II. — LE PÉROU
Mais, en Amérique, les grandes monarchies, que les conquérants espagnols ont détruites sans les comprendre, émergeaient directement des tribus sauvages dont la sociologie nous est familière. Les races américaines, du moins les races actuelles, se rattachent manifestement aux races jaunes de l'Asie et c'est du nord au sud qu'elles ont peuplé le continent, que nous avons appelé Nouveau Monde. Mais, pour des tribus sauvages et mal armées, une seule région de r Amérique pouvait se prêter au développement d'une civilisation quelque peu avancée. Cette région était celle des hauts plateaux de l'Amérique centrale, où l'altitude corrige la latitude, où un ciel clément, un climat salubre, une flore assez riche en plantes féculenlesi d'une facile culture, etc.,
en résumé, rcnsemble des conditions, le milieu tout entier, faisaient aux hommes une existence aisée. Ces régions bénies furent doncune sorte d'Éden ou, pendant une suile de siècles sûrement fort longue, des tribus, très analogues à celle des Peaux-Rouges actuels, affluèrent successivement, se subjuguant les unes les autres, se substituant les unes aux autres. Chacune de ces vagues humaines laissait sa trace, fondait ce qu'on a trop ambitieusement nommé une civilisation; car ces prétendues civilisations devaient se ressembler beaucoup entre elles. Au Mexique, on les a plus ou moins exactement comptées. Au Pérou, nous ne connaissons que la dernière. Mais il existe encore, sur les bords du lac Titicaca, des ruines importantes, qui, au dire des Péruviens eux-mêmes, étaient antérieures aux Incas. J'omettrai les légendes indigènes, attribuant l'origine du royaume des Incas soit à des hommes blancs et barbus venant Ton ne savait d'où, soit & deux enfants du soleil, Manco-capac et sa sœur épouse, expressément envoyés par l'astre compatissant pour civiliser le pays. Ce qui est certain, c'est que l'empire des Incas était de date fort récente ; lors de l'arrivée des Espagnols, il n'était guère âgé que de deux ou trois siècles ; c'était un empire adolescent. Ce que Ton peut admettre comme certain, vu l'abondance et la précision des témoignages, aussi leur vraisemblance, c'est que la civilisation des Incas avait fleuri au milieu de populations très sauvages, nomades, fétichistes, cannibales S organisées en clans & totems animaux (lion, tigre, aigle, etc.)% habitant tantôt des cavernes % tantôt des cabanes communes*, comme les Peaux-Rouges. Sans cesse les monarques péruviens guerroyaient contre ces races