III. — LA PHILOSOPHIE POLITIQUE EN GRECE
Les faits, que j'ai cités ou résumés dans ce chapitre et les précédents, suffisent à caractériser l'évolution politique en Grèce. Mais, avant d'apprécier cette évolution d'une manière générale, il ne sera pas inutile de rapprocher les idées des faits historiques, de voir quelle était la philosophie politique des penseurs grecs. Comme les institutions elles-mêmes, cette philosophie a évolué. — Tout d'abord les écrivains sont d'accord avec la foule de leurs concitoyens. Pour eux aussi, le patriotisme est la première des vertus; et ce patriotisme est encore borné et féroce. Étroite est la solidarité qui unit tous les hommes libres d'une même cité. J'en ai donné précédemment bien des preuves. A Athènes et dans d'autres républiques, les enfants des citoyens morts à la guerre étaient nourris aux frais de l'Etat ^ Les anciens législateurs voulaient que les malades fussent traités aux frais de la cité^; les filles pauvres étaient dotées. La cité hellénique est, pour ses citoyens, comme un foyer hors duquel ils ne pouvaient vivre. En dehors des limites si restreintes de leur petite république, rien n'intéresse fortement les Grecs. Servir la petite patrie est un grand devoir, auquel est surbordonnée toute morale, c Dès qu'une action est utile à la patrie, dit Agésilas, il est beau de la faire^ » Pour la cité, l'individu bien doué se sacrifie, sans