Schiller, Guerre de Trente am
couplés. La guerre dite civilisée, la nôtre, diffère de la guerre sauvage bien moins dans le fond que dans la forme. On s*est appliqué, à grand frais et à grand'peine, à inventer des procédés ingénieux pour tuer et mutiler l'adversaire à de grandes distances; mais on répugnerait à le torturer de près, lentement, en gourmets de meurtre, à la manière des Peaux* Rouges. Sans la moindre hésitation, on extermine des mil* liers d'hommes par les moyens les plus affreux ; mais à la seule idée de les manger, on s'indigne, on éprouve un sentiment de dégoût et pourtant, comme l'a dit Montaigne, 11 y a plus de barbarie à tuer un homme vivant, « qu'à le rostir et manger après qu'il est trépassée Ces répugnances ne sont pas logiques; elles indiquent pourtant qu'un sentiment d'humanité, confus et vague encore, s'est éveillé dans la conscience des peuples.
Mais la sanglante folie de la guerre continue encore à enivrer le genre humain presque tout entier. Un seul grand État, la Chine, tient la guerre en médiocre estime ; une seule religion, le brahmanisme, s'est efforcée d'en atténuer l'horreur. L'Europe chrétienne et soi-disant civilisée n'en est pas encore arrivée là. La guerre est le grand souci des gouvernements; elle est la grande passion des peuples et, malgré le prétendu antagonisme découvert par IL Spencer entre l'industrie et la guerre, jamais les carnages guerriers n'ont été plus effroyables que depuis l'épanouissement de la période industrielle. Rome gardait son vaste empire avec environ 300,000 légionnaires; l'Europe moderne a organisé pour la guerre une population de douze à quatorze millions d'hommes et l'action régressive de la sélection militaire s'y exerce en grand.
Sans hésitation la religion dite de paix et d'amour sanctifie