LE CUIRASSIER
Oui... toute la journée...
GEORGES
Où ça?...
LE CUIRASSIER, montrant la montagne.
Là-bas... derrière la montagne... à Reichshoffen...
GEORGES
Et les cuirassiers ont cbargé ?
LE CUIBASSIBR.
Oui... pour sauver Farmée... écrasée sous le nombre !... (CoBsteroation générale. — Le cairasftiêr continaant.) On s'est mêlé
plusieurs fois... on ne pouvait plus sabrer... on s*empoignait à la gorge... on s'assommait avec le pommeau... (Après une panse.) lis étaient trop 1
GBORGES.
Et votre régiment, qu' est-il devenu?
LE CUIRASSIER, le bras étendu vers la montagne
Mon régiment, il est là-bas... avec les autres... dans les houblons, dans la rivière. . . Il n*y a plus de cuirassiers !
GEORGES
Plus de cuirassiers !...
LE CUIRASSIER, secouant la tète.
Non I... Ils sont morts !.«.
Quelle scène épique, et simple, et vraie! On est ea droit de se plaindre de creuses déclamations patriotiques, mais ici, sans effort, par la seule arrivée de ce cuirassier, à la brune, au milieu des torches et de la foule muettement anxieuse, par quelques paroles et quelques gestes ias^ lourds de raccablement des défaites, les poètes d* Alsace font planer sur la scène Timage de la Patrie.
Plus récemment encore, les auteurs de ï Ami Fritz ont prouvé que la bonhomie du faire n'excluait pas dans le sujet le plus banal, les tragiques remuements d'âmes.
En écrivant les RantzaUy MM. ErckmaDn-Ghatrian ont fait mentir le fameux aphorisme de M. Dumas fils : — le théâtre vit d'exceptions, — par le choix de Thistoire la plus commune du monde.
Les paysans ont le culte de leurs intérêts matériels.
346 LfiVÛLUTlON NATURALISTE
Prenons un riche cultivateur, Antoine Rantzau, qui avantagera rainé de ses fils au détriment du plus jeune. I)e là bonne et solide haine. Le favorisé, Jean, a une fille, son frère Jacques, un fils. Georges et Louise sont élevés hostilement. Dès Técole ils ne songent qu'à se nuire. Sans cesse ils pensent Tun à Tautre. Logique* ment, ils vont s*aimer. Longtemps, ils lutteront contre eux-mêmes. Un jour, Louise pour ne pas épouser tin bellâtre de garde-général, résistera, laissera échapper son secret, tombera malade et contraindra Jean à s'humilier devant ce frère qu'il a combattu mesquinement plus de trente années et à lui demander la main de son fils. Que voulez-vous? on a beau avoir en tète Torgueii et la haine, on est père et pour sauver son enfant, aucun sacrifice ne semble trop pénible.
Quoique fréquente, une telle situation ne laisse pas d'être essentiellement dramatique; elle remue toutes les cordes profondes.
Comment procéderont les auteurs? Vont-ils bonder leur pièce de scènes pathétiques ? Se contenteront-ils de mettre en lumière les choses essentielles ?
Il y a deux éléments : la haine des pères ; l'amour des enfants. Les auteurs ont mis au second plan cette dernière passion, se contentant d'indiquer la lutte intime de ces deux âmes fières de Rantzau. Sacrifice nécessaire. La haine des vieux est le sujet du drame. L'i^ dylle accessoire ne doit pas faire oublier le thème principal. Et voilà en quoi la pièce de MM. Erckmann-Ghatrian diff*ère profondément de Roméo et Juliette dont, à ce propos, on a tant parlé, un peu à tort et à travers.
Mais voyez la ténacité des préjugés. M. Sarcey écrivait dans son feuilleton dramatique : « Il y a, tout au début de la pièce, une vieille qui vient se plaindre au
brave maître d*école Florence de ce que les galopins lui ont cassé ses carreaux. Je croyais que cette bonne femme allait servir à quelque chose, et que les jeunes gens devaient plus tard se rencontrer chez elle. Point du tout. » Plds loin le critique du Temps réclame à grands cris la scène du balcon. Peut-on concevoir Roméo et Juliette sans la scène du balcon ? La pièce est mal faite parce que les auteurs ont refusé d'endosser les habits de Tancien temps, fripés par Scribe.
Pourtant la visite de la mère Nanette au maître d*école n'est pas un hors-d'œuvre ; elle éclaire le caractère de Florence, à la fois très bon et très faible, qui prend sur ses maigres économies pour réparer les torts des polissons de son école et qui, en même temps, par crainte de sa femme, recommande à la vieille de garder le silence. Trop bon, ce maître d'école, trop sensible et trop larmoyant, un prêcheur à la Jean-Jacques. L'habileté de M. Goquelin n'a pu dissimuler les défauts de cette conception. Mais est-il juste de toujours juger les hommes comme on les juge entre le café Riche et le Gymnase? Evidemment les critiques si sévères pour le pauvre instituteur de MM. Erckmann-Chatrian ne connaissent pas du tout la campagne ; ils ne peuvent surtout remonter à trente années en arrière pour saisir le vieux magister, partout remplacé aujourd'hui. Les maîtres d'école bons et sages comme Florence, un philosophe bien ennuyeux parfois^ sans cesse une sentence à la bouche, ne devaient pas abonder dans l'ancien temps, mais on en aurait rencontré certainement quelques-uns.
L'actel", généralement trouvé longpar les critiques^ me semble fort intéressant. L'exposition est très naturelle, grande qualité dans ces temps où un drame doit être tendu et vibrant comme une machine à haute
pression. L*actioD se déroule lentement et simplement. On aurait préféré des mystères et des péripéties fiévreuses dès le premier acte; on aurait vouluque les Rantzau se rencontrassent à chaque scène. Leur souci de s'éviter est bien plus dans la nature. Ils se détestent tant qu'ils ne pourraient se rencontrer sans s'administrer une volée de coups de bâton. Cette réserve, les fuites de Jacques à l'approche de Jean sont non seulement vraies, mais excellentes pour tenir le spectateur en haleine et préparer l'entrevue de la fin.
Il est bien émouvant, ce second acte, au début duquel Florence chante un Kyrie, et M. Lebel, le garde-général, une romance idiote sur un piano à queue qui fait l'admiration de la contrée. Les auteurs suivent les règles d'Horace, les règles du bon sens lui-même; chaque per sonnage accentue de plus en plus son caractère. Le campagnard brutal qui se pavane au milieu de son luxe, qui rêve de faire crever de dépit son frère Jacques, en l'accablant sous les procès-verbaux, qui, pour annoncera son enfant sa résolution, a recours au vieil instituteur, qui enfin, contrarié dans ses volontés, oppose la violence au : non, faible mais résolu de Louise, et qui, sur le point de la frapper comme il vient de frapper le pauvre Florence, s'enfuit en criant : Sauvetoi, Rantzau, sauve-toi, tu la tuerais! ce père brutal est pris dans la réalité. La fille vit, elle aussi, muette, laissant faire, mais.tenace dans sa volonté comme le vieux. Ce sont là de vrais hommes et non plus des mannequins agréables ainsi que ceux de l'Ami* Fritz. A quoi bon du reste m'attarder sur des scènes de cette valeur. Tout le monde leur a rendu justice. M. Sarcey, seul, a dormi.
Le troisième et le quatrième acte me semblent moins
bons que les deux premiers, moins bons, parce qu'il y entre plus de convention. Le rôle de Georges est assez pâle, et Ton dirait que M. Worms fait tout ce qu'il peut pour rompre la belle simplicité de la pièce. Il s'habille étrangement, il a des accents caverneux et fatals, il n*est pas vrai dans une pièce vraie, il n'est pas paysan dans une pièce paysanne. Il a failli me gâter mon plaisir. Qu'il joue les Chatterton et ne nous altère plus notre théâtre contemporain. Je ne comprends pas pourquoi le public lui attribue une part dans le succès des Jtantzau, Il a, sans \e vouloir, travaillé à leur nuire. Ses déclamations sont comme une fausse note dans un opéra, d'autant plus criardes que l'ensemble de l'orchestre est excellent.
On s'est beaucoup extasié sur la mise en scène de M. Perrin.Elle est généralement sobre et de bon goût. Il y a pourtant une ruelle au troisième acte que je voudrais moins pittoresque et moins archaïque. Le drame, et c'est là un de sesmérites, n'est pas spécial à la Lorraine et aux années de la monarchie de juillet. Ce n'est pas, comme ÏAmt FritZy de la poésie locale. Il peut se passer aussi bien au centre de la France et en 1882. Le langage, bien français, se parle partout. Un peu plus de simplicité eût donc été de mise dans la décoration de ce troisième tableau. Mais ne chicanons pas sur des vétilles.
Autre reproche, aux auteurs, cette fois. De longues scènes ne se passent point ordinairement dans la rue. Nous ne vivons plus comme les anciens dans le forum; la place publique est désertée. MM. Ërckmann-Ghatrian auraient dûmoins compter sur la complaisance du public. Dans la maison de Jacques nous aurions eu peutêtre la scène entre les deux frères, utile ici, et que les
auteurs ont escamotée. Je me range du côté des théoriciens de la scène à faire. Eh oui, il y avait là nne scène à faire, une scène superbe. Nous n'en avons que les premiers mots: Jean, vieilli et las, sa fille condamnée par les médecins, va frapper chez Jacques. La lumière descend. Jacques parait sur le seuil, une lampe à la main : Ya-Ven I crie-t-U, va-t'en I — Jacques, ma fille va mourir — Alors, entre. — Le geste est tragique ; Témotion profonde. Nous les aurions voulus aux prises, ces impitoyables. Les voyez-vous, run,le piedsur la gorge de l'autre, le condamnant à toutes les' humiliations, lui faisant subir les conditionsles plus dures. Des révoltescoupent les soumissions de Jean, mais il aperçoit la lampe qui brûle au chevet de la malade, il songe à sa fille et consent à tout en frémissant. Cette scène manque, et c'est dommage.
Il est vrai qu'à l'acte suivant nous constatons les résultats de l'entrevue pathétique qu'on nous cache. Jacques, dépouillé de la maison paternelle par le vieil Antoine, son père, avoulu que le contrat, l'acte de restitution et de vengeance, fût signé dans la chambre de sa mère, carjcet homme dur qui reproche à son frère ses complaisances coupables, sa bassesse de chien couchant à l'égard du père trompé, idolâtre le souvenir de sa mère, morte trop tôt. L'entrée du fils dans la chambre qu'il n'a point revue depuis une trentaine d'années, est poignante. Il y revient avec des pensées de haine contre Jean, mais il ne peut s'empêcher de ressentir une vive et salutaire émotion. Voilà la poésie des choses. Il est inutile de chercher des phrases, de fouiller l'infini du ciel et de compter les étoi1es,pour trouver de grande poésie. L'angelus qui tinte mélancoliquement dans la paix du soir, alors que Jean^ assis sur un banc soli-
taire, se demande si, pour sauver sa fille, il fera amende honorable, s'il abaissera son front hautain devant un frère cadet, mêle aux tempêtes de Tàme la douceur attendrie des campagnes au crépuscule.
Je ne puis que reprocher, et vivement, à MM. Erckmann-Ghatrian le dénouement des Jtantzau. Le roman des Deux frères d'où le drame a été tiré finissait plus humainement. Dans le drame il suffit d'une tirade échappée à Georges pour que les deux frères oublient leur vieille haine et se jettent en pleurant dans les brasTun de l'autre; dans le roman ils restent ennemis après le mariage de leurs enfants; ils se sont tendu la main un moment, mais reviennent à leur querelle l'instant d'après, et leurs années dernières se passent à se jalouser, à compter les instants que les enfants de Georges et de Louise passent chez l'un ou chez l'autre. Une guerre de trente années ne peut s'éteindre àjamais en une minute. Le vieil homme retourne à ses habitudes invétérées; il ne peut aimer subitement celui qu'il a si longtemps haï. Mais il parait que le public ne peut souffrir les pièces qui finissent mal. Voilà pourquoi les deux auteurs ont modifié leur dénouement primitif. C'est une lâcheté. La vérité ne doit jamais être sacrifiée aux exigences du moment.
La langueur de Louise estrococo: sentimentalité bête et facile, mais par quelques hautes parties le drame de MM. Erckmann-€hatrian commande Tattention.
Le premier soir, la critique, comme le public tout entier, avait été émue, transportée. C'était un concert d'éloges. Quelques jours après, ayant compris que les deux Alsaciens triomphaient en dépit delaFaculté,ona crié sur les toits — ô trouvaille ! — que MM. Erckmann- Chatrian n'avaient pas de style. Grief énorme! Ce n'est
pas da grand art, ce n'est pas un succès littéraire, les auteurs ne se doutent pas de Fart d*écrire. M. Sarcey attribue aux excellents comédiens du Théâtre-Françats les trois quarts du succès et Tautre quart à M. Perrin. Les auteurs ontl'inexpérience scéniquede coUégiensqui bâclent une tragédie. Pas de style. En vérité, c'est plaisant. Peu importe que la manière de MM. Erckmann- Ghatrian soit bonne ou mauvaise. Il s'agit tout simplement de savoir si les auteurs des Rantzau sont dénués d'accent personnel : le style, c'est l'accent personnel; un écrivain, pour se distinguer du voisin, n'a pas besoin de signer ses œuvres. Or, il n'est pas une seule page de MM. Brckmann-Chatrian qui ne soit reconnue immédiatement par tout le monde. La preuve qu'ils ont un style, c'est qu'on reproche à leur genre, et avec justice, d'être à la fois naïf et vieillot.
Que ceux qui ont vingt ans aujourd'hui et qui rêvent à l'avenir de notre théâtre se le disent bien. En dehors de la vérité du fond et de la simplicité de laforme, simplicité qui rentre elle-même dans Ja vérité, car je ne sais guère d'hommes embouchant latrompette héroïque pour exprimer les sentiments les plus vulgaires, il n'y a que confusion. Lesrè^les de Scribe et de M. Sardou ne sont faites que pour être violées par un génie libre.
M. HENRY BEGQUE
C^est UQ auteur sifflé dont je veux saluer le nom, un de ceux qui indiquent la voie aux générations jeunes.
Une tailJe d*athlète; un large front surmonté par des cheveux longs et relevés, déjà grisonnants ; des yeux très mobiles ; des moustaches quasi-militaires dans le visage rasé ; de grosses lèvres et un menton rabelaisien ; — une vague ressemblance avec Balzac. L'exubérance des gestes vient en aide à la parole, un peu trop pressée et confuse, coupée parfois d'un bon grand rire.
M. Henry Becque a des chevrons; iJ est né à Paris, il y a quarante-six ans, le 19 avril 1837.
Successivement, M. Becque hanta les bureaux du chemin de fer du Nord et la chancellerie de la Légion d'honneur. Il donna des leçons de littérature, puis il devint secrétaire du comte Potocki. Ce fut le hasard qui révéla à M. Becque sa vocation. Il débuta à trente ans
354 L'iVOLUTION NATURALISTE
seulemeQt. Far pure complaisance il écrivit le libretto de Sardanapak, un opéra de Yictorien Joncières. Captivé parle théâtre, mais n*y voyant encore qu'une distraction, il fit représenter au Vaudeville le 6 novembre 1868, une comédie imbroglio en quatre actes, V Enfant prodigue. Malgré le succès de cette pièce, un drame en cinq actes, Michel Pauper, qui, d'abord reçu kYOdéon, occasionna un procès entre M. Becque et la direction du second théâtre français, courait le risque de moisir dans les cartons, lorsque Fauteur prit une initiative hardiej Pendant l'été de 1870, il loua le théâtre de la Porte-Samt- Martin et confia â Taillade le rôle principal de son œuvre. Michel PauperenidvL succès. Jules Janin et Théophile Gautier écrivirent des feuilletons enthousiastes. Le directeur de la Porte-Saint'Martin parlait de reprendre la pièce à son compte et réclamait de M. Becque un autre ouvrage. Malheureusement, survint la guerre; IdiPorte- Saint'Martin fut incendiée et passa en d'autres mains. Ce Michel Pauper est une tentative aussi curieuse que bizarre. Le héros, un g^auvre diable d'inventeur, un ouvrier de génie exploité par des coquins, victime des autres et de lui-même, d'un amour malheureux et d'une ivrognerie héroïquement combattue, symbolise le peuple. Tout en devenant le misanthrope de la Navette j M. Becque est resté démocrate. Le maniement désintéressé des affaires publiques lui semble encore ^aujourd'hui le plus digne but de l'ambition humaine. Michel Pauper a des intentions socialistes. Une scène entre le baron Von-der-Holweck et le comte de Rivailles campe en face l'un de l'autre le gentilhomme rallié à la révolution et Tirréconciliable, l'éternel cons- ! pirateur de Goblentz. Le style, péniblement forgé, plein de subtilités prétentieuses et d'obscurités, maisemporté
LE THÉATRB 355
quelquefois par uq large souffle, a la pompe du romantisme révolutionnaire de 1848. Par exemple, le baron dira: « Si j'avais suivi ses conseils, je serais encore plus riche que lui, mais je ne regardais sur ma route que les statues de ceux qui Pavaient prise avant moi, et il est noble de vivre entre le triomphe et le martyre. » Ailleurs il se plaindra qu'on « jette Técume des libelles à la tête des vaincus. » Mais ce serait bien mal faire comprendre Toriginalité d'un tel drame' que d'accumuler ces faciles critiques, de signaler les efforts de l'auteur pour cristalliser un mot spirituel. A côté du symbolisme constant, de l'idéalisation des principaux personnages, se pose déjà le problèmede la vie difficile, la question d'argent, l'exploitation effrontée de l'homme par l'homme. Les puissants créateurs de notre siècle ont souffert de la lutte pour la vie, ils se sont heurtés à l 'improbité des manieurs d'or. De là un nouvel éJément d'intérêt dramatique, qui prime dans Balzac, L'élément passionnel ancien. Le véritable héros de la Comédie Humaine^ c'est Birotteau, et dans Birotteau se cache le romancier lui-même. Balzac a écrit le poème de l'argent, parce qu'il l'a vécu, parce que son existence, comme on peut le voir dans la Correspondance y n'a été qu lujL ejEfart. QJc lopéen pour v aincre la dette^ Toutes les autres préoccupations se sont effacées devant celle-là: aussi, dans la Comédie humaine y tout s'efface devant le chiffre. Le livre ressemble à l'époque. Epoque d'agiotage et de coups de banque dont Mercadet est le roi; époque qui a tué l'antique point d'honneur, les préjugés chevaleresques, et l'amour même offert en holocauste au Veau d'or.
Lldole au ventre d'or , le Moloch affamé S'étend, la pourpre au dos, sur la terre avilie *.