‹ L'évolution politique dans les diverses races humainesChapitre 41 sur 538 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

Letourneau. — L'Évolution politique. â

jeunes. La mère ou les mères (il y en a souvent plusieors chez les fourmis) sont en communication constante par le jeu de leurs antennes avec un grand nombre d'ouvrières, qui, de proche en proche, tranquillisent les autres au sujet des progénitrices ; mais que la mère commune, la raison d'être de la cité, vienne à mourir ou à disparaître, c'est un deuil public qui éclate; l'ardeur des ouvrières s'éteint; elles deviennent pessimistes et perdent jusqu'au désir de vivre\ On sait que l'organisation sociale des fourmis, des abeilles, des termites est assez compliquée; que, chez certaines espèces de fourmis, l'esclavage est institué; que toujours il y a des castes : les insectes sexués et les ouvrières asexuées, se subdivisant parfois, comme chez les termites, en une classe laborieuse et une classe de guerriers'. La différence des occupations, continuée pendant un très grand nombre de générations, dont la vie est assez brève,* a même fini, chez les fourmis, par créer des différences morphologiques. La fourmi amazone (F. rufescens) n'est plus apte qu'au t noble métier des armes ». Ses mâchoires ne sont plus disposées, comme celles des autres espèces, en rangées dentelées; elles s'avancent en pointes aiguës, très propres à percer dans la mêlée la tête d'un adversaire, mais impropres à saisir les aliments. A-t-elle faim? Elle se contente d'en avertir une esclave (F. /usca),quilui donne la becquée. Seule, elleestincapable de construire son propre nid, de nourrir ses propres larves et, comme l'a montré P. Huber dans une célèbre expérience, elle se laisse mourir de faim h côté de provisions abondantes, si ses esclaves noir-cendrées ne sont point là pour l'appâter^. On sait que, chez les fourmis, l'esclavage est plus doux et

t. L. Biichnery Vie psychique des bétes, 3. P. Huber, Fourmis indigènes (note).

i»ieux entenda que chez les hommes. Jamais ces intelUgenU insectes n'essayent de réduire en servitude des adultes. Le but des fréquentes expéditions guerrières, entreprises parles fourmis amazones, est seulement de razzier les nymphes des noir-cendrées, qui, habituellement vaincues, se sauvent en abandonnant le moins possible de leur progéniture en espérance. Les noir-cendrées esclaves ont donc été élevées par leurs maîtresses et parfois ne sortent même pas des nids où elles sont captives; aussi la bonne harmonie ne cesse jamais de régner entre la caste guerrière et la caste serviie, qui d'ailleurs ne se reproduit pas dans la cité de ses maitres', sans doute parce que ceux-ci ne veulent que des ouvrières.

Les guerres des fourmis diffèrent aussi beaucoup des guerres humaines, dont j'aurai à parler plus loin. En effet les fourmis ne guerroient que dans un but strictement utilitaire. Si elles visent seulement à ravir des nymphes pour alimenter leur caste sorvile, elles ne tuent point leurs adversaires, sauf le cas de résistance trop acharnée, quand la patience leur échappe. Elles ne massacrent sans miséricorde que s'il s'agit d'une espèce tout à fait étrangère, dont elles convoitent les nymphes uniquement dans un but comestible, par exemple, de la lasius niger ou de la flavas^. Ce dernier trait est humain au premier chef. On sait trop, en effet, combien les races humaines supérieures font peu de cas de la vie des hommes dits de race inférieure.

La cité des abeilles est organisée à peu près sur le même plan que celle des fourmis ; pourtant la structure sociale en est un peu moins complexe, puisque l'esclavage n'y a pas été institué; il ne semble pas non plus que les abeilles aient les mœurs guerrières et prédatrices des fourmis. Leurs guerres

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