‹ L'évolution politique dans les diverses races humainesChapitre 528 sur 538 · La Husêie · texte numérisé non relu

La Husêie

OU bien ils y sont vite revenus. Les populations de la Kabylie nous montrent encore aujourd'hui de combien d'améliorations est susceptible le républicanisme si simple de latribuprimitive et nous savons ce qu'a été l'histoire de la Grèce et de Rome après leur retour aux institutions républicaines, dont elles ne s'étaient d'ailleurs jamais beaucoup écartées. Enûn révolution régressive de Rome vers la monarchie absolue a prouvé avec éclat combien à la longue ce régime est funeste aux peuples qui le subissent.

Sous ce rapport, les royaumes féodaux diffèrent des monarchies franchement absolues et centralisées à outrance. En raison même de l'indépendance relative, laissée aux vassaux, le ressort moral est toujours moins brisé en régime féodal et la liberté politique y peut ressusciter avec moins de peine. Souvent on y garde des survivances démocratiques, des assemblées analogues à celles qui gouvernaient les tribus ou cités républicaines d'autrefois; on y revient même dans une certaine mesure pour mater la volonté des puissants, pour rendre la justice; on institue des parlements, des étals généraux, en résumé, des assemblées délibérantes, représentatives, où les classes inférieures elles-mêmes finissent par mettre le pied, quand elles n'ont pas leurs assemblées à elles. C'est le premier pas vers l'égalisation politique des castes ou classes ; les autres se font plus ou moins vite, parfois au prix de commotions, de révolutions violentes, donnant le coup de grâce au passé, qui ne veut pas périr. En fin de compte, ce passé cède pourtant et l'on adopte alors franchement le gouvernement parlementaire. C'est à coup sûr le moins mauvais de tous les régimes politiques expérimentés, de tous ceux sous lesquels ont vécu les grands Etats civilisés. Mais, pour être une forme politique relativement supérieure, le régime parlementaire ne réalise pourtant pas encore non seulement la perfection absolue, qui est inBC-

cessible, mais même l'idéal approximatif, auquel il est per* mis de tendre.

Le parlementarisme couronne cependant la série des formes politiques essayées par l'humanité depuis l'origine des sociétés jusqu'à nos jours, cette série politique qui commence par l'anarchie des Fuégiens ou des Esquimaux, obéissant à des coutumes et non à des gouvernements, passe par le clan familial, la tribu républicaine d'abord, monarchique et aristocratique ensuite, arrive à la monarchie despotique, puis enfin, par un retour amendé vers les origines, aboutit au gouvernement parlementaire. Cette succession des formes politiques, nous l'avons étudiée dans le genre humain tout entier, aussi loin que l'ethnographie et l'histoire peuvent conduire l'investigation. Ce faisant, nous avons partout constaté que le gouvernement monarchique est sorti de la guerre: il en a été à la fois le résultat et la punition. Dans les sociétés primitives, l'armée a été la simple mobilisation des clans et des familles, se soumettant le plus souvent dans un but de spoliation à la direction, à la volonté d'un chef, d'abord élu. Mais la guerre chronique a nécessité la perpétuelle soumission, qui a engendré l'asservissement. De tout cet ensemble de causes est issue la grande monarchie barbare, dans laquelle un despote, réputé d'origine surhumaine, gouverne à son gré l'immense et vil troupeau de ses sujets. En vertu de son essence supérieure, ce pasteur des peuples revendique et on lui reconnaît un pouvoir illimité. Par ses fonctionnaires, il est omniprésent et ses ordres sont des lois.

Jusqu'à présent, il n'y a pas d'exemple qu'un gouvernamentplus raisonnable, plus libéral, soit jamais spontanément sorti de ces grandes monarchies centralisées, absolument despotiques. Ces empires périssent, mais ne s'améliorent pas. Le gouvernement parlementaire, repré-

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sentatif, est toujours issu, soit de confédérations de cités républicaines, soit des monarchies féodales. Le gouvernement parlementaire est la moins déraisonnable des formes politiques adoptées par les grandes sociétés; c'est celle qui régit aujourd'hui les nations les plus civilisées; elle a permis un essor industriel, scientifique, philosophique précédemment inconnu. On ne saurait donc y renoncer qu'à bon escient. Pourtant, comme elle n'a point, il s'en faut de beaucoup, guéri toutes les plaies sociales; comme, d'autre part, l'idée de progrès incessant est aujourd'hui fortement empreinte dans tous les cerveaux qui pensent, le régime parlementaire a été, il est de plus en plus l'objet de vives critiques, qui ne sont pas toutes sans quelque fondement, . et qu'il est intéressant de peser, d'examiner.

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