Guy de Maupassant Vénus rustique
Et la courtisane putréfie tous ceux qu'elle étreint de ses cuisses nerveuses, dans son grand lit d'argent, semblable à un autel; les secrets des familles, leur destinée lui sont livrés; Tordure et la honte pénètrent dans le foyer domestique. Des fortunes monstrueuses disparaissent^ morceau par morceau, englouties dans cet estomac insatiable ; elle les croquait « comme elle croquait entre ses repas un sac de pralines posé sur ses genoux. » Et des morts Tenvironnent : « la mouche, envolée de Tordure des faubourgs, apportant le ferment des pourritures sociales, avait empoisonné ces hommes^ rien qu'à se poser sur eux. »
Tous ces ferments vont mijoter dans la marmite des familles. Dans Pot-Bouille, M. Zola étudie toutes les variétés d'adultère qui sévissent dans la bourgeoisie, résultant soit de l'éducation, soit du tempérament. Berthe Josserand, avec son perpétuel flirtage, encouragé par la mère, prend des besoins de luxe au milieu des misères dorées de son adolescence, et, après le mariage, entraînée par sa frivolité, ses goûts et ses habitudes, se jette dans les bras du premier amant venu. A Tétage au-dessus, l'adultère par désœuvrement, par ennui, par bêtise. Plus bas, chez les Vabre, l'adultère hystérique. Et chez les Campardon la corruption des enfants par la domesticité. Puis Duveyrier, le mari qui a un ménage en ville, d'attitude sévère, de propos graves, de mœurs libres.
Allez rue de Çhoiseul. Je gage que vous verrez le solennel concierge, M. Gourd, qui n'aime pas la racaille ouvrière, planté dans le vestibule, sa calotte de velours sur la tête et gourmandant la pauvre femme de ménage qui est son souffre-douleurs. L'escalier a conservé sa belle apparence honnête et, derrière les portes d'aca-
joUy c'est toajours le même souffle calme. M. Josserand est mort, tué par sa fille ; Berthe et son mari sont réconciliés; Duveyrier vient de présider les assises et de condamner une malheureuse infanticide ; Marie a trois enfants; son père et sa mère ont positivement déclaré à leur gendre que s*il en survenait un quatrième, ils déshériteraient leur fille. Peut-être les rencontrerez- vous descendant furieux, Tescalier^ à moins que Gampardon toujours joyeux et gaillard, bien dans ses affaires depuis qu'il travaille pour les prêtres, ne vous retienne sur le palier du troisième pour vous faire admirer sa belle barbe d'artiste. Dans Tégout où s'écoulent les immondices de la maison, vous pourriez entendre les piaillements des domestiques abîmant leurs maîtres. « Toutes les baraques se ressemblent. Au jour d'aujourd'hui, qui a fait l'une a fait l'autre. C'est cochon et compagnie. » Et, comme un écho à cette voix cynique, le médecin qui croise le prêtre sous le vestibule, répond à une exclamation douloureuse de ce confident des misères humaines : « Que voulez-vous ? C'est la vie. »
Il faut secouer le pessimisme qui monte au cerveau à de tels spectacles. La vie a du bon^ du très bon. Jetons-nous dans l'étourdissement de la lutte pour oublier et respirer à l'aise. « Un joli rôle, et propre, et intelligent, que de bâiller d'ennui devant le labeur des autres! »
Le bazar bourdonne de tout un peuple de clientes; les voix piaillantes des femmes et les appels brefs des employés montent et se heurtent dans la nef immense ; le fer de la charpente et les pierres de taille des murs vibrent et trépident; le colosse respire puissamment. Dans les escaliers qui tournent et grimpent vers les vitraux tremblotants de la voûte, c'est un flot ruisselant.
auK brusques remous, au double coaraat^ des chapeaux à fleurs, des dos et des poitrines de femmes qoi s'écrasent. De loin en loin, un commis bien pommadé, le crayon à Toreille, comme un ilôt battu des vagues. Et dans la senteur femelle qui plane, ce sont des yeux allumés de convoitise, des mains fiévreuses qui se crispent sur les étofi'es, caressent le velours, cassent la soie, se plongent dans un bain de dentelles.
Du haut d'une passerelle, Mouret égare sur cette foule un sourire fascinateur et dédaigneux ; une de ses idées empile les cachemires de Tlnde sur les lainages d'Amérique ; un de ses regards attire toutes les femmes de Paris, ivres, se bousculant, se battant presque, en proie à l'idée fixe. Et, dans le soir tombant, le tintement de l'argent, du cuivre, de l'or, de la recette qoe l'on compte, le cri du caissier répercuté par les échos respectueux : un million, deux cent quarante-sept francs quatrc-vingt-qtinze centimes! le font soudain penser, avec un battement de cœur, à l'enfant, belle et fière dans sa robe d'uniforme, qui s'obstine à lui dire : non.
Cependant dans le piaffement des chevaux, le claquement des fouets, le roulement des voitures, la foule s'échappe torrcntueusement par les vômitoires, les ballons rouges se balancent au bout d'un fil à tous les coins de la ville et le bâtiment démesuré écrase le quartier de son ombre.
On a vu, comme en un kaléidoscope, la physiononûe d'ensemble des onze premiers romans de la série. Il est nécessaire d'indiquer, pour qu'on puisse se faire une idée de l'œuvre entière, les sujets que M. Zola se propose de traiter.
1° Une étude de mœurs rurales où l'auteur montrera
de vrais paysans comme il a montré de vrais ou^ d^-ns VAssommoir. Il les observe et prend des notes depuis plusieurs années; il s'est même fait nommer membve du conseil municipal de Médan pour les regarder *e plus près.
S* Une étude psychologique sur la douleur dans le 8'enre d'Une page d Amour, Cette étude, qui a Pauline Ouenu pour centre, est commencée. Mais, au lendemain ^^ la mort de sa mère, M. Zola l'abandonna pour ne PB.S avoir à fouiller au milieu de récents et pénibles souvenirs *.
3* Un roman sur les chemins de fer, avec Etienne ^•antier. C'est une idée que le maître romancier caresse depuis longtemps. Il voudrait un drame très simple. ï*our décordes tunnels, des gares avec leurs mille son- 'ieries; les stations marqueraient les chapitres. Le sifflement des machines et le fracas des wagons sur les ^^ils, scanderaient les paragraphes.
4* Etude sur les ouvriers, leur rôle politique, clubs, élections, émeutes.
5*^ Homan sur l'art avec Claude Lantier. M. Zola in- ^rrogera ses nombreux souvenirs, les luttes de sa jeu- '^esse, et même mettra à contribution ses amis. Il étudiera les cas les plus curieux d'impuissance dans le "ïionde des peintres et des littérateurs.
i. C'est là le prochain roman de M. Emile Zola, dont la pu-
«Ucation commencera dans le Gil Blas le 15 novembre, et qui
Ç^itiilra en librairie vers le 20 janvier ; titre : La Joie de vivre.
^û drame intime, entre quelques personnages, dans un
**^u perdu, au bord do la mer. Il n'est fait que d'analyses. En
^mme, M. Zola incarne, dans une figure centrale de jeune fille,
**ênergie vitale, l'abnégation aux autres, qui est la seule joie
^ô vivre ; tandis qu'il étudie, chez un jeune homme, le pessi-
^8me actuel, et surtout la peur de la mort. L'œuvre tout en-
^^re est dans les épisodes.
6® Uq des fils de Lantier donnera lieu à un livre sur le crime. Le monde judiciaire, les malfaiteurs.
7® Une étude sur l'armée avec Jean Macquart. M. Zola exposera franchement notre situation militaire avant 1870. Peut-être criera-t-on au manque de patriotisme. L'écrivain estime que c'est être bon patriote que de dire la vérité et les clamenrs ne l'émeuvent pas. La désorganisation aboutira à Sedan. M. Zola se rendra sur les lieux et se fera tout expliquer par un officier supérieur ayant assisté au désastre. Flaubert, dans les dernières années de sa vie, caressait l'intention de montrer Napoléon III dans sa calèche, passant, le front baissé, au milieu des malédictions des soldats. Il prétendait que cet ironique tableau serait une fin de livre superbe. L'auteur des Rougon-Macquart utilisera cette idée.
8® Un casier vide laissé à l'imprévu, aux inspirations qui pourront survenir.
9® Un roman scientifique qui sera la conclusion de l'œuvre entière et qui éclairera la série. Le médecin Pascal Rougon, un grand savant, rassemblant et classant ses observations sur sa propre famille. L'ouvrage du docteur Lucas sera mis plus que jamais à contribution.
Mais ce dernier livre est encore bien loin, et neuf ou dix années seront nécessaires à M. Zola pour terminer son œuvre. Au moins, car plus il avance, plus il est exigeant et difficile à satisfaire. Il escompte déjà 1® moment où il pourra écrire la dernière ligne du roman scientifique.
Aussi parle-t-il quelquefois, d'un air un peu lassé, de son œuvre immense.
— Ah I dit-il, ces idées de jeunesse, ces rêves vastes, il faudrait s'en défier. Aujourd'hui, je suis captif. Je ne
M. EMILE ZOLA 2i5
puis me tourner du côté du théâtre, où il y aurait tant à faire. D'autre part, mon cycle est clos à Sedan, si bien que je n'ai pas seulement à regarder autour de moi. Je dois me reporter de dix ou douze ans en arrière. Je suis en perpétuel danger d'anachronismes. Et plus j'irai, plus ma tâche deviendra pénible. On a remarqué que dans certains de mes romans je pressais les événements ; Nana, par exemple, accomplit en trois ou quatre années l'œuvre de dix ans. Mais je ne voulais pas sortir de mon cadre. Au reste, ces inconvénients sont rache* tés par d'incontestables avantages. Un livre, c'est une pierre, vingt livres, c'est un mur.
J'ai indiqué en deux mots pourquoi la base de ce mur n'a pas toute la solidité désirable. La question importe assez pour arrêter plus longtemps la critique.
On lit dans la préface de Thérèse Raquin (15 avril 1868) / que l'auteur a « voulu étudier des tempéraments et non/ des caractères, qu'il a choisi des personnages souverain nement dominés par leurs nerfs et leur sang, dépour/ j vus de libre arbitre, entraînés à chaque acte de leur vie J par les fatalités de leur chair. Thérèse et Laurent, coi tinne-t-il, sont des brutes humaines, rien de plus... . L'âme est parfaitement absente, j'en conviens aisémen ;, puisque je l'ai voulu ainsi. » En tête de la Fortune d\s Rougon se trouve une déclaration, plus explicite encore.
Ces quelques mots donnent la clef des œuvres de M. Zola. Les qualités ne s'y laissent pas toutes deviner, car l'artiste reste, malgré lui, supérieur au philosophe; les défauts y sont en germe.
Qu'on remarque combien cette conception de l'homme diffère de la conception classique. Dans Corneille, l'homme n'est qu'une intelligence ; les sens ne comptent
Ni-
pas; les passions sont tout intellectuelles, et la chair n'y entre pour rien. L'avocat normand éprouve du plaisir à dévider un éclicvcau de sentiments embrouillés, à expliquer une âme par les raisonnements de ses héros. C'est du choc d'esprits divers et de volontés contraires que jaillissent les situations tragiques : il y a là des caractères et non des tempéraments.
Les besoins du corps, cette guenille, sont systématiquement dédaignés. La bête ne vaut pas qu'on s*occupe d'elle. Elle n'a pas sur l'esprit d'influence réelle. La philosophie cartésienne, qui imprégnait toutes les pensées, ne se doutait point des théories déterministes. L'unité de l'organisme humain, presque reconnue aujourd'hui, n'était devinée que par les Gassendistes. Aussi demeure-t-on sûr que le devoir aura le dessus, du moment que la lutte n'est qu'entre des idées. Il n'en serait^ pas de môme si les personnages avaient des muscles etdu sang.
Chez Racine, on peut se livrer à des observationsidentiques; l'élément passionnel est moins dédaigné^ mais cette passion n'a rien à démêler avec l'ivresse de^ sens qui paralyse le libre fonctionnement de Tintelligenc^ et qui va, dans sa violence, jusqu'à bouleverser les loi^ de la raison, à changer, dans un esprit, au moins pour" un moment, l'injustice en justice, le mensonge en vé— rite.
; Phèdre criminelle a jusqu'au bout conscience de son ; crime, elle (le) raisonne, elle le déplore avec une logique rare dans la réalité. Le cerveau prédomine toujours, • il comprend l'égarement des rens, il ressemble à unca- } valier, emporté par son cheval, qui voit où ce galop le conduit et qui désespère d'être sauvé. Comment, au contraire, conclut l'expérience? Certes, môme au mi-
lieu des erreurs de la passion, Tesprit, éclairé p&r de brusques lueurs, voit parfois où il va. Mais cette impression ne dure pas. Si Thorreur de Tinceste se dressait continuellement devant une Phèdre réelle, il est probable, il est certain que cette horreur tuerait Tamour criminel. Une Phèdre réelle pourra avoir de grands remords, mais elle cherchera à les étouffer, elle s^étourdira en caressant Timage obsédante du plaisir convoité. A chaque réveil de sa conscience^les sens la materont, lui mettront un bâillon : Tintelligence étouffée, la bète dominera souverdainement : imaginez un idiot empoigné par rinstinct.
Les écrivains du xvii® siècle sont trop exclusivement psychologues? Certains écrivains de notre temps sont trop exclusivement physiologistes, ils s'inspirent de Bichat et de Claude Bernard plus que de Descartes. Les uns s'attachaient trop spécialement à Tintelligence, les au-^ très ont tort de ne voir en Thomme que les sens.
Ces conceptions premières suivent un écrivain dans les moindres détails de TeKécution. On s'attache aujourd'hui à reproduire exactement les plus petites choses. Nos romanciers déploient pour ces minuties un talent de premier ordre : ils évoquent les objets. Au ihéàr ^^e, cette tendance éclate. On soigne toutes les parties Matérielles d'un drame. Veut-on savoir le dédain des ^médiens d'autrefois pour toutes ces vétilles? Voici la ^opie d'une pièce tirée des archives de la Comédie-Franî^ite. « CiNNA. — Le théâtre est un palais. Au second ^ie, il faut un fauteuil et deux tabourets, et au cin-
^Qième, il faut un fauteuil et un tabouret à gauche du/ Toi, »
Docament significatif. Vraiment, de purs esprits n'ont PUbesoin de beaux meubles. Le strict aéce«sQÂs^)^Q^^k
tout. Comparez ce palais idéal aux inilieus: exacts que M. Ghabrillat s'efforça de reproduire lorsqu'il montait à V Ambigu, la pièce de MM. Busnach et Gastiaeau, extraite de V Assommoir. Peut-être aurez'vous une idée de Tablme qui sépare Part antique de Tart actuel. JTai indiqué ailleurs, sommairement, la délicatesse infinie des transitions qui mènent de Tun à l'autre en passant par Rousseau, Diderot, Chateaubriand, Victor Hugo et Balzac. Il convient de répéter ici que la matière, d'abord absente et représentée seulement par les clartés stellaires qui illuminent le récit de Rodrigue ou par leciel déguisé en Scaramouche des Fourberies de iSca/im, s'est taillé peu à peu une place prépondérante, énorme, et a fini dans Tart par écraser tout le reste. Nous avons eu au XV!!** siècle une littérature qui idéalisait tout,/ nous avons maintenant une littérature qui matérialise tout.
Inutile de commenter les déclarations de M. Zola: elles se précisent d'elles-mêmes. L'étiquette, collée à chacun de ses romans : Histoire naturelle et sociale des Itougon, annonce à elle seule l'idée d'ensemble. Le romancier cherche la bête^ ne voit même que la bête, ou plutôt ne devrait voir que la bête, s'il restait toujours d'accord avec lui-même. Il n'en est rien, heureusement. Ainsi que la préoccupation de l'animal se fait quand même une petite place dans les œuvres idéalistes, la préoccupation de l'esprit tient une place dans les romans naturalistes.
Il n'y a qu'un équilibre à établir.
M. Emile Zola a des procédés rigoureux,une méthode excellente d'observation et d'expérimentation. Il se réclame du matérialisme qui ne préjuge rien tout d'abord; seulementil part d'une exclusion abusive. Nepasconfon-
dre le matérialisme avec le bestîalisme systématique ^ qui est un élément d'erreur dans Tétude des phénomè* nés. Mais même un matérialisme plus rigoureux risque de s'égarer dans la recherciie des causes. Un positiviste avouera ne pas savoir s'il a ce que Ton convient d'appeler une âme : « La science, dira-t-il, n'est pas encore assez avancée pour qu'on puisse déterminer tous les éléments dont se compose l'homme. Il reste au fond de la cornue des matières difficiles à analyser. A force de patience nous y parviendrons sans doute un jour. Ne nous hâtons pas de conclure avec des données incomplètes. Certains faits sont acquis. Prenons-en note ; contentons-nous en. » Voilà le seul langage vraiment scientifique. Il ne faut pas se troubler au point de prendre des hypothèses pour des résultats. A la plupart des questions qu'on lui pose sur l'homme, le savant consciencieux ne peut répondre que par des suppositions. Iln*en est qu'à l'analyse. L'espoir d'une synthèse reste lointain. Qui sait;? Nous ne possédons qu'un si petit coin de la vérité universelle, et les progrès sont si lents I Oq comprend que beaucoup d'esprits, avides d'une foi quelconque, se rattachent à quelque hypothèse transcendantale capable d'éclairer pour eux ce qui reste obscur. Pourquoi donc un littérateur va-t-il s'enticher ^'ane conception métaphysique, d'un absolu ? Doit-il ^Nécessairement partir du matérialisme ou du spiritualisme? Que l'être humain soit matière ou esprit, le ''Omancier n'a qu'à observer, et, pour mieux voir, ^ modifier, s'il le peut, la production d'un phénomène social. Un homme de science n'émet pas une hypothèse, sans immédiatement la contrôler par une
t . Je rappelle le mot de M. Zola : « des brates humaines, '«en de plus. »
expérience. Il craint qu*un seul des anneaux de la chaîne, trop peu résistant, ne réduise à néant tous ses efforts. Si l'idée préconçue ne se vérifie pas dans l'expérience « pour voir », le chimiste ou le physiologiste, abandonnant sa première idée, en prend une autre et Tessaie à nouveau. Ainsi de suite jusqu'à un résul tat. Eh bien ! en dépit de toutes les hypothèses, per sonne n'a encore trouvé « le fil qui conduit mathémathiquement d'un homme à un autre homme. »
Je crois qu'iljy a du vrai dans ces affirmations har dies. On doit évidemment tenir compte de la race, d climat et du tempérament. Les influences extérieure exercent souvent sur Thomme une action prépondé rante, mais ces éléments ne sont pas les seuls, et je n puis trouver l'explication de certains phénomènes qu dans la constatation de certaines causes encore ind terminées, mais qui existent, puisque j'en vois l'effet.
Vraiment on serait devin à trop bon marché, si l'onr ^ admettait sans restriction les idées du docteur Lucas. Uie^^"^^ homme a vécu ; de telle race, traversant tels milieux. ^^» avec tel tempérament : ces éléments donnés, je déclar^^ "*® que l'individu a été nécessairement un criminel ou ui^^ -^^ saint. Eh I non, voilà les faits qui me donnent un vio ^^^' lent démenti. Que penser? l'hypothèse était fausse,seloi^ '^■^^ toute probabilité. Au travail, et cherchons la lumière ^ « La doctrine positiviste, m'écrit M. Zola, la mè
thode expérimentale, sont aujourd'hui les outils qu^^--^* trompent le moins. Seulement, dans l'application, L^^ faut admettre l'hypothèse, et c'est par l'hypothèse ^^^ qu'on marche en avant. Elle reste fatalement notre doc:^^^^^^^ maine, à nous autres écrivains. Moi, qui ai écrit l'étud ^ sur le roman expérimental, je ne vais pas si loin qu ^^
VOUS ; je crois que, tout eu acceptant pour bases les vérités acquises de la science, nous devons aller en avant à la découverte des vérités entrevues ».
Oui, à la condition qu'on ne prenne pas des hypothèses pour des faits constatés. Et n'est-ce pas Terreur de M. Zola déclarant « tenir tous les fils, » de ses acteurs?
Le romancier des Rougon-Macquart n'excelle que lorsqu'il reste observateur. Dans l'étude des basses classes de la société, j'y insiste, le défaut originel se laisse moins sentir que partout ailleurs. Chez les hommes du peuple de nos jours, les ouvriers des grandes villes en particulier, le manque de culture intellectuelle, l'entassement dans un air vicié et dans des maisons trop étroites, l'abrutissement d'un travail tout mécanique que des raisons d'économie mettent à la mode dans nos usines, enfin l'abus effrayant des boissons alcooliques ont fait de tels ravages que la bète humaine seule finit par subsister. L'instinct domine ; l'hommes'y abandonne mollement.
h' Assommoir, ce premier roman imprégné de « l'odeur du peuple », a fait naître bien des brochures et soulevé bien des polémiques. Une bataille s'est livrée autour du livre, la plus vive bataille littéraire de ces vingt-cinq dernières années. Des chefs-d'œuvre ont seuls Thonneur de ces discussions violentes. Mais on ne contestait pas seulement la forme si originale du roman. Les documents eux-mêmes étaient houspillés comme des ennemis par les journaux qui flagornent le peuple souverain et vivent à ses dépens. Indignation intéressée, malhonnête et comique. M. Le Play dans sa Réforme sociale, M. Denis l^oulot dans le Sublime et M. Otfienin d'IIausson ville dans ses études sur la Misère à Pa-
rtSj donnent des faits précis et navrants. Il faudrait être bien pyrrhonien pour les contredire. Voyons jusqa*à quel degré de bestialité peut tomber l'homme dans « le milieu empesté » de nos faubourgs.
« Le hasard, dit M. Othenin d*Hausson ville, m'a fait une fols accompagner un contrôleur de Tassistance publique chez une femme qui, ayant perdu un de ses enfants à la suite d'une maladie, avait adressé à Tadministration une demande de secours. Cette femme, à laquelle une boiterie permanente rendait tout travail difficile, avait son mari en prison et demeurait avec son père et un second enfant dans une toute petite chambre. L'exiguité du mobilier et certains détails dans lesquels je n'entrerai pas, ne nous laissèrent aucun doute, malgré ses faibles dénégations, sur la nature des relations du père et de la fille. Nous nous renseignâmes sur la conduite habituelle de la femme, et on nous apprit que, le jour où l'employé de la mairie s'était présenté pour constater le décès de son enfant, il l'avait surprise, dans la chambre même où reposait le petit cadavre, en compagnie de deux hommes. Ce qui m'a le plus frappé, c'est que cette femme n'avait l'air ni d'une impudente, ni d'un monstre. Elle semblait prendre assez de soins de l'enfant qui restait, et son aspect humble, presque décent, n'avait rien qui, au premier abord, la distinguât de ses voisines. On sentait que c'était moins la perversité de sa nature que la détresse et l'abandon d'ellemême qui l'avaient précipitée dans celte fange *. »
Une observation plus cruelle encore de M. Denis
Poulot : «Un vrai sublime forgeron — on nomme 5tiW/me
l'ouvrier fainéant et soiffeur — avait touché cinquante
francs pour sa paie de quinzaine ; il aurait trèsbien pu,