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blé de dons parla dévotion de ses ouailles et jouissant d'une grande situation laïque, puisqu'il ne possède pas moins de cent cinquante mille esclaves*. On sait que, comme le christianisme, la religion du Bouddha a la prétention d'avoir brisé la chaîne des castes et inauguré le règne de l'égalité. Il faut entendre, dans les deux doctrines, l'égalité immatérielle, l'égalité religieuse dans le silencieux pays d'outretombe où les plus hardies réformes sont de peu de conséquence.
L'expérience, une expérience sociologique, a montré combien le clergé bouddhique se soucie peu de réformes pratiques. En effet, dans le Thibet lamaïque et dans le Boutan, les prêtres du Bouddha ont réussi à prendre en mains l'organisation politique, mais ils ont fort peu modiGé la structure de la petite monarchie absolue. La papauté thibétaine de Lha-ssa est singulièrement analogue à celle de Rome et cette ressemblance entre le gouvernement du Thibet lamaïque et celle de l'ancien état pontifical étonna jadis un missionnaire français, le père Huc^ La capitale du Thibet, Lha-ssa, est, comme la cité romaine, une capitale théocratiquc. Le chef du bouddhisme, le Talé-lama, qui y réside, est un véritable pape, ayant sur son collègue d'Europe l'avantage d'être immortel. Au lieu de mourir, il se borne à transmigrer de temps à autre ; son âme indestructible se réincarne aussitôt après la mort dans un enfant, que le collège des lamas-koutouktous, analogue à celui des cardinaux, interroge et reconnaît comme étant une simple transformation de son prédécesseur, et qu'il élit solennellement^. Nulle part encore on n'a réussi à découvrir une absurdité assez grosse pour déconcerter la foi religieuse.