V. Bcrghein, Prop. Unit., cfc
Stances s'y prêtant, à la grande monarchie. Ce qu'il nous importe de constater en passant, c'est que cette évolution historique concorde à peu près parfaitement avec la série ethnographique, formée aujourd'hui encore parles diverses formes politiques en vigueur dans l'Arabie actuelle, et c*est là une preuve de plus à enregistrer en faveur de la méthode ethnographique et de sa grande utilité en sociologie. L'évolution historique d'un autre rameau sémitique, du petit rameau hébraïque, ne contredit point non plus cette conclusion.
Avant la légendaire époque de Moïse, nous ne savons rien de l'histoire des Hébreux, mais leurs origines sociologiques n'ont pu différer beaucoup de celle de leurs cousins, les Arabes, avec lesquels ils ont des analogies de toute sorte. En traitant du mariage, de la famille et de la propriété chez les Hébreux, j'ai relevé toutes les survivances bibliques attestant la primitive existence de clans consanguins \ Ces clans se groupèrent en tribus, qui gardèrent longtemps la forme républicaine. Tous les Hébreux commencèrent par être politiquement égaux; parmi eux, on ne distinguait ni aristocratie, ni classe moyenne, ni plèbe*. Dans chaque tribu, les anciens (zeqénim) formaient un conseil exerçant à la fois le pouvoir juridique et le pouvoir judiciaire'. Mais ces tribus hébraïques étaient confédérées; elles mettaient en com-
i . Voir r Evolution du mariage et V Evolution de la propriété- 2. Lidrain, Histoire d'Israël, \y 155.
X Samuel, VIII (trad. Ledrain),
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mun leurs grands intérêts, soit moraux, soit matériels. Après le viol delà Temme du lévite par les habitants de Guibéa, ou voit tout Israël marcher contre les Benjaminites, sauf une seule tribu, celle d'Iabesch en Guiléad; mais elle le paya cher, comme nous le raconte la Bible avec une simpli* cité féroce : c On avait prononcé le grand serment contre qui ne monterait pas vers Jahvé à Miçpa : c Qu'il soit mis à « mort ! > avait-on crié... La réunion fit partir sur-le-champ douze mille hommes choisis parmi les plus vaillants, avec cet ordre : c Allez passer au fil de l'épée tous les habitants € d'Iabesch en Guiléad, femmes et enfants. Voici exactement « ce que vous ferez : tout mâle et toute femme qui a connu la K couche d'un mâle, vous les vouerez. > Or, ils trouvèrent parmi les habitants d'Iabesch en Guiléad quatre cents jeunes vierges, ignorantes de l'homme et n'ayant point connu la couche d'un mâle. Ils les amenèrent au camp, à Schilo, dans la terre deKenaan (Canaan) ^ > Nous en verrons bion d'autres, en étudiant, un peu plus tard, les mœurs guerrières du peuple de Dieu. Mais ce fait suffit à bien établir la solidarité des tribus hébraïques.
Avant de châtier Benjamin, Israël avait tenu une grande assemblée de la nation, à laquelle assistèrent en armes tous les chefs du peuple, probablement les chefs de famille; or, il y en avait, dit la Bible, quarante mille ^ Le texte du Livre des Juges affirme aussi très neltement qu'à ce moment de son histoire, Israël vivait en république : c En ces jours-là, il n'y avait point de roi dans Israël : tous faisaient ce que bon leur semblait ^ > Pourtant, dans ces tribus républicaines, il s'était déjà constitué une noblesse théocratique, celle des lévites, qui, à la manière arabe, percevait annuel-
i. JugeSy XXI, 1-12 (trad. Ledrain).