Jurien de Li Gravicre, Voy. en Chine, I
valent accueillir les rapports des espions à toute heure du jour et de la nuit et les transmettre diligemment à Yeddo.
Rien de plus relatif que la morale ; c'est une idée dont on commence à être convaincu et dont je me suis efforcé de démontrer le bien fondé. Un pays ou, comme il arrive au Japon y une jeune fille s'illustre en entrant dans une maison de prostitution pour un bon molif, par exemple, pour payer les dettes paternelles, a une mesure des actions humaines fort différente de la nôtre. Mais la manière dont on y apprécie l'espionnage dérive évidemment et tout simplement du régime monarchique. Dans ces anciens États despotiques, où le maître suprême est traité en dieu de son vivant et souvent divinisé réellement après sa mort (les empereurs défunts figurent souvent parmis les Kamis^)^ le grand devoir est l'obéissance ; tout ordre venant d'en haut est plus que moral; il est sacré. Il serait du reste fort dangereux d'y désobéir.
Que reste-l-il de ces vieilles mœurs dans le Japon nouveau, si brusquement sorti de l'ancien depuis la révolution de 1867, qui renversa le stogroun? sans doute beaucoup plus qu'il ne semble de loin. Une fois invétérées, les habitudes morales bravent bien longtemps les transformations politiques et souvent même les paralysent ; celles-ci en effet, tant qu'elles ne sont point parvenues à refondre le caractère d'un peuple, sont des changements de pure surface, d'étiquette. Quoi qu'il en soit, le Japon actuel a légalement cessé d'être féodal. Les daïmios eux-mêmes ont échangé, sur leur demande, leurs privilèges contre des indemnités pécuniaires. Aujourd'hui le mariage est libre entre toutes les classes; légalement, tout Japonais peut être appelé à toutes les fonctions. Enfin, exemple hardi donné à plus d'une nation euro-