‹ L'évolution naturalisteChapitre 49 sur 86 · Une Campagne · texte numérisé non relu

Une Campagne

seraient pas de trop pour imposer à tous un talent discuté; on allait en avant, plein d'espoir.

Il ne faut pas beaucoup d'imagination pour se figurer tous les reproches que Ton peut adresser aux rimes que M. Alexis a publiées. Les malveillants ont bien ri de certains passages naïfs, tout en fustigeant Tauteur des RougorirMacquart sur le dos du poète. Voilà la taverne des Contes d'Espagne et dC Italie , Talcôve de Don Paëz et de Rolla, l'apostrophe à Don Juan, l'apostrophe au Christ, l'apostrophe à Dieu le père; voilà les paradoxes qui faisaient bondir le bourgeois de 1830, Tallure tapageuse et la pose libertine de Musset;

.... Le réel n*a point passé par là.

Toute cette défroque romantique que le poète des iVw//* portait si cavalièrement, sied assez mal à M. Zola. 11 n'a su s'en débarrasser ni dans les Contes à Ninon ni dans/a Confession de Claude, et date vraiment de rAéme Raquin, On n'écrit pas à vingt ans la Curée ou V Assommoir, La critique accabla d'éloges les Contes, avant d'appeler M. Zola « an égoutier littéraire. » Son inintelligence aime le banal, s'effraie du nouveau.

Dans la Confession de Claude, le véritable tempérament de l'artiste se laisse deviner, mais les détails réalistes n'abondent point. Le livre, sous sa forme d'autobiographie et avec son style déclamatoire fait penser à la Confession d'un enfant du siècle. Jusqu'où alla cette influence de Musset? Le désespéré des Nuits n'est certes pas un précurseur de l'école actuelle. Et pourtant Sainte- Beuve le qualifia un jour de réaliste. L'Académie couronnait les Poèmes Evangéliques de M. Victor de Laprade. Musset, un peu étourdi par cette poésie qui chante dans le bleu, sur les cimes, sansjamais daigner descendre, se

pencha vers son voisin et murmura avec une nuance marquée de dédain: Vous trouvez quec^estun poète, çà? A quoi Sainte-Beuve repartit : Oui, un poète, et même un poète de beaucoup de talent, mais vous ne pouvez le comprendre, car en somme, vous êtes un réaliste, vous * I

Réaliste ou non, Musset a conservé en M. Zola un fidèle : c*est toujours Tenthousiasme de la seizième année. Les jeunes admirations comme les jeunes amitiés pous suivent dans la vie.

Quoi d*étonnant qu*au sortir du collège^ on imite les poètes dont on s'est grisé? Dans les premières œuvres de M. Zola, sous le pastiche presque continuel, on trouve en germe la note douce et ardente qui fait le charme de VAbbé Mouret, cette note qui éclate çà et là dans les autres livres du romancier. Souvenez-vous des amours muettes de Gervaise et de Goujet dans les lueurs et les grondements d'une forge; rappelez-vous les caresses de Nana et de Georges en pleine campagne, cette idylle mêlée au drame de la chair.

Au milieu des dégoûts fatals de la vie littéraire, c'est aux jours ensoleillés de son enfance que l'esprit de M. Emile Zola aime à remonter, et, dans ces instants, le rude romancier se change en un poète attendri. Il se repose des sécheresses de l'analyse « dans une réalité poétique ; *» des souffles de jeunesse lui reviennent; il écrit comme il écrivait jadis, le cœur plein de chaudes tendresses, les yeux éblouis par les horizons lumineux de la Provence.

Autour d'Aix, la romaine, il n'est pas de ravines, Pas de rochers perdus au penchant des collines,

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