‹ L'évolution politique dans les diverses races humainesChapitre 527 sur 538 · Lumholtz, BulL Soc. dWnthrop. (réponses, etc · texte numérisé non relu

Lumholtz, BulL Soc. dWnthrop. (réponses, etc

vigueur, le courage, la chance mettent en relief tel ou tel individu, auquel on doit ou auquel on attribue la victoire. Dorénavant on le choisira pour chef dans de futures campagnes ; on s' accoutumera à lui obéir. Mais, comme les guerres sont très fréquentes, la primitive égalité ne tardera pas à s'évanouir; on s'habituera à reconnaître l'autorité du conducteur militaire même dans les intervalles de paix, à lui concéder certains droits exceptionnels. Ce privilégié accaparerala plus grosse part du butin, auraplus de femmes, plus d'esclaves, quand on jugera à propos d'en faire, et plus tard, quand la famille, surtout la famille paternelle, se sera dégagée de la confuse parenté du clan, le pouvoir du chef tendra à devenir héréditaire, comme sesbiens. Les tribus se prêtent sans peineà cette transmission du pouvoir; car elles espèrent retrouver chez les fils les qualités des pères. En outre, audessous ou à côté du chef proprement dit, il y a d'autres individus plus ou moins marquants, qui, pour les mêmes raisons, finissent par former une classe ou caste aristocratique.

La structure de la tribu fut, à partir de ce moment de son évolution, très différenciée. Le chef avait d'abord cumulé tous les pouvoirs; il était à la fois conducteur guerrier, juge et prêtre ; mais il en arriva, avec le temps, à déléguer ses fonctions de juge à des fonctionnaires et simultanément les modestes sorciers de la tribu primitive grandirent en dignité et constituèrent une classe de prêtres, toujours étroitement inféodée au petit souverain, auquel elle donna un grand prestige, en lui attribuant d'ordinaire une origine surhumaine. Presque toujours en effet le roiteletdela tribu monarchique se prétend de race divine ; il est fils ou descendant du soleil, de la lune, de la divinité que l'on vénère le plus. A ce titre, il est maître des choses et des gen s ; on se prosterne humblementdevantlui.il a remplacé l'ancien conseil desguer-

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riers ou des vieillards, qui gouvernait la tribu républicaine, par un groupe de ses proches, de ses créatures. Le chef des Natchez, qui régnait encore il y a environ un siècle, estle type le plus parfait de ce roitelet de la tribu sauvage, mais on en trouverait sans peine aujourd'hui encore de nombreux spécimens en Afrique ; il en a existé un peu par toute la terre et ce sont eux qui ont dressé, pour la première fois, les hommes de toutes les races à la servilité monarchique

Certaines de ces tribus monarchiques et guerrières l'emportent dans la rivalité militaire; elles subjuguent leurs voisines, se les assimilent et forment ainsi des petits États barbares, traits-d'union entre les simples tribus et les grands empires. L'organisation de ces petites monarchies est toujours basée sur le despotisme le plus brutal ; elles sont essentiellement belliqueuses et l'idée fixe de leurs monarques est de conquérir ou spolier les tribus ou Etats limitrophes. Le Dahomey, le royaume d'Ouganda en Afrique, les royaumes malais sont les types les plus parfaits delà petite monarchie barbare.

Ces monarchies n'ont plus qu'à grandir par la guerre pour s'épanouir en grands États barbares, en puissants royaumes, qui en sont de simples amplifications, mais parviennent à soumettre à leur discipline des millions d'hommes. Dans toutes les grandes races, il a existé des monarchies de ce type : le Pérou, le Mexique, l'Egypte ancienne, la Chine, l'Assyrie, la Perse, etc.

D'importants progrès agricoles et industriels sont, pour ces vastes empires, une condition même de l'existence, aussi la population y est toujours assez dense ; par suite les distinctions sociales s'y accentuent, le régime des castes y est institué dans toute sa splendeur. Dans ces puissants États, le gouvernement est ordinairement très centralisé ; on s'est efforcé de passer un pesant rouleau administratif sur tous les

anciens groupements naturels, fondés sur des affinités ethniques ou des divisions topographiques ; le territoire a clé divisé en circonscriptions de fantaisie, en satrapies, combinées seulement pour la plus facile levée des soldats et des impôts. Sous un tel régime, on n'est rien, si Ton n'est agent du maître, qui a la prétention de tout régler, de tout conduire, aussi l'armée des fonctionnaires est énorme et il en faut être : « En Russie, nous dit M. Wallace, tous les hommes, même les boutiquiers et les savetiers, visent à devenir fonctionnaires publics et l'homme qui a passé toute sa vie sans avoir de rang officiel, ne semble pas une créature humaine*. » — De loin ces grands empires sont imposants; ils semblent indestructibles et pourtant ce sont des colosses aux pieds d'argile. Non pas qu'ils aient à redouter de convulsions intérieures. Une fois leur nombreuse population convenablement dressée à la soumission quand même, aucune révolte du troupeau des sujets n'est plus à craindre ; mais la servilité implique nécessairement l'absence de tout ressort moral, de tout esprit d'initiative. Aussi ces fières monarchies, qui semblent défier toute cause de ruine, s'écroulent ordinairement sous une attaque venant du dehors, parfois sous les coups d'un ennemi en apparence beaucoup plus faible, mais beaucoup moins énervé. La plus grosse portion de l'humanité, du moins de celle quia pu sortir de la sauvagerie, a subi l'influence de ces grands empires barbares, a été dressée par eux à l'obéissance servile et par suite a besoin d'un autre et long dressage pour devenir digne de la liberté politique.

Pourtant quelques peuples, tous de race blanche, ont eu une évolution politique d'un genre différent; ils ontgardé, en le perfectionnant beaucoup, le primitif régime républicain

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