Alfred de Vigny. La colère deSamson
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Et les comparses, le notaire et Glavaroche, comme ilsressortent, Tun avec sa bonhomie béte, Tautre avec sa carrure de bel animal, sur le fond banal et sombre! Les sublimes cris d'amour de Musset et ses gentils proverbes éclipsent trop le Chandelier qui est une grande comédie.
En dehors de ces deux œuvres isolées et des essais successifs de M. Emile Augier, de M. Dumas fils et de 11. Sardou, je vois très peu de tentatives modernistes. Notre théâtre contemporain est pauvre, bien pauvre, et Tattitude de la foule n encourage pas les écrivains de tempérament original. Tous nos romanciers naturalistes ont été plus ou moins siffles au théâtre. Je ne parle pets du Candidat de Gustave Flaubert qui n'apportait rien de nouveau et qui était Terreur d'un fort écrivain.
Mais a-t-on mieux accueilli VAi'lésienne de M. Alphonse Daudet, cette ravissante pastorale qui se déroule lentement et harmonieusement dans un cadre poétique ? Une simple histoire d'amour malheureux et des milieux exacts. Les déchirements du cœur de rhomme mêlés à la curieuse adaptation théâtrale des mœurs du Midi. A l'époque, toute la critique jeta les hauts cris. Concevait-on un pareil théâtre? Pourquoi ce continuel retour des mêmes situations ? L'auteur piétinait sur place.
Le massacre de son Arlésienne semble avoir guéri M. Daudet des ambitions scéniques. Unecroit pas plus que M. de Goncourt à l'avenir du théâtre, en France ; il se contente, lorsqu'il en trouve l'occasion, de marquer son dédain pour les producteurs actuels en quelques phrases malicieuses.
M. Zola, lui, espère bien emporter un jour le théâ-
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tre d'assaut. Des trois pièces qu'il a fait représenter, aucune n*a réussi. Les Héritiers Rabourdin et le BatUon de Bose sont des farces à la manière anglaise, d*un comique qui tient plus au fond du sujet qu*au cliquetis des mots. Il ne faut chercher une vraie tentative naturaliste que dans Thérèse Baquin,
Thérèse Baquin n*a eu que neuf représentations. Le
premier soir, on fut surpris. La sombre horreur de ce
drame saisissait les spectateurs. M. Sarcey disait à qui
voulait Tentendre : Je suis malade ; positivement, ce
Zola me rend malade. — Le succès relatif de la première
ne se maintint pas, et la fortune de la pièce alla en
déclinant comme le pouls d'un malade affaibli.
^ -^ Le plus grand défaut de Thérèse BoQui n, c'est de
*^ J-^résenter une situation trop exceptionnelle, un cas trop
'^ rare; mais il y a d'autres vices de construction que je
vais essayer d'expliquer.
Et d'abord je ne parlerai pas du roman dont la pièce
\ \ est sortie ; le roman atténue et explique certains défauts
du drame, mais une pièce ne doit pas avoir besoin
d'explication, elle doit vivre de sa vie propre.
Thér èse, nièce de la mère Raquin, élevée par la bonne femme, a été mariée fort jeune à son cousiii avec lequel elle a grandi. C'est un garçon de faiblf; santé, idolâtré par madame Raquin. D'amour entre les jeunes gens, il n'en a jamais été question ; l'habitudr-î a tout fait. Madame Raquin qui vieillit a songé simple"ment à mettre auprès de son Camille une garde malad(/ capable de la remplacer lorsqu'elle n'existera plus. Lo jeune ménage et la vieille mère sont venus s'établir ;i Paris. Là, on fait la connaissance d'u n peintr e. Laurent^ qui vit dans la bohème. Nul talent, nulle'passion élevée, des appétits; c'est un type bien moderne.
Thérèse appartient à Laurent. Jusqu'ici, rien que d'assez banal. Mais la situation se corse. Laurent ne rêve que de se délivrer de Camille, et, un jour, avec le consentemenTTâcite de la jeune femme, il le noie dans une partie de pèche. Le crime reste ignoré ; on suppose toujours un accident. Laurent, même, se donne le beau rôle. Il s*y prend si adroitement et abuse si bien la vieille madame Raquin que, dix-huit mois après le crime, elle jette elle-même le peintre dans les bras de Thérèse, prétendant que ce mariage la consolera. Le soir des noces arrive; nul obstacle matériel entre les lieux coupables; un obstacle moral : obsession du remords. Il faut lire la scène magniûque du troisième acte de Thérèse Raquin ; c'est d'une splendide horreur fît d'une analyse p sychologique prof onde. Tacitement, les époux se sont entendus pour ne pas évoquer les souvenirs terribles, mais leur pensée s'y reporte toujours et se trahit malgTé elle dans les mots. Ils parlent lie la pluie et du beau temps, de choses indifférentes.