Slrabon, VI, ch. i
une assemblée générale plébiscitaire, Agathocle se fit décerner par la foule insurgée le commandement militaire et un pouvoir dictatorial. Un des premiers soins d'Agathocle fut ensuite de promettre l'abolition des dettes et une distribution de terres aux indigents. Une fois son autorité bien affermie, le tyran s'illustra par une cruauté sans bornes. Quand il voulait frapper un particulier, il en égorgeait en même temps toute la famille; une ville, il en massacrait toute la jeunesse, ne prenant pas la peine de trier de la foule ceux qui n'étaient pas coupables envers lui '.
Agathocle peut être considéré comme le parfait modèle du tyran, du dictateur populaire, se mettant au-dessus des lois. C'est aussi celui dont l'histoire nous est le mieux connue. Mais les cités grecques engendrèrent un grand nombre de ses pareils. A Mégare, Théogène devint tyran pour avoir fait détruire les troupeaux des citoyens riches % A Sybaris, le peuple se révolta contre ses oligarques, chassa les trois cents plus riches d'entre eux, confisqua leurs biens et confia l'autorité au démagogue Télys'. A Cymé (Gumes), Aristodème massacra les oligarques du conseil d^État et leurs adhérents, abolit les dettes, partagea les terres et se fit nommer dictateur. A Syi^cuse, Gélon et Hiéron succéderai à d'autres tyrans ^ Parmi beaucoup de mauvais tyrans, il y en eut quelques-uns qui exercèrent raisonnablement leur pouvoir illégal. Le plus célèbre de ces derniers est l'Athénien Pisistrate. Un fait instructif, c'est la rapidité avec laquelle se métamorphosaient ordinairement les tyrans grecs, une fois qu'ils étaient parvenus à leurs fins. Bien vite alors ils oubliaient la démagogie et prenaient fort au sérieux leur rôle de souverain. Ils s'entouraient de nom-
1. Diodore, XIX ; I, 3-9. — Aristole, Politique, V, ch. iv, 5.