‹ L'évolution politique dans les diverses races humainesChapitre 448 sur 538 · III. — LES SERFS · texte numérisé non relu

III. — LES SERFS

L'énorme population des serfs, dont le labeur procurait une liberté relative à la caste seigneuriale, descendait, en très grande majorité, des colons romains. En traitant de la propriété, j'ai indiqué les origines du colonat romain. Ces ori-

i. Buchon, Recherchei et Matériaux pour tervir à une histoire de la principauté française de Morée, 113-138.

ginessont multiples, mais il en est quatre principales : 1» beaucoup de maîtres avaient trouvé avantageux de transformer leurs esclaves en laboureurs attachés à la glèbe et leur payant une redevance convenue; S"" beaucoup de citoyens libres, mais dénués de tout, avaient préféré l'état de colon, qui leur assurait au moins le vivre et le couvert ; 3*" pour repeupler des campagnes désertes ou défricher des districts incultes, les empereurs y avaient transporté des barbares; ¥ enfin les anciens communiers des clans barbares avaient été, dans nombre de cas, réduits à Tétat de colons. Les conquérants germaniques trouvèrent donc toute une très nombreuse classe servile, qui changeait seulement de maîtres,et cetétat de choses n'avait rien qui les dût surprendre, puisque, dans la Germanie même, il existait une classe de serfs très ana logueàcelle des colons romains ^ Seulement le serf germanique était plus proche encore de l'esclavage que le colon du Bas-Empire, qui graduellement avait fini par obtenir quelque protection légale. L'invasion germanique appesantit donc notablement le joug qui pesait sur la classe servile.

Entre la condition du serf médioéval et celle de l'esclave il y a peu de différences : le serf est attaché à la glèbe, l'esclave, non. Mais le serf est à très peu près considéré comme une chose. Quand Guillaume le Conquérant fit dresser son célèbre doomsday-bookj un état détaillé des possessions royales, de celles des seigneurs, évéques et monastères dans le pays conquis, le dénombrement détaillé des serfs de chaque fief figura à côté de celui des pourceaux, brebis, bœufs, etc. En effet, dans les premiers siècles du moyen âge surtout, les colons ou serfs furent entièrement assimilés aux animaux domestiques; on les vendait ou cédait avec le sol et quelquefois même séparément ^

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