XI
286 L'ÉYOLUTION POLITIQUE
à qui le Gis de Kronos, plein de ruses, a remis le sceplre et les lois afin qu'il règne sur tous^ » L'usage que fait Ulysse de son sceplre montre bien que le sceptre royal de la période historique est Temblème schématique du bâton, dont se servaient les chefs primitifs pour mener le troupeau de leurs sujets. Au reste le mot oTrijnrpov signifle littéralement bâton et désigne aussi bien le bâton du mendiant' que le signe du pouvoir royal. Rappelons, en passant, que le bâtonsceptre d'Ulysse se retrouvait, tout récemment encore, dans la main des chefs des tribus peaux-rouges et que notre archéologie préhistorique en a recueilli des spécimens ayant appartenu à notre âge de la pierre : il y a là une curieuse analogie sociologique, qui a son importance.
Pourtant la royauté homérique est encore une royauté débonnaire; elle a évidemment encore un pied dans le régime républicain. Tout en faisant remonter sa généalogie à Zeus ou à une divinité quelconque, le roitelet homérique n'est guère que le premier d'entre ses pairs. C'est ordinairement dans un banquet, à sa table, que ce petit prince délibère avec les anciens, survivance manifeste du conseil de vieillards, qui gouvernait auparavant la tribu républicaine. Les classes sociales sont aussi assez mal délimitées; les qualifications honorifiques s'appliquent encore indifféremment aux nobles et aux hommes de rang inférieur, même à certains esclaves, par exemple au porcher Ëumée dans VOdys- $ée^. Dans les occasions importantes, le roi homérique ne manque jamais de faire convoquer le peuple dans Vagora ou dans le voisinage de son palais et il le consulte plébiscitairement*.