‹ L'évolution politique dans les diverses races humainesChapitre 109 sur 538 · Noël, BulL Soc, géogr, Paris, IV série, t. XX · texte numérisé non relu

Noël, BulL Soc, géogr, Paris, IV série, t. XX

bien sorli des mœurs du clan consanguin. La liberté des mœurs sexuelles va jusqu'à la licence, on pratique les mariages à Tessai ; les mères trafiquent de leurs filles, les frères de leurs sœurs ; on vise surtout à avoir des enfants ; la stérilité est considérée comme une malédiction divine et les filles enceintes sont particulièrement recherchées par les époaseurs. Ces mœurs primitives ne sauraient s'arranger d'un rigoureux souci de la généalogie. Elles permettent aussi, sans difficulté, que le trône soit occupé par une femme. Mais, quel que soit son sexe, le souverain hova est un personnage plus qu'humain et tout ce qui le concerne est affaire d'État. Une reine, Rasohérina, étant sur le point d'entreprendre un voyage sur la côte orientale de l'île, rassurait auparavant ses sujets, en leur disant, dans un Kabary solennel : c Je pars sans crainte, ô mon peuple, car j'ai la bonne fortune d'être vilanUazo (vaccinée de la fièvre) et viiatCteiy (vaccinée de la syphilis) \ > Lucrèce et Molière ont eu raison de dire :

Que, dans l'objet aimé, tout nous devient aimable.

Il est inévitable qu'un pareil régime, continué pendant un laps de temps suffisant, déprave profondément des races encore barbares et à moralité mal assise. Les peuples ont, dit-on, le gouvernement qu'ils méritent; mais il peut arriver qu'il ne le méritent qu'à la longue. A la condition de durer suffisamment, le régime despotique ne peut manquer de provoquer, chez un peuple quelconque, une évolution morale régressive. Les caractères trop résistants sont brisés, les autres sont avilis. Du haut en bas de l'échelle sociale, il se fait une répercussion de violences. On en subit d'un côté, mais on en inflige de l'autre ; car le despote tolère sans peine tout ce qui ne lui est point personnellement nuisible. Dans le

i. Le Temps, V déc. 1887.

district de Kiama, sur le Niger, quoique le gouvernement soit fort absolu, les villes se pillent entre elles, dès que Toccasion s'en présente \ Même dans le sein d'une ville, alors que, par accident, le poids de la conunune oppression s'allège, quand, de manière ou d'autre, une cité est débarrassée de son chef, il se produit une explosion de violences individuelles, de crimes, de vols; les forts se r\ient sur les faibles *.

Pourtant en Afrique comme ailleurs, ces petites monarchies sauvages ont ordinairement succédé au régime de la tribu égalitaire, attesté, aujourd'hui encore, chez les Yoloffs par la cérémonie d'investiture du chef et même, sur la côte de Corée, par l'existence des communautés de villages avec redistributions périodiques du sol arable ^ — A ces survivances il faut ajouter celles des castes industrielles et artistiques, que l'on trouve chez les Bambaras, les Mandingues, et qui y jouissent de certains privilèges.

Chez les Bambaras et sans doute sous l'influence du sang berbère, la monarchie absolue se tempère quelque peu. Au Kaarta, en effet, il y a trois castes libres : V celle des forgerons; 2* celle des ouvriers en cuir ; 3" celle des jfnote, troubadours, chanteurs, etc*.

C'est le chef des forgerons qui couronne les rois, et la cérémonie rappelle assez bien l'investiture germanique. Le nouveau monarque, héréditaire cependant, est élevé trois fois sur une peau de bœuf par quatre hommes. Puis le chef des forgerons lui tient le discours suivant, qui est d'ailleurs un acte d'obéissance : « Avant d'accepter le pouvoir, tu dois savoir quatre choses : la première, que tu es notre maître

Page 1