Samuel f xr, 6 (trad. Lcdraio
Letourncau. — L'Évolution politique. 16
24â L'ÉVOLUTION POLITIQUE
le despotisme sans frein du monarque juif : c Le roi David, dit la Bible, étant vieux et avancé en âge, on le couvrait de vêlements sans qu'il pût se réchauffer. Alors ses serviteurs lui dirent : € Qu'on cherche à notre maître, le roi, une € adolescente, vierge, afin qu'elle se tienne devant lui pour « le servir, qu'elle couche sur son sein et réchauffe notre « maître, le roi^ >.De pareils procédés, usités comme choses toutes simples, donnent bien l'idée d'un pouvoir illimité. Pourtant le maître des Juifs n'était point divinisé; la religion du pays ne l'aurait point permis; mais il était l'oint du Seigneur, c'est-à-dire quelque chose comme une effigie terrestre de lahvé, et les fantaisies d'un tel personnage sont naturellement au-dessus de la commune morale. David prenait fort au sérieux sa qualité d'oint du Seigneur ayant droit de vie et de mort et il fit immédiatement, en sa présence, mettre à mort l'Àmalécite qui avait tué Saûl vaincu, à la prière de ce dernier : a Comment, lui dit-il, n'as-tu pas craint de faire servir ta main à détruire l'oint d'Iahvé'? >
Entre les règnes de David et de Salomon, qui marquent l'apogée de la petite grandeur hébraïque et certaines monar* chies barbares de l'Afrique contemporaine, l'analogie est frappante. Le roi David, magnifié par les théologiens, avait hérité des femmes de Saûl, exactement comme cela se passe dans les petits royaumes de l'Afrique tropicale : c J'ai fait, lui dit lahvé, tomber les femmes de ton maître (deSaul) sur ton sein\ > — Salomon reçut de son père, David, un héritage du même genre, dans lequel était comprise la jeune Abisag, qui s'était si vivement appliquée à réchauffer le souverain défunt. Le harem du père devint simplement celui du fils et Abisag en fut l'ornement, le joyau *, Ce fut même pour