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La jeune France

dans tout ce qui a été fulminé contre lai. Il écrira une préface sereine et publiera le volume sous ce titre : Leurs injures. Et devant ce chapitre d'histoire, les esprits apaisés du siècle prochain se demanderont si toutes les basses passions littéraires, la vengeance et Tenvie, y ont plus collaboré que Fignorance, ou l'ignorance que la mauvaise foi.

Ni Giboyer, ni Nachette ne sont morts, certes. Poa^ tant on se refuse à croire aux vilenies absolues, on aime mieux dire : Ils jugent sans avoir lu. Sur cent personnes connaissant V Assommoir ou Nana, il y en a quatcevingt-dix qui n'ont pas ouvert les autres romans de h série. Même des critiques, surtout des critiques.

La Conquête de Plassans a eu un article, la Faute de Vabhé Mouret deux ; il y avait autour des premiers Aou* gon-Macquarty un parti pris de silence. On a vu l'aveu de Paul de Saint-Victor.

Somme toute, ces griefs violemment formulés se résument en deux principaux : réternelle accusation de plagiat, et le reproche d'immoralité.

Passons sur le plagiat : on Ta lancé dans les jambes de Molière. S'il est vrai, par exemple, comme le prétend M. Brunetière, que M. Zola ait trouvé dans VHtstoire de la littérature anglaise l'embryon de la scène où Muffat aboie et marche à quatre pattes pour obéir à un caprice de Nana, on ne saurait reprocher^ au romancier français d'avoir utilisé l'idée d'Otway. Le dialogue si amoureux et si poétique de Dona Sol et d'Hernani, le soir des noces, n'est-il pas un ressouvenir du Marchand de Venise, où se trouve le même décor, la même tendresse épandue dans les rayons lunaires ? De tels exemples foisonnent, ce qui n'empêchera pas demain un Paul Perret quelconque d'écrire : « Quel besoin ce

puissaat et sinistre charivarîque (M. Zola) avait-il besoin de se parer, lui et les siens, des plumes du premier de tous les harmonieux ? )> Le premier des harmonieux, c'est Rousseau. Le critique de la Jtevue de France ferait sagement d'étudier la phrase de Rousseau.

Mais ce qui a fait le plus de tapage, ce sont les clameurs de pudibonderie: elles ont été une bonne fortune pour le romancier, ont contribué au succès de ÏAssommoir. Il y a des gens qui achètent M. Zola comme Rabelais, pour y chercher les scènes osées et les mots crus.

// serait pourtant temps, comme dit la chanson, de la couler à fond cette question rabâchée de la moralité dans Tart. Notre siècle, écrivait M. Léon Gladel dans la préface des Va-nu-pieds, est un siècle hypocrite. Une sorte de puritanisme de surface est de bon genre au même titre que Thabit noir ou le chapeau de haute forme. De nos jours Aristophane ferait de temps en temps six mois de prison pour intempérance de langue, Rabelais serait mis à l'index comme un lépreux, et la bonne compagnie s'effaroucherait de la verve franche de Molière. Les mères n'osent pas conduire leurs filles au Théâtre-Français , quand on joue les pièces de ce polisson. Ah ! nous valons mieux que les Athéniens du temps de Périclès, que les Italiens du siècle de Léon X et que les Français du siècle de Louis XIY: c'étaient des êtres grossiers, de rire épais, et nous nous trouvons le palais bien plus délicat.

On est stupéfié parfois de voir où cette délicatesse va se nicher. M. Jules Glaretie a fait connaître un arrêté interdisant Diane de Lys, qui, rapproché de la signature de son auteur, est incroyable, homérique.

10 janvier 1853.

a Ce drame quand la passion ny prêche pasTa-

dultère, le vice élégant y raconte son immoralité.

» Les dangers que pourrait présenter à la scène un ouvrage de cette nature nous ont paru de trois sortes; il atteint la famille en attaquant les devoirs du mariage; en peignant sous de fausses couleurs les passions du grand monde, il fournit un texte aux déclamationscontre les classes élevées de la société; il fait revivre sur la scène des théories corruptrices qui avaient envahi le drame et le roman après 1830. En conséquence et à Tunanimito, nous ne croyons pas pouvoir proposer l'autorisation de cet ouvrage. »

Approuvé : F. de Persigny.

M.Alexandre Dumas fils, ce terrible prêcheur, faisant rougir le candide Fialin. Quel comble I La leçon estrade pour Tauteur du Demi-monde y pour Thomme à qui M. d'Haussonvilie disait malignement en le recevant à TAcadémie : « Vous, immoral ? Allons donc I Vous avez bien raison de vous défendre, monsieur. Je vous trouve très moral, trop moral. Viennent les imitateurs, et je craindrais de les entendre me dire comme dans la satire de Boileau :

Aimez- vous la morale ? on en a mis partout. »

C'est de Tautre côté du détroit qu'on met la morale à toutes les sauces. La race anglo-saxonne, et généralement toutes les races protestantes, sont d'un rigorisme dont nous nous faisonsà peine l'idée. MissRhoda Broughton, une romancière frêle et maniérée, a scandalisé ses compatriotes pour avoir prêté à l'une de ses héroïnes cette opinion que « le mariage décidément était une chose haïssable.» On enferme soigneusemeat, loin de l'œil des enfants Joanna ou Fraîche comme une rose.

Pensez donc I « Ternir la pureté d'Athalie, corrompre Napoléon I ^»

Je ne suis pas bien assuré qu*il n'entre pas que]q[ue jalousie dans cette coalition des mistress. Les femmes des ministres protestants, et là-bas toutes sont un peu femmes de ministres, ne peuvent garder pour elles leurs épanchements intimes. L'habitude de remplir de plaintes et d'aspirations les pages blanches de la bible familiale leur donne l'envie de parvenir au public. Il n'en est pasune qui n'ait noirci, presque toujours sanssuccès, plusieurs rames de papier. On a vu se former toute une littérature femelle, prêcheuse et idiote, qui se distingue par sa fécondité. Il est de ces mistress qui pondent un livre tous les trois mois.

En Amérique, c'est la même chose, le même respect du cant s'affiche. Le diable ne doit rien y perdre. Lorsqu'un critique s'occupe d'un écrivain quelconque, la première question qu'il se pose est celle-ci : est-il moral ? Si oui, il a du talent, si non, il faut jeter ses œuvres au feu. Tout dernièrement nous parvenait un livre d'un certain M. Mathews sur les auteurs dramatiques français. L'auteur a beau avoir habité longtemps la France, il juge en Américain. M. 0. Feuillet lui-même, le romancier musqué qui a tant de succès dans le faubourg Saint-Germain, est formellement condamné comme un Corrupteur. Les Américains renchérissent encore sur M. de Persigny.

Ce qui a glacé notre vieux sang gaulois, ce sont ces mœurs gourmées, quasi protestantes, introduites par nos modernes doctrinaires.

Ces messieurs ont perdu leur toute-puissance, mais ils restent les piliers de la Revue des Deux Mondes et de

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