M. SULLY PRUDHOMME ET M. FRANÇOIS COPPÉE
M. Sully Prudhomme a fait des études plus scientifiques que littéraires. 11 se préparaît à TËcole polytechnique lorsqu'une ophthalroie le contraignit à revenir audroitet à la littérature. A cette époque, il étudia passionnément la philosophie. Ce modeste, toujours replié sur lui-même» au front penché, aux yeux perdus dans une rêverie intérieure, artiste sensitifet délicat, dédaigneux des grosses popularités, indiquait, dès 1866, dans les Stances et Poèmes, la route nouvelle que de plus robustes élargiront. Il répudiait les deuils voluptueux des vaincus sans combat, aflirmait ses juvéniles croyances au progrès, chantait la science et ses prodiges, opposait au scepticisme des blasés le résumé des conquêtes de rhomme sur la nature ; sa foi positiviste ressemblait à la foi d'un Littré, s*appuyant sur les vérités découvertes pour aller à la recherche des vérités lointaines : son stoïcisme était celui du savant, certain que
rindividu avec ses douleurs et ses joies tient peu déplace dans Torganisme universel. M.Sully Prudhomme gardait., encore Téblouîssement des forges du Creusot, la vision des gigantesques machines, admirées pendant un an d^ séjour, et ces images de la puissance humaine influaient sur sa conception philosophique si virile. Ajoutez la lecture assidue de Lucrèce, le grand maître du poète qui traduisait alors le premier livre du De naturârerum. Homme de science, s'intéressant à notre vie actuelle, aimant son temps, mais porté par son érudition même à se satisfaire difficilement M. Sully Prudhomme semble un phénomène presque unique aujourd'hui. Il doute de lui. Et cette défiance extrême, ce besoin de concision — la concision étant la perfection — le stérilise à la lettre. Plus il va, plus il s'enfonce dans Tidée pure, par haine de la phraséologie banale. Plus Tair dont il vit devient irrespirable pour la majorité des hommes. C'est des Parnassiens que M. Sully Prudhomme apprit le mécanisme du vers moderne et les ressources que la pensée trouve dans la solidité de la forme. Mais, dédaigneux du vide sonore, Vdiiiieuv des Epreuves ramasse biendesidéesdansla brièveté énergique d'un sonnet. On a de lui plusieurs chefs-d'œuvre en ce genre. Il faul mesurer ce qui différencie ces brèves esquisses, sortes de notes d'un philosophe, des développements sans limites de Lamartine et de Victor Hugo, pour constater combien la fin du x\x' siècle ressemble peu au commencement: aux élans vagues et bruyants a succédé une précision discrète ; à la langue trop ample d'autrefois, une langue qui colle étroitement à la pensée ; à l'idéal intangible un idéal (( visible et limité » *. Pour Lamartine et Hugo il y a dans