‹ L'évolution naturalisteChapitre 57 sur 86 · VAtsommoir · texte numérisé non relu

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ans et demi, dans un moment de colère, il proféra un super cochon : Le père fut si ravi qu'il donna cent sous à Emile Gela n'est-il pas curieux en effet que le premier mot qu'il pro> nonce nettement soit un mot réaliste, un gros mot, un mo gras, et ce mot lui rapporte immédiatement.

» Voyons, de bonne foi, n'y-a-t-il pas là un avertissement d'e haut : Hocverbo vinces? Oui, un présage, un symbole, comm une marque de prédestination I Evidemment, cette pièce d< cinq francs gagnée d'un seul mot, M. Zola se l'est un bea jour rappelée au temps où les choses décentes qu'il écrivait ne faisaient pas venir un centime à la caisse. Une révélation , ce souvenir se réveillant brusquement I Et alors il se sers écrié : Eh bien, au fait, et les mots à cent soust Alors, de môme qu'en son jeune âge, ils lui ont porté bonheur, et, comme tout, dans l'intervalle avait renchéri, on les lui a payés dix francs, aujourd'hui vingt ou trente, que sais-je? Enfin, ce qu'il veut. »

(Maximb GkVCBEik). Revue politique et littéraire, il février 1883.

« ... Trahit sua quemque voluptas. On assure que Louis XIV aimait l'odeur des commodités. M. Zola, lui aussi, se plaft aux choses qui ne sentent pas bon. Personne ne songe à lui disputer ses jouissances : nous voudrions seulement un peu de tolérance pour ceux qui ont le nez fait autrement que le sien...

» ... Que M. Zola prenne plaisir aux découvertes que son expérience et sa sagacité peuvent faire dans les bas-fonds de l'animalité, cela le regarde.

» Qu'en cultivant ce genre de littérature, il crée à la fois, et satisfasse des appétits malsains : les amis du bon sens, du bon goût et des bonnes mœurs peuvent s'en plaindre, mais il reste, après tout, dans son droit personnel. La seule chose que nous lui demandions, c'est de ne pas exiger que tout le monde soit aussi déniaisé que lui-môme, c'est de ne pas accabler d'un si féroce mépris quiconque a encore par hasard le préjugé de la raison et de la décence.

» M. Zola a supprimé de la littérature le fond et la forme, la pensée et le talent. Il a l'air d'écrire avec une pointe de corne sur des feuilles de plomb...

n ... Il y a déjà eu des phases de littérature libidineuse, des époques où l'on se croyait très neuf et très fort, parce qu'on

osait tout. Mais ces époques-là n'ont pas de lendemains, et les lièvres auxquels je fais allusion ont toujours constitué une classe ^ part, peu honorable et peu honorée. »

(Edmond Sch^er — Le Temps, 25 mai 1881).

«... Une littérature infecte, s'est produite à la faveur des 'triomphes de la démocratie et du radicalisme comme ces cou- <shes d'insectes puants et malfaisants qui pullulent dans la "vase, et en augmententla pestilence, après les débordements ».

{Gazette de France, ÀBiiAin) de Pontmartiv.)

c ... On s'entretient depuis huit jours de l'article de M. £. Zola à l'usage de la Russie, dans lequel il prétend administrer le knout aux romanciers français, en exceptant toutefois les confrères de la librairie Charpentier.

» Pour mon compte, je ne suis pas surpris. Une enquête, sérieuse, polie, des principes clairs, des définitions exactes, m'eussent étonné davantage. Je trouve M. Zola dans la logique de son talent comme dans la plénitude de son droit. On sait qu'il a Tépiderme aussi chatouilleux qu'il a le poing épais, et ses dédains sont des représailles.

» Je n'avais pas attendu sa pitié méprisante pour dire mon sentiment il y a bientôt dix ans sur la littérature putride ; je sois presque confus, désappointé d'ôtre si peu injurié. M. Zola accorde une réalité approximative aux peintures de province que j'ai faites dans mon roman Monsieur et madame Femel, Il est bien bon, il est trop bon, je ne veux pas de ses ménagements. Thérèse Raquin et Gervaise doivent plus de gros mots à Madame Femel. Elles ne se vengeront jamais assez.

9 Je sais bien que M. Zola m'avait déjà pardonné mon indignation sincère, quand il daignait, par exemple, me demander de le prendre pour collaborateur au journal la Cloche.

9 Je fus heureux de lui donner les moyens de faire une besogne décente, bien qu'il fût obligé de rendre compte de l'Assemblée de Versailles. J'eus plusieurs fois à corriger, à assainir, à supprimer des passages scabreux, et j'ai des lettres où il se plaint de ma pudeur.

»... n se souvient, à la fin, de mon accueil confraternel, quand il ne m'assomme qu'à moitié, et de mes critiques, quand fl me jette en dehors de la critique actuelle. H a bien tort, i^il est on peu reconnaissant. Je ne lui demande .pas plus d'é-

gards que ses héros n'ont de conscience, je serai toujours très honoré de sa rancune...

»... Je me souviens d'avoir lu dans Thérèse Raquin avec la description d'un cadavre de femme en décomposition : « C'est à la Morgue que les voyous ont leur première maltresse.» Je voudrais que les écrivains de mon temps ne bornassent pas leurs amours étemelles aux premières amours des voyous. » {Revue politique et littéraire. -^ 28 décentre iS78.)

o ... M. Zola trouve inutile et dangereux de remettre Pot- Bouille sous les yeux des magistrats. Ce n'est pas pour qu'il soit discuté au palais que ce roman est écrit. Un adoucissement général parait d'ailleurs se produire dans la manière de l'auteur. Il y a quelques jours, les mots crus particulièrement afTectionnés par M. Zola, ont été remplacés par des points. C'est un premier accès de pudeur, qui en amènera d'autres. Les points seront remplacés par des euphémismes, et Camhronne finira par dire, pour tout de bon : La garde meurt et ne 9e rei^ pas: ce sera plus propre.

» Ainsi nettoyé, le roman, qui s'écoule dans le Gaulois, s'il ennuie autant, donnera des nausées moins violentes.

»... Dans Pot'BouiUe, M. Zola, qui a une vieille rancune contre Lamartine, dont la muse sereine paraît une insulte à la boue, a soin de faire, de la plus ignoble commère, une lectrice assidue de Jocelyn, et une pauvre petite femme lymphatique ne prend un amant que parce qu'elle a lu André, de George Sand! »

{Revue politique et littéraire, — 18 février 1882.)

«... On avait essayé une fois ou deux le système des points pour remplacer les vilenies; maintenant on en retranche autant qu'on peut. On n'a plus qu'une vague odeur de papier nettoyé. »

{Revue politique et littéraire^ 4',mai 1882.)

«... Il faut constater une répulsion unanime. y

» On s'est domandésouvent pourquoi il n'y avait jaûiais un personnage spirituel dans les romans de M. Zola. Tout le monde y est bête, cela n'est pas naturel, l'auteur a trop de parti pris.

» On s'est demandé aussi pourquoi tout le monde y est sale.

» On a cherché encore pourquoi l'amour, avec ses exigences ses

pelitesses, ses infirmités, mais avec toutes ses illusions nécessaires, avec ses grandeurs natives, était toujours traité comme un sujet horrible. Il n'y a pas, dans toute l'œuvre de M. Zola, l'accord de deux imaginations (si le mot âme lui répugne) lors de Taccouplement de deux êtres. On dirait un malthusien enragé, doublé d'un moine, qui proscrit l'amour comme l'impureté la plus funeste, et un moyen scandaleux de propagation de l'espèce.

» Si M. Zola avait encore sa mère, il n'eût pas osé, sans doute, lui laisser lire ce chapitre immonde de l'accouchement d'Adèle.

» On n'a pas besoin d'avoir été père pour ne pas parler avec cette acrimonie ignoble, de ce qu'il y a de plus mystérieux, de plus grand, de plus divin, en somme, dans l'humanité...

» Je ne sais pas la femelle qui pourrait se reconnaître dans les immondices du récit de Pot-Bouille.,.

• Cette fois l'extravagance de la grossièreté a dépassé toute limite. Ce n'est plus ni de l'observation, ni de la littérature, ni quoi que ce soit qui vaille la peine d'ôtre discuté et d'ôtre lu, e'est du gâtisme.

» Gomment fera M. Busnach, pour décanter Pot-Bouille et en extraire l'essence d'un drame ?

» n fera bien d'aller s'informer des procédés à Nanterre, non pas, bien entendu, auprès du comité des Rosières, mais à l'usine.

{Revtie politique et littéraire, 29 avril 1883.)

(Louis Ulbach.)

Ces pages méritaient d'être citées tout au long. Elles ont leur éloquence, montrent Tacrimonie de la critique courante, à Tégard des romanciers naturalistes, «troupe galeuse qui perce les abcès purulents de la société, et dont les romans font un vomissement dans notre littérature ^ » Un jour, probablement lorsqu'il aura terminé la série des Rougon-Macquart, M. Emile Zola se propose de prendre des ciseaux, et de faire un curieux découpage

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