Crozals, loc, cit.y H
s'étageaitla hiérarchie féodale, allant du simpie seigneur au roi ; sauf ce dernier, tout noble était vassal d'un côté, suzerain de l'autre. Les devoirs et les droits de chacun étaient nettement déterminés une fois pour toutes et se transmettaient héréditairement. En lui-même, le système ne comportait ni amélioration, ni détérioration; il aurait pu durer indéfinitivement, si les mœurs avaient conservé leur simplicité première. Deux causes surtout le minèrent d'abord et finirent parle détruire : l'amour de l'argent et le développement de l'industrie. Ces deux influences, dont nos sociétés contemporaines souflrent si cruellement et pourront mourir, sapèrent au pied la société féodale.
Les seigneurs trouvèrent avantageux d'affranchir leurs serfs moyennant finances, parfois moyennant services industriels spécifiés. Des villes franches se créèrent, et nombre d'échappés du servage y cherchèrent et trouvèrent un asile. Isolément chacun de ces fugitifs était impuissant; groupés et associés en ghildes^ ils constituèrent des unités collectives avec lesquelles il fallut bien compter. Ces associations finirent par traiter de puissance à puissance avec les seigneurs. Non qu'elles élevassent la prétention de bouleverser l'ordre féodal; toute leur ambition était de s'y faire une place. Elles prétendaient seulement être vassales du comte, de l'évèque, du baron, moyennant des conditions de cens, de redevances, de milices mises à la disposition du suzerain, exactement au même titre que les seigneui's entre eux. Mais en dehors de ces obligations déterminées, les communes entendaient être libres dans les conditions ordinaires de la vassalité féodale, avoir leurs murailles, leurs tribunaux, même leurs blasons. Toutes ces conditions étaient couchées par écrit dans une charte, que la commune jurait d'observer {communiam jurare) et que le suzerain trouvait avantageux d'autoriser. La commune n'était souvent
LA FÉODALITÉ. i&S»
que le développement de ce qu*on appelait c les bonnes coutumes », c'est-à-dire de certaines franchises et obser* vances d'origine très ancienne et tacitement tolérées par le suzerain. Ces coutumes, on les rédigeait et Ton sanctionnait ainsi la franchise personnelle, Toctroi du droit de tester, la conversion des charges et impôts en un petit nombre de taxes, fixées une fois pour toutes, etc. \
La commune était une association fermée, un peu comme la cité grecque. Pour en devenir membre, un étranger devait y séjourner au nioins pendant une année et y acheter une maison. Même les communes alliées, unies, qui s'accor* daient mutuellement le droit de bourgeoisie, étaient tenues de devenir propriétaires les unes chez les autres ^ Semblable obligation était imposée aux petits seigneurs, voisins de la commune, qui aspiraient à en devenir bourgeois \ Pour les seigneurs de plus haut lignage qui demandaient le titre de bourgeois, on était moins exigeant et on les exemptait de la résidence et des services personnels. On avait souvent la même tolérance pour quicoipique exerçait un art libéral*; car les communes, tout en possédant parfois des terres et des paysans, étaient surtout des cités industrielles et commerciales. — Leur organisation intérieure était loin d'être libérale; elle se souciait infiniment peu de la liberté individuelle des membres de la commune. Tout y était réglementé et les bourgeois étaient groupés en (jfAtVd^^, inégales en richesse et en puissance. Dans les villes flamandes, les grandes ghildes accaparaient le gouvernement, formaient une aristocratie, et leurs membres, revêtus de la pourpre municipale, gouvernaient la cité\ La démocratie des communes se