ADAMI TI6HI10V
Moi TiTanie...
■AlIB.
11 y a une loi.
JUDITH et BIiAHCHIy en mémo temps que Marie.
S*il y a une loi.
MADAMB TIGHEROH.
Tenez, laissez-moi tranquille avec votre loi. Si je devais passer beaucoup de journées comme celle-ci, mes enfants, mes forces n*y résisteraient pas ; vons n'auriez plus ni père ni mère avant peu.
Elle va tomber en plearant sur le canapé. ^
L'obstination irréfléchie de Têtre faible est si bien peinte par ces quelques paroles et ces gestes brefs que M. Sarcey lui-même évoque Molière devant une telle observation.
Voyez aussi comme les Corbeaux se foudroient de regards haineux dans la scène de l'architecte. C'est bien une bataille entre bétes de proie sur un champ de mort. Qui n'a remarqué des chiens se disputant un os à moelle avec de sourds grognements et une formidable exhibition de crocs?
M. Henry Becque n'a garde, comme certains drama-
i. Acte II, se. xi.
turges maladroits, d'oublier le détail qui fait vivre. On trouve peu ce souci du détail dans le théâtre classique où les développements moraux prennent toute la place dans une forme oratoire et périodique. Seul, Molière en offre quelques exemples.
... Il est. Monsieur, trois heures et demie, Certain devoir pieux me demande là-haut...
C'est par cette remarque impertinente et froide que Tartufe jette bas l'argumentation de Cléante.
Ailleurs il offre, enveloppé dans un alexandrin, du jus de réglisse à Elmire.
Vous plaît-il un morceau de ce jus de réglisse?
Dans Corneille et dans Racine on ne trouve jamais de pareilles condescendances pour les réalités quotidiennes.
Mais, à mesure que la matière s'est fait une place plus grande dans la littérature, notre train-train de tous les jours a pris possession du théâtre.
Le public ne jouit pas seulement de l'exactitude du milieu et des costumes. Il jubile lorsqu'il entend les acteurs traduire ses minutieuses préoccupations journalières. M. Sardou le sait et use du facile procédé. Il a de bonne heure flairé le goût de l'époque pour les reproductions exactes. Mais il s'est arrêté comme la foule aux choses extérieures, ce qui rapetisse toutes ses habiletés. M. Becque, qui, aux combinaisons scéniques préfère la psychologie, puise, au contraire, une grande force dans le culte du détail imperceptible. Fja carte de Tagent d'affaires, cherchée partout, et retrouvée à la fin dans la poche de madame Vigneron montre l'affolement des victimes. Les lamentations réitérées sur la
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mort du mari, ce doax et triste rabâchage sentimental et profondément hamain, fait tomber un rayon de lumière sur une âme bourgeoise : « Je sais bien qu*ii faut me faire une raison. Il devait mourir un jour. Mais j*avais demandé tant de fois à Dieu de m'en aller la première. N*cst-ce pas, madame, que Vigneron est au ciel ob vont les honnêtes gens comme lui?^ » — « Quel malheur, monsieur Teissier, quel épouvantable malheur! Mon pauvre Vigneron! C*est le travail qui Ta tué ! Pourquoi travaillait-il autant? ' » — « Quel malheur, monsieur Lcfort, quel épouvantable malbeurl Mon pauvre Vigneron ! Je ne me consolerai jamais de la perte que j*ai faite '. » Voilà Tobsession des pertes cruelles, Fanî^oisse sans cesse renaissante des séparations éternelles. Kt, à côté, la banalité des consolations vulpfaires : « Lefort : Allons, madame, ne vous désolez |)iis comme ça; avec du sang-froid et de la persévérance, nous arriverons à remplacer votre mari *. » J'ai iiHli(iué plus haut, en citant l'entrée de Teissier, Timportance des riens. On pourrait faire des remarques semblables sur toutes les scènes des Corbeaux, Les « bonjour » et les « bonsoir » ontjeur accent.
Il y a pourtant quelques objections sérieuses contre la pièce. Le conseil de famille qui se réunit, d'après la loi, pour gérer la fortune d'enfants mineurs a été escamoté un peu lestement. L'existence de ce conseil ne contrarie pas beaucoup d'ordinaire les manœuvres des Corbeaux. M. Becque aurait pu faire une petite place aux parents. IjC rôle de Merckens me semble un
\. Acio IT, se. I.