Thucydide, IV
Au-dessus de cette masse d'Hilotes et de Périèques, asservis à des degrés divers, dominait une oligarchie de citoyens libres. Pour une population servile, comptant plusieurs centaines de milliers d'âmes, il y avait, au temps de Lycurgue, c'est-à-dire vers la moitié du x* siècle avant J.-C, seulement cinq à six mille citoyens, à qui Lycurgue attribua des domaines de valeur équivalente. En traitant de la propriété, j'ai résumé ce que nous apprennent au sujet de ce partage communautaire les écrivains de l'antiquité et n'ai pas à y revenir. Je remarquerai cependant que, tant que dura le régime égalitaire institué par Lycurgue, la population libre s'accrut énergiquement et la première guerre de Messénie vint, fort à propos, permettre de doubler le nombre des lots, qui fut porté à neuf miIle^ Seuls, ces quelques milliers de privilégiés, les égaux (ofiococ), Tormaienl le peuple; c'était une aristocratie égalitaire, dominant une masse privée de tout droit politique.
Ce régime oligarchique sepréte admirablement à rétablissement de la royauté, aussi Sparte avait, la dernière entre les cités grecques, conservé cette forme de gouvernement, mais avec des précautions méfiantes indiquant déjà une aspiration vers la démocratie. D'abord, la royauté est, à Sparte, une duarchie, il y a deux souverains, tous deux Uéraclides, mais issus de maisons différentes', devant par suite se faire souvent échec l'un à l'autre. Le roi Spartiate n'a pas le droit d'épouser une étrangère et son pouvoir se transmet non pas à son fils aine, mais au premier des fils, qui lui sont nés depuis son avènement \ A défaut de fils majeur, le plus proche agnat gouverne, comme tuteur,