‹ L'évolution politique dans les diverses races humainesChapitre 453 sur 538 · Croials, loc eit,, II · texte numérisé non relu

Croials, loc eit,, II

LlTOURlfEAU. — L'Évolution politique. 29

d'une masse asservie» attachée plus ou moins étroitement à la glèbe et dominée par une minorité aristocratique, dont les membres étaient reliés entre eux par une chaîne de droits et de devoirs. C'était cette minorité seule qui jouissait des avantages de la civilisation, assez grossière encore, à laquelle on était parvenu; c'était elle que protégeaient presque exclusivement les lois et coutumes ayant force de lois. Chaque principauté, baronnie, comté ou marquisat, était en fait une petite monarchie, dont le titulaire, à la condition de remplir ses devoirs vis-à-vis du suzerain, exerçait une auto* rite très peu limitée.

Une telle organisation politique n'a pas besoin pour se fonder d'une grande monarchie : elle en est la menue monnaie. Pourtant elle aboutit ordinairement à placer au sommet de la pyramide féodale un suzerain des suzerains, définitivement victorieux dans les incessantes guerres féodales. Mais rien ne diffère plus de la monarchie centralisée, telle que l'avait établie l'empire romain, que les monarchies médioévales. Durant le Bas-Empire, il n'y avait qu'un maître, dont la volonté faisait loi; l'empire était divisé en préfectures et provinces découpées pour la commodité de l'administration et gouvernées par des fonctionnaires impériaux au nom du maître. Les barbares, eux, fractionnèrent l'empire en monarchies de plus en plus petites et ordinairement subordonnées les unes aux autres. Çà et là pourtant subsistaient des domaines entièrement indépendants, dont le titulaire ne relevait que « de Dieu et de son épée >. Le royaume d'Yvetol en fut jusqu'à la Révolution un curieux spécimen, témoignant combien l'esprit médioéval se souciait peu d'unité et d'uniformité politiques.

La royauté, la grande royauté, quand elle exista, put même être élective. En Espagne, avant le xii* siècle, les rois d'Aragon étaient élus par un petit nombre de barons,

LA FÉODALITÉ. i51

mais choisis pourtant dans une même famille ^ Le vassal noble n'était pas toujours facile à conduire, il n'avait rien de commun avec le fonctionnaire du Bas-Empire. Le code féodal autorisait le vassal à ne plus reconnaître la suzeraineté, quand il avait été victime de certaines injustices, aussi les princes, même les rois, avaient souvent maille à partlravec leurs vassaux. La tymnnie centralisée de lempire romain était donc incompatible avec la hiérarchie féodale. En pays conquis, alors que de toutes pièces on fondait une monarchie féodale, on se conformait strictement aux mœurs politiques du temps. Les Assises de Jérusalem reconnaissent d'emblée aux vassaux et aux suzerains des droits et devoirs exactement calqués sur ceux de la féodalité européenne, fjuillaume le Conquérant lui-même, si cruel et avide qu'il fût, procéda de même en Angleterre après la victoire. Il divisa son nouveau royaume en 60,000 lots, de valeur à peu près égale, qu'il distribua à ses compagnons ou laissa entre les mains des anciens possesseurs, à la charge pour le vassal de fournir un soldat par lot. De par le droit du plus fort, Guillaume exagéra pourtant ses prérogatives royales. En prin«cipe, il fut le maître et propriétaire de toutes les terres du royaume et ne les rétrocéda qu'en échange de services féodaux. A titre personnel il s'empara de tous les biens des rois saxons et des domaines des villes. Chaque domaine dut lui payer la même rente qu'au roi saxon, ce sous -peine d'expropriation % et sa terrible enquête du doomsday book l'avait exactement renseigné sur ses prétendus droits. On ne se gène pas en pays conquis, aussi, au bruit de l'approche du roi, la population saxonne se sauvait dans les forêts; car les gens de la suite royale se faisaient un jeu de saisir et

Page 1