits ployant leurs rameaux d'or... » Avec sa multiplicité de personnages, sa vie grouillante nous traînant dans les milieux les plus disparates, ses changements à vue, son bourdonnement de ruche, le livre donne Timpression du fourmillement des foules. Dans ce monde affairé, haletant, fiévreux du combat pour la vie, Jansoulet se trouve perdu, noyé, et toute cette multitude le renverse et lui passe sur le corps. On a parlé de décousu, on a invoqué de prétendues règles, sans voir que M. Daudet n'abandonnait la route ordinaire que pour obéir à une loi supérieure de Part, la loi d'harmonie entre le sujet d'un livre et les procédés de composition et de style. Ce n'est pas l'histoire d'un homme, mais l'histoire du monde officiel sous le second empire, si bien vu par le romancier de 1877. Le Nabab fait planer sur toutes ces tètes sa grande ombre de victime.

Encore une victime, et du même genre, que le Ris- 1er aîné de Fromont. Toujours la bonne et franche nature aux prises avec les perversions des êtres gâtés de la décadence. M. Daudet s'attache à faire ressortir ce type d'honnête homme, de commerçant loyal, aux larges épaules, aux manières un peu rudes, un peu gauches, aux lèvres charnues et souriantes, aux gros yeux doux. Gustave Flaubert aurait de préférence disséqué Sidonie.

Charles Dickens lisant le Petit Chose, y avait trouvé l'écho de sa sympathie pour les souffrants et les faibles. Comme lui, M. Alphonse Daudet s'est vu forcé, bien jeune, de gagner le pain quotidien ; comme lui, il sait faire passer dans sa prose le grand souffle de la vie

réelle; comme lai enfin, dans ses tristesses juvéniles il a puisé le don des larmes. On a rapproché des chapitres ressemblants du romancier anglais et du romancier français, entre autres la scène de la crèche dans le Nabab, d'un épisode parallèle, tiré de Nicolas Nikkby . « Gela ne prouve qu'une chose, dit II. Daudet, c'est qu'il y a des esprits de même famille. »

De Dickens notre compatriote a hérité encore le goût du détail familier. Il est le poète du « home, » des logis bien clos où les têtes blondes ou grises, dans le calme de l'intimité, se dorent de la poussière lumineuse des lampes. Dédaigneux des banalités oratoires, il trouve un accent au moindre mot, une signification touchante à la moindre chose. Dans YEvangéliste, les lunettes de grand'mère retrouvées au milieu des contes d'Andersen traduisent mieux que de longues phrases les ironies de la mort, la cruauté des interruptions éternelles. L'acuité de ces douleurs ne sera saisie que des esprits d'élite. La masse a l'épiderme trop épais pour saigner de ces fines blessures. £t les enfants! comme l'écrivain les aime et les comprend I comme dans ses livres on retrouve leurs courses folles, leurs grâces et leur gazouillement d'oiseaux I Chez le photographe de Robert Hel- ^ mont il y a un ébouriffement de têtes mignonnes; la noire étroitesse du logement Joyeuse s'éclaire de la roseur des chairs neuves et saines, s'égaie du trottinement menu des petits pieds. C'est que M. Daudet aime son chez soi, et se repose des cris de la rue, au milieu des attentions et des confiances familiales; il connaît le prix d'un sourire aimant. On l'a vu, dit M. Claretie, a chez le docteur Fotain solliciter et attendre durant des heures, pour amener le médecin au chevet de son enfant malade. » Comme la reine Frédérique des Rois en exil.

De même que son profil, a d*une beauté fine et nerveuse de cheval arabe *, » Tesprit et le cœur de M. Daudet ont une délicatesse aristocratique.

Le tempérament explique le style d'un romancier aussi bien que sa méthode de travail. Il n'était pas difficile de prévoir que M. Zola, nature pondérée où le sang et les nerfs restent en parfait équilibre, simplifierait la manière de ses livres de maturité et que M. Daudet suivrait la route inverse. Parti d'un style relativement simple, il aboutit à l'impressionnisme forcené des Goncourt. Il traduit seulement dans un paysage ou dans un groupe l'aspect qui le frappe. Voici une page de Roumestan très critiquée et très typique. « Une décoration verte de palmiers, de bananiers à longues feuilles immobiles sous les lustres, faisait un fond de fraîcheur aux toilettes des femmes alignées et serrées sur d'innombrables rangs de chaises. C'était une houle de nuques penchées et ondulantes, d'épaules et de bras sortis des corsages comme du chifTonnage d'une fleur entr'ouverte, de coiffures piquées d'étoiles, les diamants mêlés à l'éclair bleu des cheveux noirs, à l'or filé des crêpelures blondes; et des profils perdus, de santé pleine, en lignes arrondies de la taille au chignon, ou de fine maigreur, élancés de la ceinture serrée d'une petite bouche brillante au cou long, noué d'un velours. Les éventails, l'aile dépliée, nuancée, pailletée, voltigeaient, papillonnaient sur tout cela, mêlaient des parfums de white rose ou d'opoponax à la faiblie exhalaison des lilas blancs et des violettes naturelles. »

Imaginez un peintre de la nouvelle école en face de ces alignements de femmes. Il commencera comme le romancier par masser vaguement les verdures et,

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