M. Chaffaujon, Congrès de géographie du Ihvre
n*oiit ni vêtement, ni outils, ni demeures. Ils vivent 'de gros vers, qu'ils déterrent avec leurs ongles, de graines et de bourgeons de palmiers, qu'ils coupent avec leurs dents. Jamais leurs petites hordes ou familles ne comptent plus d'une douzaine d'individus. Ils sont hideux à voir avec leurs membres grêles et leur ventre ballonné. On en peut rapprocher les Sirianos ou Guaranis primitifs, errant aussi, comme des animaux, en très petites familles éparses. Eux aussi sont complètement nus, mais s'abritent déjà sous des huttes grossières en branchages. Dans ces groupes très peu nombreux, zoomorphes encore, il ne saurait évidemment être question d'organisation politique.
Les hordes desFuégiens sont déjà supérieures à ces brutes humaines. Elles forment de petites bandes campées dans les bois, plus souvent sur les cotes de leurs îles, vivant un peu de chasse, beaucoup de pèche et surtout de coquillages, dont elles entassent les déchets en Kjokken-môddingSyen c débris de cuisine », comme nos ancêtres préhistoriques. Changeant continuellement de séjour, les Fuégiens se transportent d'un lieu à un autre suivant les besoins de leur alimentation*. Au dire de tous les voyageurs, il n'existe chez les Fuégiens aucune organisation politique. Cook a écrit àleur sujet : € Nous n'avons remarqué aucune espèce de subordination parmi ces sauvages; leur vie approche plus de celle. des brutes que celle d'aucune autre nation^ > Environ un siècle plus tard, Darwin confirme l'observation du capitaine Cook : t Les différentes tribus, dit-il en parlant des Fuégiens, n'ont ni gouvernement ni chef\ » Les Fuégiens semblent même avoir un vif souci de l'égalité : c Si l'on donne une pièce d'étoffe à l'un d'eux, il la déchire en morceaux et chacun en a sa
1» A. d'Orbigny, l'Homme américainj I, 413.