‹ L'évolution politique dans les diverses races humainesChapitre 230 sur 538 · Ibid,yll · texte numérisé non relu

Ibid,yll

le caractère kabyles, il résulte que Tindividu peut avoir à repousser des attaques, des vexations, des injustices. Pour parer à ces risques, les Kabyles forment entreeux des pactes, des associations, dont tous les membres se solidarisent, se soutiennent dans l'attaque et la défense. €es sociétés sont indépendantes du clan, de la famille, de la tribu. On s'y agrège individuellement; elles peuvent même s'étendre & plusieurs tribus. Cette ligue d'alliance, d'assistance mutuelle, s'appelle le çof. Nul n'est forcé de rester dans le çof dont il fait partie ; libre à chacun de changer de çof suivant son caprice ou son intérêt; mais à la seule condition de le faire hautement, ouvertement; seulement tant que Ton est membre d*un çof y on se doit entièrement à lui. Le çofAt son côté n'abandonne jamais ses membres et ceux-ci lui rendent la pareille; pour chacun des sociétaires l'honneur et les intérêlsdu çof soni etdoivent être un objet de constante préoccupation. Quand même on blâmerait la conduite de son çof^ on lui doit néanmoins son concours. < Aide ton ço/*, dit un adage; qu'il ait tort ou raison. > La caisse du çof est alimentée par des cotisations volontaires et elle sert à soutenir les émigrés, à réparer les dommages de la guerre, etc. — Chaque village est ordinairement divisé en deux çofs, dont les chefs appartiennent à des familles influentes, riches, puissantes^ Quand la djemâa choisit un amiriy elle prend en très sérieuse considération la puissance du çof qui le soutiendra. Cette pratique ordinaire de l'association, de l'association courageuse et libre, suppose évidemment, outre le besoin de solidarité, le sentiment de l'honneur, le respect de la parole donnée. La coutume de Vanaya dépose aussi dans le même sens, mais elle constitue un trait de mœurs tout à fait spécial à la Kabylie. Vanaya kabyle est une promesse- de

i. Hanoteau et Letourncux, loc, cit.y II, 11-16.

protection faite à une ou plusieurs personnes, soit par un particulier, soit par une collectivité : çof^ village ou tribu ^ Le signe de Yanaya est souvent un échange d'armes' ou un objet donné comme gage et équivalent à un sauf-conduit dans la mesure exacte du pouvoir du donateur. Même au milieu d'un combat, on peut sauver un ennemi, en le couvrant de son burnous ou en changeant avec lui de fusiP. Dans la mêlée, les vieillards jetaient par fois leur anaya entre les combattants, qui alors étaient moralement obligés de déposer les armes et d'accepter la médiation. En temps de guerre, une anaya spéciale protégeait les colporteurs, les forgerons, les marabouts, les chemins conduisant à la fontaine des femmes *. V anaya était obligatoire pour quiconque rencontrait un individu sous le coup d'une attaque imminente ; c'étaitCanaya ditedu lieuj toujours acquise, de droit, au compagnon de route. On ne pouvait refuser Vanaya au fugitif qui se réfugiait dans une maison, fût-ce celle d'un ennemi, ni aux prisonniers qui la demandaient sur le champ de bataille. On échappait à une vengeance, en se réfugiant au milieu des femmes, dont la seule présence donnait Vanaya^. — Quand le porteur d'une anaya était en danger, le maître de cette anaya le devait escorter lui-même ou du moins le faire accompagner par un ou plusieurs de ses parents armés. Les femmes mariées pouvaient donner Vanaya et les maris se faisaient ordinairement un point d'honneur de faire respecter Vanaya de leurs moitiés ®. — Vanaya devait être gratuite. — Quiconque accompagne son anaya est considéré comme mort tant qu'il n'a pas con-

Page 1